Le svastika ou « croix gammée » : histoire d’un symbole devenu tabou

Au début de ce mois de juillet, plusieurs journaux titrent sur un fait divers suffisamment hors du commun pour être souligné. Sur une décision qui remonte à 2017, la Finlande retire progressivement (et dans la plus grande discrétion) son vieux symbole des avions de l’armée de l’air nationale : une croix gammée bleue. À la place, l’effigie officielle depuis 2002, est devenu un aigle.

Symbole nazi ? Que nenni. Le svastika, avant de devenir aux yeux du monde occidental le symbole de la violence génocidaire et de la terreur antisémite, avait une tout autre histoire. L’origine du svastika, communément appelé « croix gammée » en raison de sa forme pouvant représenter quatre gamma (lettre grecque « Γ »), remonte bien avant l’utilisation qui en a été faite par le régime Hitlérien. En effet, on retrouve la fameuse croix à quatre branches dans d’innombrables endroits du monde, tant et si bien qu’elle est parfois désignée comme « symbole universel » : c’est qu’elle est avant tout un symbole religieux fort, voire omniprésent dans certaines religions.

Les premières traces de svastika retrouvées par les archéologues remonteraient à environ -10 000 ans avant J.-C., dans l’actuelle Ukraine. Mais, sans lien avéré les uns avec les autres, plusieurs foyers civilisationnels sur plusieurs continents se mettent à l’utiliser au cours de l’histoire religieuse. Ainsi, elle est retrouvée sur de nombreuses mosaïques romaines, ainsi que sur un des murs du site de Pompéi. Utilisé par les chrétiens, on peut également le trouver sur des plafonds d’églises, comme celle de Rabastens, sur la partie française du chemin de Compostelle. Le « hé oud » breton et le « lauburu » basque sont également des variantes du svastika. Symbole du dieu slave Svarog, il est aussi celui d’Odin pour la mythologie scandinave.

Sur le continent américain, il est utilisé par les Mayas pour décorer leurs temples, mais également par les Kunas du Panama ou encore les tribus du nord du continent (les Navajos et les Hopis). Ces civilisations donnent au symbole une signification différente, mais il est à noter qu’elle est dans tous les cas plutôt positive, ou utilisée comme symbole protecteur et de bon augure.

Dans le monde indo-asiatique, il n’est pas du tout tabou, et on le retrouve encore actuellement sur de nombreux temples. En effet, il représente le dieu Ganesh pour les Hindous (« celui qui élimine les obstacles »), ou encore la croissance ou la destruction selon son sens de rotation. Pour les Bouddhistes, il acquiert une myriade de significations en fonction de la variant religieuse et selon les pays : pour les bouddhistes zen et chinois, il n’est rien de moi que le sceau de l’esprit de Bouddha. Enfin, pour les jaïnistes (notamment en Inde), c’est l’un des 24 symboles auspicieux de la religion : il est donc omniprésent.

Deux caractères chinois représentent également le svastika : il est donc utilisé au quotidien en tant qu’élément de langage, le terme étant parfois utilisé en tant que prénom. Présent encore en Nouvelle-Calédonie ou chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, le svastika est un symbole religieux millénaire dont l’ubiquité n’est plus à démontrer.

RECUPERATION DU SYMBOLE PAR LE REGIME NAZI

Durant la Seconde Guerre mondiale, le svastika est utilisé pour symboliser le IIIème Reich. Il est choisi par Hitler pour figurer sur le drapeau de son Parti national-socialiste (qui devient ensuite co-drapeau national de l’Allemagne), et finit par devenir synonyme d’antisémitisme et, par extension, de haine raciale. Partout en Europe, la croix gammée terrorise à juste titre. Elle doit symboliser la « race aryenne » telle que définie selon le Parti nazi, qui lui donne d’ailleurs dans les lois de Nuremberg des critères biologiques d’appartenance (ce qui, évidemment, repose sur une manipulation de la conception anthropologique de « race »).

Auparavant, le svastika est parfois utilisé en Europe pour mettre en avant une identité indo-ethnique, mais certains mouvements nationalistes allemands lui donnent sa connotation raciste en l’utilisant à leurs propres fins. De là, il n’y a qu’un pas à franchir, et c’est Alfred Rosenberg qui le fait : principal théoricien racial du IIIème Reich, il voit dans le svastika le « symbole du combat pour la victoire de l’Aryen », qu’il considère comme un peuple de « maitres, ancêtres des Germains ayant envahi l’Europe du Nord ». Bien qu’ayant désigné les Indo-Iraniens en tant que groupe ethno-linguistique, c’est d’une mauvaise interprétation historique et d’une vulgarisation du terme qu’est faite la conception nazi de « race aryenne », qui n’est en aucun cas une vérité ethnologique.

