Les sorcières : du mythe à la réalité

De nos jours, quand on parle de sorcière, on pense presque tous à une vieille femme courbée sous une cape, lançant des malédictions à voix basse. Mais d’où vient cette image stéréotypée ? Et les sorcières sont-elles réellement comme on les imagine ?

Si l’on veut remonter à l’origine des sorcières, c’est assez complexe. En effet, si on suppose que l’idée de sorcière a existé depuis la Préhistoire, nous n’avons pas assez de documents pour le prouver et étayer ce que nos ancêtres appelaient ainsi. Le mot actuel proviendrait du latin populaire « sortiarus » (littéralement « diseur de sorts »), qui renvoie à l’origine à un procédé de divination.

La sorcellerie dans l’Antiquité, entre interdiction et pratique courante

Dans les religions monothéistes de l’Antiquité, la sorcellerie est à la fois pratiquée à grande échelle, pourtant elle est interdite. Pour la mythologie grecque, le dieu de la médecine Asclépios peut ressusciter les morts. Les sorcières emprunteront son symbole pour leurs poisons, ce qui lancera l’idée que la médecine et la sorcellerie sont liées. Cette croyance met également en avant des symboles de « sorcières », comme les Sybilles dont la Pythie. Leurs prédictions étaient toujours écoutées avec attention. Les Grecs accordaient beaucoup d’importance à l’interprétation des songes, qu’ils pensaient être des messages des dieux. D’autres rites de superstition se développent, comme une façon pour les simples mortels de prendre en main leur destin, qui est mythologiquement dicté par les Moires.

Cependant, cette pratique est globalement interdite dans l’Empire grec. Dans La Loi des XII tables, Pline l’Ancien rapporte cette interdiction et la condamnation de sorcières vers 450.

Représentation d’Hécate, déesse des enchantements et de la sorcellerie dans la mythologie grecque

Ce sont aussi les trois déesses qui représentent les trois faces de la lune. C’est une des explications de ce symbole choisi par les sorcières. Hécate représente directement la sorcellerie et les enchantements. Une des sorcières mortelles connues de la mythologie est l’enchanteresse Circé, citée dans L’Odyssée d’Homère, qui transforme les compagnons d’Ulysse en porcs. Erichto, une autre sorcière est probablement à l’origine des stéréotypes physiques de nos sorcières. Elle est décrite comme une femme maigre, laide avec des cheveux emmêlés et attachés. Elle représente également un des premiers pouvoirs qu’on attribue aux sorcières : celui de parler aux morts. Cette puissance des femmes est expliquée par Médée dans L’Odyssée : « si la nature nous fit, nous autres les femmes, entièrement incapables de bien, pour le mal, il n’est pas d’artisan plus expert ». Cette dernière est d’ailleurs caractérisée dans l’ouvrage comme femme avant toute autre chose.

La sorcière est, à cette époque, le reflet de la volonté de toute-puissance des Hommes, au-delà même de leurs croyances.

L’Empire Romain écrit les interdictions des pratiques de sorcellerie sur son territoire : l’empereur Auguste brûle les livres de magie et les magiciens et astrologues sont exilés.

La diabolisation des sorcières par l’Eglise chrétienne

Alors que les religions païennes toléraient, voire vénéraient la sorcellerie, la religion chrétienne s’y opposait fermement. Dans la Bible, la sorcellerie est condamnée par Moïse. Quand Saül en consulte une pour parler à un mort, les mots de la Bible sont clairs : « Tu ne laisseras point vivre la magicienne […] Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux que l’Eternel seul sera voué à l’extermination. » (Exode 22 : 18-20).

Pour les chrétiens, la sorcellerie est affiliée au diable. Tout ce qui est inexplicable, c’est-à-dire beaucoup de procédés, notamment médicaux, au Moyen-Âge, est considéré comme de la magie et sont condamnés.

Il n’y a pas de cliché physique de la sorcière à cette époque. Ce sont la plupart du temps des femmes, qui sont considérées comme sorcières car elles sont tentatrices, manipulatrices, cachotières et qu’elles poussent les hommes au péché. Une sorcière pouvait donc être n’importe quelle femme. Les accusés de sorcellerie peuvent également être des prêtres et prêtresses d’anciennes religions, l’Église voulant les diaboliser pour étendre son pouvoir.

La plupart du temps, les femmes accusées de sorcellerie sont des veuves vivant de la charité. Cet archétype majoritairement présent dans les accusés amène à la description classique d’une sorcière dans Le marteau des sorcières de l’archevêque Harsnett en 1486 : « vieilles femmes aigries, vêtues de haillons, aux genoux soudés par l’âge, clopinant sur un bâton en marmonnant dans les rues ».

On ne sait pas sur quoi est basé l’idée du balai volant, mais sa première mention est dans Le Ménagier de Paris en 1392. L’auteur écrit que les femmes ne dormaient pas avec des balais dans leurs chambres de peur d’être traitées de sorcières.

Les sorcières étaient brûlées sur des bûchers pour qu’il ne reste rien d’elles

Entre 1300 et 1420, 5 à 10 procès pour sorcellerie se tenaient par an. Les historiens estiment le bilan à plus de 50 000 personnes torturées puis brûlées ou noyées vives, accusées d’hérésie, entre 1468 et 1687.

C’est à cette époque-là que la sorcière rentre dans l’imaginaire collectif, surtout celui des enfants, comme une vieille femme aigrie récitant des sorts. Elle est utilisée pour contenir la peur des enfants en une seule personne, ouvertement maléfique.

Cependant, si l’on croit que la majorité de victimes de cette chasse aux sorcières a été faite au cours du Moyen Âge, c’est bien après la découverte de l’Amérique de Christophe Colomb, soit à la Renaissance, que les procès et condamnation se sont intensifiés. Alors qu’il y avait 5 à 10 procès pour sorcellerie par an, on en dénombre 40 par an à partir de 1500. Et ce nombre n’avait cessé d’augmenter. Ils supposent que l’arrêt progressif de ces pratiques est dû au développement de l’Etat centralisé, qui veut contrôler les mouvements populaires.

A l’époque, la sorcellerie « courante » est considérée comme une secte au service de Satan, se réunissant la nuit en Sabbat.

La torture comme preuve d’actes de sorcellerie

Il n’y avait cependant pas autant de sorcières dans les petits villages européens qu’on le prétendait. Ce nombre d’accusations est d’abord dû aux accusateurs. Selon des études historiques, ceux-ci essayaient souvent de se laver de la culpabilité d’avoir refusé la charité. Beaucoup de vieilles veuves demandaient la charité. Ainsi, beaucoup ont été accusées de sorcellerie. Une fois accusées, les prétendues sorcières (ou sorciers) n’avaient pas d’autres choix que d’avouer car ils étaient torturés à cette fin. Une preuve de ces tortures est la missive qu’un bourgmestre accusé de sorcellerie avait envoyée à sa fille. Il y écrit : « Innocent j’ai été jeté en prison, innocent j’ai été tor­turé, innocent je vais à la mort. Car quiconque entre dans la prison des sorciers doit devenir un sorcier ou être torturé jusqu’à ce qu’il invente quelque chose à confesser… ».

