Exposition Possédé.e.s : Quand l’occulte exprime les défis du présent

Pour réellement apprécier la nouvelle exposition du centre d’art contemporain de Montpellier, deux visites sont nécessaires : une pour s’imprégner de son atmosphère spirituelle et une autre pour comprendre les motivations derrière les œuvres.

Possédé.e.s, la nouvelle exposition du centre d’art contemporain de Montpellier, porte bien son nom. Tout comme l’écriture inclusive s’infiltre dans le thème de l’occulte, l’exposition est un savant mélange entre ésotérisme d’un temps passé et problèmes sociétaux actuels. Ici, tout est double lecture et interprétation : derrière les apparences effrayantes se cache la dénonciation d’une société où l’égalité ne tient qu’en façade.

Un sanctuaire occulte

Dans cette exposition, des artistes du monde entier sont venus livrer leurs visions d’un entremêlement entre les sciences occultes, leurs représentants et nos sociétés modernes. Rien n’a été laissé au hasard et si le visiteur pressé peut passer à côté des critiques sociétales dans les œuvres, il est difficile de faire de même avec l’atmosphère de sanctuaire satanique qui règne dans l’exposition.

Dès l’entrée, le fond sonore, encore diffus, et l’éclairage sombre mettent en place une atmosphère pesante. L’œuvre Requiem pour 114 radios des artistes britanniques Iain Forsyth et Jane Pollard nous accompagne tout au long de la visite en diffusant, avec quelques crachotements, le Dies Iare, un chant religieux annonçant la venue de l’apocalypse. L’éclairage bleu provient lui, de l’oeuvre de Chloé Viton, qui a transformé une salle en lieu de rite ou adoration occulte. Dans ce terrain inconnu, le visiteur devra se laisser guider par les créatures de la nuit, seules sentinelles dans ce mélange des forces obscures.

En s’intéressant à l’explication des œuvres, on découvre que les artistes racontent parfois leurs propres expériences face à des événements inexpliqués. Ainsi, Myriam Mihindou, originaire du Gabon, a immortalisé dans sa série de photographies un véritable rituel : alors qu’elle a perdu la parole de manière mystérieuse lors d’un séjour à La Réunion, elle se tourne vers le vaudou pour la retrouver. Chaque jour, elle bande sa main, la couvre de poudre de kaolin, se force à dire un mot et la prend en photo. Sculptures de chair retrace ce long parcours vers le retour de la parole. D’autres ont des liens personnels avec le spiritisme : le père de Nicolas Aguirre, artiste franco-équatorien, est shaman. Il est venu bénir les lieux de l’exposition à l’inauguration afin d’en chasser les esprits malfaisants. De quoi ne pas avoir peur de repartir avec un démon au-delà des murs du musée.

Des revendications modernes

Pour Nicolas Bourriaud, directeur du MO.CO, « Possédé.e.s est aussi un discours sur l’intolérance et la reconnaissance de l’autre ». A travers les références à l’occulte, les artistes dénoncent les discriminations que peuvent subir les corps en fonction de leur couleur, orientation sexuelle, origine. Pour comprendre pleinement les messages adressés par les artistes dans leurs œuvres, il vaut mieux prendre le temps d’explorer l’exposition en lisant les notes sous les tableaux, ou le livret de visite. Car sans les annotations de l’auteur, il est parfois dur de deviner la dénonciation du colonialisme dans un personnage blanc se dissolvant dans une peinture aux couleurs bleu-vert.

Le thème « Possédé.e.s » a inspiré à l’artiste française Apolonia Sokol la représentation de celles qu’elle considère comme les sorcières modernes, « à savoir des corps discriminés que la société persécute » : les transgenres. Car il faut le rappeler, historiquement les sorcières ont été chassées et exterminées par l’Eglise du 14ème au 17ème siècle. Sedrick Chisom, artiste américain, se concentre sur le mythe de la suprématie blanche face aux personnes noires, qui dans ses tableaux, mène inexorablement à l’auto-destruction. Dominique White, artiste anglo-caraïbéenne, a voulu, elle, rappeler le sort des migrants qui disparaissaient en mer Méditerranée sans jamais atteindre les côtes et le lier aux sorts des esclaves lors de la traite noire.

À travers leurs créations artistiques, les artistes cherchent à mettre en valeur et rappeler l’existence de certaines catégories de population exclues, mal considérées ou discriminées. L’art vient remplir un espace parallèle à la société, jadis occupée par les sorcières et les guérisseurs, afin de permettre l’expression de ceux qui, dans la communauté, sont réduits au silence.

Crédit photo de une : Laurène Godefroy

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