Dans certains pays européens, son utilisation est aujourd’hui règlementée ou censurée : l’Allemagne en interdit la représentation dans tout cadre qui ne serait pas historique. La France, elle, l’autorise « à des fins artistiques » mais la jurisprudence condamne son utilisation à des fins de diffamation ou de propagande.

Mais que faisait alors ce svastika sur les appareils de l’armée de l’air finlandaise ? Il y a deux raisons à cela. Premièrement, c’est un symbole présent dans la mythologie ougro-finnoise, mais aussi dans la mythologie nordique (c’est parfois le symbole attribué au dieu Thor, et plus précisément son marteau tournoyant dans le ciel figurant le soleil). Il n’y a pas lieu, donc, de crier au scandale : aucune apologie cachée du IIIème Reich derrière cette histoire. Deuxièmement, l’histoire de la présence ce symbole bleu aujourd’hui très controversé veut que ce soit le comte Eric Von Rosen, qui donne en 1918 à la jeune république finlandaise son premier appareil volant, qui l’orne alors de son porte-bonheur personnel.

Municicaqs: Découvrez les résultats dans le Nord-Ouest

Les résultats en Bretagne

A Rennes (Ille-et-Vilaine), la liste divers gauche, menée par la maire sortant Nathalie Appéré et rejointe pour le second tour par la tête de liste Europe Ecologie les Verts Matthieu Theurier, l’emporte en totalisant 65,35% des votes face à la liste LREM de Carole Gandon (17,49% des votes) et celle de Charles Compagnon (17,15% des votes, liste Divers Droite). Abstentions: 68,32% Votes blancs: 1,98%

Saint Malo (Ille-et-Vilaine) : Seule à avoir pu accéder au second tour face à un Gilles Lurton en puissance (47,41% des suffrages au premier tour), la liste « Saint Malo au cœur des possibles » menée par la centriste Anne Le Gagne totalise 29,9% des voix au second tour et s’incline devant la liste divers droite du député (70,7%). Abstentions: 58,06% Votes blancs: 3,43%

Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) : Des trois listes accédant au second tour, il ne restait que celle de Richard Rouxel (MODEM, 21,27% des votes), rejoint à cette occasion par la liste de Corentin Poilbout (Divers Centre, 19,75% des votes au premier tour), face à « Réinventons l’espoir », liste divers gauche menée par Hervé Guihard qui l’emporte avec 59,89% des suffrages au second tour. Abstentions: 64,38% Votes blancs: 2,11%

Quimper (Finistère) : Au coude à coude lors du premier tour des municipales, les listes « Quimper ensemble » (derrière Isabelle Assih, Divers gauche, % des votes) et « Enthousiasmons Quimper » (derrière Ludovic Jolivet, Divers droite ,30, 22 % des votes) sont rejoint au second tour par la liste « Avec Annaïg Le Meur, enfin de l’audace ! » (LREM, 13,75% des voix au premier tour). 51,24% des votants élisent Isabelle Assih à la mairie de la ville. Abstentions: 55,81% Votes blancs: 1,29%

Brest (Finistère) : Malgré sa mise en examen, François Culliandre, maire sortant PS soutenu par François Hollande, avait obtenu 26,53% des voix lors du premier tour. Il est adoubé au second tour avec 49,69% des votes, devant la liste Divers droite de Bernadette Malgorn (36,41% des voix) et celle de la République en Marche derrière Marc Coatanea (13,89% des voix). Abstention: 68,04% Votes blancs: 5,97%

Vannes: pas de second tour

Les résultats en Normandie

Rouen (Seine-Maritime) : Duel classique de la gauche de Nicolas Mayer-Rossignol (Union de la gauche, 29,51% des voix au premier tour) qu’à rejoint la liste EELV de Jean-Michel Bérégovoy (23,15%) face à la liste de droite menée par Jean François Bures (16,78%), a qui elle n’a laissé aucune chance au second tour (67,12% des voix). Abstention: 70,33% Votes blancs: 2,07%

