Vague verte, Macron devient surfeur

Au lendemain du second tour des municipales, Emmanuel Macron annonce 146 propositions écologiques.

C’est sur une pelouse bien verte que le Président de la République a accueilli les membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique. Se doutait-il quelques semaines plus tôt, en choisissant cette date, qu’il succéderait sur les bandeaux des chaines d’info, à la vague verte des municipales ? Sûrement. Mais ce calcul politique et symbolique permettra-il au président de convaincre les électeurs écologiste d’hier de lui accorder leur confiance demain ? Tandis que les commentateurs politique attendent une réponse autant que le prochain remaniement, le Président a mis les petits plats dans les grands pour dévoiler l’avenir de son mandat et le grand plan écologique qui devrait voir le jour.

146 sur 149

Les membres tirés au sort de la Convention climat sont arrivés avec 149 propositions réparties au sein de 5 thématiques (consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir). Mais aussi un programme de financement et de modification de la constitution.

On pouvait attendre du Président une découpe de ce rapport, qu’il pioche dedans les propositions en accord avec ses valeurs et ses intérêts. Mais le chef d’Etat a été clair, dès le début du discours « je veux que toutes les propositions soient mises en œuvre au plus vite ». Puis, modérant son propos, il a évoqué les points sensibles du rapport notamment la difficile relation écologie-économie. Après avoir félicité les rapporteurs d’avoir « placé l’écologie au sein du système économique » et précisé qu’il partageait cette idée, le président a balayé l’idée d’une taxe de 4% sur les dividendes justifiant que « nous sommes déjà un pays très fiscalisé, je pense qu’accroître la fiscalité n’est pas une bonne idée (…) nous avons besoins d’attirer des capitaux français et étrangers ». Il a aussi évoqué dans son discours l’idée d’une écologie non punitive, arguant que la taxe carbone « était une des raisons, ce n’était pas la seule » qui a mené au mouvement des gilets jaunes l’an dernier. S’il s’agît ici d’un réel rejet de l’idée, le second véto posé par Emmanuel Macron est en réalité un report. Le président ne souhaite pas, pour le moment, entendre parler de l’abaissement de la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h.

Verdir la constitution par un référendum

Enfin, sur l’aspect constitutionnel du rapport un dernier véto a été posé. La modification du préambule de la constitution ne verra pas le jour mais celle de l’article premier aura sûrement lieu lors d’un futur référendum. À ce sujet, le président s’est exprimé ouvrant la voie au plébiscite tout en s’engageant à « proposer un texte au parlement en vue d’un référendum en 2021 ». Au-delà d’une simple modification de l’article premier, ce référendum pourrait aussi simplifier la mise en place d’une des 146 mesures phares : la reconnaissance de l’écocide. Un terme, dont le président s’est targué d’être le premier chef d’état à l’employer, et qui désigne la destruction d’un écosystème. Actuellement, ce terme n’est pas reconnu par l’institution judiciaire ce que souhaite Emmanuel Macron. Celui-ci annonce aussi porter ce projet de reconnaissance de l’écocide auprès des acteurs du droit internationale pour juger les coupables devant la Cour pénale internationale. L’intégration de l’écocide dans le futur référendum simplifierait sa complexe reconnaissance juridique.

L’application des propositions

Le président a commencé par expliquer en détail quelle serait la méthode de mise en œuvre de ces propositions. Une manière de faire gage de bonne volonté d’entrée de jeu face aux attentifs rapporteurs. Le possible référendum ne concernant pas la totalité des 146 propositions, le chef d’État a décidé de diversifier la méthode. Une partie sera arrêtée « dès juillet » par le gouvernement, une seconde sera intégrée au plan de relance économique et enfin la dernière vague de proposition à être légiféré, le sera au sein d’un projet de loi spécifique. Mais selon ce rythme, beaucoup de propositions devraient rester sur le carreau faute de ne pas appartenir au champ d’action de l’Etat. Pour pallier ce problème, le président souhaite réunir les collectivités territoriales et les élus afin de discuter de ces propositions.

Les membres de la convention climat vont donc encore devoir se battre auprès de nombreuses institutions pour voir un jour leurs propositions au Journal Officiel, le chemin reste long.

L’Accord de Cotonou fête ses 20 ans

Il s’agissait du plus grand accord de coopération Nord-Sud. L’Accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 fête ses 20 ans et prendra fin en décembre prochain avant qu’un nouvel accord ne soit signé.

Il était un symbole d’unilatéralisme conclu entre l’Union Européenne et les pays de l’ACP, l’Afrique Caraïbe Pacifique, pour poursuivre la Convention de Lomé signée en 1975. Construit autour de 3 grands axes communs aux 79 pays signataires, le développement, le commerce et la politique, il devait tirer sa révérence hier mais les négociations autour de l’accord qui lui succèdera ont tardé suite à la crise du coronavirus. Par conséquent, l’accord de Cotonou a été prorogé jusqu’en décembre prochain. Le temps aussi de tirer un bilan de cet accord à posteriori de la première vague de COVID-19 en Europe.

