Brexit : vers un no deal ? 

Suite au sommet de jeudi dernier, quelques dossiers restent encore non réglés : parmi eux, la pêche. Tandis que Boris Johnson fait planer la menace d’un «no deal», la France tente tant bien que mal de protéger ses pêcheurs. La tension monte entre Bruxelles et Londres, se dirige-t-on vers un «no deal» ? 

Les pêcheurs «ne sauraient être les sacrifiés du Brexit» annonçait Emmanuel Macron jeudi dernier. Il faut en effet comprendre que la plupart des pêcheurs français pratiquent leur activité dans les zones maritimes britanniques. On considère qu’environ 30% de la pêche française provient des eaux anglaises. Ce serait donc, en pleine crise sanitaire, un coup dur pour le secteur français, d’autant plus que d’autres bateaux de pêche européens, néerlandais ou belges, se rabatteraient sur les eaux françaises. 

La france est la principale concernée par le secteur de la pêche, mais les autres membres de l’UE semblent néanmoins faire bloc derrière Paris. Nous pouvons donc au moins nous réjouir d’un semblant d’unité chez les européens dans le «dossier Brexit»

Le Royaume-Uni veut sa souveraineté ! 

Et c’est bien ce qui effraye les européens ! Les règles de concurrence, comme le règlement des différends, restent encore flous. Bruxelles craint que le Royaume Uni n’en fasse qu’à sa tête, quitte à mettre en péril les entreprises européennes avec une concurrence déloyale, en soutenant massivement ses entreprises.  L’UE tente également de tout faire pour éviter un dumping social, fiscal ou environnemental. Les négociations sont rudes et Boris Johnson estime pour le moment que les propositions européennes sont «inacceptables» et menace l’Union avec un scénario «à l’Australienne», c’est à dire à un «no deal»

Ce sont également les droits de douanes qui sont discutés, car en cas de «no deal», ce seront les règles de l’OMC qui seront appliquées. C’est à dire des droits de douanes très importants. Le commerce avec le Royaume Uni sera donc plus coûteux, les importations seront plus chères, le consommateur en paiera donc les conséquences. Quant aux exportations, elles seront bien moins compétitives…  

Des négociations intensifiées face à une date butoire qui se rapproche … 

Le prochain rendez-vous semble se dessiner au alentours du 15 novembre. 

Cependant dès lundi les deux négociateurs, Michel Barnier et David Frost discuterons du format des négociations à venir. 

L’Union européenne comme le Royaume Uni ne semblent rien vouloir lâcher, les négociations s’annoncent encore plus tendues, la tension monte de plus en plus car le 31 décembre approche à grand pas. Un «no deal» aurait des conséquences économiques dramatiques, en pleine crise sanitaire et économique ce n’est absolument pas souhaitable. 

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon déplore ainsi que chaque heure consacrée au Brexit est une heure perdue dans la lutte contre le Covid 19. 

Armes nucléaires : une réelle menace ?

75 ans après les tristements célèbres bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, où en est-on aujourd’hui du nucléaire militaire ? Qui possède quoi, pourquoi et surtout y a-t-il un risque d’utilisation ? Patrice Bouvert, co porte-parole de l’organisme ICAN (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) répond à nos questions.

En 1968, les grandes puissances décident de créer un traité de non-prolifération nucléaire (TNP) pour empêcher que des états n’ayant pas encore l’arme nucléaire, la développent. Depuis, 191 pays ont signé ce traité. Le monde est dans une phase de désarmement, on passe de 64 000 ogives nucléaires en 1986 à 17 000 aujourd’hui. Une nouvelle étape est franchie en 2017 lorsque l’ONU propose un traité d’interdiction des armes nucléaires. Ce n’est qu’une semi-réussite puisque les grandes puissances détentrices de l’arme nucléaire ne le signent pas, estimant qu’elle est nécessaire dans la politique de défense et dans la politique de dissuasion.

Qui possède l’arme nucléaire de nos jours ?

Il y a 9 détenteurs de cette arme : Les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni et la Chine la possèdent officiellement. Mais d’autres pays sont plus ou moins en train de mettre au point un arsenal nucléaire : le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, l’Iran et Israël. Il ne faut pas oublier également les états qui hébergent sur leur sol des armes américaines, comme l’Allemagne.

Il semble que le monde s’oriente à nouveau vers un processus de modernisation et de prolifération des armes nucléaires.

Quelles sont les principales menaces actuellement ?

«Elles tiennent surtout des puissances nucléaires […], principalement des États-Unis qui remettent en cause tous les accords de traités internationaux sur les armes nucléaires.»

Patrice Bouvert cite par exemple le cas de l’Iran qui est tenté de faire des essais nucléaires depuis que Trump a quitté l’accord. Celui-ci stipulait la réduction des armes nucléaires iraniennes contre des relations commerciales, signé en 2005.

«La principale menace c’est les tensions créées par les puissances nucléaires elles-mêmes, vis-à-vis d’autres États et non pas les armes en soi.»

Les tensions entre la Chine et les États-Unis peuvent-elles conduire à une utilisation de ces armes ?

«On ne pense pas que ces tensions arriveront jusqu’à l’utilisation de cet arsenal. L’arme nucléaire sert à faire monter la tension dans les rapports de domination, qu’ils ont actuellement

Et la Corée du Nord ?

