(ÉDITO) Djihadisme : les enfants innocents

Dix enfants résidant en Syrie ont été expatriés en France hier. Depuis la chute de l’État islamique seulement 28 enfants franco-syriens ont été rapatriés, alors qu’on en recense 250. La France tente de se racheter une conscience politique et humaine en « sauvant » des enfants syriens d’origine française.

Aimeriez-vous qu’on vous définisse constamment aux paroles et aux actes de vos parents en vous rappelant sans cesse « tu es l’enfant de… » ? Pourquoi le faire avec ces enfants syriens ? Je n’emploierai pas l’expression « enfants de djihadiste », ce serait les condamner à de la haine, à du mépris et à de la méfiance. Ils n’ont pas eu cette chance de naître au bon endroit, ni au bon moment. La famille n’est pas choisie, mais subie. Alors pourquoi leur faire porter le chapeau ?

Ces enfants à part entière ne sont pas des terroristes, ni même des bombes à retardement, comme certains se cantonnent à l’exprimer. Caractériser des enfants qui s’endorment sous la menace des bombes, sous le bruit assourdissant provoqué par le fracas de la destruction est immoral et condamnable dans les instances du bon sens. 

Envie de devenir

En France, malgré les tourments quotidiens de chacun, nous avons le choix de nos vies et surtout, le plus important, de notre devenir. Si nous ramenons ces futurs adultes sans arrêt à cette étiquette, on les stigmatise à tel point que leur identité ne leur appartient plus, elle est sous l’emprise de ceux qui les rejettent, les jugent. L’entité humaine ignore l’envie de devenir de ses enfants. Nous ne connaissons ni leurs passions, ni leurs envies, ni leurs peurs, ni leurs rêves. Donnons leur une chance de sortir du carcan de leurs parents endoctrinés par une croyance morbide. 

Accueillir ou non ?

Le 16 janvier 2020, le rapatriement de ces enfants en Syrie est demandé par l’ONU.  Une commission d’enquête indépendante a été créée en 2001 par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour alerter que ces enfants sont dans une grande précarité et ne possèdent pas de document d’identité. La commission priorise les enfants orphelins.  «Les États ont des obligations bien définies de protéger les enfants, y compris contre l’apatridie. Ne pas respecter ces principes fondamentaux constituerait une dérogation claire à cette obligation», a déclaré Hanny Megally, membre de la Commission. Ce rapport annonce aussi que «les mères devraient être rapatriées avec leurs enfants pour garantir le respect du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant». 

Le droit fondamental de l’enfant dit : « Les enfants qui ont dû fuir leur pays, à cause de la guerre ou d’une catastrophe naturelle, ont le droit d’être protégés par le droit International, qu’il soient seuls ou accompagnés. Les États doivent subvenir à leurs besoins alimentaires et sanitaires, les protéger et les aider à retrouver leur famille ».

Ces enfants sont pris en charge par les services sociaux afin d’établir un suivi psychologique conséquent, dû aux nombreux traumatismes de guerre. Un endoctrinement est établi chez ces enfants, mais en fonction de l’âge, les conséquences sont diverses. Un enfant de 3 ans n’aura pas la même prise en charge qu’un enfant de 13 ans sur le plan psychologique.

La France, pays des droits de l’homme, est obligée d’accueillir ces enfants. Ils ont vécu la guerre, la souffrance, la peur, la violence. La France fraternelle doit abriter ces enfants traumatisés. Ils n’y sont pour rien dans la bêtise humaine.

Aucun enfant ne devrait subir de violences, morales ou physiques. Le monde politicard ne sait ce que ses enfants endurent. Aucun ne tente de les sauver, de leur donner une vie meilleure en les accueillant. Voilà la complicité du monde. Ne pas les secourir, c’est les condamner à suivre le chemin de leurs parents. Les politicards ne font pas de différenciation. Ils rendent coupables les enfants, innocents, des actes haineux de leurs parents.

En 2017, suite à la crise migratoire, le monde entier était face à Aylan, 3 ans, mort échoué sur la plage. Les Hommes criaient « plus jamais ça ». L’innocence noyée par l’absurdité des « grands hommes » avides de pouvoir. Où en est-on de cette conscience humaine aujourd’hui, quand les politiques voudront instaurer un quota de rapatriement ? Certaines vies valent plus que d’autres.

