Vague verte, Macron devient surfeur

Au lendemain du second tour des municipales, Emmanuel Macron annonce 146 propositions écologiques.

C’est sur une pelouse bien verte que le Président de la République a accueilli les membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique. Se doutait-il quelques semaines plus tôt, en choisissant cette date, qu’il succéderait sur les bandeaux des chaines d’info, à la vague verte des municipales ? Sûrement. Mais ce calcul politique et symbolique permettra-il au président de convaincre les électeurs écologiste d’hier de lui accorder leur confiance demain ? Tandis que les commentateurs politique attendent une réponse autant que le prochain remaniement, le Président a mis les petits plats dans les grands pour dévoiler l’avenir de son mandat et le grand plan écologique qui devrait voir le jour.

146 sur 149

Les membres tirés au sort de la Convention climat sont arrivés avec 149 propositions réparties au sein de 5 thématiques (consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir). Mais aussi un programme de financement et de modification de la constitution.

On pouvait attendre du Président une découpe de ce rapport, qu’il pioche dedans les propositions en accord avec ses valeurs et ses intérêts. Mais le chef d’Etat a été clair, dès le début du discours « je veux que toutes les propositions soient mises en œuvre au plus vite ». Puis, modérant son propos, il a évoqué les points sensibles du rapport notamment la difficile relation écologie-économie. Après avoir félicité les rapporteurs d’avoir « placé l’écologie au sein du système économique » et précisé qu’il partageait cette idée, le président a balayé l’idée d’une taxe de 4% sur les dividendes justifiant que « nous sommes déjà un pays très fiscalisé, je pense qu’accroître la fiscalité n’est pas une bonne idée (…) nous avons besoins d’attirer des capitaux français et étrangers ». Il a aussi évoqué dans son discours l’idée d’une écologie non punitive, arguant que la taxe carbone « était une des raisons, ce n’était pas la seule » qui a mené au mouvement des gilets jaunes l’an dernier. S’il s’agît ici d’un réel rejet de l’idée, le second véto posé par Emmanuel Macron est en réalité un report. Le président ne souhaite pas, pour le moment, entendre parler de l’abaissement de la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h.

Verdir la constitution par un référendum

Enfin, sur l’aspect constitutionnel du rapport un dernier véto a été posé. La modification du préambule de la constitution ne verra pas le jour mais celle de l’article premier aura sûrement lieu lors d’un futur référendum. À ce sujet, le président s’est exprimé ouvrant la voie au plébiscite tout en s’engageant à « proposer un texte au parlement en vue d’un référendum en 2021 ». Au-delà d’une simple modification de l’article premier, ce référendum pourrait aussi simplifier la mise en place d’une des 146 mesures phares : la reconnaissance de l’écocide. Un terme, dont le président s’est targué d’être le premier chef d’état à l’employer, et qui désigne la destruction d’un écosystème. Actuellement, ce terme n’est pas reconnu par l’institution judiciaire ce que souhaite Emmanuel Macron. Celui-ci annonce aussi porter ce projet de reconnaissance de l’écocide auprès des acteurs du droit internationale pour juger les coupables devant la Cour pénale internationale. L’intégration de l’écocide dans le futur référendum simplifierait sa complexe reconnaissance juridique.

L’application des propositions

Le président a commencé par expliquer en détail quelle serait la méthode de mise en œuvre de ces propositions. Une manière de faire gage de bonne volonté d’entrée de jeu face aux attentifs rapporteurs. Le possible référendum ne concernant pas la totalité des 146 propositions, le chef d’État a décidé de diversifier la méthode. Une partie sera arrêtée « dès juillet » par le gouvernement, une seconde sera intégrée au plan de relance économique et enfin la dernière vague de proposition à être légiféré, le sera au sein d’un projet de loi spécifique. Mais selon ce rythme, beaucoup de propositions devraient rester sur le carreau faute de ne pas appartenir au champ d’action de l’Etat. Pour pallier ce problème, le président souhaite réunir les collectivités territoriales et les élus afin de discuter de ces propositions.

Les membres de la convention climat vont donc encore devoir se battre auprès de nombreuses institutions pour voir un jour leurs propositions au Journal Officiel, le chemin reste long.