P. Bouvert rappelle qu’en vue de la Corée du Nord, nous n’intervenons pas directement sur le terrain à la différence de l’Iran et de l’Irak, nous mettons des sanctions. «La Corée du Nord sert sûrement d’enjeu aux relations sino-américaines. Si l’enjeu était vraiment le désarmement, il y aurait déjà un embargo suffisant, pour obliger la Corée du Nord à réduire ses stocks d’armes nucléaires.»

Le mouvement de radicalisation du monde, avec des dirigeants plus extrêmes, constitue-t-il une menace attive ?

P.Bouvert rappelle qu’on ne sait pas jusqu’où va aller ce mouvement de radicalisation. En l’occurrence, ce n’est pas certain que Trump soit réélu en novembre. En ce qui concerne Kim Jong Un : «si on ne lève pas les restrictions économiques pour permettre à sa population de respirer, le président peut être dans un quitte ou double. une position presque suicidaire, notamment dans cette zone, en jouant la réélection de D.Trump. Le risque n’est pas sur le continent américain mais sur des bases implantées sur d’autres territoires. Il existe un risque qu’il n’y avait pas il y a quelques années.»

Et la France dans tout ça, elle en est où ?

«La France, non seulement continue de moderniser son arsenal, mais s’est aussi lancée dans un processus de renouvellement complet de son ensemble nucléaire. Pour rendre les missiles et les têtes nucléaires plus performants, plus précis et avec une plus grande portée, jusqu’à 10 000km !»

Patrice Bouvert souligne que pour la France il s’agit bien plus d’un outil de pression que d’une réelle volonté d’utilisation, bien que la doctrine sur les armes nucléaires prévoie des frappes d’avertissement possibles. «Un tir d’avertissement avec des armes nucléaires représente l’équivalent de 20 fois celle d’Hiroshima pour la plus petite.»

Est-ce que la modernisation de l’arsenal nucléaire français est contraire aux traités qu’elle a signé ?

«En ce qui concerne le traité de 2017 ( TIAN ) la question se pose moralement et non pas juridiquement. Pour le TNP, le traité prévoit qu’elle négocie au plus vite un désarmement nucléaire or elle ne mène aucune négociation sérieuse pour aller vers le désarmement nucléaire. Donc elle ne respecte pas son propre engagement.»

«Le problème c’est que l’on continue de penser les armes nucléaires comme la clé de voûte de la stratégie militaire française : les autres pays font de même et ça incite à la prolifération. Ce sont les puissances nucléaires qui alimentent ce risque de prolifération.»

Le risque ne vient donc pas tant des pays développant leurs arsenaux nucléaires que des grandes puissances qui n’arrivent pas à s’en séparer. Etant persuadés que ses armes sont essentielles sur la scène internationale. Cela entraîne une surenchère nucléaire. En somme, on continue d’être dans l’idée que pour être une grande puissance il faut détenir l’arme nucléaire. Comment interdire à des pays de développer la leur ?

Union européenne : vers plus de solidarité ?

La Commission européenne propose un plan de relance de 750 milliards d’euros pour sortir de la crise post-covid19. C’est l’Allemagne, jusqu’alors peu convaincue dans ce genre de politique de relance qui est contre toute attente, à l’origine de cette proposition. Faut-il y voir un regain de solidarité en UE ?

Une UE généreuse et bienveillante

750 milliards d’euros dont 70%, c’est-à-dire 500 milliards d’euros, non remboursable ! C’est cadeau ! L’UE devient plus que généreuse en débloquant des fonds exceptionnels pour venir en aide aux plus fragiles de l’union. Cet argent sera remboursé par des taxes, évitant ainsi d’accabler ses membres avec de nouvelles dettes.

Parmi ces taxes, la commission propose par exemple une taxe carbone aux frontières de l’UE pour pénaliser les importations de produits issus d’usines polluantes. Mais également un impôt sur les grandes entreprises, peut-être même une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Une UE qui mêle donc ses objectifs écologiques et économiques à ce plan de relance, qui n’est en aucun cas déconnecté de ses priorités.

C’est donc l’image d’une UE soucieuse de venir en aide à ses membres les plus accablés par la pandémie qui se dessine. Une UE qui se veut interventionniste après des années de politique d’austérité, une UE qui n’a pas peur de dépenser, une UE solidaire en somme.

Tous solidaires vraiment ?

Aider les plus démunis, certes c’est vertueux, mais qui va payer ? Les taxes ne séduisent pas les pays du nord ! Ceux qu’on appelle les « frugaux » ou encore les « radins ». Ceux qui se portent bien et qui en ont assez de cette union où ils payent plus qu’ils ne reçoivent. En somme, les riches de l’UE en ont assez de porter à bout de bras les plus démunis, qui ne se réforment pas assez vite et efficacement selon eux. Ce sont avec ces mêmes pays que Charles Michel, président du conseil européen doit composer.

Ce sont également des pays comme la France et l’Allemagne qui vont recevoir assez peu d’aide de ce plan de relance, et vont néanmoins devoir subvenir aux besoins des autres membres plus en détresse, tout en ayant pas les mêmes ressources que les pays nordiques.

Un carrefour pour l’UE

Alors que les Britanniques quittent l’UE, celle-ci fait face à une crise qui est à la fois destructrice mais également l’occasion de changer son fonctionnement. L’occasion de se reposer la question fondamentale, qu’attendons de l’UE ? Une UE économique, politique, social ? Un projet de paix qui suscite bien des tensions entre ses membres, c’est peut-être le moment de se mettre au clair, notamment sur notre capacité à former une véritable union.