Le Havre (Seine-Maritime) : Le duel du second tour entre le premier ministre actuel Edouard Phillipe (divers centre) et Jean-Paul Lecoq (Divers gauche) est remporté par ce premier avec 58,83% des suffrages exprimés. Abstentions: 57,98% Votes blancs: 2,92%

Evreux (Eure) : 3 des 7 listes présentes au premier tour restent en lice pour le second et Guy Lefrand (Union de la droite) l’emporte haut la main avec 50,97% des suffrages face aux listes de Timour Veyri (Union de la gauche, 36,76% des voix) et de Guillaume Rouger (LREM, 12,26% des voix). Abstention: 68,06% Votes blancs: 1,26%

Alençon (Orne) : la quadrangulaire du second tour opposant deux listes Divers gauche : Joaquim Pueyo, qui s’était déjà présenté en 2014, obtient 42,9% des suffrages exprimés, et Pascal Mesnil, pour la gauche écologiste, en obtient 12,63%. Face à eux, la liste LREM emmenée par Emmanuel Darcissac rassemble 19,86% des voix et Sophie Douvry, pour Les Républicains, 24,58%. Abstention: 61,1% Votes blancs: 1,08%

Caen (Calvados): Pas de second tour

Saint-Lô (Manche) : Tête de liste de l’opposition, l’ancienne conseillère municipale Emmanuelle Lejeune (sans étiquette) rassemble 43,55% des voix au second tour, face à François Brière (Divers droite) qu’elle devançait de deux points au premier tour (respectivement 33,93% et 31,92% des suffrages exprimés), alors que la gauche emmenée par Jean-Karl Deschamps rassemble 19,89% des voix. Abstention: 60,83% Votes blancs: 1,08%

Cherbourg (Manche) : A situation inédite, résultat inédit : les quatre listes du premier tour ayant accédé au second, c’est pourtant celle de Benoît Arrivé (PS, 46,14% des voix au second tour) qui arrive en tête, devant les listes de Sonia Krimi (LREM, 8,71% des voix), de David Margueritte (Union de la droite, 32,74% des voix) et de Barzin Viel-Bonyadi (gauche citoyenne, 12,39% des voix). Abstention: 70,99% Votes blancs: 1,01%

Les résultats en Pays de la Loire

Laval (Mayenne) : « Demain Laval ensemble » versus « Laval passionnément » : la liste de Floriant Bercault (Divers gauche, 33,8% des voix) rejoint par Isabelle Eymon (EELV, 17,58% des voix au premier tour) fait face à la liste de Didier Pillon (Divers centre, 40,81% des voix au premier tour). C’est l’alliance qui l’emporte avec 53,43% des suffrages exprimés, contre 46,56% pour la liste adverse. Abstention: 59,8% Votes blancs: 1,56%

Le Mans (Sarthe) : Malgré dix listes présentes au début de la course, seules celles de Stéphane Le Foll (Parti Socialiste, 41,99% des voix au premier tour) et de Marietta Karamanli (Divers gauche, 13,24%) accèdent au second tour. Bataille gagnée d’avance pour la gauche, c’est Stéphane le Foll qui remporte l’élection avec 63,14% des voix, contre 36,85% pour la liste adverse. Abstention: 73% Votes blancs: 6,44%

Angers (Maine et Loire) : pas de second tour

La Roche-sur-Yon (Vendée) : Duel pas si classique au second tour, puisque se réunissent derrière la liste de Stéphane Ibarra, « La roche solidaire et écologique » de Martine Chantecaille et « Les voies citoyennes » de Nicolas Helary, toutes deux ayant pourtant une place au second tour. Face à ce puissant front de gauche, le candidat tête de liste Luc Bouard (Divers centre, 44,07% des voix au premier tour) l’emporte pourtant avec 52,28% des suffrages exprimés contre 47,71% pour l’union de la gauche. Abstention: 59,21% Votes blancs: 1,4%

Nantes (Loire Atlantique) : Déjà en tête au premier tour des municipales, la maire sortante Johanna Rolland (liste PS) réunit 59,67% des votes au second tour et devance la liste Les Républicains menée par Laurence Garnier ( 27,61% des votes) et celle de LREM avec Valérie Oppelt (12,71% votes). Abstention: 69,04% Votes blancs: 2,16%

Saint-Nazaire (Loire Atlantique) : La liste Divers gauche de David Samzun affronte au second tour les écologistes derrière Pascale Hameau : victoire pour David Samzun avec 57,15% des votes, contre 42,84% pour sa rivale. Abstention: 68,62% Votes blancs: 2,06%

Suivez la soirée des municipales minute par minute

Ce dimanche, le taux de participation est historiquement faible. Temps forts, réactions, résultats… Suivez cette soirée électorale en direct.