(Municicaqs #6) – Rennes, du changement dans la continuité ?

Plus que 2 semaines avant le second tour des municipales. Après Nîmes, Le Havre et Saint-Étienne, CAQS vous propose de découvrir Rennes comme vous ne l’avez jamais vue. Au cœur de débats politiques, environnementaux et citoyens, qui aura le dernier mot sur la capitale bretonne ? Coup de projecteur sur les quatre candidats encore en lice.

À Rennes, la maire sortante, Nathalie Appéré (PS), a une fois de plus, fait l’unanimité en remportant 32,78% des voix au premier tour malgré 60,36% d’abstention. Comme partout ailleurs, l’épidémie de Coronavirus en a freiné plus d’un à voter (en 2014, 61 024 personnes étaient allées voter au premier tour, contre 46 167 cette année).

TROIS LISTES BIEN DIFFÉRENTES

Pour Rennes avec Nathalie Appéré et Matthieu Theurier
Révéler Rennes avec Carole Gandon
Libre d’agir pour Rennes ! Avec Charles Compagnon

A l’issue de ce premier tour, c’est M.Theurier (EELV) qui talonne la maire sortante, suivie de C.Gandon (LREM) et de C.Compagnon (Div.D) qui se place en dernière position. Mais ce n’est pas séparément qu’on les retrouvera le 28 juin. Les deux candidats en tête ont officialisé le 30 mai 2020 la relance de leur alliance passée (en 2014, ils avaient déjà agi de la sorte). Alliance à laquelle C.Gandon (LREM), en troisième place lors du premier tour, a vivement réagi : « la logique guidant ce choix est la préservation de places, ou la détestation commune de la majorité nationale en place. Il est certain que l’alliance entre Nathalie Appéré et Mathieu Theurier implique la reconduite d’un modèle urbain à bout de souffle, inadapté pour faire face aux futures pandémies ».

Rennes, c’est plus de 210.000 habitants en 2017, une ville qui ne cesse de grandir, une capitale bretonne qui doit réaffirmer son statut. Où en est-elle au niveau de la sécurité, des mobilités et de l’urbanisme ?

LA SÉCURITÉ, GARANTE DU BIEN-VIVRE RENNAIS ?

A Rennes, même si le taux d’insécurité est faible en comparaison à d’autres grandes villes françaises, il reste néanmoins en pleine expansion depuis plusieurs années. Que proposent les candidat.es pour y remédier ?

Lors des débats du premier tour, M.Theurier (EELV) s’était exprimé sur le sujet : « Il ne faut pas nier les choses, Rennes est une des villes de France où le taux d’insécurité est parmi les plus faibles. Il y a une réelle baisse des incivilités. » Pour agir avec réalisme et pragmatisme, il avait donc comme projet d’organiser des assises de la sécurité pour permettre un débat dans toute la ville et ainsi trouver des solutions. Ce qui reste primordial pour lui c’est de travailler la question de l’éducation, de former des éducateur.trices de rue, de renforcer la formation des policiers municipaux à la méthodologie de résolution de conflits, à la lutte contre toutes les formes de discriminations et veiller à la réprésentativité des diversités au sein de la police municipale. Il met un point d’honneur à former les agent.es de police aux violences faites aux femmes. Depuis son alliance avec le PS, il ne s’est plus exprimé sur cet engagement.

N.Appéré (PS) propose la création d’une police municipale nocturne. Cette police aurait pour but d’être particulièrement vigilante à des moments difficiles comme la fermeture des bars. La maire sortante veut également recruter 40 policiers municipaux supplémentaires.

Elle s’oppose fervemment à l’armement létal qui ne correspond pas, selon elle, aux missions des agent.es de police. A l’inverse, C.Compagnon (DVD) évoque une police municipale armée et nocturne, pas uniquement dans le centre ville mais aussi dans les quartiers, ainsi qu’un renforcement des caméras de surveillance.

C’est sur le plan du renforcement des outils que C.Gandon (LREM) veut également agir. Elle propose en effet un triplement du nombre de caméras de vidéoprotection pour prévenir les actes de délinquance ainsi que le recrutement de 30 policiers municipaux supplémentaires.