La salle d’audience du procès des sorcières de Salem (illustration de 1876)

La chasse aux sorcières la plus célèbre nous vient d’Amérique, en 1692. Les sorcières de Salem n’étaient à l’origine que 3 femmes qui parlaient une langue inconnue et se cachaient, probablement à cause de psychotropes ou d’une maladie mentale. Mais cette petite ville du Massachussetts voit défiler entre 150 et 300 accusations et 20 exécutions pour sorcellerie. Elle devient ainsi un symbole de la chasse aux sorcières.

Les sorciers et sorcières modernes : des personnes « proches de la nature »

De nos jours, les sorciers et sorcières ont regagné leurs lettres de noblesse, principalement grâce à la fiction. Dans des récits comme Harry Potter, Sabrina l’apprentie sorcière, Charmed ou encore Mélusine en BD, ils sont présentés comme des personnages doués de magie mais qui peuvent choisir de l’utiliser pour le bien.

Hermione Granger, de la saga Harry Potter, représente une autre image de la sorcière

Cependant, la définition officielle du Larousse est encore profondément liée aux stéréotypes créés par la religion chrétienne : « personne que l’on croit en relation avec le diable et qui peut opérer des maléfices ». La définition anthropologique du terme se rapproche plus de la vérité de la pratique de la sorcellerie : « une personne pratiquant la sorcellerie, l’art de guérir ou de nuire à un individu au sein d’une société, d’un groupe donné, par des procédés et des rituels magiques ». Cependant, même cette définition ne suffit pas à expliquer la sorcellerie moderne, communauté qui se développe aujourd’hui, majoritairement grâce aux réseaux sociaux.

Ilona Vasseur a 18 ans et cela fait un peu plus de 2 ans qu’elle pratique la sorcellerie moderne. Les sorcières sont une communauté grandissante sur les réseaux sociaux. Une religion, le Wicca, a été créée à partir de ces croyances. Mais pour Ilona, ce n’est pas une question de religion : « être sorcière, c’est un mode de vie, tout peut être adapté à ça ». Certaines sorcières (et sorciers) pratiquent donc d’autres religions, que ce soit des religions païennes ou monothéistes. Si les sorcières d’aujourd’hui se contactent et s’encouragent majoritairement sur les réseaux sociaux, il existe des convens, de petits groupes de sorciers et sorcières qui se réunissent en de certaines occasions. La pratique est majoritairement féminine, mais les hommes n’en sont pas exclus.

Mais alors, que font concrètement ces sorciers et sorcières modernes ? Pour Ilona, « il y a autant de pratiques que de pratiquants ». Cependant, elle décrit la sorcellerie comme « le fait de manipuler les énergies qui nous entourent ». La sorcellerie est composée en grande partie de méditation pour se concentrer sur ces énergies. Les sorcières d’aujourd’hui pratiquent également la divination et le « spell work », c’est-à-dire le fait de lancer des sorts en se basant sur des éléments naturels comme des herbes, des pierres, des huiles… Ilona explique que « chaque chose de la nature a des propriétés qui peuvent être utilisées pour la protection, la santé… ».

Cependant, malgré leur volonté de se démarquer des stéréotypes de la sorcière, les pratiquantes d’aujourd’hui sont souvent comparées à cette vieille femme, diabolisées comme à l’époque de l’Inquisition ou tournées en dérision. Selon Ilona, il suffirait de se pencher sur le phénomène, qui prend de plus en plus d’ampleur avec les réseaux sociaux, pour comprendre que « les sorcièr.e.s ne sont pas des êtres maléfiques, au contraire, plutôt des personnes qui sont proches de la nature et qui cherchent à faire le bien ! ».

Ursula Le Menn : « Désormais, vous ne pourrez plus ignorer les femmes »

Ursula Le Menn est la porte-parole de l’organisation « Osez Le Féminisme ! » qui a notamment créé une pétition pour que deux ministres récemment nommés par Jean Castex, Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, soient démis de leurs fonctions.

Que pensez-vous de la nomination de Gérald Darmanin en tant que ministre de l’Intérieur et d’Éric Dupont-Moretti en tant que ministre de la Justice ?

Ursula Le Menn : « Les nominations des ministres de la Justice et de l’Intérieur démasquent le masculinisme de la classe politique dirigeante et le mépris envers la parole des victimes et les droits des femmes et des filles. La grande cause du quinquennat n’a jamais été plus insultée, méprisée et moquée.

Le premier est accusé de viol, de harcèlement sexuel et d’abus de confiance et cela ne fait « pas obstacle » à sa promotion au point de devenir premier flic de France ! 82% des victimes de viol déclarent être mal reçues lors du dépôt de plainte, 76% des plaintes sont classées. Lors du Grenelle, des défaillances importantes ont été reconnues par le gouvernement, comment espérer désormais que les choses changent avec un tel exemple ? Où est le devoir d’exemplarité promis par le Président Macron au début de son quinquennat ? Sans parler du conflit d’intérêt évident que cela pose vis-à-vis de l’enquête.

Précédemment, François de Rugy avait démissionné pour des affaires de dîners fastueux, la vie et la dignité des femmes vaudraient-elles moins que des homards ? 

Le second est un anti-féministe, donc un anti-femmes, notoire et revendiqué. Bien au-delà de son travail d’avocat, il s’est étalé dans les médias à plusieurs reprises pour s’opposer aux mouvements #MeToo qu’il a qualifié d’« hystérisation du débat ». Les mots qu’il utilise pour dépeindre les femmes sont imprégnés d’une profonde misogynie : « folasses », « starlettes » qui usent de la « promotion canapé », « potiches » et les raisonnements dont il use représentent tous les poncifs de la culture du viol : ainsi les femmes regretteraient de ne plus être sifflées et le proxénétisme serait une affaire de « bon temps entre copains ». Il a prétendu que désormais, les hommes étaient victimes d’une chasse aux sorcières, niant par la même la voix des femmes qui, elles, subissent des violences massives et systémiques de la part de ces derniers.

La combinaison des deux nominations est une véritable gifle qui est adressée à toutes les femmes. Dupont-Moretti a dit que les féministes préparaient un drôle de mode de vie pour les générations futures. Là, le message est clair, le mode de vie que souhaite le gouvernement c’est le monde d’avant, le monde de toujours, celui de la domination masculine et de la culture du viol. 

Concernant la nomination de Gérald Darmanin, que pensez-vous de la défense du gouvernement ?

La présomption d’innocence est une règle de preuve en matière pénale, c’est une présomption simple qui peut être renversée par les éléments de preuve rapportés par l’accusation. La présomption d’innocence qui est une règle judiciaire qui s’applique au régime de la preuve, n’est pas une règle morale de vie en société qui permettrait à tous les accusés de France de clore tout débat sur leur probité. Le Président Macron avait annoncé au début de son quinquennat « une république exemplaire », où est l’exemplarité ? Est-elle à géométrie variable ? Lorsqu’il s’agit d’affaire de fraude, d’évasion fiscale ou de dépenses excessives, on l’applique (Cahuzac, De Rugy etc.) mais lorsqu’il s’agit des femmes violées, on la met sous le tapis ? 