PARIS: La maire sortant Anne Hidalgo est réélue à la tête de la mairie de Paris avec 49,03% des voix exprimées, face à Rachida Dati (Les Républicains, 32,7%) et Agnès Buzin (13,7%).

TOULOUSE: Jean-Luc Moudenc est élu avec 51,6% des voix (liste divers droite) face à la gauche d’Antoine Maurice (48,4%), non loin derrière.

MARSEILLE: La liste d’Union de la gauche, qu’avait rejoint EELV au second tour, l’emporte à Marseille avec Michèle Rubirola (39,9% des suffrages exprimés), devant Martine Vassal (Les républicains, 29,8%) et Stéphane Ravier (RN, 19,8%).

NICE: Victoire pour Christian Estrosi, tête de liste d’un bloc centre/ droite, avec 59% des suffrages exprimés (LR, LREM et MODEM), face à Philippe Vardon (RN, 21%) et Jean-Marc Governatory (19%).

LYON: Vague verte pour la ville, remportée par la liste EELV de Grégory Doucet (50,8% des suffrages exprimés), face à Yann Cucherat (LREM/ Droite, 31,04%) et Georges Képénékian (LREM dissident, 17,8%).

RENNES: La maire sortante Nathalie Appéré est réélue avec 65,35% face à la liste LREM menée par Carole Gandon (17,49% des votes) et Charles Compagnon (17,16%).

BREST: Victoire de l’Union de la gauche de François Cuillandre (49,69% des voix), devant la liste divers droite de Bernadette Malgorn (36,41%) et celle de Marc Coatanea (LREM, 13,89%).

LILLE: Martine Aubry l’emporte avec 40,20% après une bataille très serrée face à la tête de liste EELV Stéphane Baly (38,61%), tous deux suivis par Violette Spillebout (LREM/ MODEM, 21,19% des voix).

BORDEAUX: Dans le fief historique d’Alain Juppé, victoire surprise pour la tête de liste EELV Pierre Hurmic avec 46,8% des voix, face à la droite de Nicolas Florian (LREM/LR, 44,6%). Philippe Poutou rassemble à l’extrême gauche 8,6% des suffrages exprimés.

MONTPELLIER: Victoire haut la main pour Michaël Delafosse (alliance à gauche PCF/PS/EELV/PRG) qui rassemble 49% des votes, face à Philippe Saurel (Divers gauche, 33%), suivis de loin par Mohed Altrad (18% des voix).

STRASBOURG: Après beaucoup d’incertitudes, nette victoire de Jeanne Barseghian sur une liste PCF/EELV (42% des voix), devant l’union LREM/LR d’Alain Fontanel (34,3%) et la liste PS de Catherine Trautmann (23,7%).

PERPIGNAN: Louis Aliot (Rassemblement National) l’emporte sur Jean -Marc Pujol avec 55,7% des voix selon les dernières estimations. L. Alliot, au micro de France 2:  » C’est pas terminé mais je pense que la victoire est acquise (…). Le premier message à Perpignan est que le front républicain est tombé et il peut tomber partout ailleurs »

LE HAVRE: Victoire éclatante pour le premier ministre Edouard Philippe (58,83% des suffrages exprimés selon les dernières estimations) face au député communiste Jean Paul Lecoq (41,17%). Edouard Philippe déclare: « Les résultats sont nets et je voudrais remercier très sincèrement les Havrais et les Havraises qui continuent à nous faire confiance et qui nous ont chargés de de poursuivre la transformation engagée, il y a maintenant bien longtemps ». Christian Jacob commente, au micro de France 2:  » Il a trahit sa famille politique et il a conduit une politique économique dans la continuité de celle de François Hollande ».

Besançon: L’écologiste Anne Vignot l’emporte avec 43,9% des voix, face à Ludovic Fagaut (Les Républicains, 41,5%) et Eric Alauzet (LREM, 14,6%).

NANCY: La gauche l’emporte derrière Mathieu Klein (55,2% des voix), face à la droite de Laurent Hénard (44,8%).