(Édito du samedi) Relocalisations : utopie ou réalité ?

« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie » a déclaré Emmanuel Macron. La crise sanitaire a mis en lumière nos dépendances à d’autres pays. Médicaments et masques ne sont plus produits en France et en Europe. Nous avons perdu notre capacité à produire des biens de production de première nécessité. Le président a donc annoncé la relocalisation de certaines « productions critiques« , comme le paracétamol.

Les dérives de la mondialisation

Les usines françaises, désormais délocalisées pour la plupart, vers les pays de production à bas coût (en raison des charges salariales, de la protection sociale très faibles ou inexistantes) sont dépendantes des relations entre pays d’origine et pays d’implantation. Ce modèle productiviste très efficace a un risque majeur : la dépendance.

La mondialisation a mis en concurrence les territoires, les nations. Les pays se sont spécialisés et les chaînes de production sont étalées sur de multiples territoires. Chaque usine produit une pièce précise, en très grand nombre, pour réaliser des économies d’échelles. Il y a donc une interdépendance des pays pour la fabrication d’un bien, une voiture par exemple. Outre nos différends politiques, nous produisons ensemble. C’est donc à la fois une promesse de paix, pour conserver nos avantages économiques nous gardons des relations relativement pacifistes, mais aussi le risque de ne plus pouvoir produire tel ou tel bien en cas de désaccord majeur.

Nous sommes dépendants des relations diplomatiques avec les « pays usines »

Cela signifie, limiter les désaccords, et donc fermer les yeux sur des pratiques contraires à nos valeurs. Par exemple, le travail des enfants, les conditions de travail, l’utilisation de produits toxiques, ou encore la démocratie et la liberté d’expression. Autant de dispositions qui pour nous Européens sont des problèmes, et contre lesquels nous pouvons difficilement protester au risque de lourdes sanctions économiques.

Nous sommes dépendants dans l’urgence

C’est ce que nous avons vu avec la crise du covid-19. La vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, estime que la crise du coronavirus a « révélé notre dépendance morbide vis-à-vis de la Chine et de l’Inde en matière de produits pharmaceutiques« . Pas assez de médicaments, pas assez de masques et une impossibilité d’en produire chez nous. Et si la Chine avait refusé de nous envoyer des masques ? Et si nous avions été à court de paracétamol ?

Le « made in France » : oui, mais à quel coût ?

Voilà pourquoi nous remettons le sujet de la relocalisation sur la table. Faire du « made in France » : c’est alléchant, c’est plus authentique, ça nous rappelle le bon vieux temps. Oui mais si nous avons délocalisé, c’est qu’il y avait de bonnes raisons à cela. Relocaliser, c’est s’attendre à une hausse des prix des produits. En France, la protection des travailleurs est très couteuse pour les entreprises et les salaires sont plus élevés. Les prix seront donc nécessairement plus importants. Le pouvoir d’achat des Français sera-t-il à même d’encaisser ces hausses de prix ? L’État entend aider les entreprises à supporter les coûts. Reste à voir jusqu’à quel point l’État aidera. Dans tous les cas, il y aura un coût supplémentaire, soit pour l’État (aides aux entreprises et remboursement des médicaments qui seront plus chers), soit pour les citoyens, et certainement pour les deux.

Reportage sur la relocalisation

Relocaliser c’est donc s’assurer de produire Français et de ne pas se retrouver dans des situations critiques de rupture de stocks et de dépendance. Mais relocaliser c’est payer plus cher. Reste à savoir si nous sommes prêts, et surtout capables de mettre le prix pour notre indépendance. Suite aux manifestations des Gilets jaunes et à la crise économique naissante dû au covid-19, il semble difficile de demander à la population française de payer plus… Cette charge semble donc être adjointe à l’État, ce qui l’oblige à se « providencialiser » d’avantage.

(L’Édito du samedi) Le savant et le politique

Nous avions déjà eu l’occasion d’observer un duel scientifique contre politique dans la course à la mairie de Paris. Cédric Villani, le savant, contre Benjamin Griveaux l’homme politique. Et cette course folle, faite de dissidence, de coups bas, d’hypocrisie et de pressions nous montrent ô combien sciences et politiques vivent un amour impossible.