Une union c’est un ensemble d’entités qui décident de se réunir et d’avancer main dans la main en se promettant une entraide mutuelle. Or, union signifie bien une agglomération de diverses entités. Et c’est bien cette diversité qui pose problème. En somme, ce sont toujours les plus riches qui vont aider les plus pauvres. Les plus privilégiés de l’union ne gagnent qu’une bonne conscience. Et cela ne semble pas suffire à ces pays qui critiquent une solidarité qui ne va que dans un sens. Les pays du nord de l’Europe viennent en aide aux pays de l’est et du sud de l’Europe, et l’on voit assez peu aujourd’hui comment la situation pourrait s’inverser.

C’est donc un moment important pour l’UE que ce plan de relance, qui incite à la solidarité dans une période difficile. Le 17 et le 18 juillet ce plan sera discuté par les membres de l’UE, pour savoir si l’on se serra les coudes pour sortir ensemble de la crise, et surtout si les pays du nord, accepteront, au nom de l’union, d’apporter leur précieuse aide.

Crédit photo : Claude Truong-Ngoc

Le capital au XXI ème siècle : le documentaire sur l’histoire des inégalités

Ce documentaire est tiré de l’ouvrage de Thomas Piketty, le célèbre économiste de gauche, qui propose un format plus accessible de sa pensée. Le documentaire est réalisé par Justin Pemberton et il est encore visible dans votre salle de cinéma !

Un historique de la répartition de la richesse

XVIII, XIX, XX et XXI ème siècles… Le documentaire brasse des siècles d’histoire avec un prisme : le capital. Qui détient le capital à telle époque et pourquoi ? Est-ce la bourgeoisie ? Le peuple ?

Vous aurez à faire avec ce documentaire à une chronologie palpitante qui nous dévoile les mécanismes de la captation de richesse. C’est également l’évolution des mentalités qui est frappante, bien que l’idéal d’égalité soit désiré depuis la nuit des temps.

Écoutons l’auteur, car c’est lui qui en parle le mieux

Un retour au XVIII ème siècle ?

Liberté, égalité, fraternité : des mots bien vides dès lors que l’on sait que seulement un dixième de la population détient les trois quarts des richesses. Nos mentalités ont certes évolué vers un désir d’égalité entre les hommes : « tous les hommes naissent libres et égaux en droit« . Il semble cependant, et d’après T. Piketty, que nous assistions de nouveau à une polarisation de la société. La classe moyenne, constituée après la Seconde guerre mondiale ( moyennisation de la société ), s’effrite. Le schéma qui se dessine est celui de deux camps, d’un côté les super riches, de l’autre, les super pauvres.

Thomas Piketty propose néanmoins des solutions pour échapper à cette situation, qui selon lui, serait dramatique. Bien que vous vous en doutiez certainement, nous vous laissons les découvrir, soit en lisant le livre, soit en visionnant le documentaire, qui rappelons, est disponible dans votre cinéma le plus proche !

Découvrez juste ici la bande annonce :

Crédit photo : Pixabay

Édito de 20h : Poutine président jusqu’en 2036, la provocation russe

Grâce à la large victoire du « oui » au dernier référendum, Vladimir Poutine a la possibilité de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Ce référendum apparaît comme le moyen de consolider le pouvoir après une crise sanitaire déstabilisatrice et constitue un affront indirect aux démocraties occidentales.

Prévu initialement en avril, le référendum souhaité par Vladimir Poutine s’est tenu du 25 juin au 1er juillet. Un référendum qui a un double objectif : consolider le pouvoir et redorer son image post covid 19.

Un pouvoir fort : oui !

C’est donc comme nous pouvions nous y attendre, le « oui » qui l’emporte largement (72,92%). Le président russe pourra ainsi rester au pouvoir jusqu’en 2036 s’il le souhaite. Il peut désormais effectuer deux mandats supplémentaires après la fin de celui-ci, prévue pour 2024.

32 ans de règne et peut être plus !

Président pour la première fois en 2000, il s’éclipse entre 2008 et 2012 pour céder le « trône » à Dmitri Medvedev et mieux revenir en 2012. Le compte est bon, s’il reste au pouvoir jusqu’en 2036, Vladimir Poutine aura présidé le plus grand territoire du monde pendant 32 ans !

La succession de nouveaux amendements et les victoires éclatantes lors d’élections ou de référendum semblent cacher des pratiques assez peu démocratiques et même dictaroriales. L’apparente démocratie n’est qu’un outil à des coups d’états légaux.

Comment faire passer un référendum ? Retrouvez ici les astuces du Kremlin !

Pour les participants au vote, une loterie était organisée ! Les russes pouvaient y gagner des lots ou des bons d’achats ! Les bureaux de vote étaient même parfois installés en pleine rue, avec une surveillance des urnes, assez anecdotique semble t’il. De quoi inspirer nos démocraties occidentales qui luttent tant bien que mal contre l’abstention. Et pourquoi pas faire marcher l’électeur à la carotte ? Plus efficace encore, contraindre des personnes à aller voter et menacer les opposants. Une méthode qui a fait ses preuves.

Une atteinte à la souveraineté du peuple russe

Alexeï Navalny, opposant au Kremlin, dénonce un « énorme mensonge » tandis que l’ONG Golos y voit une grave atteinte à la souveraineté du peuple russe. Elle a notamment reçu plus de 2000 signalements de fonctionnaires contraints de se rendre aux urnes.