1% des violeurs sont condamnés en France, 1%. Pas 50, pas 25 ni même 10 mais 1%. En brandissant la présomption d’innocence pour faire taire les victimes de viol, le système d’impunité capitalise sur ses propres défaillances pour silencer 99% d’entre elles.

Par ailleurs, que l’entourage de Macron déclare que la plainte avance « dans le bon sens » est révoltant. Le bon sens serait-il celui de l’impunité pour le Président ?

Votre pétition a déjà récolté beaucoup de signatures. Pensez-vous que de nombreuses personnes partagent votre avis, et defendu par des hommes ?

L’annonce des nominations a provoqué une vague d’indignation parmi les femmes. En moyenne, 94 000 femmes adultes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque année en France, sans même mentionner les victimes mineures qui constituent la majorité des victimes : c’est au visage de toutes ces femmes et de toutes les victimes de viol que le gouvernement a craché. Autant de femmes révoltées, qui n’en peuvent plus de subir la silenciation et le mépris. 

Nous espérons évidemment que les hommes se sentent également concernés et qu’ils soient des alliés dans ce combat contre l’impunité systémique, la culture du viol et plus globalement le mépris des femmes et des filles. 

Pensez-vous que cette pétition va pouvoir changer les choses ? Ou déjà apporter du soutien aux victimes ?

Aux victimes : nous vous croyons, nous vous soutenons et ensemble nous nous lèverons contre ce masculinisme d’état éhonté. 

Nous voulons également adresser un message à toute la société : désormais, vous ne pourrez plus ignorer les femmes. »

Crédit de l’image mise en avant : Ursula Le Menn

Saint-Étienne : l’ère de la culture dématérialisée

Avec l’interdiction des rassemblements, puis le confinement annoncé le 17 mars, le domaine de la culture a dû se réinventer pour proposer de nouvelles choses, sous de nouvelles formes.

Si vous ne venez pas à la culture, la culture viendra à vous. En ces temps troublés, beaucoup d’artistes, comme les spectateurs, avaient plus que jamais l’envie de retrouver cette «bulle» d’évasion devant un film, une pièce de théâtre ou dans un musée. Ces lieux hors du temps, où le spectateur s’enfuit de la réalité, ont terriblement manqué. Ainsi, plusieurs projets ont vu le jour, pendant et après le confinement, pour pallier à l’impossibilité de se retrouver.

Labellisée « Ville Créative Unesco Design » avec de nombreux festivals, des théâtres, des librairies et des musées, Saint-Étienne est une ville culturelle. Elle valorise la création et le développement de jeunes talents avec l’école d’art dramatique de la Comédie (reconnue à l’échelle nationale) et l’Ecole Supérieure d’Art et de Design. La ville de Saint-Etienne a accordé cette année 12,79 millions d’euros au secteur culturel. Malheureusement, cet investissement sur l’avenir qu’avait fourni la mairie a été brutalement amputé par la crise du COVID-19.

Face à la fermeture forcée de leurs structures, les pôles culturels stéphanois ont dû révolutionner leurs concepts et leurs idées de la culture. Un outil parfait pour cela était Internet. La révolution numérique a, cette fois-ci, permis aux acteurs culturels du territoire de se réinventer et d’échanger avec leur public à distance. Le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne avait déjà mis cela en place depuis plusieurs mois en offrant certaines œuvres, difficiles à conserver dans un musée, photographiées sur Internet.

Le spectacle vivant réinventé

À chaque domaine sa réinvention. Le théâtre et l’opéra ont décidé de partager leurs créations sur YouTube. L’orchestre symphonique de Saint-Étienne a proposé une version confinée de «Carmen» sur le réseau social. Quant à la Comédie, elle a partagé deux web-séries réalisées par les promotions 2017 et 2018 de leur école. «Construire un moulin» et «Clémence Cavale» sont deux pièces écrites par l’autrice Haïla Hessou, qui devaient être jouées par la promotion 2018 en tournée avec la comédie itinérante dans des villages qui ne possèdent pas de théâtres. Les élèves devaient apprendre à «monter [le] décor et [ils avaient] des journées à organiser avec les écoles pour parler du spectacle avec les enfants» selon Liora Jaccottet, étudiante à la Comédie.

Malgré le confinement, les élèves ont eu envie de réaliser leurs pièces par d’autres moyens : stop-motion, fiction radiophonique, bande dessinée… «C’était de l’expérimentation. C’est assez passionnant de se dire qu’on est capable de faire une autre sorte d’art» confie Lise Hamayon, une autre élève. Les élèves de la promotion 2017 ont, quant à eux, réaliser un projet appelé « Se lire à haute voix » durant lequel ils appelaient des personnes de la France entière pour leur lire une histoire. Djamil Mohamed, étudiant de la comédie, a beaucoup apprécié cette expérience nouvelle qui lui a permis de se sentir «un peu moins seul. Et les gens étaient super contents». Un autre moyen de raconter une histoire qui a du bon mais les élèves ont, selon les propos de Lise Hamayon, «un désir d’un rapport avec le public, de voir ce que c’est de jouer devant un public».

UN MUSÉE AUDIO

Le Musée de la Mine de Saint-Étienne a, lui aussi, décidé de créer un concept inédit pour le confinement. Il s’agit d’une série de podcast classée en plusieurs catégories car, selon Julie Garroux, une de ses auteurs, «l’audio est vecteur de sensations, on peut facilement se faire « emporter » dans une histoire, une lecture … ce qui peut recréer un lien émotionnel que certains visiteurs vivent sur place en période d’ouverture». De l’approche scientifique des mines à la présentation de mineurs venus de l’étranger en passant par le design, rien n’est oublié dans l’histoire du point central du patrimoine stéphanois. Pour choisir ces sujets, les quatre auteurs ont «souvent fait confiance à [leurs] intuitions, [leurs] inspirations tout en gardant en ligne de mire l’envie d’évoquer des thématiques parfois peu développées dans les commentaires des visites guidées» selon Julie, auteure.

L’avantage de cette nouvelle méthode de diffusion est que les podcasts peuvent être écoutés dans toute la France. Cette initiative portée par quatre auteurs «animés du fait de partager l’attachement que l’on porte au musée, de le montrer sous un nouveau jour et peut-être même d’attirer de nouvelles personnes jusqu’à la thématique minière» restera disponible sur la toile et est intégrée à la visite du musée depuis sa réouverture via des flashcodes. «Les podcasts viennent justement apporter un complément à la visite libre, puisque les visites guidées sont actuellement suspendues, explique Julie. C’est aussi l’opportunité de renouveler l’offre de médiation dans ce contexte particulier, ainsi cela crée une expérience de visite parfois plus immersive ou surprenante dans le musée.» Alors que le musée a rouvert ses portes le 9 juin, Julie annonce «quelques nouveautés» pour les semaines à venir.

