Saint-Étienne : l’ère de la culture dématérialisée

Avec l’interdiction des rassemblements, puis le confinement annoncé le 17 mars, le domaine de la culture a dû se réinventer pour proposer de nouvelles choses, sous de nouvelles formes.

Si vous ne venez pas à la culture, la culture viendra à vous. En ces temps troublés, beaucoup d’artistes, comme les spectateurs, avaient plus que jamais l’envie de retrouver cette «bulle» d’évasion devant un film, une pièce de théâtre ou dans un musée. Ces lieux hors du temps, où le spectateur s’enfuit de la réalité, ont terriblement manqué. Ainsi, plusieurs projets ont vu le jour, pendant et après le confinement, pour pallier à l’impossibilité de se retrouver.

Labellisée « Ville Créative Unesco Design » avec de nombreux festivals, des théâtres, des librairies et des musées, Saint-Étienne est une ville culturelle. Elle valorise la création et le développement de jeunes talents avec l’école d’art dramatique de la Comédie (reconnue à l’échelle nationale) et l’Ecole Supérieure d’Art et de Design. La ville de Saint-Etienne a accordé cette année 12,79 millions d’euros au secteur culturel. Malheureusement, cet investissement sur l’avenir qu’avait fourni la mairie a été brutalement amputé par la crise du COVID-19.

Face à la fermeture forcée de leurs structures, les pôles culturels stéphanois ont dû révolutionner leurs concepts et leurs idées de la culture. Un outil parfait pour cela était Internet. La révolution numérique a, cette fois-ci, permis aux acteurs culturels du territoire de se réinventer et d’échanger avec leur public à distance. Le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne avait déjà mis cela en place depuis plusieurs mois en offrant certaines œuvres, difficiles à conserver dans un musée, photographiées sur Internet.

Le spectacle vivant réinventé

À chaque domaine sa réinvention. Le théâtre et l’opéra ont décidé de partager leurs créations sur YouTube. L’orchestre symphonique de Saint-Étienne a proposé une version confinée de «Carmen» sur le réseau social. Quant à la Comédie, elle a partagé deux web-séries réalisées par les promotions 2017 et 2018 de leur école. «Construire un moulin» et «Clémence Cavale» sont deux pièces écrites par l’autrice Haïla Hessou, qui devaient être jouées par la promotion 2018 en tournée avec la comédie itinérante dans des villages qui ne possèdent pas de théâtres. Les élèves devaient apprendre à «monter [le] décor et [ils avaient] des journées à organiser avec les écoles pour parler du spectacle avec les enfants» selon Liora Jaccottet, étudiante à la Comédie.

Malgré le confinement, les élèves ont eu envie de réaliser leurs pièces par d’autres moyens : stop-motion, fiction radiophonique, bande dessinée… «C’était de l’expérimentation. C’est assez passionnant de se dire qu’on est capable de faire une autre sorte d’art» confie Lise Hamayon, une autre élève. Les élèves de la promotion 2017 ont, quant à eux, réaliser un projet appelé « Se lire à haute voix » durant lequel ils appelaient des personnes de la France entière pour leur lire une histoire. Djamil Mohamed, étudiant de la comédie, a beaucoup apprécié cette expérience nouvelle qui lui a permis de se sentir «un peu moins seul. Et les gens étaient super contents». Un autre moyen de raconter une histoire qui a du bon mais les élèves ont, selon les propos de Lise Hamayon, «un désir d’un rapport avec le public, de voir ce que c’est de jouer devant un public».

UN MUSÉE AUDIO

Le Musée de la Mine de Saint-Étienne a, lui aussi, décidé de créer un concept inédit pour le confinement. Il s’agit d’une série de podcast classée en plusieurs catégories car, selon Julie Garroux, une de ses auteurs, «l’audio est vecteur de sensations, on peut facilement se faire « emporter » dans une histoire, une lecture … ce qui peut recréer un lien émotionnel que certains visiteurs vivent sur place en période d’ouverture». De l’approche scientifique des mines à la présentation de mineurs venus de l’étranger en passant par le design, rien n’est oublié dans l’histoire du point central du patrimoine stéphanois. Pour choisir ces sujets, les quatre auteurs ont «souvent fait confiance à [leurs] intuitions, [leurs] inspirations tout en gardant en ligne de mire l’envie d’évoquer des thématiques parfois peu développées dans les commentaires des visites guidées» selon Julie, auteure.

L’avantage de cette nouvelle méthode de diffusion est que les podcasts peuvent être écoutés dans toute la France. Cette initiative portée par quatre auteurs «animés du fait de partager l’attachement que l’on porte au musée, de le montrer sous un nouveau jour et peut-être même d’attirer de nouvelles personnes jusqu’à la thématique minière» restera disponible sur la toile et est intégrée à la visite du musée depuis sa réouverture via des flashcodes. «Les podcasts viennent justement apporter un complément à la visite libre, puisque les visites guidées sont actuellement suspendues, explique Julie. C’est aussi l’opportunité de renouveler l’offre de médiation dans ce contexte particulier, ainsi cela crée une expérience de visite parfois plus immersive ou surprenante dans le musée.» Alors que le musée a rouvert ses portes le 9 juin, Julie annonce «quelques nouveautés» pour les semaines à venir.

Une fête de la musique pas comme les autres

Pour ne pas annuler l’édition 2020 de la Fête de la Musique stéphanoise, la mairie a décidé de la rendre digitale. Entre concerts enregistrés et lives à regarder à la maison, la fête se réinvente pour proposer des performances inédites. Julien Lavaire, alias Mc Pampille, un artiste stéphanois, va se produire en live sur la scène du Fil. Il trouve «l’initiative des acteurs culturels de la ville de Saint-Étienne louable et [il] leur tire [son] bob». Même si cet habitué de la Fête de la Musique souhaite interagir au maximum avec son public en live en faisant preuve «d’imagination et de second degré», il pense quand même que «l’ambiance sera forcément absente. Nous allons faire la captation d’un concert sans personne». L’association Gaga Jazz, quant à elle, enregistre et diffuse trois prestations de groupes de jazz qu’elle avait prévu d’organiser. Elle est heureuse de pouvoir «honorer [ses] contrats avec des artistes dont c’est le premier retour sur scène», malgré la différence de prestation. Elle précise quand même que cette initiative est «dans la lignée de la digitalisation de la musique qu’on a vu pendant le confinement» et salue l’initiative de la ville de Saint-Etienne ainsi que les dispositifs mis en place. «En général la fête de la musique je la célèbre, je m’éclate, mais cette année ça me faisait moins envie, explique Lisa, une étudiante stéphanoise. Je trouve ça dommage et illogique de la part de la mairie d’annuler la fête alors qu’elle maintient les élections le 28. Mais c’est bien qu’ils l’aient maintenue, ça fait travailler les artistes et ça leur permet de se faire connaître. Ça ne m’a pas intéressée car l’ambiance de la fête de la musique ne serait pas aussi présente.»

Crédit de une : Ville de Saint-Etienne

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