Un bilan très mitigé 

Ce bilan est avant tout marqué par un regard critique sur les 20 années de relations Europe-ACP qui viennent de s’écouler. Et à mesure que ce regard se pose sur des périodes, des zones et des relations précises, nous mesurons l’obsolescence d’un accord aussi global avec des pays aussi hétéroclites. L’ACP, au cœur de cet accord est à son origine un regroupement d’anciennes colonies britanniques, françaises et belges, mais qui, au-delà de leur histoire, et parfois de leur langue, n’ont pas toujours de points communs. Le regard porté sur ces pays en développement doit aujourd’hui être plus localisé. Les pays africains qui composent plus de 60% des membres de l’ACP offrent un nouveau regard sur une Afrique jeune et dynamique à l’inverse d’une Union européenne vieillissante en proie avec ses démons. Cette Europe stationnaire a aussi permis à de nombreux pays signataires de l’accord de Cotonou de diversifier leurs partenariats et notamment avec la Chine qui se fait de plus en plus présente dans les pays ACP.

L’axe développement de l’accord n’a pas toujours tenu ses promesses, bien que l’Afrique ait vu son espérance de vie progresser en moyenne d’une décennie depuis 2000. Le commerce quant à lui affiche un bilan encore plus médiocre puisque les importations européennes en Afrique ont chuté de 11% durant la dernière décennie. Les exportations ont diminué de 1%. La faute à la diversification des partenariats des pays africains avec d’autres continents que l’Europe. Enfin, d’un point de vue politique, la condition d’accès aux aides de l’U.E était de respecter les droits de l’homme, la démocratie et les principes de l’état ainsi que de montrer patte blanche en matière de corruption. De nombreux pays ont été sanctionnés pour manquement aux droits de l’Homme. Mais malgré des preuves accablantes et un article 97 formel, les gouvernements corrompus continuent de bénéficier des aides sans avoir été sanctionné. La décennie 2010 a aussi été marquée par les crises migratoires où l’absence de pays du Maghreb au sein de l’ACP ont compliqué les discussions. Mais aussi par l’arrivée toujours plus importante d’accords parallèles à celui de Cotonou comme les accords de libre-échange APE qui rendent parfois caduque le vicennal accord.

Des freins aux négociations

Il était donc grand temps de remplacer l’accord par un neuf, plus réaliste face aux enjeux économiques et politiques actuels. Mais de nombreuses difficultés ont compliqué les négociations débutées en septembre 2018 lors de la 73e Assemblée Générale de l’ONU. Les premières sont d’ordre financière et viennent de l’Union européenne. Depuis 2000, 13 pays ont rejoint l’U.E et 1 l’a quitté. Ces 13 pays, tout comme les 14 autres, contribuent à leur hauteur au financement de l’accord via la FED le Fond Européen d’Investissement. Un fond qui est en dehors du budget de l’U.E, où chacun peut donner ce qu’il souhaite, créant une dangereuse flexibilité du budget. Des pays comme l’Allemagne et d’autres pays nordiques ont d’ores et déjà fait vœux de prolonger l’Accord de Cotonou mais en dehors de l’ACP, trop hétérogène et onéreuse pour eux.

Du coté africain, c’est la question des droits de l’homme qui coince. L’arrivée de la Chine, bien moins soucieuse de ce sujet, a changé la donne. Certains chefs d’États disent pouvoir désormais se passer de l’Europe bien que cela implique une dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Nombreux sont ceux qui accusent l’Europe de paternalisme moralisateur en refusant de donner des aides aux pays ne respectant pas les Droits de l’Homme. Mais à l’inverse l’U.E semble insouciante de la concurrence chinoise et des critiques de ses homologues puisqu’elle souhaite renforcer ses conditions d’investissement. Notamment en obligeant à la reconnaissance des droits des homosexuels, à la reconnaissance de l’identité de genre, à l’abolition de la peine de mort et à une collaboration accrue avec la Cours pénale internationale. Mais le plus gros frein aux négociations est le sujet épineux des financements aux sociétés civiles. En effet, l’Union Européenne finance de nombreuses ONG en Afrique et les actions de celles-ci sont parfois en opposition avec celles des gouvernements africains, voire anti-gouvernementales. Les représentants de nombreux pays se sont plaints de ce double jeu de l’U.E et souhaitent voir le financement de ces ONG supprimé. Ces multiples tensions dans le volet politique ont donc été abordées en dernières et sont toujours en cours de négociation.

Des certitudes et des absents pour l’avenir

Les volets « commercial » et « développement » ayant déjà été négociés, il y a de nombreuses certitudes sur l’avenir. La première, et pas des moindres, est la distinction régionale qui sera opérée. Un volet commun aux 79 existera bel et bien mais la suite de l’accord se fera continent par continent. L’homologue ACP sera donc remplacé à moyen terme. Judicieusement, le prochain homologue africain de l’accord sera l’Union africaine. Et sur le volet commercial la ZLEC, la Zone de Libre échange continentale africaine. Un projet qui a commencé en 2012 et a vu timidement le jour l’an dernier, qui permet de supprimer ou d’abaisser drastiquement les droits de douane entre 52 pays africains. Si l’objectif à long terme est de créer un modèle similaire à celui de l’Union européenne en se dotant d’un marché commun, un second objectif, cette fois ci inscrit dans le futur accord, est de fusionner la zone de libre échange africaine avec celle de l’U.E.

Les investissements se feront essentiellement dans le secteur primaire et les matières premières, ce qui n’est pas sans déplaire à nombre d’économistes qui déplorent l’absence de valeur ajouté dans ce secteur, donc de création de richesses. Mais dans un second temps, beaucoup d’investissements pourraient être réalisés pour renforcer les énergies renouvelables. Pour le moment, malgré la crise sanitaire actuelle, la santé reste un volet absent des débats au grand dam du négociateur en chef de l’APC. Le ministre togolais Robert Dussey qui appelle de ses vœux à ce que les pourparlers « intègrent des clauses relatives aux pandémies et à leurs conséquences socio-économiques ».