BASTIA: Victoire du régionaliste Pierre Savelli avec 49,1% des suffrages, devant Jean-Sébastien De Casalta (union de la gauche, 40%) et Julien Morganti (10,9%).

LIMOGES: 58,97% des suffrages pour Lombertie (Les Républicains) face à Miguel (Union de la gauche, 41,03%)

ALBI: La centriste Stéphanie Guiraud-Chaumeil l’emporte avec 49,95% des voix, face à l’union de la gauche de Nathalie Ferrand-Lefranc (39,89%) et au candidat du Rassemblement National Frédéric Cabrolier (10,17%).

DIGNES-LES-BAINS: La centriste Patricia Granet-Brunello l’emporte (32,49% des suffrages exprimés) avec une très courte avance sur la liste divers droite de Gilles Chalvet (32,43%), alors que Richard Valla remporte 14,97% des voix. 2 élus pour la liste divers gauche de France Gally, et un.e pour la liste Debout la France de Marie-Anne Baudoui.

DIJON: 43,51% des suffrages exprimés pour la liste PS de François Rebsamen, devant Emmanuel Bichot (LR, 34,84%) et la liste d’union LREM/MODEM de Stéphanie Modde (21,63%).

COLMAR: Victoire pour la droite de Straumann (63,89% des suffrages) face à Hilbert (EELV, 36,11%)

AURILLAC: Victoire de la liste de Mr. Mathonier (Union de gauche) avec 59,24% des suffrages exprimés, face à son adversaire divers droite (40,76%).

BIARRITZ: L’union de la droite obtient une majorité des votes (50,22%) derrière leur tête de liste Mr. Arosteguy, devant Brucq (26,30%) et Motsch (DVC, 14,74%).

(Municicaqs #17) – Marseille : un débat avorté dans une cité fantôme

Après un premier tour mouvementé, quatre listes restent en lice dans la course aux huit mairies marseillaises. Mais les habitants de la cité phocéenne sont loin d’être au bout de leurs surprises : débat du second tour unilatéral et alliances politiques continuent d’animer une élection qui n’a pas dit son dernier mot.

Depuis le début des municipales, les marseillais ne savent plus où donner de la tête. Après un premier tour ponctué par l’annulation du débat le jour de sa retransmission et l’ouverture d’une enquête pour fraude aux procurations, le second tour est reporté de plusieurs mois pour raisons sanitaires. Une légère avance de la liste d’Union de la gauche dans une ville gouvernée depuis 25 ans par Jean-Claude Gaudin, un maire de droite (Les Républicains), participe à faire de cette élection un moment politique crucial pour la ville , alors que les habitants se sont, paradoxalement, rarement aussi peu exprimés avec une abstention de 67,45% des votants. Un taux-record qui n’est pas sans soulever, lui aussi, de questions démocratiques.

Les résultats du premier tour ont surpris le camp de la droite : la liste de Martine Vassal (LR), successeur pourtant désignée de l’ancien maire, se retrouve au coude à coude avec la liste d’Union de la Gauche, emmenée par Michèle Rubirola, qui comptabilise 23,44% des votes (contre 22,32% pour la liste LR). Non loin derrière, la liste du Rassemblement national est érigée en ennemie municipale désignée ; en témoigne le désistement parmi d’autres de Moussa Maaskri, tête de liste LR dans le 8ème secteur, qui choisit de se retirer au profit des deux listes de gauche qui accèdent au second tour afin de « faire barrage à l’extrême droite », défavorisée au premier tour par une abstention de plus de 72% . Elle rassemble pourtant 19,45% des voix et compte remporter bien plus que la marie du secteur 7 (13ème et 14ème arrondissements), aux mains de sa tête de liste depuis 2014. Dernier du peloton, Bruno Gilles et sa liste « Ensemble pour Marseille » passent avec succès l’épreuve du premier tour dans trois secteurs de la ville (2, 3 et 6).