Une fête de la musique pas comme les autres

Pour ne pas annuler l’édition 2020 de la Fête de la Musique stéphanoise, la mairie a décidé de la rendre digitale. Entre concerts enregistrés et lives à regarder à la maison, la fête se réinvente pour proposer des performances inédites. Julien Lavaire, alias Mc Pampille, un artiste stéphanois, va se produire en live sur la scène du Fil. Il trouve «l’initiative des acteurs culturels de la ville de Saint-Étienne louable et [il] leur tire [son] bob». Même si cet habitué de la Fête de la Musique souhaite interagir au maximum avec son public en live en faisant preuve «d’imagination et de second degré», il pense quand même que «l’ambiance sera forcément absente. Nous allons faire la captation d’un concert sans personne». L’association Gaga Jazz, quant à elle, enregistre et diffuse trois prestations de groupes de jazz qu’elle avait prévu d’organiser. Elle est heureuse de pouvoir «honorer [ses] contrats avec des artistes dont c’est le premier retour sur scène», malgré la différence de prestation. Elle précise quand même que cette initiative est «dans la lignée de la digitalisation de la musique qu’on a vu pendant le confinement» et salue l’initiative de la ville de Saint-Etienne ainsi que les dispositifs mis en place. «En général la fête de la musique je la célèbre, je m’éclate, mais cette année ça me faisait moins envie, explique Lisa, une étudiante stéphanoise. Je trouve ça dommage et illogique de la part de la mairie d’annuler la fête alors qu’elle maintient les élections le 28. Mais c’est bien qu’ils l’aient maintenue, ça fait travailler les artistes et ça leur permet de se faire connaître. Ça ne m’a pas intéressée car l’ambiance de la fête de la musique ne serait pas aussi présente.»

Crédit de une : Ville de Saint-Etienne

(Municicaqs #5) – Saint-Étienne, une ville à moderniser

Alors que le premier tour avait désigné largement gagnant le maire sortant Gaël Perdriau, ses choix pour faire face à la crise du coronavirus et au centre-ville déserté, pourraient faire basculer les votes en faveur de son principal opposant, Pierrick Courbon.

Le 15 mars 2020 s’est tenu le premier tour des élections municipales, à Saint-Étienne comme dans toute la France. Ce premier tour a été dominé par le maire sortant, Gaël Perdriau (LR) et sa liste « Préférons le défi », qui a réuni 46,88% des voix. Derrière lui, son principal rival, Pierrick Courbon (PS, « Saint-Étienne demain ») avec 21,31% et Olivier Longeon (EELV, « Le temps de l’écologie ») avec 12,42% des voix. Enfin, 5 listes ont recueilli moins de 10% des voix : « Saint-Etienne c’est nous! » (Sophie Robert, RN, 9,24%), « Saint-Etienne avant tout » (Patrick Revelli, LREM, 4,72%), « St-T La Citoyenne » (Andrée Taurinya, Div.G, 3,14%), « Réinventons Saint-Etienne » (Zahra Bencharif, PRG, 1,22%) et « Lutte ouvrière faire entendre le camp des travailleurs » (Romain Brossard, Ext.G, 1,06%).

La campagne électorale pour les élections municipales a été marquée par de nombreuses interdictions dues à la pandémie. Mais elle n’a pas été sans polémique. Une semaine seulement avant le premier tour des élections municipales, la tête de liste RN Sophie Robert a révélé au site Valeurs Actuelles la présence sur la liste du maire sortant d’Abdelouahb Bakli. Ce quinquagénaire a été le responsable national de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) mais aussi du Conseil Régional du culte musulman (CRCM) de la région Rhônes-Alpes. Étant réputé proche des Frères Musulmans, sa présence a été considérée comme une atteinte à la laïcité.

« La religion doit rester dans la sphère privée » a rappelé le candidat à la mairie Pierrick Courbon (PS). Pour le candidat EELV Olivier Longeon : « le combat municipal doit être mené sur le terrain de la laïcité ». Le maire sortant dénonce « une campagne de calomnies » et « des attaques inadmissibles ». Mais certains de ses colistiers critiquent ce choix : « La présence de M. Bakli ne nous amuse pas beaucoup » a confié l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat.

Suite à ces difficultés et polémiques, les campagnes ont dû se réinventer. Après l’interdiction des rassemblements et du porte-à-porte, tout repose sur la campagne dématérialisée. Ainsi, on a vu apparaître une bannière Facebook « Je vote pour Gaël Perdriau », des posts sur différents réseaux sociaux qui mènent vers les sites des différents partis, les programmes et même des tables rondes virtuelles !

UN POINT FORT : L’ÉCOLOGIE

Olivier Longeon, candidat EELV (source : saintetienne.eelv.com)

Une des principales préoccupations françaises et stéphanoises est l’écologie et la préservation de notre biodiversité. Cela représente un point phare dans les programmes des candidats. Le maire sortant n’a pourtant porté ces valeurs que très récemment avec son initiative du « fauchage raisonné ». Une idée qui ne conquiert pas le cœur de tous les administrés. Cette pratique, bien qu’écologique, est appliquée trop tard aux yeux d’Olivier Longeon (EELV) : « Aujourd’hui, il vient nous dire qu’il a eu la révélation, qu’il va se mettre à faire de l’écologie et des pistes cyclables » ; et dans les mauvais espaces pour Lore Prijac, archère au parc de Méons, qui n’a pas été tondu au début de la saison : « Ce n’est pas adapté à la pratique de notre sport ».

D’autant plus que Gaël Perdriau a autorisé la création du centre commercial Steel, en périphérie, quasiment sans accès en transports en commun. Un débat qui a été au centre des conversations entre politiques et stéphanois. Tous les candidats se disent contre ce projet qui « nuit au développement du centre-ville et des quartiers de Saint-Etienne » pour Olivier Longeon. C’est « une catastrophe pour tous nos commerçants du centre-ville » selon Patrick Rivelli (LREM), « une triple trahison » pour Pierrick Courbon et « une très très mauvaise opération » aux yeux de Andrée Taurinya (LFI). Mais qu’en pensent les Stéphanois ? Les avis sont partagés. « L’initiative est bien mais trop excentrée. Saint-Étienne est répartie sur plusieurs endroits. Chacun va au plus près. Mais le centre ne va pas être développé. » confie Aline Cantat, étudiante à Saint-Etienne. Danielle Paolone, retraitée à Saint-Etienne, est intéressée par ce projet car « il y aura beaucoup de commerces regroupés au même endroit et quel que soit le temps on pourra s’y rendre, mais j’ai peur que le centre-ville soit de plus en plus déserté. » Pour Julie Pradel, étudiante à Saint-Étienne, « à l’heure où le centre-ville de Saint-Étienne se déserte j’ai du mal à comprendre cette initiative, explique-t-elle. Ce projet a dû coûter beaucoup d’argent et même s’il doit rapporter ça sera au détriment du centre-ville et des petits commerçants. Ainsi je pense « bouder » le Steel et ne pas du tout y aller. »

UN PREMIER MANDAT MOINS PORTÉ SUR L’ÉCOLOGIE

Gaël Perdriau, maire sortant LR ( source : perdriau2020.com)

En plus du fauchage raisonné, Gaël Perdriau aura tout de même, durant son mandat, créé la carte STAS 10 voyages à 10€, qui baisse le coût des déplacements en bus ou tram. Son programme explique qu’il a également investi 43 millions d’euros dans un « plan vélo ». Pour le candidat écologiste Olivier Longeon, désormais allié avec le PS, il est persuadé du contraire : « il a supprimé le projet de piste cyclable sur le nord de la Grande Rue, c’est-à-dire qui allait de la Terrasse jusqu’à Carnot, dans une de ses premières décisions. » Selon lui, ce projet était déjà dessiné et aurait dû être cofinancé par la région. 