Source de l’image : Kopano Tlape ( GCIS )

France – Turquie : du rififi en Libye

Un accrochage entre des navires turcs et français en Méditerranée fait surgir les tensions issues du conflit libyen.

L’événement peut paraître anecdotique mais reflète à lui seul le conflictuel casse-tête géopolitique que pose la Turquie. Ce mercredi 17 juin, la ministre des Armées Florence Parly a dénoncé le « comportement extrêmement agressif » d’un navire turc sur une frégate française en Méditerranée. Cette frégate, qui participait à une mission de l’OTAN, cherchait à identifier de potentiels cargos suspectés de transporter des armes vers la Libye. Elle a été illuminée à 3 reprises par le radar de conduite de tir d’une frégate de l’armée turque. Une intimidation proche de l’escarmouche qui fait suite aux propos tenus par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, samedi 13 et dimanche 14 juin au sujet de l’investissement turc dans le conflit libyen. 

Soutiens et ingérances

Le ministre avait dénoncé « l’interventionnisme inacceptable » d’Ankara en Libye et condamné le soutien militaire croissant d’Erdogan aux troupes de Fayez El-Saraaj, président du Gouvernement d’union nationale, en dépit de l’embargo mené par l’ONU sur la vente d’armes en Libye. En effet la Libye est toujours coupée en deux entre l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et le Gouvernement d’union nationale de El-Saraaj. Mais de nombreux pays étrangers ont pris position dans cette guerre civile. La Russie, les États-Unis, l’Égypte, le Tchad, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis soutiennent officiellement Haftar. El Saraaj est lui soutenu par le Qatar et la Turquie. Mais la France, qui se dit médiatrice du conflit, joue en réalité une position bâtarde dans ce jeu d’alliance. Le pays des lumières soutient officieusement le maréchal Haftar et a même été accusé par le New York Times de vendre des armes aux troupes du maréchal. Un conflit d’intérêts sournois noue donc la France à la Turquie qui ne soutient pas le même camp et n’use pas des mêmes méthodes. Car si la France est accusée d’un soutien à Haftar plus fort qu’elle ne l’affiche, la Turquie ne se cache plus de vendre des armes à El-Saraaj, d’envoyer des soldats sur le terrain et de positionner 7 navires au large des côtes libyennes. Par ailleurs ce soutien turc n’est pas sans résultat puisque le maréchal enchaine les défaites, perdant du territoire depuis sa tentative de capture de Tripoli. 

L’OTAN toujours muette

Le poulain français est donc menacé tandis que la Turquie semble avoir misé sur le bon cheval. Mais la prise de position divergente ne doit pas pour autant être source de conflit entre les deux pays membres de l’OTAN. « On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela » a signalé le Quai d’Orsay avant d’ajouter que la ministre des armées s’était entretenue avec son homologue turc. C’est une nouvelle fois la position turque qui paralyse l’OTAN. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce à faire respecter l’embargo voté à l’ONU tandis qu’un de ses membre le contourne. Mais la France, accusée de fournir des armes à un maréchal Haftar en perdition, contestée par la population au sein du pays, n’est pas dans une position idéale de moralisateur. Au contraire cette perte d’influence en Libye a été profitable aux russes et aux turcs, renforçant encore plus le conflit diplomatique franco-turque et « l’état de mort cérébrale » de l’OTAN. 

Perte d’influence

En effet, la France, après avoir déstabilisé la zone en 2011 pour permettre la chute de Khadafi, a toujours soutenu le processus de paix en se posant comme médiateur. Elle semble aujourd’hui avoir perdu presque toute son influence. A l’instar du conflit syrien, Vladimir Poutine sort gagnant de cette mise à l’écart de la France, se positionnant alors comme le partenaire des 2 camps. Les réunions diplomatiques sont régulières à Moscou où le chef d’Etat reçoit les soutiens d’Haftar, comme le président égyptien Al-Sissi, autant que les soutiens d’El-Saraaj comme Erdogan. Si un accord de paix doit être trouvé, il semble que cela ne puisse aujourd’hui se faire sans Poutine.

Emmanuel Macron qui avait pourtant réussi en 2017 à réunir Haftar et El Saraaj sur une même photo, va devoir tourner une page importante de la France au Maghreb, au profit des intérêts turcs et russes dans la région.

Crédit photo: photo officielle du Kremlin

(Municicaqs #7) – Lille, la fin du règne Aubry ?

Après Nimes, Le Havre ou Rennes, CAQS continue son tour de France pour les municipales avec Lille, une ville où Martine Aubry pourrait ne pas être réélue pour un 4ème mandat. 

Le soir du 15 mars, l’heure n’était pas à la fête au beffroi. Les élections municipales venaient de se dérouler dans un contexte de pré-confinement et la maire socialiste sortante Martine Aubry n’obtient qu’une très courte avance sur le candidat EELV, Stéphane Baly. L’ambiance était similaire chez les marcheurs. Le QG de campagne était fermé et aucune soirée officielle annoncée. La candidate de LREM Violette Spillebout passe au second tour sans même atteindre les 20%. 