Lors de cette hostile idylle pour devenir premier édile, qui eut été habile de prévoir la métamorphose digne d’Ovide de notre monde livide que nous devons au COVID ? Par cette crise sans précédent, parmi les discours discordants, le scientifique s’est transformé, par la grâce du président, de dissident à décidant. Il devait se faire conseil, pour nous dire ce que l’on ne sait. Par les pouvoirs qu’on lui confère, il annula les concerts. Mais la cacophonie fut son cancer, quand soufflât sur les conseils un mistral de Marseille. Le vent fut bref tout comme la houle, mais la tempête venait du Sud et portait le nom de Raoult. 

La science, qui devenait politique, revint brusquement à ses topiques. « Faites-le taire ! » Demandaient-ils avec une grande sévérité, « cet Homme-là ne sait que dire et s’éloigne de la vérité ». Mais le peuple journalistique ne croit que les utopiques et ne voit que célébrité. Sur les plateaux se bousculèrent, de faux savants mais populaires et qui, bafouant toute médecine, nous bassinèrent de chloroquine. « Un remède ? Mais quel remède ? Vous faites honte à Archimède ! ». Oui mais le peuple a besoin d’aide. 

Dans le brouhaha infernal des machines de guerre médiatiques, on bâillonne 1000 scientifiques pour écouter ce qu’un médecin dicte.

Tant que le journaliste fait de fous, des hommes honorés. Les savants pouvaient gouverner au faubourg Saint-Honoré. Mais fallait-il au président avouer son innocence et faire don de son poste à des hommes de science ? Laisser une jungle – et non Calais – prendre possession du Palais dans des réunions nocturnes sans que leurs noms ne connurent d’urne ?

La morale de cette Histoire ? Le scientifique par son savoir, peut, sans même le vouloir inverser le pouvoir. 

(L’Édito du samedi) : le déconfinement, une arme politique

Les municipales sont des enjeux majeurs pour les partis politiques. Les candidats sont donc toujours en campagne, malgré l’urgence sanitaire due au covid-19.

Les politiciens sont toujours en désaccord, mais c’est de bonne guerre. L’opposition et la majorité défendent leur morceau, tentent de «chiper» des communes à leurs rivaux, imposent leurs discours, quitte à piailler plus fort que l’autre. Sauf que là, le but est de faire bloc pour lutter contre une pandémie mondiale qui a franchi la barre des 27 500 morts en France.

De droite, de gauche, d’extrêmes, peu importe le bord politique, ils devraient tous être unis et se préoccuper du peuple qui reprend le métro (pour les citadins), l’école ou le boulot. L’unique objectif de la majorité des Français, depuis le 11 mai, est de reprendre leurs activités professionnelles afin de nouveau remplir correctement leur frigo.

Malheureusement, la course aux électeurs prime sur le collectif et la bienveillance envers les citoyens. Pas de répit pour les élections. Communiquer leur programme, leurs bonnes solutions, leur bonne compréhension du terrain, leurs bonnes intentions. Les municipales comptent pour tout bon politicien, quelques 5000 communes sont sans maire avant le second tour. L’objectif est de gagner du terrain pour la présidentielle, qui est le graal de chaque tête de parti.

On accordera au gouvernement que le protocole face à une pandémie de cette ampleur n’est pas inscrit dans la pierre. Ils font comme ils peuvent avec les moyens du bord. Comment peut-on imaginer que l’opposition aurait fait mieux ?

(L’Édito du samedi) : quand l’État se masque de ses responsabilités

La France peine à équiper sa population en masques. Véritable trésor pour faire face à cette pandémie, les masques n’ont jamais été autant demandés par la population. Seul problème, il y a largement plus de demande que d’offre. Comprenez, il y a beaucoup plus de personnes qui demandent des masques que ce que l’État est en capacité de fournir. À qui la faute ? Retour sur 10 ans de gestion de stocks de masques catastrophique.

2010 – 2012 : H1N1 et la peur de l’hécatombe

Xavier Bertrand, ministre de la Santé de novembre 2010 à mai 2012.

En 2010, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, décide de commander en masse des vaccins et des masques afin de pouvoir lutter contre la grippe H1N1. Cette grosse dépense s’élève à 32 millions d’euros. Mais la France n’a finalement pas connu une forte épidémie de grippe durant l’année 2010. Ces grands stocks de masques et de vaccins semblent alors inutiles. Certains reprochent même à la ministre de jouer le jeu des laboratoires en achetant des vaccins.