Renforcer la sécurité matérielle ou favoriser la formation des agents ? Faut-il prévenir ou éduquer ? Nous avons posé la question à Loïc Perrin, étudiant militant à Rennes 2. « La politique municipale fait le même jeu que la politique nationale qui se résume à : plus d’effectifs, plus de moyens, sans jamais mettre en avant les problématiques de fond de l’insécurité. La liste « Choisir l’écologie pour Rennes » a bien cerné le problème en proposant des formations aux policiers et « une étude des conditions de travail »» admet-il.

« Malheureusement, c’est le serpent qui se mord la queue : on sait que les policiers travaillent dans des conditions désastreuses, avec un matériel obsolète, parfois abîmé et dangereux à l’usage. On sait aussi qu’ils font des heures supplémentaires, parfois payées des mois après et j’en passe. De l’autre côté, on sait que la « délinquance » vient majoritairement des quartiers populaires. Alors, on propose plus de moyens (en effectif) sans parler de revalorisation salariale, on propose des brigades anti-incivilité ou la possibilité de mettre une contravention pour un acte déplacé en ville, sans jamais investir dans de la pédagogie. On envoie en garde-à-vue, sans jamais discuter et essayer de comprendre » déplore Loïc Perrin.

Selon lui, les politiques restent trop éloignés de la réalité du terrain : « En fait, on passe notre temps à avoir des politiques qui nous parlent en chiffres, parce que les chiffres (parait-il) ça donne des votes. Mais la réalité est complètement différente. Nous devrions, je pense, sur le point de vue de la sécurité, mais aussi des inégalités, de l’écologie, de l’économie, travailler avec des chercheurs et des chercheuses, qui ont analysé méthodiquement ces problématiques, mettre au cœur des réformes, des changements les principaux.ales concernée.es, trouver un juste milieu entre la réalité du terrain et les études. Enseigner, apprendre, dialoguer, comprendre. Pour moi, il n’y a que ça qui pourra régler les problèmes de l’insécurité ».

LES TRANSPORTS, PREMIER MOTEUR DU RAYONNEMENT DE LA CAPITALE BRETONNE

La question des transports est essentielle à Rennes. La ville est dotée d’un large réseau de bus, de nombreuses pistes cyclables, de vélos, d’une rocade de 31 km ainsi que de deux lignes de métro d’ici à la fin de l’année. Mais comment décongestionner la rocade ? Comment rendre Rennes plus en adéquation avec ses aspirations écologiques tout en la gardant attractive ?

La maire sortante propose un système de 5 lignes express de tramway sur roues connectées au métro quand sa rivale LREM, C.Gandon, opte pour un prolongement du métro qui irait au-delà de la rocade. Une hérésie économique selon N.Appéré.

C.Compagnon (DVD) utilise les termes ambitieux de « Plan Marshall » avec la volonté de créer 4 lignes de tramway supplémentaires à l’extrémité des lignes de métro pour relier l’ensemble de la métropole rennaise.

Pour ce qui est du centre-ville, toutes et tous proposent un large développement du réseau vélo, en accord avec les ambitions écologiques de la ville. N.Appéré évoque également l’idée de navettes électriques avec montée et descente à la demande. Des initiatives réellement durables, ou simplement écologiques sur le papier ? Nous avons posé la question à Youth for climate Rennes, association apartisanne. « Développer un réseau de pistes cyclables sécurisées dans la métropole et les communes est une mesure nécessaire pour décarbonner les modes de déplacement. Espérons que cette promesse soit mieux tenue qu’au dernier mandat ».

Concernant les navettes électriques dans le centre ville piétonnier, l’association estime qu’il faut « garder à l’esprit que ce n’est pas parce qu’il s’agit de véhicules électriques que la proposition est forcément écologique. À quels besoins vont répondre ces navettes sinon à remplacer des trajets qui auraient pu être effectués à pieds ? Dans le centre-ville, passent déjà le métro, le bus, les vélos et les piétons. L’énergie électrique est loin d’être neutre avec le nucléaire et les matériaux rares pour les batteries. S’il s’agit de répondre aux besoins de personnes en difficulté de déplacement, il existe déjà des navettes spécialisées. » soulève Youth for Climate Rennes.

ET LA QUESTION DE LA GRATUITÉ ALORS ?