Du côté de la rue d’Artois les verres et les verts trinquent. En 20 ans, aucun candidat n’avait jamais réussi à s’approcher autant du score de Martine Aubry. Seuls 5 points séparent Baly d’Aubry. Et ces 5 points sont d’autant plus retentissants qu’ils vont révolutionner le fonctionnement de l’opposition au conseil municipal. En effet, pour la première fois, écologiste et socialiste ne fusionneront pas au second tour. Stéphane Baly, actuellement conseiller municipal adjoint à l’énergie déclare même « Martine Aubry ira seule au second tour. Elle perdra seule ».

Aubry sur le banc des accusés

Contrairement à la grande tendance nationale, la première thématique de la campagne n’a pas été tout de suite l’écologie. En réalité le bilan complet de Martine Aubry était au banc des accusés. On lui a reproché surtout un manquement sécuritaire et écologique. En effet, sur le plan de l’emploi, la fille de Jacques Delors est difficilement attaquable à la vue des 23.000 nouveaux emplois crées à Lille en 5 ans. Mais d’un point de vue écologique, personne n’en fait jamais assez. Sous la dernière mandature, 22 000 arbres ont été plantés et 12 hectares d’espaces verts gagnés en plus du réaménagement des anciens parcs tels JB Lebas ou le parc de la Citadelle. Cependant, le Champ de Mars reste un grand parking bétonné, très loin du parc vert annoncé.

Toujours plus vert

Évidemment l’écologie a aussi été le cœur de la campagne. Aucune liste n’en a fait abstraction. Dans les QG de chacun, une carte de Lille est affichée mettant en avant la capitale des Flandres du futur. Toujours plus verte, avec des parcs et des fontaines. C’est le concours de celui qui plantera le plus d’arbres tout en fustigeant le bilan de la maire sortante. Mais quand on aborde le projet Saint Sauveur, on touche le point sensible. Cette friche de 23 hectares abandonnée depuis 2003 cristallise les passions. L’actuelle édile souhaite y construire une piscine olympique et des logements sociaux. Un scandale pour les verts qui voient dans cet espace une opportunité de verdure. Dans la friche Saint Sauveur, Martine Aubry a laissé des plumes et des électeurs. 

Triangulaire entre amis

Si le fond de campagne était vert, la forme était beaucoup plus sombre. Car la triangulaire qui s’est dégagée des résultats du 15 mars a propulsé trois anciens collègues dans une arène où tous les coups sont permis. Violette Spillebout était en effet l’ancienne cheffe de cabinet de Martine Aubry. Stéphane Baly est actuellement membre de la majorité municipale faite d’une alliance écologiste-socialiste. Il n’a pas hésité a aller à l’affront face à la présidente du conseil municipal qu’il a accusé d’avoir géré seule la crise du coronavirus sans consulter les conseillers. L’actuelle édile s’est targuée d’offenses contre LREM. Elle justifie son 4ème mandat par une volonté de ne pas « laisser Lille devenir c’est qu’est la France aujourd’hui » faisant référence ici à l’élection d’Emmanuel Macron. La maire s’est aussi montrée forte lorsqu’elle a réprimandé les ministres Agnès Buzyn et Nicole Belloubet, en visite à Lille, de ne pas les avoir prévenu de cette visite. L’opposition idéologique comme personnelle entre Aubry et Spillebout s’est toujours jouée indirectement.

Parmi ces 3 anciens collègues, seule Martine Aubry a tout à perdre dans ce second tour. Le défi du 28 juin pour la fille de Jacques Delors va être de sauver sa majorité face à Stéphane Baly. Mais le rôle de Violette Spillebout dans cette triangulaire est de réussir à récupérer assez de voix venues des listes de droite. Ainsi, en se maintenant assez haute dans le jeu, la candidate fera perdurer les tractations et le suspens autour du futur édile. À Lille, rien n’est joué d’avance.

Crédit photo : Grande place de Lille ( Velvet via Wikipédia )

Quel avenir politique pour la Pologne ?

Le 28 juin prochain se tiennent des élections présidentielles cruciales pour l’avenir de la Pologne. L’actuel président ultraconservateur Duda n’est pas certain d’être réélu. 

Le 6 août 2015, Andrzej Duda devenait président de la Pologne après l’élection la plus serrée de l’Histoire du pays. Personne n’imaginait quelques mois plus tôt ce jeune homme inexpérimenté être le candidat du parti Droit et Justice. Ce fidèle des frères Kaczynski venait d’être élu député européen quand il abandonna son poste pour se projeter dans une dynamique campagne au parfum d’entre-deux-guerres. Duda voulait rétablir la place de la Pologne en Europe en s’appuyant sur les aspirations sociales du pays. Pour cela, aidé de son mentor Kaczynski, il a tenté d’effacer l’héritage communiste de la Pologne au profit d’un retour à la dictature de Jozef Pilsudski. Cette vision d’une Pologne catholique, conservatrice est majoritairement partagée par la population. Mais depuis les manifestations qui ont secoué le pays lors du début de mandat, une vision plus libérale commence à se faire entendre, soutenue par le parti de droite « Plateforme Civique ». Un parti certes libéral, mais qui adopte des positions similaires à celles de Duda sur l’avortement ou les droits des homosexuels. 