C’est alors que les stocks de masques commencent à fondre. En novembre 2010, Xavier Bertrand devient ministre de la Santé. Une note de la Direction générale de la Santé datant de juillet 2011, propose alors « le lissage du renouvellement des stocks », soit accepter la péremption de 25% du montant total des stocks.

Le nombre de masques commence donc à baisser, mais Xavier Bertrand l’affirme : « quand j’ai quitté mes fonctions, il y avait 1,4 milliard de masques en France ». Selon Europe 1, 600 millions de masques FFP2 et 800 millions de masques chirurgicaux étaient disponibles en France.

2013 – 2017 : Des masques qui prennent la poussière

Marisol Touraine, ministre de la Santé sous François Hollande

À l’arrivée de François Hollande en 2012, la politique des masques évolue. Le 16 mai 2013, le secrétariat général de La Défense et de la Sécurité nationale décide que l’État ne va plus s’occuper de la gestion des masques chirurgicaux aux employeurs des professions en contact avec le grand public. Selon le rapport du sénateur Francis Delattre, l’État ne s’occupera seulement que des masques FFP2.

Les années passent, le gouvernement utilise petit à petit le stock des masques sans le renouveler. « Pendant le quinquennat de François Hollande, la France était préparée. (…) Entre 2012 et 2017, les stocks de masques chirurgicaux ont régulièrement augmenté, et nous les avons reconstitués après les attentats : il y avait 730 millions de masques chirurgicaux en 2012, et 754 millions en 2016 et 2017. Et ce, conformément à la doctrine édictée en 2011 par le Haut conseil de santé publique, qui avait mis la priorité sur les masques chirurgicaux » se défend la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine.

Une déclaration à l’opposé de ce qu’a déclaré l’actuel ministre de la Santé Olivier Véran à l’Assemblée nationale le 19 mars dernier : « Nous disposons d’un stock d’État d’environ 150 millions de masques chirurgicaux et d’aucun stock de masques FFP2. Il avait été décidé, suite aux crises sanitaires précédentes – je remonte pour cela à 2011 et 2013 – qu’il n’y avait plus lieu de conserver des stocks massifs de masques dans le territoire considérant que les usines de production étaient capables d’être actives très rapidement, notamment en Chine. Seulement la crise sanitaire a commencé par toucher la Chine ».

Si la France ne semble avoir aucun stock de masques FFP2, cela fait suite à un autre changement de politique datant de 2013. Cette année-là, l’État décide que les masques FFP2 seront désormais à la charge de l’employeur. L’État ne fournira plus les personnels qui ont besoin de masques excepté le personnel hospitalier. « En 2013, il y a un avis du SGDN qui dit que chaque collectivité, entreprise ou établissement est responsable de ses stocks, car l’État ne peut pas tout stocker. C’est ce qu’a fait la mairie de Paris, ou le ministère de la Santé pour les urgences. Ce n’est pas un changement de doctrine, c’est une décentralisation », se défend Marisol Touraine.

Selon l’ancien sénateur Francis Delattre, auteur d’un rapport en 2015 intitulé : « l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) : comment investir dans la sécurité sanitaire de nos concitoyens ? », face à la production en masse de masques de la Chine, la France a baissé la garde. « Nous avons fait une confiance aveugle à la Chine au détriment de nos entreprises françaises. C’était une erreur ! » regrette-il, « on a tout simplement baissé la garde pour des raisons budgétaires. C’est la stratégie du court terme qui a prévalu ».

2017-2020 : la politique de l’autruche :

Olivier Véran prend la place d’Agnès Buzyn en février 2020.

Agnès Buzyn en début d’année, Olivier Véran en mars et Jérôme Salomon lors de ses premiers points presse quotidiens, ont tous rassuré le grand public en insistant sur le fait que la France avait un grand stock de masques qui nous protégerait si une soi-disant pandémie toucherait la France comme la Chine.

Et pourtant, dès 2017, Jérôme Salomon alerte… Emmanuel Macron lui-même. Parmi les révélations des Macron Leaks, on y retrouve l’actuel directeur général de la Santé, qui avait averti le futur président que la France n’était pas prête en cas d’épidémie. Et c’est là que cela prend une tournure d’affaire d’État. Lorsque l’épidémie commence à toucher sérieusement la France, il n’y a aucun masque FFP2. Début mars, Olivier Véran martèle que l’État est en capacité de protéger la population avec les masques mais tente de faire croire que les masques « ne servent à rien ». 2 mois plus tard, le ministre dit l’inverse, obligeant les Français à porter des masques dans les lieux très fréquentés (comme les transports en commun). L’exécutif aurait-il menti sur les stocks de masques ?