À réfléchir pour certains, réponse négative pour d’autres. Rennes est, à l’instar de grandes villes françaises, au cœur d’un débat au sujet de la gratuité des transports.

E.Le Pape (LFI), qui n’a pas pu accéder au second tour (7,53 %) , parlait d’une gratuité pour tous dans les transports, face à l’urgence climatique qui est la nôtre, quand C.Compagnon s’y oppose fermement en clamant « qu’il faut des fonds pour financer nos projets ambitieux ». N.Appéré s’engage, quant à elle, à y réfléchir d’ici à 2024. En attendant, elle propose pour les moins de 26 ans, une baisse immédiate de 25 % des tarifs des abonnements aux transports en commun.

« L’idée de gratuité progressive est très souhaitable pour une ville comme Rennes. Elle est d’autant plus intéressante qu’elle répond à des problématiques sociales et environnementales. Cependant cette mesure manque d’ambition rien qu’au niveau de sa formulation. Pourquoi d’ici 4 ans seulement ?  Pourquoi uniquement pour les moins de 26 ans ? Nous aimerions aussi rappeler que des portillons ont été achetés à hauteur de 7,5 millions d’euros pour équiper le métro contre la fraude, ce qui parait peu cohérent dans l’optique d’aller vers plus de gratuité. », répond YouthForClimateRennes.

URBANISME ET ACTION CITOYENNE : COMMENT CONCILIER EXPANSION ET ÉCOLOGIE ?

On a beaucoup reproché à la maire sortante de construire trop vite et pas assez bien. N. Appéré reste convaincue qu’il faut continuer à construire si nous voulons une ville qui grandit et accessible à tous. Pour remédier au mécontentement de certain.es, elle propose des chartres de concertations pour les projets de construction.

Pour M.Theurier (EELV), Rennes se bétonne et les prix s’envolent. Il faut définir une méthode pour construire les projets avec les habitants. Certes il faut construire, mais moins et mieux. Pour cela, il est nécessaire de ralentir la construction et de penser à la végétalisation. Reste à voir ce que donneront ces promesses maintenant que l’alliance avec N.Appéré a été actée.

C. Gandon (LREM) a choisi d’orienter ses engagements autour de la progression vers l’écologie à travers la ville et main dans la main avec les citoyens : éclairage de la ville aux LED, sensibilisation aux actions éco-responsables, développement des circuits courts.

Une fois de plus, YouthForClimateRennes intervient pour nuancer et clarifier ces projets : « C.Gandon veut mettre en œuvre des actions pédagogiques éco-responsables et solidaires dans les quartiers. Certes, l’éducation aux enjeux écologiques et sociaux est indispensable. Cependant, il serait désastreux que ces actions pédagogiques se limitent à parler des “écogestes” et à culpabiliser les personnes sur leur mode de consommation plutôt que de revenir aux racines des problèmes. Parler d’éco-responsabilité individuelle n’est constructif que si les entreprises polluantes et leurs impacts sont mis en cause et que des alternatives viables sont proposées à la population ».

Elle propose également de moderniser l’éclairage public sur la ville en passant progressivement aux LED, et d’expérimenter l’allumage à la demande pour réduire notre consommation d’énergie.

Mais passer progressivement les éclairages publics au LED serait bien plus utile si les enseignes des commerces et les panneaux publicitaires étaient éteints la nuit, comme l’exige le code de l’environnement. De plus, au-delà des économies d’énergie, il faut penser aux perturbations de la biodiversité engendrées par l’éclairage nocturne.

L’association constate également « certains manquements sur le plan écologique dans les deux programmes. Plusieurs projets et phénomènes problématiques sont passés à la trappe. Par exemple, le cas des serres à LED, pour les tomates de l’entreprise Jouno à la Chapelle des Fougeretz, ou bien de la publicité dans l’espace public (secteur énergivore et poussant à la surconsommation), ou bien le manque de prise de position sur le projet d’agrandissement de l’aéroport de Rennes : développer le transport aérien plutôt que l’alternative ferroviaire est une aberration ! ».

Sécurité, mobilités, urbanisme, écologie, comment concilier le tout, tout en parvenant à effectuer des changements ? Comment mettre en avant l’écologie tout en rêvant d’immenses expansions urbaines ? La maire sortante sera-t-elle réélue pour un deuxième mandat ? Réponse dans les urnes, le 28 juin prochain.