Une Pologne polarisée

Les élections européennes ont permis une première confrontation entre ces deux visions nationales. Cristallisant le débat autour du rôle de l’Union européenne et du souverainisme, cette élection a en réalité, donné lieu à un véritable échauffement pour les législatives d’octobre dernier. Mais l’échauffement et le match donnent un résultat identique, le Pis, Droit et Justice, de Duda et Kaczynski arrive en tête face aux libéraux du Po de Plateforme Civique. Seules les villes et métropoles ont voté majoritairement pour la coalition européenne. Un triste constat pour Donald Tusk, europhile et ancien président du Conseil Européen et de Plateforme Civique. Les observateurs ont longtemps cru qu’il relancerait sa carrière politique avec la campagne présidentielle. Mais les réformes austères qu’il a appliqué de 2007 à 2014 lorsqu’il était Premier ministre le rendent très impopulaire auprès des Polonais. Il a alors fallu trouver une candidate à la hauteur, capable de battre Andrzej Duda et de conquérir les campagnes polonaises. 

Le retour du PO

Malgorzata Kidawa Blonska n’était pas à la hauteur. Désignée candidate du Po, sa popularité n’a fait que chuter à mesure que le 10 mai, date initiale du premier tour, arrivait, arrivant même sous la barre des 10% d’intentions de vote. Le gouvernement de Duda voyant une opportunité de gagner haut la main a beaucoup hésité à reculer ce premier tour malgré l’épidémie de coronavirus. Le 15 mai dernier, Blonska se retire au profit du maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski qui la remplace dans l’unique but de sauver les meubles. On aurait alors pu croire que tout était joué d’avance, Duda allait être réélu, le bras de fer avec l’UE allait continuer, la Pologne allait encore plus se polariser. Mais c’est mal connaitre Trzaskowski. À peine désigné candidat, il parcourt le pays, masque sur le visage tentant de gagner des voix dans les campagnes où Duda enregistre ses meilleurs scores. Il avoisine aujourd’hui les 20%. Un score certes loin des 43% dont est crédité Duda dans les sondages. Mais le maire de Varsovie bénéficierait au second tour d’un report de voix massif des autres candidats, ce que le président ne peut espérer.

Holownia

Bien que beaucoup annoncent de leur vœux ce duel au second tour, un trublion pourrait venir gâcher la fête. Szymon Franciszek Holownia, journaliste et animateur radio, annonce sa candidature en décembre 2019. Loin de vouloir jouer les Jean-Marie Bigard polonais, Holownia se fait remarquer par sa ligne écologique-catholique. Longtemps à la peine dans les sondages, il talonne aujourd’hui le candidat du PO. Mais contrairement à celui-ci rien n’assure Holownia d’un report de voix vers lui en cas de qualification au second tour. Sa posture se démarque du paysage politique polonais, mais il reste très éloigné du conservatisme actuellement tendance en Pologne où la gauche n’a plus connu de score important depuis 15 ans. 

Crédit photo : Homme devant le palais présidentiel à Varsovie, via Pixabay

Municipales : la stratégie insoumise

Le mouvement fondé en 2016 par Jean Luc Mélenchon n’a investi aucun candidat pour ses premières élections municipales. Cependant, la France Insoumise a soutenu 550 listes partout en France. Le bilan reste difficile à établir.

UNE GRANDE STRATEGIE 

Souvent accusée de faire une campagne fantomatique, de « sauter » les élections municipales pour se concentrer sur les présidentielles, la France Insoumise a en réalité adopté une réelle stratégie d’implantation au sein des territoires. En ne présentant aucune liste estampillée par le nom du parti, les insoumis ont réussi à dérouter tant chez leurs adversaires qu’au sein de leur camp. Surtout que cette stratégie électorale de discrétion est précédée de l’échec des élections européennes où la liste de Marion Aubry n’avait atteint que 6,3%. Mais cette étonnante manœuvre n’est pas nouvelle, et connaît des origines hispaniques. Podemos, allié espagnol de la France Insoumise, avait usé du même fonctionnement pour conquérir Madrid et Barcelone.

La campagne insoumise a donc un goût très ibérique. Des militants de Podemos sur certaines listes soutenues par FI et même la revendication de l’influence barcelonaise à Montpellier. Une seconde inspiration stratégique est cette fois plus visible à travers cet élément de langage répété par les ténors de la gauche radicale : le municipalisme. Un élément de langage, mais avant tout une grande théorie politique qui a émergé durant les années 1970 et se retrouve au cœur de la France Insoumise et d’une partie de l’alter mondialisme d’aujourd’hui. Le municipalisme est un projet dans lequel les citoyens s’emparent des institutions locales. A partir de cette échelle municipale, la société entière est transformée pour donner plus de place aux citoyens, aux circuits courts ainsi qu’à la solidarité. La municipalité se retrouve alors à jouer un rôle beaucoup plus important dans la vie de la nation. Mais pour ce parti né avec la vocation présidentielle, c’est aussi un changement important. En se basant sur le municipalisme, la France Insoumise ne veut plus transformer la société ainsi que la République à partir de sa tête mais par le bas.

La logique voulait donc le soutien à des listes citoyennes et parfois des listes de gauche. Des listes de gauche qui, à s’y méprendre, ressemblent beaucoup à cette union de la gauche que rejettent en bloc les insoumis et Jean-Luc Mélenchon. En ne donnant pas le nom d’union des gauches à ces listes, FI se pose une nouvelle fois en alternative à la gauche traditionnelle tout en captant son électorat puisqu’elle vient s’immiscer en son sein. Agrégeant alors des militants locaux venus de différentes formations politiques au mouvement insoumis. Mais ce flou à gauche agace parfois chez les militants. Dans la France Insoumise, on fait des choses sans les nommer, parfois on ne fait rien et on les nomme. Ce flou permet tout de même aussi de fédérer ou de trouver des consensus.