Il n’y que les Nenets qui se sont opposés au référendum. Il fallait bien qu’il y ait un peu de « non » quelque part pour conserver le voile démocratique. Quant à l’avis des Nenets, on peut dire qu’il compte pour du beurre. Après tout, ce ne sont pas des semi-nomades éleveurs de Rennes qui vont avoir leur mot à dire sur l’avenir du pays.

Une provocation russe encore et toujours

Juste à l’est, à la périphérie de l’UE, c’est un immense territoire qui affiche, avec bien peu de pudeur son caractère non démocratique. Que pouvons nous faire ? Devons nous vraiment faire quelque chose ? Après tout, ce pays n’a pas choisi de vivre selon nos valeurs démocratiques occidentales et c’est son choix. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser la démocratie comme indispensable, et c’est tout à notre honneur. Mais c’est également ainsi que la Russie tout comme la Chine se rient de nos valeurs et de nos principes en nous provoquant lors d’élections ou de référendums. La Russie semble néanmoins encore un peu timide à afficher clairement son caractère autoritaire, à la différence de la Chine.

Rappelons que cette provocation ne touche pas seulement au domaine de la démocratie mais bien également aux droits des populations. Par exemple, avec ce référendum, Vladimir Poutine rappelle que seuls les couples hétérosexuels peuvent se marier. Il semble difficile pour nous de vouloir étendre notre mode de vie à notre voisin russe. D’ailleurs, même lorsque nous intervenons, le Kremlin ne tremble pas. Vladimir Poutine rappelle qu’il ne rendra ni la Crimée, ni les îles Kouriles.

Nous européens, risquons d’être outrés par l’attitude russe pour encore un moment..

Crédit photo : wikimedia commons

(Édito du samedi) Relocalisations : utopie ou réalité ?

« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie » a déclaré Emmanuel Macron. La crise sanitaire a mis en lumière nos dépendances à d’autres pays. Médicaments et masques ne sont plus produits en France et en Europe. Nous avons perdu notre capacité à produire des biens de production de première nécessité. Le président a donc annoncé la relocalisation de certaines « productions critiques« , comme le paracétamol.

Les dérives de la mondialisation

Les usines françaises, désormais délocalisées pour la plupart, vers les pays de production à bas coût (en raison des charges salariales, de la protection sociale très faibles ou inexistantes) sont dépendantes des relations entre pays d’origine et pays d’implantation. Ce modèle productiviste très efficace a un risque majeur : la dépendance.

La mondialisation a mis en concurrence les territoires, les nations. Les pays se sont spécialisés et les chaînes de production sont étalées sur de multiples territoires. Chaque usine produit une pièce précise, en très grand nombre, pour réaliser des économies d’échelles. Il y a donc une interdépendance des pays pour la fabrication d’un bien, une voiture par exemple. Outre nos différends politiques, nous produisons ensemble. C’est donc à la fois une promesse de paix, pour conserver nos avantages économiques nous gardons des relations relativement pacifistes, mais aussi le risque de ne plus pouvoir produire tel ou tel bien en cas de désaccord majeur.

Nous sommes dépendants des relations diplomatiques avec les « pays usines »

Cela signifie, limiter les désaccords, et donc fermer les yeux sur des pratiques contraires à nos valeurs. Par exemple, le travail des enfants, les conditions de travail, l’utilisation de produits toxiques, ou encore la démocratie et la liberté d’expression. Autant de dispositions qui pour nous Européens sont des problèmes, et contre lesquels nous pouvons difficilement protester au risque de lourdes sanctions économiques.

Nous sommes dépendants dans l’urgence

C’est ce que nous avons vu avec la crise du covid-19. La vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, estime que la crise du coronavirus a « révélé notre dépendance morbide vis-à-vis de la Chine et de l’Inde en matière de produits pharmaceutiques« . Pas assez de médicaments, pas assez de masques et une impossibilité d’en produire chez nous. Et si la Chine avait refusé de nous envoyer des masques ? Et si nous avions été à court de paracétamol ?

Le « made in France » : oui, mais à quel coût ?

Voilà pourquoi nous remettons le sujet de la relocalisation sur la table. Faire du « made in France » : c’est alléchant, c’est plus authentique, ça nous rappelle le bon vieux temps. Oui mais si nous avons délocalisé, c’est qu’il y avait de bonnes raisons à cela. Relocaliser, c’est s’attendre à une hausse des prix des produits. En France, la protection des travailleurs est très couteuse pour les entreprises et les salaires sont plus élevés. Les prix seront donc nécessairement plus importants. Le pouvoir d’achat des Français sera-t-il à même d’encaisser ces hausses de prix ? L’État entend aider les entreprises à supporter les coûts. Reste à voir jusqu’à quel point l’État aidera. Dans tous les cas, il y aura un coût supplémentaire, soit pour l’État (aides aux entreprises et remboursement des médicaments qui seront plus chers), soit pour les citoyens, et certainement pour les deux.

Reportage sur la relocalisation

Relocaliser c’est donc s’assurer de produire Français et de ne pas se retrouver dans des situations critiques de rupture de stocks et de dépendance. Mais relocaliser c’est payer plus cher. Reste à savoir si nous sommes prêts, et surtout capables de mettre le prix pour notre indépendance. Suite aux manifestations des Gilets jaunes et à la crise économique naissante dû au covid-19, il semble difficile de demander à la population française de payer plus… Cette charge semble donc être adjointe à l’État, ce qui l’oblige à se « providencialiser » d’avantage.