Pour Olivier Longeon, le mandat de Gaël Perdiau a été « teinté d’un refus de l’écologie prononcé ». Il a limité la piétonnisation en centre-ville, négligé un traitement plus moderne des déchets et « n’a pas fait grand-chose en termes d’énergie nouvelles ». Il a également augmenté la présence de publicité dans les rues, avec des panneaux sur les trottoirs, dans « une vision qui date des années 1980-90 ». Pour le candidat écologiste, c’est le principal problème du maire actuel : « Il n’est pas dans son siècle. Il n’est pas dans la lutte contre le réchauffement climatique. »

DES IDÉES ÉCOLOGISTES À DÉVELOPPER

Pierrick Courbon, candidat PS (source : Twitter Le Progrès Loire)

Les propositions sur les programmes en termes d’écologie sont multiples. Le maire sortant se concentre surtout sur le développement des transports, comme il l’a fait jusqu’ici avec la nouvelle ligne de tram. Il propose, par exemple, un abonnement à 10€ par mois pour les enfants, étudiants, seniors, handicapés, chômeurs et CMU. Pourtant, ces personnes-là ne sont pas celles qui pourraient limiter la présence de voitures en centre-ville en allant au travail en transports en commun. Il veut également étendre le réseau du bus nocturne, le « Noctambus », et les horaires des trams jusqu’à une heure du matin. Pour les vélos, il propose des Véliverts gratuits, la création de 110 kilomètres de pistes cyclables et une augmentation de l’aide à l’acquisition de vélos électriques. Il envisage un réseau 100% propre d’ici 2030. Son programme inclut aussi un « plan fontaines » et « un plan parcs urbains », qui ne sont pas réellement développés dans leur mise en place. Mais l’idée séduit déjà Aline, étudiante : « Dans Saint-Etienne même il n’y a que le parc de l’Europe, difficile d’accès en tram. Mais ça manque je trouve. » Sa camarade Julie est d’accord mais pense tout de même que c’est « plus facile à dire qu’à faire à cause du manque de place et de l’entretien. »

Du côté de la gauche, avec l’alliance de Pierrick Courbon et Olivier Longeon, les propositions sont assez similaires pour proposer des plans concrets. Leur mesure phare est la gratuité des transports en commun, « à la fois solidaire et écologique » selon eux. Ils proposent de financer ce projet d’environ 25 millions d’euros avec un tiers d’économies de fonctionnement sur le budget de la Métropole (grâce à une baisse du budget de l’office de tourisme, de l’aéroport ou de la cité du design), un tiers de nouvelles taxes sur les surfaces commerciales comme le centre commerciale Steel, les amendes de stationnement et l’augmentation du « versement mobilité » des entreprises et enfin un tiers de projet politique (avec l’abandon de projets peu écologiques tels que l’A45 ou la patinoire olympique). Pour Aline, cela « permettrait à plus de gens de se déplacer un peu de partout. Après si c’est pour avoir une moins bonne qualité du service, c’est pas trop la peine. » Danielle, retraitée stéphanoise, précise que « plusieurs villes l’ont déjà mis en place et ils sont satisfaits. D’autre part cela permettrait à plus de Stéphanois de venir en ville et peut-être que cela fera revivre le centre ville. » Cependant, Julie explique que, dans ce cas-là, « il faudrait penser à augmenter le trafic car je prends souvent les transports aux heures de pointe et ils sont vraiment bondés ! »

Face au nombre peu important de Stéphanois se rendant au travail à vélo (seulement 1,1%), ils proposent des créations de voies vertes. D’autres projets sont plus originaux que leur concurrent comme la piétonnisation de l’hyper centre, le « disque vert » pour voitures électriques ou partagées, qui offrirait 2 heures de stationnement en ville, ou encore le développement d’un « RER lyonnais » qui renforcerait la ligne SNCF Lyon-Saint-Etienne. Ils déclarent vouloir créer un parc « zéro béton » en centre-ville et découvrir le Furan, fleuve actuellement enfoui sous le goudron.

Pour donner plus de places aux arbres dans cette ville assez grise, ils prévoient une végétalisation des cours d’école et un plan de plantation d’arbres avec le développement d’une agriculture locale. En matière d’énergies, la création d’un « tiers-payant » énergétique pour des rénovations thermiques et la simplification des démarches pourraient encourager les stéphanois à utiliser plus d’énergie propre. Olivier Longeon avait même parlé d’une utilisation intelligente des nombreux barrages autour de Saint-Étienne pour créer de l’énergie en grande quantité, mais la proposition n’est pour l’instant pas évoquée sur le programme de la liste de Pierrick Courbon. 

L’ÉDUCATION EN PREMIÈRE LIGNE

Salle informatique de l’école « Les ovides » à Saint-Etienne (source : Maou42000)

Le dernier point important de cette campagne est l’éducation. Accueillant 15 382 élèves dans 116 écoles maternelles et primaires, Saint-Étienne doit également focaliser ses efforts sur le développement de ces établissements. Gaël Perdriau a déjà réussi à créer des cantines avec des produits majoritairement locaux et des repas végétariens. Il a également ouvert 79 nouvelles classes. Pour la suite, il prévoit de doubler le budget accordé aux bâtiments scolaires, qui passerait de 20 à 40 millions d’euros. Dans un enseignement de l’écologie, il propose à chaque élève de CE1 de planter un arbre. Il souhaite également créer de nouvelles places en crèches.

Du côté de l’alliance de Pierrick Courbon et Olivier Longeon, au-delà de l’augmentation des moyens pour la rénovation des locaux, c’est une offre essentiellement écologique et solidaire. Avec, par exemple, la création d’une nouvelle école en centre-ville pour désengorger celles déjà présentes. Elle serait la première à avoir une cantine 100% bio et locale, mesure qui s’étendrait après aux autres écoles. Ils proposent également une offre périscolaire ouverte à tous avec la réhabilitation de l’heure d’étude gratuite, supprimé par le maire actuel, pour en faire une heure d’aides au développement. Ils souhaitent aussi ajouter une ATSEM par écoles maternelles et 100 places en crèches.

Un combat pour la place de maire qui, même s’il semblait gagné au premier tour, est loin d’être fini pour Gaël Perdriau.

Source de l’image mise en avant : Daniel Villafruela

La « sélection officielle » du festival de Cannes 2020

Malgré l’annulation physique d’un des plus grands festivals de cinéma, celui-ci dévoile une liste de films sélectionnés.