Pour autant, malgré une grande stratégie, quelques meetings et de nombreux soutiens, FI a eu la volonté de ne pas être sur le devant de la scène lors des municipales. C’était pourtant l’occasion d’être présent sur la scène nationale. Une stratégie réussie puisque les grèves de décembre et janvier ainsi que l’obstruction parlementaire durant l’étude de la réforme des retraites ont permis un regain de présence du parti de gauche dans la vie politico-médiatique française.

ET MAINTENANT LE FLOU

Mais à la sortie des urnes, le flou revient. Encore une fois, Jean-Luc Mélenchon ne parlera pas des municipales dans son discours sur le premier tour. Les militants discutent, adhérent, fédèrent mais les ténors sont absents du jeu des édiles préférant se tourner une nouvelle fois vers la scène nationale. Le coronavirus.

Le bilan du premier tour sera expéditif. Dans un communiqué du 3 juin, le mouvement revendique 30 maires élus dès le premier tour et 200 listes encore dans la course pour le 28 juin. Un bilan certes positif pour un mouvement récent mais qui laisse à désirer puisque certains élus ne sont que soutenus par FI. Bien que la question soit intéressante, savoir si ce soutien se prolongera durant le mandat des élus importe peu le mouvement.

Mais, alors que la France Insoumise a déjà réussi grâce à la campagne du premier tour à s’implanter dans des collectifs locaux, des associations, des syndicats, à faire adhérer des militants aguerris, y a t-il encore un enjeu pour eux lors de ce second tour ? Ne pas tout gâcher. Aujourd’hui la France Insoumise a bien plus à perdre qu’à gagner. L’échec des européennes n’a pas grande importance pour un parti à vocation présidentielle. Et aujourd’hui l’enjeu pour le mouvement est d’accentuer sa présence, redorer le blason sali par les perquisitions et surtout ne pas se désagréger. Adrien Quatennens, député France Insoumise du Nord, disait « l’élection municipale n’est qu’une étape vers la grande baston politique qu’est l’élection présidentielle ». A l’aube des élections sénatoriales et régionales pour beaucoup de formations politiques, la gauche radicale se prépare déjà pour les présidentielles. Former les nouveaux comme les anciens militants, préparer les rangs, organiser la communication c’est ce qui importe aujourd’hui. Mais la question centrale au sein des insoumis est Jean Luc Mélenchon.

La France Insoumise a réussi à fédérer localement grâce aux municipales, mais autour de qui pour les présidentielles ? 

La vérité sur l’application StopCovid

Téléchargée officiellement plus de 600 000 fois en 24h, l’application StopCovid est LA star du moment. Mais elle est aussi victime de fake news et de craintes. Voici la vérité sur STOPCOVID, l’application du gouvernement pour éviter une seconde vague épidémique.

L’application est-elle efficace ?

Non. Du moins pour le moment, et d’après l’utilisation des 900 000 personnes l’ayant téléchargée. En effet, la probabilité pour que deux personnes ayant téléchargé StopCovid se soient croisées et qu’une d’entre elle ait le coronavirus reste faible. D’après une étude de l’OXFAM et son application par des chercheurs au scénario français, il faudrait que 60% de la population télécharge StopCovid pour que l’application ait une réelle utilité. Mais pour le ministre Cédric O., ce chiffre doit être revu à la baisse. Il faudrait en effet, selon lui, que 40% de la population française se munisse de l’application pour éviter une seconde vague. Par ailleurs, de nombreux doutes planent encore sur l’efficacité en cas de fermeture de l’application. Elle travaille en arrière-plan, mais le fait-elle lorsqu’elle est fermée ?

Comment fonctionne l’application ?

Par Bluetooth, tout simplement. En effet, lorsque vous créez un profil, un numéro vous est attribué. Vous ne donnez ni votre nom, ni prénom etc… Le service est anonyme. Et contrairement à ce que beaucoup affirment, aucune localisation n’est faite. L’application utilise le bluetooth, ce qui lui permet de voir les autres appareils connectés autour de vous. Elle enregistre par la suite durant 14 jours ces données extérieures. Durant cette période, une personne peut déclarer sur l’application, après avoir été testée, être porteuse du virus. Par conséquent toutes celles et ceux ayant été en contact bluetooth durant plus de 15 minutes avec elle seront informés.

La notion de contact bluetooth renforcé est ici très importante et critiquable sur son efficacité. Si 80% des français ont un smartphone, tous n’ont pas un bluetooth de dernière (5e) génération et donc une capacité de détection et à être détecté qui est moindre. La seconde critique est la prise en compte d’un contact dès lors que la présence a duré 15 minutes. Cela alors qu’un postillon mal placé suffit à contaminer.

Est-ce dangereux pour mes données personnelles ?

Pour le moment, tout comme pour pour son efficacité, non. La vague d’indignation quant au syphonnage de vos contacts, fake news très populaire sur Facebook, n’a aucune base réelle. Et pourtant, l’information est virale allant jusqu’à la tribune de l’Assemblée Nationale où Jean Luc Mélenchon a demandé aux députés qui l’installeraient de le supprimer de leur liste de contact. Mais le fonctionnement ne se faisant qu’uniquement par Bluetooth, l’application n’aura accès a rien d’autre. Elle est bien moins dangereuse que la majeure partie des autres applications populaires sur nos smartphones, prenant possession de nos contacts, localisation et autres données personnelles.