(Municicaqs #4) – Le Havre, Édouard Philippe en danger ?

Après Saint-Denis, Dijon et Nîmes, CAQS continue le tour des grandes villes françaises pour vous faire vivre les municipales ! Aujourd’hui, direction le premier port français de transport de conteneurs : Le Havre. Deux candidats s’affrontent au second tour : Edouard Philippe (LREM) et Jean-Paul Lecoq (gauche).

Obtenant 35, 88 % des voix au premier tour des élections municipales, le candidat de gauche Jean-Paul Lecoq confirme qu’il est bel et bien dans la course ! Face aux 43, 60% du premier ministre, pour certain la bataille est déjà jouée. Or, avec seulement 39,58 % de participation et donc une abstention record dû à l’épidémie du covid 19, le second tour pourrait bien rebattre les cartes …

Revenons ensemble sur les mesures phares de l’élection

Une troisième ligne de tramway ou les transports en commun gratuits ?

Jean-Paul Lecoq défend la gratuité des transports en communs : « ça change vraiment la vie dans une ville » explique t-il au débat avant le premier tour des élections. Il plaide une « gratuité dès le début [ du mandat ], le week-end, et aussi pour les classes, parce qu’on considère que les gamins dans les écoles ne doivent pas avoir la gratuité de transports que deux fois dans l’année, et, que vous soyez à l’école à Mont-Gaillard ou que vous soyez à l’école au centre-ville, vous devez pouvoir accéder à tous ce qu’offre la ville à travers le transport gratuit. »

La gratuité des transports en commun est une mesure séduisante. Elle faciliterait la mobilité pour les ménages les plus fragiles économiquement, donc un désenclavement de certain quartiers. Oui mais comment financer une telle mesure ?

Pour Edouard Philippe, « il y a fort à craindre que ça se traduise par des impôts ». La grande crainte de cette mesure est en effet une augmentation des impôts. Beaucoup n’y crois pas vraiment, comme par exemple Camille, étudiante havraise : « ça serait top des transports gratuits même si je pense que cela n’est pas vraiment possible mais ça pourrait être pas mal au vu des prix exorbitants qui peuvent en ressortir » .

Gaelle Caetano, deuxième sur la liste de Jean-Paul Lecoq, en interview pour nous, répond : « c’est la grande question ! Moi je ne peux pas vous dire on ne payera pas d’impôts complémentaires, je ne peux pas vous dire on ne touche pas aux impôts. Le but c’est que les impôts ne soient pas touchés concrètement, le but c’est que ce soit financé par des aides » […]  » on essaye de faire au mieux pour ne pas que les impôts soient augmentés mais on ne peut pas non plus savoir le financement de l’état ». Elle insiste sur le fait que les citoyens seront consultés, et qu’en cas de refus de payer plus d’impôts pour permettre la gratuité des transports en commun, la volonté des citoyens sera respectée. Est- ce qu’on peut penser que si les impôts augmentaient, le coût reviendrai à moins cher aux familles qui utilisent les transports en commun ? « Tout à fait. » nous répond madame Caetano.

Le premier ministre, en revanche, défend plutôt une tarification différente selon les revenus et les statuts des individus. Jeanne, étudiante havraise redoute ainsi un coup trop élevé des mesures de gratuité et préférerait une tarification différenciée: « Même si c’est souhaitable, il est difficile d’instaurer une gratuité totale, cela coûterait très cher à l’agglomération qui essaie déjà d’amortir le coût du tramway. Malgré tout, je pense qu’il est vraiment nécessaire d’instaurer une gratuité pour ceux qui en ont besoin et ont pour l’instant droit au demi-tarif ou à l’abonnement solidaire comme les ménages avec de faibles revenus, les étudiants… D’autant plus qu’ils vivent souvent dans les quartiers où le coût de la vie est le moins cher, les banlieues, donc ils sont plus reculés par rapport au centre de la ville, logiquement ils ont plus besoin de prendre les transports en communs. »

La rédaction du Monde propose un podcast intéressant pour se faire un avis sur le sujet :

Gratuité ou performance ? « Ce qui m’intéresse c’est de développer et d’améliorer la qualité du réseau » déclare le premier ministre. Selon lui, il est plus intéressant de construire une nouvelle ligne de tramway « parce que ça marche ». Il y a en effet, une hausse de la fréquentation du tramway et donc un désenclavement des quartiers désormais relié à la ville par le tramway. Pour Gaelle Caetano cette mesure doit être discutée avec les habitants. Et justement qu’en pense Camille et Jeanne ?

Le tramway havrais

Pour les deux étudiantes, c’est une dépense qui n’est pas nécessaire : « La troisième ligne de tram est une bonne idée, mais elle va coûter très cher alors que les deux lignes déjà existantes n’ont pas encore été rentabilisées et que cet argent pourrait être investi ailleurs, dans la gratuité des transports en commun par exemple. Le tram créerait une ligne plus directe, plus rapide, mais les bus et le TER relient déjà Montivilliers, l’hôpital Monod, les quartiers Sud et le stade Océane (qui sont les endroits par lesquels passeraient la troisième ligne) au centre de la ville. » déclare Jeanne. « Je pense que l’on peut se passer d’une troisième ligne de tram, on en a déjà deux qui font quand même pas mal d’arrêts » affirme Camille.