Si les stars habituelles du tapis rouge de Cannes ne pourront pas le fouler cette année à cause de la pandémie mondiale, son célèbre festival ne se laisse pas abattre. Devant une salle vide, mais symbolique, de l’UGC Normandie de Paris, le président du festival Pierre Lescure et son délégué Thierry Frémaux ont présenté hier la « sélection officielle de 2020 ».

Même si beaucoup de réalisateurs ont repoussé la sortie de leurs films en raison de la pandémie de COVID-19, les cinéastes ont quand même proposé 2 067 films, un nombre record. Parmi ceux-ci, 56 ont été sélectionnés pour le prestigieux festival. Cette année, pas de catégories comme le « hors compétition » ou les « séances spéciales » mais plutôt des sections appelées « Les fidèles », « Les nouveaux venus » ou « Premiers films ».

Des « ténors » fidèles au poste

Bien sûr, on retrouve des habitués du festival. Wes Anderson, avec son très attendu The French Dispatch, prévu pour le 14 octobre, mêlant des stars telles que Bill Murray, Tilda Swinton et Timothée Chalamet. Steve McQueen est également au programme pour deux films : Lovers Rock et Mangrove. Ce dernier est malheureusement d’actualité car il parle du harcèlement de la police envers la communauté « black ».

La réalisatrice japonaise Naomi Kawase est retenue pour True Mothers, un film sur l’adoption. Le cinéaste danois Thomas Vinterberg parle de la crise de la cinquantaine dans son film Druk.

On retrouve aussi 21 films français, dont Été 85 de François Ozon, prévu pour le 15 juillet ou encore ADN de Maïwenn. La sélection de cette année comporte d’ailleurs plus de réalisatrices que celle de l’année dernière (16 contre 14).

De nouveaux réalisateurs

La sélection se tourne également vers 15 premiers films de réalisateurs, 5 de plus que l’année dernière. Parmi eux, certains sont réalisés par des acteurs, qui passent pour la première fois derrière la caméra. À l’image de Falling de Viggo Mortensen, Ibrahim de Samir Guesmi ou Garçon Chiffon de Nicolas Maury.

Des catégories plus inédites

Pour « prendre des risques ou tenter des choses » selon Thierry Frémaux, 5 comédies ont également été choisies dont Un triomphe d’Emmanuel Courcol, avec Kad Merad, en salle le 28 octobre.

Cette sélection comporte aussi des films d’animation, comme le dernier film des studios Pixar Soul, réalisé par Pete Docter, reporté de juin 2020 au 25 novembre 2020.

Il n’y aura cependant pas de palme d’or cette année, l’idée est de donner envie d’aller voir ces films en salles à leur réouverture. Avec cette sélection dématérialisée, le festival espère encourager et aider le secteur cinématographique, fortement touché par la crise mondiale.

Photo mise en avant : Hermann

LGBT+ : un pas vers l’égalité

Le Costa Rica est devenu le premier pays d’Amérique Centrale à légaliser le mariage homosexuel hier. Parallèlement, la France connaît sa première maire transgenre élue samedi dernier.

C’est une libération pour Alexandra Quiros et Dunia Araya. Elles ont enfin pu se passer la bague au doigt, le jour même, où leur pays légalisait leur mariage ce 26 mai 2020. Si la cérémonie et la décision de la Cour Suprême n’ont pas pu faire l’objet de rassemblements à cause de la crise de COVID-19, la télévision et les réseaux sociaux ont diffusé un programme rappelant les luttes contre les discriminations. Un message accompagné de la parole de célébrités au niveau mondial, dans le cadre de la campagne « Si Acepto Costa Rica ».

Mariées à minuit

Cette décision était attendue depuis que la Cour Suprême avait désigné comme « inconstitutionnelle » l’interdiction du mariage de personnes de même sexe en août 2018. Elle-même avait été poussée à la faire par la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui avait demandé à tous les pays membres de l’Organisation des États Américains (OEA) de légaliser ces mariages. Le Parlement costaricain avait 18 mois pour modifier la loi du Code de la Famille qui condamnait cette union. Une fois le temps imparti écoulé, l’interdiction était effective et les mariages homosexuels pouvaient être officiés. Ce qui a été le cas mardi 26 mai à minuit, au bonheur de plusieurs couples qui se sont pressés pour se marier malgré le manque de convives. Le premier mariage, officié quelques minutes après minuit, a néanmoins été suivi en ligne, diffusé sur la chaîne YouTube de Si Acepto.

Le Costa Rica devient ainsi le huitième pays américain à légaliser ce mariage. Il rejoint 28 autres pays du monde mais reste un pionnier pour l’Amérique Centrale. Son président, Carlos Alvarado, s’est réjoui de cette décision sur les réseaux sociaux.

Traduit par Ornella Gache : « À partir de maintenant, le Costa Rica reconnaîtra le mariage égalitaire. Dans une heure, les couples de même sexe, et leur famille, auront les mêmes droits que tout autre couple ou famille de ce pays. Ensemble, sous un même drapeau, construisons une meilleure nation. »

Malgré tout, cette décision ne plaît pas à tout le monde, et notamment aux 14 parlementaires évangéliques. Ils étaient trop minoritaires à l’assemblée pour faire changer la situation. Depuis 2006, six projets de loi pour autoriser le mariage pour tous avaient été défaits par ces parlementaires. Une de ses élus s’est donc indignée sur Twitter.

Traduction de Ornella Gache : « AUJOURD’HUI EST UN TRISTE JOUR POUR LA FAMILLE TRADITIONNELLE DU COSTA RICA
L’entrée en vigueur du mariage égalitaire frappe l’âme de générations de Costaricains qui ont construit les bases d’un grand pays attaché à la famille et à la vie. »

Une maire « élue pour un programme »

Un autre pas en avant pour la communauté LGBT+ a été réalisé en France. Samedi dernier, la première maire transgenre a été élue dans la commune de Tilloy-les-Marchiennes. Marie Cau, pour elle, est « complètement femme depuis environ cinq ans » après une transition progressive. Elle n’a pas encore changé d’état civil et utilise couramment son troisième prénom depuis 2 ans. Marie habite dans cette petite commune du Nord depuis 20 ans et elle est mère de 3 enfants. Sa liste apolitique baptisée « Décider ensemble » a récolté entre 63,5 et 73,1% des suffrages selon les candidats.

Dans son village, elle déclare n’avoir subi aucune brimade, simplement quelques maladresses. Les habitants respectent l’utilisation de son troisième prénom. Elle n’est pas militante et reste donc assez discrète : « Les gens ne m’ont pas élue parce que j’étais transgenre ou contre, ils ont élu un programme ». Un programme basé sur le développement durable, qui favorisera les circuits courts et le social. Pour elle, c’est cela qui est important, que le fait d’être transgenre soit considéré comme normal et que les gens n’y fassent même plus attention. Reste à espérer que, dans les années ou décennies à venir, des maires LGBT+ ne feront plus l’objet d’article, car devenu courant.

La Petite Sirène sort la tête de l’eau

La nouvelle plateforme de streaming Peacock a annoncé vendredi dernier, une série comique nommée Washed Up. Elle arrive 15 ans après l’histoire originale de La Petite Sirène.