Cependant, la crainte des plus sceptiques reste une mise à jour sauvage du gouvernement. Le code source actuelle est disponible, il faut espérer qu’il le sera aussi lors de la prochaine mise à jour. La crainte du hack est aussi possible, mais les utilisateurs ne révélant rien de leur vie privée, le hackeur ne volera pas vos données personnelles.

Alors faut-il la télécharger ?

Oui. Peu importe que votre téléphone soit ancien ou moderne, que vous habitiez la ville ou la campagne, l’application est gratuite et peut nous protéger. Les personnes habitants dans de grandes agglomérations et prenant les transports en commun ont deux fois plus de raisons de télécharger StopCovid. De plus, il serait idiot de critiquer son inefficacité tout en y contribuant puisqu’on ne la télécharge pas. 

Mais si vous êtes sceptique face à l’immiscion de l’État dans votre téléphone, alors n’hésitez pas à suivre l’actualité technologique de cette application. N’oubliez pas que vous pouvez la supprimer à tout moment et que vos données ne resteront que 14 jours sur les serveurs. Utiliser l’application, c’est un petit geste supplémentaire dans la lutte contre la pandémie.

(L’Édito du samedi) Le savant et le politique

Nous avions déjà eu l’occasion d’observer un duel scientifique contre politique dans la course à la mairie de Paris. Cédric Villani, le savant, contre Benjamin Griveaux l’homme politique. Et cette course folle, faite de dissidence, de coups bas, d’hypocrisie et de pressions nous montrent ô combien sciences et politiques vivent un amour impossible.

Lors de cette hostile idylle pour devenir premier édile, qui eut été habile de prévoir la métamorphose digne d’Ovide de notre monde livide que nous devons au COVID ? Par cette crise sans précédent, parmi les discours discordants, le scientifique s’est transformé, par la grâce du président, de dissident à décidant. Il devait se faire conseil, pour nous dire ce que l’on ne sait. Par les pouvoirs qu’on lui confère, il annula les concerts. Mais la cacophonie fut son cancer, quand soufflât sur les conseils un mistral de Marseille. Le vent fut bref tout comme la houle, mais la tempête venait du Sud et portait le nom de Raoult. 

La science, qui devenait politique, revint brusquement à ses topiques. « Faites-le taire ! » Demandaient-ils avec une grande sévérité, « cet Homme-là ne sait que dire et s’éloigne de la vérité ». Mais le peuple journalistique ne croit que les utopiques et ne voit que célébrité. Sur les plateaux se bousculèrent, de faux savants mais populaires et qui, bafouant toute médecine, nous bassinèrent de chloroquine. « Un remède ? Mais quel remède ? Vous faites honte à Archimède ! ». Oui mais le peuple a besoin d’aide. 

Dans le brouhaha infernal des machines de guerre médiatiques, on bâillonne 1000 scientifiques pour écouter ce qu’un médecin dicte.

Tant que le journaliste fait de fous, des hommes honorés. Les savants pouvaient gouverner au faubourg Saint-Honoré. Mais fallait-il au président avouer son innocence et faire don de son poste à des hommes de science ? Laisser une jungle – et non Calais – prendre possession du Palais dans des réunions nocturnes sans que leurs noms ne connurent d’urne ?

La morale de cette Histoire ? Le scientifique par son savoir, peut, sans même le vouloir inverser le pouvoir. 

Qu’est-ce que la loi Avia ?

Depuis son vote mercredi dernier à l’Assemblée nationale, la loi Avia suscite de nombreuses critiques. Mais que contient réellement cette loi contre la haine en ligne ? 

Né d’une promesse d’Emmanuel Macron lors du diner du CRIF de 2018, le projet a été confié à la député Laetitia Avia. Le travail d’élaboration de la proposition de loi de Mme Avia est basé sur une loi allemande similaire votée en 2017, Netzwerkdurchsetzungsgesetz. Cette loi allemande est en quelque sorte une combinaison de la Loi française contre les fake news (2018) et la Loi contre les contenus haineux (2020). Cette loi était orchestrée autour d’une grande idée : l’obligation de retrait du contenu illégal sous 24H. 

C’est ce même principe qui a imprégné la Loi Avia. Les sites internet ayant un trafic quotidien supérieur à 1 million d’utilisateurs devront impérativement supprimer les contenus considérés comme « manifestement haineux » sous peine d’une amende. Les sites concernés sont les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, etc…) mais aussi les plateformes de référencement (Google, Yahoo, Qwant) et les plateformes collaboratives (Leboncoin, Youtube, Tripadvisor, etc…). Dans un second temps, ces sites auront pour obligation de fournir l’adresse IP des cybers délinquants à la justice française. 

Le symbole d’une défaillance judiciaire ?

 

La critique fondamentale qui est faite à la loi Avia est la déresponsabilisation de l’État. Les géants du web devront eux-mêmes supprimer de leur plateforme les contenus de leurs utilisateurs. C’est ici, pour certains, le symbole de l’inefficacité de la justice de se saisir d’un dossier rapidement. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, a dénoncé à la tribune du palais du Luxembourg, le remplacement de la justice par des algorithmes et le risque de l’excès de censure par les sites internet. C’est aussi ce qui a poussé des syndicats et associations du monde de la justice à se placer sur le banc des opposants. Ils seront les premiers à voir l’inversement de la chronologie judiciaire. L’accusé ayant produit un contenu manifestement haineux, verra d’abord son contenu supprimé puis il sera jugé. 