La santé

La pandémie du covid 19 met la question de la santé au premier plan. Qu’en penses nos deux candidats ?

Pour Jean-Paul Lecoq, il faut créer un centre de santé municipal avec médecins et professionnels de santé salariés par la ville, avec des antennes décentralisées ou mobiles sur les quartiers. Pourquoi des médecins salariés ? Parce qu’il considère qu’un grand nombre de jeunes médecins diplômés pourraient accepter d’exercer plus facilement s’ils étaient salariés, notamment des femmes qu’ils veulent faire de la médecine, gagner leur vie et avoir une vie à coté. Il faut défendre l’hôpital au près des autorités, selon lui. L’idée est également de palier au manque de médecins, non pas en demandant à des médecins retraités de revenir dans leur cabinet, mais bien en laissant la place à la jeunesse, rappelle Gaelle Caetano.

Edouard Philippe, insiste sur le formation de jeunes médecins au Havre et ce, dès la première année de médecine ! Plus des étudiants en médecine seront formés au Havre, plus il en restera pour exercer dans la ville selon lui. Autre mesure importante que le premier ministre souhaite mettre en place, la maison des aidants. Un lieu où les personnes qui aident un proche pourront trouver de l’aide et des solutions pour atténuer le poids de cette prise en charge.

L’écologie

Nos deux candidats reconnaissent qu’il y a urgence en matière écologique !

Le point noir par excellence de la ville : la décharge de Dollemard. Tandis que Jean-Paul Lecoq souhaite démanteler entièrement le tas de décombres de plus d’un kilomètre de long, Edouard Philippe est plus nuancé, en affirmant que sur cette verrue écologique se sont créés des écosystèmes .. et que la démanteler d’un coup risquerait non seulement de fragiliser la falaise ( non sans risques d’écroulement ), mais également de mettre en danger des espèces ayant trouvées refuge dans celle-ci. Néanmoins, les deux candidats estiment urgent d’agir sur ce point, pour éviter que les déchets soient, comme c’est le cas aujourd’hui, rejetés dans la mer. Pour ce qui est des mobilités douces et de la végétalisation, tous les deux proposent des mesures.

La décharge de Dollemard

Jean-Paul Lecoq et la proximité avec les citoyens :

La gauche entend bien rester à l’écoute des havrais et havraises. Toutes les mesures seront discutés, dans des conseils de quartiers, et via des référendums. Avec 60% de citoyens havrais sur sa liste, c’est une gauche qui prône la proximité avec l’habitant. Et ce n’est pas sans déplaire, car selon les deux étudiantes interrogées, la démocratie participative est encore bien faible au Havre : « Pour l’instant les conseils de quartier se réunissent une fois par an et partagent leurs demandes et remarques aux élus, mais ils n’ont pas de poids démocratique réel. La plupart des havrais ne savent sans doute pas qu’ils existent. Le fait d’instaurer des conseils plus actifs, plus représentatifs, et qui pourraient vraiment être impliqués démocratiquement dans les prises de décisions, permettrait sans doute que celles-ci soient plus en accord avec les attentes des havrais.» nous confie Jeanne.

Une large place semble être réservée à la parole des havrais dans le programme de monsieur Lecoq. Pourtant, une partie de la population ne risque-t-elle pas de ne pas participer à ces débats citoyens, aux prises de décision ? Gaelle Caetano nous répond que l’idée sera d’aller voir les gens, d’aller parler avec eux. Non pas les forcer à participer, mais leur faire connaitre la possibilité de participer à la mise en place de projets au Havre. Un Havre citoyen donc ! Des idées qui semblent d’autant plus séduisantes que la crise du coronavirus à mis en exergue le besoin de solidarité et d’écoute de la population.

Jean-Paul Lecoq à l’assemblée nationale en 2019 rappelle l’importance de la démocratie locale.

Edouard Philippe : un Havre plus attractif et plus dynamique !

Le Havre, une ville attractive ? « Le nombre d’étudiants est en hausse, mais il me semble qu’il s’agit surtout de havrais, ou de normands pour qui l’université du Havre est la fac la plus proche. Excepté l’ISEL et science po Asie, il n’y a pas de filière d’étude particulièrement attractive ou originale. On vient rarement de loin pour étudier au Havre. L’ambiance et le dynamisme étudiants de la ville ne sont donc pas très développés, il faut reconnaître que la ville n’a pas très bonne réputation, elle n’a pas une image attractive. » rapporte Jeanne. Pour Camille, Le Havre n’est pas une ville étudiante : « Je ne trouve pas spécialement [ que Le Havre soit une ville ] étudiante, enfin je ne pense pas directement à celle-ci quand je pense à une ville étudiante ! »

Pour palier à cela, Edouard Philippe et son équipe propose de faire passer le nombre d’étudiants de 13 000 à 15 000. Pour cela, ils souhaitent accueillir la future Université Régionale des Métiers et de l’Artisanat (URMA), achever la création du campus autour de la gare et des bassins, développer les formations en apprentissage, « qui sont souvent les meilleures façons d’accéder à l’emploi. »

Le premier port de conteneurs français ! Un port qui se situe sur l’Axe Seine et qui entend bien en profiter avec la fusion des établissements portuaire. Le développement de Port 2000. La filière éolienne en pleine expansion, où le premier ministre y prévoit la création d’une centaine d’emplois.