Crédit photo : Nicolas Vollmer

Une ère épidémique ?

Les scientifiques et les chercheurs n’ont jamais été autant mis en lumière depuis l’arrivée du Covid-19. Cette nouvelle maladie infectieuse questionne sur la nature des épidémies et du monde de demain.

Covid-19 ou nouveau coronavirus, depuis des mois maintenant, ces mots reviennent chaque jour dans les médias. Cette épidémie, devenue une pandémie, a confiné la moitié de la population mondiale, du jamais-vu. Elle fait partie d’une liste non exhaustive de maladies infectieuses dont l’Humanité a dû faire face. Cependant, les épidémies de maladies infectieuses ont quintuplé depuis les années 1960 : la grippe asiatique en 1956, grippe de Hong Kong, la fièvre de Lassa, le virus VIH, le SRAS en 2002, H1N1 en 2009, MERS-CoV en 2012, Ebola en 2014… Les scientifiques sont d’accord pour dire que les épidémies sont de plus en plus régulières et rapides malgré qu’elles soient moins mortelles qu’avant, grâce aux progrès scientifiques. Néanmoins avec le facteur de la mondialisation, les épidémies ont plus de chance de se transformer en pandémies.

Pour Serge Morand, chercheur au CNRS et CIRAD, thésard en écologie, cette augmentation des épidémies est due aux bouleversements sur la biodiversité engendrée par l’activité humaine. Il met en évidence la mondialisation, l’élevage intensif et les contacts chamboulés par les êtres humains sur la faune sauvage. La plupart des épidémies, telles que le COVID-19, sont des zoonoses. C’est-à-dire, une maladie infectieuse transmissible d’un animal vertébré à l’être humain et ce n’est pas un cas rare. En 2016,  selon le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale. Face à la vie moderne, la faune sauvage diminue au fil du temps. Les animaux non domestiqués sont dans l’obligation de se déplacer pour survivre. Or, comme le souligne Serge Morand : «c’est cette proximité entre la faune sauvage et les animaux domestiqués qui crée une condition d’émergence des maladies infectieuses.»

L’exemple du virus Nipah en Asie

Pour illustrer ses propos, le chercheur évoque le virus NIPAH en Asie. Ce virus a eu lieu à cause du croisement inhabituel entre des chauves-souris et des porcs, en Malaisie. Ces chauves-souris frugivores vivent d’ordinaire dans la forêt, là où se trouve l’abondance de nourriture pour elles. Face à la déforestation massive dans ce pays pour récolter l’huile de palme, ces dernières se voient dans l’obligation de quitter leurs habitats naturels. Elles circulent ailleurs à la recherche de pâture, à côté des élevages intensifs, là où se trouvent des arbres fruitiers à proximité. Ensuite, en récoltant les fruits, elles défèquent puis tombe sur les cochons d’élevages. Ces derniers attrapent le virus qui le transmet aux hommes, aux éleveurs en premier. Enfin, les bêtes sont envoyées à Singapour pour être tuées, et ainsi d’autres travailleurs sont infectés dans les abattoirs.

Pour l’écologue : « cette perte de biodiversité menace le système naturel de régulation des virus.» Et les chiffres ne sont pas rassurants, d’après une étude de l’ONU en 2019, jusqu’à un million d’espèces seraient menacées d’extinction. Serge Morand démontre dans ses recherches que plus la biodiversité est grande, plus il y a des maladies infectieuses, mais ces microbes se transmettent mal, donc le risque d’épidémie est faible. En revanche, lorsque la biodiversité est menacée cela favorise les contacts et les transmissions, par conséquent le risque d’avoir des épidémies augmente. Dans les élevages industriels, la diversité génétique a chuté de manière drastique, les animaux sont « standardisés», ce qui favorise cette transmission de pathogènes, contrairement aux fermes locales. De manière générale, il y a une augmentation des animaux d’élevage depuis la mondialisation. Si on prend l’exemple du poulet d’élevage dans le monde, ce dernier dépasse largement le nombre d’humains, 22,7 milliards, selon des chercheurs anglais.