Pas de débat donc, pour les municipales marseillaises

Mais ce jeudi soir, coup de théâtre sur l’antenne de France 3 PACA : le débat n’aura pas lieu. Même le présentateur de la chaîne locale peine à le croire : un seul candidat, Mr Ravier, est présent sur le plateau. Les raisons de cette situation inédite ?  Une campagne plus qu’offensive menée de tous les côtés, la candidate Vassal ne souhaitant débattre qu’avec son adversaire de l’Union de la gauche (inenvisageable pour les journalistes). Cette dernière n’a pas répondu à la sollicitation. Bruno Gilles (DVD) voulait un débat avec l’ensemble des candidats, mais il n’aura finalement pas lieu. Pas plus que le débat du premier tour qui, rappelons-le, avait lui aussi été annulé, cette fois en raison d’un mouvement de grève de la part des journalistes de France 3 Provence contre la venue de Franz-Olivier Giesbert, directeur éditorial du quotidien La Provence invité à conclure le débat. L’intersyndicale estimait en effet que sa prise de position politique pro-Vassal  « porte atteinte à l’indépendance éditoriale » et « nuit gravement à la neutralité » de la station. Pas de débat donc, pour les municipales marseillaises.

Léo Purguette, rédacteur en chef de La Marseillaise, lamente à ce propos que l’absence de débat au niveau des têtes de liste engendre une absence de débat au niveau des différents secteurs de la ville. La liste du Printemps Marseillais, contactée à travers Christine Juste, tête de liste Europe Ecologie Les Verts dans le 4ème secteur et aujourd’hui soutien la liste majoritaire, évoque un « débat sans intérêt » face à des adversaires aux accusations « mensongères, grossières, caricaturales » et une impuissance face à des « techniques diffamatoires et déloyales ». Le 24 juin au matin, cinq des principales rédactions qui couvrent l’actualité politique marseillaise avaient pourtant publié une tribune, appelant de leurs vœux à un débat et fustigeant l’ensemble des camps ayant selon eux trouvés « une légitimité politique au silence ». Pour les Marseillais donc, pas de débat entre les différents candidats, malgré une véritable discorde sur les enjeux principaux de la gouvernance de la ville. S’ils sont tous bien identifiés, ils ne sont pas tous  hiérarchisés de la même manière.

Du logement en passant par l’éducation

Il n’est pas nécessaire d’être résident de la cité phocéenne pour qu’à l’évocation de l’habitat insalubre revienne en mémoire le drame de la rue d’Aubagne : l’effondrement de deux immeubles vétustes du centre-ville en novembre 2018 avait coûté la vie à 8 personnes. Si la réhabilitation est inscrite dans tous les programmes, la question du logement n’y a pas toujours la place de choix. La liste portée par Michèle Rubirola la décrète « grande cause municipale », avec notamment un plan de + 30 000 logements sur 6 ans, mais aussi une meilleure concertation entre les habitants et l’ensemble des acteurs publics et privés. En face, la liste de Martine Vassal veut elle aussi « résorber l’habitat indigne », étendre les permis de louer pour lutter contre les « marchands de sommeil », inciter à la rénovation énergétique et lutter contre la vacance de logements. Le candidat de la liste Ensemble pour Marseille, veut instaurer des « zones prioritaires de réhabilitation » et propose quant à lui de renforcer les sanctions contre les marchands de sommeil. De son côté, Stéphane Ravier propose bien de « rénover et réhabiliter le parc HLM existant » mais, ne prévoit aucun nouveau logement social dans une ville qui compte à peine 23 % de ce type de logements, qui sont concentrés dans certains quartiers, alors que trois quarts des Marseillais y sont pourtant éligibles.

Autour de la même problématique, les écoles cette fois : menus des cantines inadaptés, personnel éducatif débordé et en sous-effectif mais, surtout des locaux qui tombent en ruine, à tel point que Libération titrait en 2016 « les écoles à Marseille sont la honte de la République ». En 2020, quelle perspective pour les jeunes Marseillais ? Là-dessus, tout le monde est d’accord : il faut rénover urgemment, prioriser le bio et les circuits courts pour la nourriture, créer plus de place en crèche, faire de l’apprentissage de la natation la norme pour tous les élèves… Le « plan Charlemagne » de Mme Vassal où les « États généraux des écoles marseillaises » de Mr Gilles ont un but commun : redorer le blason de l’École. Sur le même sujet, le candidat du Rassemblement national suit difficilement (en proposant le financement de la blouse pour les écoles volontaires) un programme plus que conséquent mis en place par le Printemps Marseillais (74 engagements sur 7 thèmes « éducation»).