Il faut attendre la fin du confinement pour entendre des versions beaucoup plus réalistes. Tout commence avec le journal Le Monde qui révèle que l’État continuait de brûler ses stocks de masques à la fin du mois de mars 2020. Édouard Philippe est contraint de rendre des comptes. « un certain nombre de masques commandés, il y a fort longtemps, étaient stockés depuis très longtemps, et avaient vu leur date de péremption dépassée, parfois depuis très longtemps » s’explique-t-il.  « Quand vous les trouvez au printemps ou à l’hiver 2020 et qu’ils sont arrivés à péremption en 2019, vous pouvez vous dire qu’il est peut-être absurde de les détruire – ce qui normalement devrait être le cas – au lieu de les garder, de vérifier quand on peut les utiliser. Et si c’est le cas, de les utiliser. C’est ce que nous avons fait. Nous avons ainsi récupéré 75 millions de masques chirurgicaux utilisables », s’est-il félicité.

Face à une population de plus en plus défiante vis-à-vis de l’État, ce type de polémique renforce la défiance. Ironie du sort, le meilleur moyen pour les Français de trouver un masque, c’est de se le fabriquer.

(L’édito du samedi) : les visages de l’ombre qu’on ne remerciera jamais assez

Mon but est très simple. Remercier et mettre en lumière ceux que l’on ne voit pas, mais qui continue de travailler dans cette période difficile et dangereuse. Les métiers qu’aucun d’entre nous ne veut faire car ils sont considérés sans mérite. Ce sont des mères, des pères, des enfants de quelqu’un, ils ont un visage qu’on ne visualise pas et pourtant ils sont bien là, à agir dans l’ombre pour le bien du pays. 

Malgré les restrictions de limiter les déplacements et les deux mètres de distance, certains continuent leur travail et parfois, ils sont pas ou peu protégés. Ils sont des dizaines de milliers à continuer de travailler pour assurer la survie du pays : hôtes de caisse, infirmières, infirmiers, aides-soignants, chauffagistes, électriciens, plombiers, agriculteurs, pompiers, policiers, bénévoles, conducteurs de bus, de métro, de RER, livreurs, éboueurs, agents de nettoyage et j’oublie tous les autres.

Pourtant, personne n’envisage d’être agriculteur ou caissier. Les métiers que j’ai cités sont dévalorisés au quotidien par une culture élitiste. J’ai des membres de ma famille agriculteurs, et je ne connais personne qui met autant de coeur dans leur travail. Les caissières et caissiers répondent présent à l’appel lorsque nous sortons faire nos courses. Quand je sors faire mes courses et que j’arrive à la caisse, (elles, ils) m’adressent un « bonjour » souriant. Et je m’adresse à tous les autres travailleurs qui continuent d’agir dans l’ombre de nos regards.

Dans cette période de crise inédite, je veux remercier toutes ces personnes qui sont peu reconnues, qui sont mal payées, mais qui aujourd’hui, pour moi, sont des héros de la nation. Les rôles s’inversent, nous devons réaliser que faire des métiers « sous-côtés » sauvent des vies et permet de rendre notre quotidien moins morose. 

L’humain est au coeur de ma vie et de mon travail. J’utilise ma plume pour écrire toute mon admiration, mon soutien à toutes ses femmes, tous ses hommes qui luttent et qui font face à l’épidémie, avec dignité et un courage remarquable.

Je dédicace cet édito à mon frère qui continue de travailler et de s’exposer à ce virus pour permettre de chauffer les hôpitaux parisiens, pour pouvoir accueillir les médecins et les patients, un peu plus chaleureusement. Je remercie aussi mon amie, cadre de santé, qui se lève tous les matins pour organiser la prise en charge des patients du covid-19. Je remercie la mère de ma meilleure amie qui est caissière et qui garde toujours le sourire, derrière sa plaque de Plexiglas.

Merci à tous nos héros de la nation, qui nous sauvent la vie sans attendre un « merci ». La plupart vous diront « c’est notre métier ».