Il y a toujours débat dans la sphère scientifique

Serge Morand est loin d’être le seul scientifique à faire le lien entre biodiversité et épidémie. De nombreux chercheurs se rangent sur le même constat. Selon le rapport Frontières du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) datant de 2016 : « l’émergence de zoonoses est souvent associée à des changements environnementaux ou perturbations écologiques, comme l’intensification agricole et l’établissement humain, ou empiétements sur les forêts et autres habitats.» Dans ce même rapport, le PNUE a signalé que la hausse des épidémies de zoonoses partout sur Terre est préoccupante, pouvant entraîner une menace pour l’économie et pour l’écosystème. Ce rapport explique aussi que les animaux domestiques et plus particulièrement le bétail fonctionne tel un « pont de maladie», qui a été contaminé au préalable par un animal sauvage, c’est le cas de la grippe aviaire. Le PNUE écrit « c’est particulièrement le cas pour les animaux d’élevage intensif qui sont souvent génétiquement similaires au sein d’un troupeau et manquent donc de la diversité génétique qui fournit une résilience». Ce dossier apporte des chiffres assez importants comme le fait que tous les quatre mois en moyenne, une nouvelle maladie infectieuse apparaît chez l’être humain.

Néanmoins, il y a toujours un débat dans la sphère scientifique avec la corrélation entre biodiversité et l’émergence d’épidémies. Face à la complexité du sujet, les scientifiques continuent leurs recherches à la découverte d’explication et à comprendre le processus. Certains scientifiques, dont Marcel Kuntz, biotechnicien végétal, ne voit pas le rapport entre l’actuel coronavirus et la perte de la biodiversité, mais observe plutôt une idéologie de la part de nombreux scientifiques. Le 8 avril 2019, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a écrit : « en l’état actuel des connaissances, la pandémie en cours apparaît liée à ces atteintes à la biodiversité.» Marcel Kuntz critique que cela soit juste une corrélation et non une  « démonstration de cause à effet.» Le scientifique déplore que cela ait été rédigé par 16 dirigeants, tous membres de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement. Ce dernier voit simplement un acte de lobbyiste de la part de la FRB pour assurer le financement des recherches qu’elle encourage. De plus, pour Kuntz, il est trompeur de rassembler toutes les maladies infectieuses de zoonoses ensemble, puisqu’il n’y a pas qu’une seule cause. Tout en précisant qu’aucune étude établit un lien entre le Covid-19 et la biodiversité pour le moment.

Une autre mode est possible, avec Iznowgood

Les grandes chaînes de magasins de vêtements changent de collections tous les mois et proposent des centaines de pièces à des prix imbattables. Des milliers de client.es se ruent sur ses enseignes toute l’année, particulièrement en période de solde. Que se cache-t’il derrière ses marques? N’est-il pas grand temps de consommer autrement ? C’est ce que nous avons demandé à Céline du blog Iznowgood.

Céline vous êtes une femme engagée avec des valeurs éco-responsables. À travers votre blog, votre compte Instagram et votre chaîne YouTube, vous essayez de partager et d’aiguiller votre communauté, vers un mode de vie plus respectueux de l’environnement et en accord avec les enjeux actuels. Cette courte présentation vous définit-elle bien ?  

Effectivement, j’essaye de montrer à travers mon exemple, que consommer mieux autour de nous, c’est avant tout pour soi et pour la planète. C’est se faire du bien et trouver du sens dans nos achats. De nos jours, on parle beaucoup de développement personnel, tout le monde cherche à être heureux… Je suis convaincue que pour atteindre son état de bien-être, il faut forcément passer par une étape clé : respecter davantage la planète, les autres, ce qui nous entoure.

La « fast fashion », est un segment de l’industrie vestimentaire qui se caractérise par le renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente. Les vêtements sont produits en séries limitées et les stocks sont très peu renouvelés. Les tenues sont ainsi destinées à être portées pour une courte période et être vendus à un coût compétitif, pour que la clientèle soit fortement incitée à renouveler fréquemment sa garde-robe. Pollutions, conditions de travails critiquables des ouvriers, incitation à la consommation, vous qui avez justement décidé de boycotter cette industrie, que pouvez-vous nous dire sur ce choix ?