La plateforme de streaming de NBC a annoncé vendredi une série originale inspirée du conte d’Hans Christian Andersen (auteur du roman qui a inspiré le film). Washed Up (qui signifie littéralement « échouée ») sera réalisée par les créateurs de Jane The Virgin. Quinze ans après, les réalisateurs s’appuient sur un ton comique pour adapter la nouvelle série. S’éloignant donc de la version classique et de celle de Disney, le synopsis, dévoilé sur le site internet américain Deadline, propose un scénario sur « une humaine de base ».

Une comédie à la Desperate Housewives

Avec une alternative au « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », la série racontera la désillusion de l’ex sirène, piégée dans son mariage raté. Oubliez donc les histoires fantastiques d’humaine à queue-de-poisson, au moins pour les premiers épisodes. Un scénario a l’allure un peu déprimante, qui virera à un scénario actif, par la suite. Après la mort de son père, l’héroïne se lancera à la poursuite de traîtres pour sauver le monde sous-marin, mais pourchassera aussi les humains. La série sera donc un mélange de comédie et d’action, assez éloignée de l’œuvre dont elle emprunte les personnages. Cependant, plusieurs internautes ont pointé du doigt le fait qu’il ne pouvait pas y avoir de « suite » au conte d’Andersen étant donné que la petite sirène mourrait à la fin du conte. Malgré leur volonté de se rapprocher de l’histoire originale, les producteurs et réalisateurs n’ont pas changé la fin du dessin animé.

Un casting encore à découvrir

Si on sait déjà que cette suite du conte sera réalisée par Gracie Glassmeyer, scénariste de la série comique Jane The Virgin, il est encore trop tôt pour annoncer un casting. D’autant plus que le choix de Disney pour incarner Ariel, Halle Bailey, avait créé la polémique à cause de sa couleur de peau. Les fans mécontents pourraient donc bien se tourner vers un casting plus « classique » de leur sirène. Aucune date de diffusion n’est prévue. La nouvelle plateforme Peacock, concurrente de Disney + dès le 15 juillet, a compris l’attrait des spectateurs pour les adaptations. Elle espère attirer les fans comme les déçus avec cette alternative comique à la fin heureuse classique.

Le Snyder Cut, le vrai Justice League ?

Hier, le service de streaming HBO Max a annoncé qu’il diffusera le « Snyder Cut » de Justice League en 2021. Ce film, réalisé par Zack Snyder puis Joss Whedon, est sorti dans les salles de cinéma le 15 novembre 2017. Il avait eu un succès plus que mitigé auprès des fans.

Le Snyder Cut, c’est la version longue de presque 4 heures que prévoyait le réalisateur Zack Snyder avant de devoir abandonner le projet pour des raisons familiales. Beaucoup de fans attendaient cette version, qu’ils pensent forcément meilleure. Ils blâment les nombreuses scènes coupées au montage et les rajouts du réalisateur Joss Whedon. Ils avaient même lancé un #ReleaseTheSnyderCut sur les réseaux sociaux pour amener les studios Warner à diffuser le montage du premier réalisateur. HBO Max l’a réutilisé dans son tweet assez laconique pour annoncer cette nouvelle sortie.

Un coup de buzz

Une nouvelle sortie qui ravit les fans de DC comics, qui voyaient en Justice League un moyen de tenir tête à Marvel. Le réalisateur Zack Snyder avait d’ailleurs grandement participé à la rumeur selon laquelle cette version du film existait. Et il se trouve que c’était vrai. Il ne s’est pas privé de le rappeler sur Twitter.

Ce qui n’a pas manqué de faire hurler les fans sur les réseaux sociaux, à la fois surpris et heureux de pouvoir enfin avoir accès à cette « meilleure » version. Parmi ces fans, on retrouve même des youtubeurs tels que InThePanda, qui se réjouit de le voir, ou le Joueur du Grenier, qui utilise de l’humour pour montrer son scepticisme face à cette idée.

Une réhabilitation ?

Alors que certains sautent de joie en entendant 2021, d’autres se questionnent : est-ce seulement la faute du montage de Joss Whedon si le film a été un tel échec (seulement 650 000 000$ au box-office) ? Est-ce que ce fameux Snyder Cut pourra réhabiliter le film autour des fans et des autres spectateurs ? Les blagues lourdes, l’histoire en elle-même et les personnages peu développés n’ont, pour eux, aucun lien avec le montage. Pour certains, il ne faut pas placer trop d’espoir dans cette nouvelle sortie, qui pourrait nous décevoir tout autant que la première. Cette sortie pourrait également ouvrir la porte à beaucoup de problèmes, si les fans pensent que les studios de production vont leur accorder toutes les versions de films qu’ils veulent, par exemple un Star Wars « sans femmes »…

Coronavirus : « Il faut redonner l’envie d’aller au cinéma »

Les cinémas français sont maintenant fermés depuis plus de deux mois. Mais le gouvernement n’a toujours pas proposé de plan pour leur réouverture ou pour les aider.

Depuis le 14 mars dernier, les salles de cinéma ont fermé leurs portes. Malgré cette fermeture forcée, certains ont voulu rester en contact avec leurs fidèles spectateurs. Le cinéma d’art et essai, Le Méliès à Saint-Étienne, a lancé des activités dès le début du confinement total : Le Méliès Battle, un challenge sur Facebook où tout le monde peut poster un extrait de film en rapport avec le thème de la semaine et l’Épicerie film, des posts Facebook quotidiens qui conseillent un film à voir. Avec la prolongation de la fermeture, ces cinémas restent actifs sur les réseaux sociaux, notamment avec l’émission de radio, Radio Silencio, qui propose des bandes-son mélangées à des répliques de films. Enfin, pour garder le contact avec leurs spectateurs moins présents sur les réseaux sociaux, une permanence est proposée chaque samedi. Les équipes y distribuent la Gazette de l’Entracte (écrite par le cinéma Méliès). Il est également possible d’assister à une séance dans la plus petite salle de cinéma (c’est-à-dire la salle du café du Méliès), tout seul ou entre membres d’une même famille. Enfin, le cinéma promeut des artistes stéphanois dans des expositions temporaires.

Malgré toutes ces initiatives, la salle de cinéma manque à beaucoup, spectateurs et gérants : « j’espère que l’on pourra ouvrir d’ici juillet, confie Paul-Marie Claret, gérant du cinéma Le Méliès, je ne pense pas qu’un cinéma soit bien plus dangereux qu’un supermarché ». Les cinémas indépendants ont souffert de cette crise bien plus que les grandes distributions. Ces salles ne vivent que des entrées et ne vendent pas de pop-corn ou glaces à l’entrée. Et les dépenses sont plus importantes dans le budget : « On a des frais fixes à 18 000€ par mois, sans compter les salaires ». Ces cinémas ont également peur d’un changement de consommation. Les Français ont regardé beaucoup de films à la maison. Les cinémas ont peur qu’ils se soient lassés des salles obscures. Cette inquiétude peut être démentie par un sondage d’Allociné qui annonce que 92% des personnes interrogées auraient envie de reprendre le chemin des cinémas. Pour Paul-Marie, « l’expérience du cinéma ne se fait pas chez soi, avec des bruits de frigo, de chats ou d’enfants. C’est faire confiance au programmateur ». Aller au cinéma, c’est aussi promouvoir des films différents, qui n’auraient peut-être pas trouvé leur public sur Netflix.