Le port du Havre et ses conteneurs

La crise sanitaire aura fortement marquée les esprits, y faisant apparaître de nouvelles craintes. La crise économique qui s’annonce pourrait pousser à voter plutôt pour le premier ministre. En revanche, les inquiétudes démocratiques et la volonté d’une plus grande proximité avec les autorités pourrait jouer en faveur du candidat du Havre citoyen. La mairie havraise n’est pas assurée pour Edouard Philippe malgré son avance au premier tour. Il s’est passé tant de choses entre le premier et le second tour que les résultats précédents sont susceptibles d’être profondément modifiés.

Pour revoir le débat avant le premier tour des élections municipales :

Crédit photo : ROLY0968 – Flickr.com

Il y a 53 ans, les USA autorisaient le mariage entre blancs et noirs

C’est grâce à Mildred Delores Jeter Loving, une femme d’ascendance afro-américaine et amérindienne, et Richard Perry Loving, ouvrier du bâtiment d’ascendance européenne, que la Virginie et l’ensemble des états américains dépénalisent le mariage inter-racial le 12 juin 1967.

Mildred et Richard vivent à l’époque en Virginie et souhaitent se marier, or conformément aux Racial Integrity Act de 1924 et à la politique raciste qui vise à préserver la pureté racial et à éviter à tout prix la « dégénérescence » de la race, ils ne le peuvent pas. Ces lois vont même jusqu’à autoriser la stérilisation de « marginaux », notamment les handicapés mentaux.

Mildred et Richard décident donc de se marier à Washington mais dès leur retour en Virginie, ils sont arrêtés et condamnés à un an de prison. C’est en citant le biologiste et anthropologue Johann Friedrich Blumenbach que le juge Leon Bazile se justifie :

« Dieu Tout-Puissant a créé les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et il les a placées sur des continents séparés. Et sans l’ingérence dans son arrangement, il n’y aurait aucune raison pour que de tels mariages aient lieu. Le fait qu’il ait séparé les races montre qu’il n’avait pas l’intention que les races se mélangent »

Mildred Loving

Une lutte de longue haleine

C’est en s’appuyant sur le quatorzième amendement de la constitution des Etats-Unis adopté en 1868 et visant à protéger les droit des anciens esclaves afro-américains, que le couple entame une série de procès.

Le 1er juin 1967, la Cour suprême s’oppose aux lois raciales en vigueur en Virginie : « Le mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence. […]  Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État. »

Suite à cela, les Etats-Unis connaissent un boom des mariages mixtes. Entre 1970 et 2005 le nombre mariages mixtes entre Afro-Américains et Blancs d’ascendance européenne a été multiplié par 6 en passant de 65.000 à 422.000 !

Un combat qui porte ses fruits

Grace à leur pugnacité, le couple a fait avancer le pays vers l’égalité raciale. Malgré cela, certains états conservent des textes prohibant les mariages mixtes, bien qu’ils ne soient pas appliqués. Il faut attendre l’an 2000 pour que le dernier état aux textes discriminatoires, l’Alabama, abroge enfin ces lois. C’est officiellement la fin des Jim Crow laws, les lois sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis, promulguées entre 1876 et 1965.

Mildred et Richard retournent vivre en Virginie et ont trois enfants. Mildred déclare, il y a 13 ans, suite aux décès de son mari : « Entourée comme je le suis par de merveilleux enfants et petits-enfants, pas un jour ne passe sans que je pense à Richard et à notre amour, notre droit de nous marier, et combien cela signifiait pour moi d’avoir la liberté d’épouser la personne précieuse pour moi, même si d’autres pensaient qu’il était le « mauvais genre de personne » pour m’épouser. Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. »

Grace à eux, les Etats-Unis ont fait un pas de plus vers l’égalité, la loi du 12 juin 1967 porte donc leur nom, en hommage à leur combat pour l’égalité et l’amour sans distinctions raciales.  « Je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Un film a été réalisé par Jeff Nichols en s’inspirant de cette histoire :

Un épisode marquant qui n’est pas sans rappeler les événements actuels. Le drame du décès de Georges Floyd, pourrait être, désastreusement, l’occasion de faire un pas de plus vers l’égalité aux Etats-Unis. A croire que l’égalité s’acquiert dans la souffrance…

Trump menace la paix mondiale en se retirant d’un nouvel accord

Donald Trump a annoncé jeudi dernier le retrait des États-Unis du traité « Ciel ouvert ». Le président américain autorise les pays membres à survoler les territoires étrangers pour vérifier qu’une nation ne s’arme pas en cachette. Donald Trump accuse la Russie de ne pas respecter les règles de l’accord et préfère quitter l’entente tant que les Russes n’en respecteront pas les principes.

Le traité a pour but de favoriser la paix et la confiance entre les pays membres. Grâce à lui, les agissements militaires sont sous contrôle. Un pays membre de l’accord ne peut pas s’armer en cachette, à moins qu’il ne joue pas le jeu…

Le traité établit un quota de survols. Il faut qu’il y ait un équilibre entre le nombre de survols qu’un pays mène et le nombre de survols acceptés au-dessus de son territoire. Or, la Russie ne respecte pas ces quotas depuis des années. Elle refuse, par exemple, la surveillance de l’Ossétie du sud ou de l’Oblast de Kaliningrad. Il semble que la Russie y déploie des armements stratégiques. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo accuse donc la Russie d’être « libre d’annuler ses obligations selon son désir, en refusant ou restreignant illégalement les vols d’observation d’Open Skies quand elle le souhaite« .