Ma prise de conscience a commencé il y a plusieurs années. Ça a été un long cheminement. Au départ, j’ai commencé à me questionner sur ce que je mangeais, puis sur ce que je mettais sur ma peau. Je me suis demandée si tout cela pouvait avoir un impact sur ma santé ( colorants, cultures intensives…).  Au fur et à mesure j’ai réalisé l’ampleur des dégâts écologiques environnementaux. J’ai pensé mes achats différemment en me questionnant en profondeur sur l’origine des matières premières et de mes besoins au quotidien.

Ce qui m’a fait passer à l’action ça a été de me rendre compte qu’il y avait de la  « souffrance » derrière la fabrication des vêtements, de l’exploitation humaine et une dégradation des ressources de notre planète. Uniquement pour consommer toujours plus. Il y avait un énorme décalage entre mon état d’esprit et le marketing et la communication des marques, qui m’incitaient à consommer et à me faire croire que mon bonheur était dans l’achat. La réalité : des gens qui fabriquaient des vêtements dans des conditions sinistres à l’autre bout du monde, des personnes exploitées.

Influencée, qu’est-ce que je faisais face à cela ? Je participais en achetant. J’étais une consom-actrice, ma garde-robe exprimait ma voix et mon statut social. Je participe au changement en portant une mode plus éthique.

Ce sont toutes ses raisons qui m’ont fait commencer à penser et vivre autrement : ma révolution… »

Pour se renseigner à ce sujet, voici The True Cost, un documentaire nécessaire et passionnant qui nous ouvre les yeux sur la vie des nombreuses personnes et des nombreux endroits qui se cachent derrière nos vêtements.

C’est vers le marché de l’occasion, et les petites marques qui essayent de faire des efforts, que je me suis le plus lancée au départ. Les petites marques qui se lançaient il y a trois ou quatre ans, qui étaient à l’époque, beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui, étaient totalement invisibles, insignifiantes. Elles n’avaient pas ce budget faramineux de communication que déploient les grandes enseignes de « fast fashion » pour toucher tout le monde. Leurs budgets étaient en grande partie alloués aux choix des matières et aux salaires de salarié.es. C’est ça qui m’a donné envie de créer ma chaîne YouTube et mon blog, de voir qu’il y avait des marques qui faisaient des efforts pour révolutionner un peu l’industrie de la mode. Des efforts qui étaient malheureusement complètement invisibles, alors qu’elles faisaient de très jolies choses.

Justement, peux-tu nous parler de ton générateur de Marqu’iz ? As-tu eu des retours sur cette initiative ? As-tu réussi à voir l’ampleur de ce projet ?

J’ai réalisé qu’il y avait des petites marques qui cherchaient vraiment à faire des efforts (en matière d’éthique, d’éco-responsabilité, de fabrication locale…) mais qu’elles étaient complètement invisibles. Quand j’ai commencé à créer Iznowgood (c’est le nom de ma chaîne YouTube et de mon blog), la plus part des questions que je recevais ressemblaient à celle-là : « je cherche un manteau d’hiver, végan, fabriqué en France : où est-ce que je peux trouver ça ? ». Et moi, je passais finalement le plus clair de mon temps à me transformer en moteur de recherche. J’ai donc voulu gagner du temps et créer ce moteur de recherche de marques de mode éthique qu’est le générateur de Marqu’iz, que l’on retrouve sur mon blog. Aujourd’hui il contient plus de 600 marques, qui font toutes à leur manière, un effort. J’avais envie d’être très inclusive car nous n’avons pas forcément tous.tes l’envie de soutenir la même chose et nous n’avons pas tous.tes le budget pour soutenir la même chose. Le générateur de Marqu’iz c’est donc un formulaire avec plusieurs cases à cocher, qui, en fonction de tes envies et besoins, te permet de découvrir des supers marques. C’est un moyen de mettre la mode éthique un peu plus en avant et de la rendre plus accessible. En effet, si les gens m’envoyaient leurs questions, pour que je me transforme en moteur de recherche humain, c’est que ces marques, qui font des efforts, ils ne les trouvaient pas !

Les retours sont supers, tous les jours j’ai des messages de personnes qui découvrent les marques et qui considèrent que la mode éthique est rendue plus accessible grâce à ça. C’est bénévole mais très gratifiant.