La sécurité, un thème phare

Mais c’est sur la sécurité que Ravier se rattrape : thème phare de son programme, il ne lésine par sur la rhétorique nationaliste pour exposer ses idées, oubliant le politiquement correct pour aller jusqu’à flirter avec des mesures liberticides et xénophobes : « interdiction des manifestations islamistes », « expulser les familles de délinquants mineurs », il veut « repenser la vidéoprotection pour traquer racaille et trafiquants » tout en augmentant le nombre de commissariats et de policiers. Dans la même veine, la tête de liste des Républicains dit vouloir tripler le nombre de policiers municipaux en six ans et doubler le nombre de caméras de vidéosurveillance. Quant à Bruno Gilles, il prévoit 1000 policiers en plus et une meilleure répartition de la police sur le territoire marseillais.

Sur ce sujet, la liste d’Union de la gauche a choisi de se placer en complète opposition avec ses concurrents de droite : pour faire face au sentiment d’insécurité de certains marseillais, elle affirme que « la sécurité ne se réduit pas au déploiement de la police et aux caméras de vidéosurveillance ». Aux yeux du Printemps Marseillais, c’est plus de prévention qui pourrait mettre fin à des problèmes dont l’origine serait sociétale (inégalités socio-économiques, violences familiales et conjugales, insuffisance de la prise en charge de la toxicomanie, etc). Ils s’engagent à redonner à la police municipale son rôle de proximité (laissant le rôle répressif à la police nationale), proposent un moratoire sur les techniques de vidéosurveillance et des formations plus adaptées aux missions des policiers.

L’ambition d’une cité verte

Dernier mais non des moindres, le thème de l’environnement et de la transition écologique fait une apparition, parfois un peu timide et forcée, dans tous les programmes : il est intrinsèque à celui de la liste majoritaire au premier tour, liste à laquelle se sont d’ailleurs ralliés les têtes de liste et l’ensemble des candidats sous la bannière Europe Ecologie Les Verts (EELV), à l’exception de Chahidati Soilihi (5,38% des voix au premier tour dans le 8ème secteur), qui annonce son ralliement à la sénatrice DVG Samia Ghali pour éviter « des divisions politiques incompréhensibles qui font le jeu du Front National ». Partout, les candidats EELV évoquent un choix de « cohérence », après avoir choisi de se présenter de leur côté dans tous les secteurs de la ville au premier tour. « Je pense que dans l’inconscient de tous les marseillais, il y avait en effet deux listes EELV. C’était presque écrit qu’au second tour on allait se retrouver, puisque notre objectif était le même, à savoir changer la ville, gagner, enlever cette équipe qui depuis 25 ans stérilise Marseille et engager la ville dans une transition écologique, plus démocratique. » déclare Christine Juste, porte-parole EELV pour la région PACA. Mais la liste adverse n’est pas en reste : l’une des ambitions majeures et affichées de Martine Vassal est de faire de Marseille la « Capitale Verte de l’Europe » à l’horizon 2026, notamment grâce à de grandes mesures phares : arrêter la bétonisation, créer des espaces publics végétalisés, prolonger le tramway, développer les pistes cyclables, … .

L’arrêt de la bétonisation est aussi un engagement de Stéphane Ravier, qui veut « préserver les poumons verts » de la ville et créer des fermes urbaines, des jardins et potagers partagés au sein de la cité. Petite dernière, l’opération « Prêt… Plantez ! » de Bruno Gilles vise à planter quelque 50 000 arbres à Marseille. Il promet également une autosuffisance énergétique sans toutefois annoncer de mesures permettant de l’atteindre.

Tout reste encore à jouer

Malgré une campagne mouvementée, les querelles intestines qui agitent têtes de liste, adhérents et sympathisants politiques sont toutefois loin de toucher la majorité des votants. La cité marseillaise fait face à une situation inédite d’unité de la Gauche rassemblée derrière la liste du Printemps Marseillais, face à une droite désunie, divisée et en désaccord souvent plus sur la forme que sur le fond. Alors qu’aucune majorité absolue ne semble vouloir se dessiner, il est toujours impossible de savoir qui du réveil démocratique ou du rejet de la classe politique l’emportera ce dimanche. Dans son dernier sondage pour La marseillaise et Maritima Medias, publié ce vendredi matin, l’institut Ifop donne une courte avance de 5 points à la liste de Michèle Rubirola (35%), talonnée de près par celle de Martine Vassal (30%), laissant 22% des votes à la liste du Rassemblement National et seulement 6% à celle de Bruno Gilles. Dans la bataille pour la mairie de Marseille, tout reste encore à jouer.

Source de l’image mise en avant : Stephane Martin