Faut-il pour autant se retirer du traité ?

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, bien que reconnaissant « les difficultés d’application du traité du coté de la Russie ces dernières années« , invite les États-Unis à « reconsidérer » leur décision. Pour lui, les violations russes ne justifient pas un retrait de la part des Américains. Les membres européens ont de la même façon reconnu les fâcheuses entorses russes mais sont attristés du départ des Américains : « Nous regrettons l’annonce du gouvernement des États-Unis de son intention de se retirer du traité « Ciel ouvert », bien que nous partagions ses préoccupations relatives à la mise en oeuvre des dispositions du traité par la Fédération de Russie » est écrit dans le communiqué du 22 mai 2020. Les États-Unis précisent que si la Russie se comporte désormais selon les règles du traité, ils feraient machine arrière.

Pays membres de l’Open Skies treaty

Quelle réponse de la Russie ?

Moscou prétend qu’il ne s’agit que de « questions techniques« . La meilleure défense étant l’attaque, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko accuse les États-Unis de menacer la paix et la sécurité en Europe. Il s’agit du troisième traité que les États-Unis quittent depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. En 2018, c’était l’accord sur le nucléaire iranien, puis, en 2019, c’était celui sur les armes nucléaires de portée intermédiaire.

Faut-il craindre une escalade des retraits sur les traités de désarmement ?

Eric Biagala, journaliste pour France info, parle d’un désengagement « beaucoup plus lourd de conséquences« . Le traité New Start, signé en 2010 entre la Russie et les États-Unis serait selon lui, menacé. Ce traité limite la capacité nucléaire de ces deux pays à 1550 ogives nucléaires. Le traité doit être renouvelé à son échéance, c’est-à-dire en février 2021, mais Trump semble peu enclin à le prolonger… Seule l’entrée de la Chine dans ce traité permettrait aux États-Unis de trouver un intérêt à y rester. Or, la Chine est pour le moment bien loin d’envisager une telle alliance militaire.

L’heure n’est donc plus à la confiance entre Américains et Russes. De désengagements en désengagements, les États-Unis prennent de la distance par rapport au monde. Les Américains ne font plus confiance à leurs alliés qui, admettons-le, ne sont pas tout blancs non plus. En protégeant la sacro-sainte Amérique, Trump met en péril la coopération et la confiance tissée entre les grands de ce monde. America First, ça c’est sûr…

Weekend de l’ascension : une possible relance de l’épidémie ?

Le weekend de l’ascension s’annonce très ensoleillé ! Après deux mois de confinement, les températures sont à la hausse et les gens ressortent enfin. Ces avant-goûts d’été ne doivent pas nous faire oublier le désastre de la crise sanitaire actuelle : non ce n’est pas fini !

« Il fait beau dehors, on sait que c’est très compliqué et la tentation est forte après des semaines de confinement », affirme Olivier Véran.

Si la plage à côté de chez vous est ouverte, restez prudent ! Le port du masque est obligatoire et les bains de soleil, à l’exception de quelques plages corses, sont interdits ! Vous pourrez néanmoins vous baigner, de préférence individuellement. Pas de rassemblements de plus de 10 personnes sur la plage bien entendu. La règle d’or est de rester en mouvement, ne pas s’assoir ou s’allonger sur la plage donc. Pour les urbains loin de la côte, si les parcs et jardins sont ouverts, profitez-en mais avec prudence !

Un weekend « test »

Sur la côte, on craint une arrivée massive de touristes, principalement des urbains venus chercher un peu de nature et de fraîcheur. Yannick Moreau, interviewé par BFM TV et maire des Sables-d’Olonne parle d’un weekend « test ». Il insiste fortement sur le respect des précautions sanitaires. « Il faut que nous comprenions que la phase est critique. Le confinement est levé, et maintenant si on reprend nos habitudes d’avant, l’épidémie va revenir. Il faut changer nos habitudes ».

Peut-on faire confiance aux Français pour respecter les mesures ?

Mercredi soir, les Parisiens ont envahi les Invalides et la police a dû intervenir pour disperser la foule. Pourtant, le gouvernement mise sur la responsabilité des Français. L’infectiologue Benjamin Davido, de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, soutient le même discours lors d’une interview pour BFM TV. Il invite les Français à reprendre leurs activités professionnelles et les loisirs, et compte sur leur sérieux pour appliquer les gestes barrières. « Il faut reprendre une vie avec des précautions et ne pas vivre dans une solitude, ni se marginaliser. Il faut faire attention aux autres, la transmission est verticale, j’ai conseillé à des amis proches de revoir leurs petits-enfants. Il faut que chacun se réapproprie l’espace de vie. La vérité, c’est qu’il faut apprendre à vivre avec, et la fin de cette épidémie sera le vaccin », assure-t-il. 

Le ministre de la Santé affirme néanmoins qu’il n’y a pas pour le moment, de signes d’une « re-croissance » du virus et qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

Il est donc obligatoire de respecter les gestes sanitaires pour éviter une nouvelle vague épidémique. Si trop d’incivilités sont relevées, les autorités municipales seront contraintes de fermer les lieux public récemment réouverts. C’est déjà le cas dans cinq communes du Morbihan et une du Finistère. Nous vous invitons donc à profiter du soleil en restant prudent !