Vous recherchez dans quel rayon ? Quel genre d’article ? Pour quel budget ? Quel style ? Quel lieu de fabrication des vêtements ? Quelles fibres textiles privilégiées ? Avez-vous d’autres critères éthiques recherchés : Végan, Equitable, Matière recyclée ? Retrouvez le générateur de Marqu’iz : https://www.iznowgood.com/generateur-de-marquiz/

Peux-tu nous expliquer le concept d’un autre de tes projets : ton tour du monde « slow » ? Pourquoi avoir fait ce choix et en quoi consiste-t-il ?

Toujours en se posant ces mêmes questions, nous nous sommes rendus compte que la vie vers laquelle nous allions, moi et mon compagnon (nous sommes sortis d’école d’ingénieur.es et d’école de commerce, puis nous avons commencé à travailler dans ces domaines pendant trois ans) ne nous convenait pas. Le temps passé dans une journée était en grande partie utilisé à faire des choses qui ne nous passionnaient pas. Même si nous gagnions beaucoup d’argent à l’époque, cela nous posait problème. Nous nous sommes rendus compte que ce qui avait le plus de valeur ce n’était pas l’argent que l’on gagnait mais le temps que l’on perdait. Nous avons démissionné l’un après l’autre, de façon à trouver des carrières qui puissent se faire à distance, de manière à gagner notre vie tout en travaillant le moins possible, et en pouvant être n’importe où, n’importe quand.

Nous pouvions dès lors, travailler tout en voyageant. Alors autant rester fidèles à nos idéaux et boycotter les trajets en avion ! Désormais nous avons le temps, alors nous le prenons.

Selon geo.fr : un trajet en avion est 1 500 fois plus polluant qu’un voyage équivalent en TGV. Céline et son compagnon ont donc décidé que pour se rendre à l’autre bout du monde, ils privilégieraient les moyens de transports moins polluants (trains, bateaux, cars).

Aurais-tu quelques conseils pour un.e novice en matière de « mode de vie durable » qui se sentirait inspiré par ton discours ?

Mon conseil numéro 1 c’est de ne pas vouloir aller trop vite. Il ne faut pas se sentir coupable si tout ce qu’on fait n’est pas forcément bon pour la planète ! Ce que j’ai dit précédemment peut paraitre simple : je vis de manière « alignée », ce qui signifie que je vis complètement en accord avec mes idées, mes convictions et mes besoins. Sauf que derrière tout cela se cache des années de travail. J’ai par exemple dû démissionner deux ans auparavant, quitter une position confortable. J’ai eu beaucoup de peur et d’inquiétudes face aux risques à prendre. La finalité peut paraître simple mais il y a beaucoup d’efforts à déployer pour être totalement aligné, cela prend du temps et il ne faut pas s’en vouloir pour cela. Mais il ne faut pas non plus avoir peur de se lancer, malgré ces contradictions.

Par exemple pour commencer je pense qu’il faut faire avec ce qu’on a déjà. Faire un tri de sa penderie, apprendre à ré-aimer ce qu’on possède. Il faut ensuite établir ses besoins. Quand on les connait on peut alors commencer à se tourner vers l’occasion d’abord, et ensuite vers des marques de mode éthique. Je pense qu’elles sont particulièrement importantes à soutenir parce qu’elles essayent, vraiment, de changer l’industrie de la mode.

Est-ce que les retours sur tes initiatives comme ton générateur et ta chaîne YouTube te poussent à continuer ces projets ou à en créer de nouveaux de plus grande ampleur ? Si oui pourrais-tu nous en parler ?

Oui ! On ne se rend pas compte de toute l’énergie que je reçois ! Moi j’essaye d’en donner mais j’en reçois beaucoup plus que je n’en donne, ça c’est évident ! C’est fou toutes ces personnes qui m’écrivent tous les jours pour me dire qu’ils se sont mis à ça…, qu’ils ont commencé ça…, qu’ils ont pris conscience de ci ou de ça grâce à quelque chose qu’ils ont pu lire quelque part sur mon compte ! Ça donne une énergie folle et l’envie de continuer parce que je me sens portée, c’est une vraie communauté !

J’ai de beaux projets en prévision, vous pourrez suivre cela sur ma chaîne !