Une programmation difficile

La programmation va d’ailleurs être « périlleuse » pour Paul-Marie. Certains des films programmés sont déjà sortis en VOD, comme Vivarium de Lorcan Finnegan. Ceux qui devaient sortir pendant le confinement sont souvent repoussés à l’automne car « il est très compliqué de faire exister un film sans communication en amont ». Paul-Marie va faire sa sélection sur les films qui lui seront proposés mais il n’a pas beaucoup de choix. Si les films La Bonne Épouse de Martin Provost ou Tenet de Christopher Nolan sont toujours prêts pour les salles à la réouverture, ils seront les têtes d’affiche du cinéma Le Méliès. Une programmation tout de même difficile car les équipes n’auront pas vu les films à l’avance, comme ils en ont l’habitude, pour ne proposer que le meilleur à leurs spectateurs. Probablement que des sociétés de production comme UFO vont diffuser « quelques films fragiles, prévoit Paul-Marie, mais il va être difficile de les défendre avec les mesures d’hygiène imposées ». Il envisage également des projections de films classiques qui passent peu à la télévision, comme Retour vers le Futur.

Une réouverture contrôlée

Il sera encore plus difficile de programmer les films avec les restrictions sanitaires qui vont entrer en vigueur à la réouverture. Pour cela, Paul-Marie va s’en remettre aux consignes transmises par la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF). Mais ces mesures vont fortement impacter la capacité d’accueil des salles : « on tournera à 30% de notre capacité habituelle, avec seulement deux personnes par ascenseur et des masques obligatoires dans le hall ».

Les cinémas espèrent une réouverture rapide même s’ils « tourneront toujours à perte » avec le manque de films à distribuer et les restrictions dues aux mesures de sécurité. Mais les cinémas rouvriront car le plus important est de « redonner une envie et un désir de cinéma ».

En Avant : Disney fait un flop

En Avant est sorti le 4 mars dernier au cinéma. Malgré sa publicité désastreuse, voire inexistante, de la part de Disney, il évoque des thèmes très chers aux studios Pixar et omniprésents dans leurs précédentes réalisations.

La sortie d’un nouveau film Pixar est toujours présentée comme un événement par les studios Disney. Ils ne manquent pas de monopoliser l’espace publicitaire, que ce soit à la télévision, sur des affiches ou sur Internet pour promouvoir un nouveau « classique d’animation » avant même sa sortie. Mais ce ne fût pas le cas pour En Avant. Bien sûr, il est arrivé à certains fans de voir des publicités ciblées sur Internet ou quelques bandes-annonces avant une vidéo YouTube. Cela n’égale toujours pas le potentiel médiatique du premier film original des studios Pixar depuis Coco, il y a 3 ans.

Ce manque de communication énorme et peu compréhensible a fortement impacté le box-office. En Avant n’a pu être projeté que deux semaines avant que la pandémie de COVID-19 oblige les cinémas à fermer leurs portes. Cependant, sur la même période de temps, Coco avait attiré deux fois plus qu’En Avant (609 438 pour En Avant contre 1 635 348 pour Coco).

Un vrai bon Pixar

Comment expliquer cet échec médiatique répercuté sur le box-office ? Certainement pas, de mon point de vue, par la qualité du film. En Avant, est un très bon Pixar, qui suit la recette pour nous faire pleurer, rire et rêver dans le même film. Il nous raconte l’histoire de deux frères qui souhaitent revoir leur père décédé pendant un jour. Ils vont pour cela devoir apprendre à utiliser la magie dans un monde où elle a été remplacée par la technologie. La quête qu’ils vont entreprendre fait souvent référence à des classiques de l’heroic fantasy comme Donjons et Dragons ou même Le Seigneur des Anneaux. Ces petites références ne manqueront pas de ravir les connaisseurs, tout en restant assez discrètes pour un public non-initié.

Les thèmes abordés sont ceux que Pixar affectionne, c’est-à-dire la famille et le passage à l’âge adulte. Il a aussi un rapport à la mort et au deuil caractéristique du studio. L’amour des deux frères est réellement touchant et rappellera leur situation aux fratries. Si le film est très émouvant, notamment sur les passages liés au père, il arrive à être drôle. En plus de toutes ces qualités internes au film, deux noms de stars hollywoodiennes trônent sur l’affiche américaine : Tom Holland et Chris Pratt dans les rôles principaux. Des noms qui auraient dû attirer l’attention ou au moins la curiosité des spectateurs. De l’émotion, de l’amour, des personnages attachants et un univers unique et beau visuellement, pourquoi le film n’est-il pas le succès qu’on pouvait attendre ?

Les raisons du flop

Le film a quelques défauts.  L’aspect de la double lecture (enfants et adultes) n’est pas autant exploité que dans les autres Pixar, ce qui le rend un peu moins intéressant pour un public adulte. Les thèmes sont abordés de manière trop superficielle pour y voir de réelles comparaisons qui pourraient plaire à ce public plus mature, en plus des blagues souvent trop téléphonées et enfantines. L’aspect visuel du film est également en décalage avec ce qu’a l’habitude de présenter Pixar. Le design des personnages et de l’univers est inédit et peut rebuter. Cela peut être lié à la démission de John Lasseter, animateur légendaire du studio, avant le début du développement du film.

Malgré ces défauts, En Avant ne méritait pas le véritable désert médiatique dont il a été victime. Les raisons officielles de ce manque de publicité n’ont pas été évoquées par Disney mais plusieurs théories peuvent être mises en avant. Le film sort quelques mois seulement après l’énorme carton et incroyable box-office qu’ont fait les suites de La Reine des Neiges et Toy Story. Les spectateurs sont, malheureusement pour les nouvelles idées, plus attirés par une suite d’un film bien connue que par un univers inédit. Pixar devait aussi diffuser un autre film en juin 2020, Soul, qui a bénéficié d’un peu plus de publicité. Disney a laissé tomber En Avant comme un cheveu sur la soupe en début d’année.

En plus de cela, le film sort en pleine crise du covid-19. Cette crise a d’abord fait peur aux spectateurs, qui ne voulaient pas risquer de se contaminer en allant dans les salles obscures. Puis, suite à plusieurs décisions gouvernementales à travers le monde, les cinémas ont été fermés définitivement. En France, cela n’a laissé à En Avant, que deux semaines pour essayer de convaincre le public. Pour pallier cette fermeture, Disney a décidé de mettre le film sur sa plateforme de streaming Disney + seulement un mois après sa sortie en salle et a donné son accord à des plateformes d’achat digital (telles que YouTube ou Google Play Store) pour vendre ou louer le film. Étant donné que les salles de cinéma ne savent pas quand elles rouvriront leurs portes, En Avant ne sait pas s’il reviendra à l’affiche. Dans les deux cas, essayez de le voir pour ressentir l’émotion d’un vrai bon Pixar.