Peser sur les GAFAM

C’est aussi une lutte qui marque le quinquennat d’Emmanuel Macron : celle contre le monopole et l’impunité des GAFAM et autres géants d’Internet. « Tout ce qui est publié ou diffusé en France doit répondre aux lois de la République » a indiqué le Premier ministre. C’est donc, après la taxe GAFA, le RGPD, la loi numérique, une nouvelle manière d’encadrer l’action des acteurs importants d’Internet et de les responsabiliser. Ici, plus que dans les précédentes lois, la part de responsabilisation est forte. Trop forte pour l’opposition qui fustige le gouvernement en les accusant de donner les clefs de la censure à des multinationales. Le legs de ces clefs est historique. Il constitue un premier accord entre l’État et des multinationales issues d’Internet. Mais un premier accord qui s’est conclu non sans mal et dans la contrainte, le gouvernement ayant fait inscrire dans la loi le risque d’une amende de 4% du chiffre d’affaires de l’entreprise en cas de non-respect. Un chiffre énorme pour beaucoup de grandes entreprises.

Le risque liberticide

Mais la collaboration se fera au péril de la liberté d’expression. C’est déjà ce que regrette unanimement l’opposition. En contraignant avec une telle menace financière, les géants d’Internet feront tout pour éviter l’amende. Pour ce faire, certains redoutent un excès des suppressions de contenus. Une des craintes est aussi la création d’une liste noire de mots qui seraient alors interdits sur certains réseaux sociaux. Cette liste noire pourrait comprendre des termes se rapportant aux thèmes des races, religions, origines etc… Les sites internet concernés prendront-ils le pari de restreindre la liberté d’expression pour sauvegarder leur chiffre d’affaires ? 

Un 9e groupe dans l’Hémicyle

C’est désormais officiel, l’Assemblée nationale compte un 9ème groupe parlementaire au sein de son hémicycle : « Écologie Démocratie Solidarité ».

Ce n’était plus un secret, certains membres ont confirmé le lancement de ce groupe dans la presse. Ce mardi 19 mai 2020, les statuts ont été déposés au bureau de l’Assemblée nationale et une visioconférence de presse a suivi. La nouvelle a des conséquences d’abord très symbolique. Avec le départ de 7 députés LREM vers ce 9e groupe, La République en marche perd sa majorité absolue à l’Assemblée nationale. Une perte qui reste compensée par la présence des groupes MODEM et AGIR qui ont pris pour habitude de voter d’un commun accord avec LREM. Mais au-delà du symbole de fin de règne pour la majorité, un défi stratégique va s’imposer avec la création de ce groupe « ni d’opposition ni dans la majorité » d’après son co-président Matthieu Orphelin.

« Ni d’opposition ni dans la majorité »

Les statuts déposés ce matin sont clairs : « Écologie Démocratie Solidarité » est un groupe minoritaire. Il ne se positionne donc pas dans l’opposition ce qu’a rappelé durant toute la conférence de presse, Paula Forteza, co-présidente du groupe. Pour autant les membres du groupe sont critiques vis-à-vis de l’action gouvernementale et appellent à « aller plus vite et plus loin ». Leur programme en 15 points donne une grande place à l’éducation, l’écologie, la santé et les sciences. Un point fort du programme dont le mathématicien et candidat à la Mairie de Paris, Cédric Villani, se fait le porte étandard. EDS se félicite aussi d’être le premier groupe parlementaire à avoir 65% de femmes en son sein. 

7 anciens LREM dans le groupe

« Il y a dans ce groupe, non pas des déçus, mais des femmes et des hommes qui veulent travailler au dépassement de l’opposition stérile » affirme le député du Rhône, Hubert Julien-Lafférière. Pourtant ce sont bien 7 députés qui ont quitté le groupe parlementaire LREM pour rejoindre le nouveau-né du palais Bourbon. Un chiffre en deçà des estimations données depuis quelques semaines. La faute peut être aux « pressions et appels »  dont Paula Forteza a fait part. Mais « Écologie Démocratie Solidarité » ne compte pas en rester là, il ferait déjà des émules à gauche et chez les Verts. Delphine Bagarry, député des Alpes-de-Haute-Provence assure que le groupe sera rejoint par d’autres députés dans les semaines à venir. Les 7 ex-LREM sont Guillaume Chiche, Emilie Cariou, Yolaine de Courson, Aurélien Taché, Cédric Villani et Annie Chapelier. Les membres encore inscrits au parti La République en marche n’ont pas reçu de consignes les excluant.

Vers un gouvernement d’union nationale ?

Si la genèse de ce peloton dissident date de juillet 2019, Emmanuel Macron a été mis au courant en février dernier, moment où la fronde se faisait ressentir. Une fronde qui a contraint le président à inviter sa majorité à l’Élysée le 11 février. Le 10 mai dernier, Matthieu Orphelin appelait lui-même à un « gouvernement de coalition et d’union nationale » dans une tribune pour Le Parisien. À l’évocation de sa possible présence lors du prochain remaniement, le député du Maine-et-Loire estime que « les conditions ne sont pas réunies pour le moment » mais il espère que « d’autres talents du groupe » sauront y prendre part. On pense notamment à Aurélien Taché ou Delphine Batho.