Armes nucléaires : une réelle menace ?

75 ans après les tristements célèbres bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, où en est-on aujourd’hui du nucléaire militaire ? Qui possède quoi, pourquoi et surtout y a-t-il un risque d’utilisation ? Patrice Bouvert, co porte-parole de l’organisme ICAN (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) répond à nos questions.

En 1968, les grandes puissances décident de créer un traité de non-prolifération nucléaire (TNP) pour empêcher que des états n’ayant pas encore l’arme nucléaire, la développent. Depuis, 191 pays ont signé ce traité. Le monde est dans une phase de désarmement, on passe de 64 000 ogives nucléaires en 1986 à 17 000 aujourd’hui. Une nouvelle étape est franchie en 2017 lorsque l’ONU propose un traité d’interdiction des armes nucléaires. Ce n’est qu’une semi-réussite puisque les grandes puissances détentrices de l’arme nucléaire ne le signent pas, estimant qu’elle est nécessaire dans la politique de défense et dans la politique de dissuasion.

Qui possède l’arme nucléaire de nos jours ?

Il y a 9 détenteurs de cette arme : Les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni et la Chine la possèdent officiellement. Mais d’autres pays sont plus ou moins en train de mettre au point un arsenal nucléaire : le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, l’Iran et Israël. Il ne faut pas oublier également les états qui hébergent sur leur sol des armes américaines, comme l’Allemagne.

Il semble que le monde s’oriente à nouveau vers un processus de modernisation et de prolifération des armes nucléaires.

Quelles sont les principales menaces actuellement ?

«Elles tiennent surtout des puissances nucléaires […], principalement des États-Unis qui remettent en cause tous les accords de traités internationaux sur les armes nucléaires.»

Patrice Bouvert cite par exemple le cas de l’Iran qui est tenté de faire des essais nucléaires depuis que Trump a quitté l’accord. Celui-ci stipulait la réduction des armes nucléaires iraniennes contre des relations commerciales, signé en 2005.

«La principale menace c’est les tensions créées par les puissances nucléaires elles-mêmes, vis-à-vis d’autres États et non pas les armes en soi.»

Les tensions entre la Chine et les États-Unis peuvent-elles conduire à une utilisation de ces armes ?

«On ne pense pas que ces tensions arriveront jusqu’à l’utilisation de cet arsenal. L’arme nucléaire sert à faire monter la tension dans les rapports de domination, qu’ils ont actuellement

Et la Corée du Nord ?

P. Bouvert rappelle qu’en vue de la Corée du Nord, nous n’intervenons pas directement sur le terrain à la différence de l’Iran et de l’Irak, nous mettons des sanctions. «La Corée du Nord sert sûrement d’enjeu aux relations sino-américaines. Si l’enjeu était vraiment le désarmement, il y aurait déjà un embargo suffisant, pour obliger la Corée du Nord à réduire ses stocks d’armes nucléaires.»

Le mouvement de radicalisation du monde, avec des dirigeants plus extrêmes, constitue-t-il une menace attive ?

P.Bouvert rappelle qu’on ne sait pas jusqu’où va aller ce mouvement de radicalisation. En l’occurrence, ce n’est pas certain que Trump soit réélu en novembre. En ce qui concerne Kim Jong Un : «si on ne lève pas les restrictions économiques pour permettre à sa population de respirer, le président peut être dans un quitte ou double. une position presque suicidaire, notamment dans cette zone, en jouant la réélection de D.Trump. Le risque n’est pas sur le continent américain mais sur des bases implantées sur d’autres territoires. Il existe un risque qu’il n’y avait pas il y a quelques années.»

Et la France dans tout ça, elle en est où ?

«La France, non seulement continue de moderniser son arsenal, mais s’est aussi lancée dans un processus de renouvellement complet de son ensemble nucléaire. Pour rendre les missiles et les têtes nucléaires plus performants, plus précis et avec une plus grande portée, jusqu’à 10 000km !»

Patrice Bouvert souligne que pour la France il s’agit bien plus d’un outil de pression que d’une réelle volonté d’utilisation, bien que la doctrine sur les armes nucléaires prévoie des frappes d’avertissement possibles. «Un tir d’avertissement avec des armes nucléaires représente l’équivalent de 20 fois celle d’Hiroshima pour la plus petite.»

Est-ce que la modernisation de l’arsenal nucléaire français est contraire aux traités qu’elle a signé ?

«En ce qui concerne le traité de 2017 ( TIAN ) la question se pose moralement et non pas juridiquement. Pour le TNP, le traité prévoit qu’elle négocie au plus vite un désarmement nucléaire or elle ne mène aucune négociation sérieuse pour aller vers le désarmement nucléaire. Donc elle ne respecte pas son propre engagement.»

«Le problème c’est que l’on continue de penser les armes nucléaires comme la clé de voûte de la stratégie militaire française : les autres pays font de même et ça incite à la prolifération. Ce sont les puissances nucléaires qui alimentent ce risque de prolifération.»

Le risque ne vient donc pas tant des pays développant leurs arsenaux nucléaires que des grandes puissances qui n’arrivent pas à s’en séparer. Etant persuadés que ses armes sont essentielles sur la scène internationale. Cela entraîne une surenchère nucléaire. En somme, on continue d’être dans l’idée que pour être une grande puissance il faut détenir l’arme nucléaire. Comment interdire à des pays de développer la leur ?

Juventus de Turin : un titre et puis c’est tout ?

Ce dimanche, la Juventus de Turin a remporté son 36ème titre de Serie A. Elle a surtout glané un 9ème championnat de suite en battant la Sampdoria 2-0. Ce titre vient récompenser une pâle équipe de la Juve, qui n’a jamais séduit par son jeu. Mais il aura mis en évidence la domination d’un effectif surpuissant et d’une équipe pour qui une seule chose compte, c’est gagner. Que peut-on réellement retenir de ce titre ?

Autorisons-nous à modifier quelque peu l’adage : la Serie A est un championnat qui se joue à vingt équipes et à la fin c’est la Juventus qui gagne. Voilà un parfait résumé de cette saison 2019-2010 en Italie. Pourtant s’il y a bien une année où elle était prenable, c’était celle-ci. De ses neufs scudetti consécutifs, c’est sûrement la moins bonne équipe en terme de jeu. Ne nous y trompons pas, si la Juve est championne à la fin, c’est qu’elle le mérite. Après tout, cette équipe n’a jamais été réputée pour la beauté de son jeu mais pour son efficacité et son esprit de tueur.

« A la Juventus, gagner n’est pas important, c’est la seule chose qui compte ». On doit cette phrase à Giampero Boniperti, ancien président du club (1971-1990). Une phrase qui résume tellement bien la philosophie de ce club et tant pis pour la manière. Ce neuvième titre consécutif n’est plus un exploit, c’est une case à cocher, une étape supplémentaire dans l’histoire d’un club pas comme les autres. Cela en est devenu presque banal et c’est ça qui rend la chose encore plus belle mais en même temps plus inquiétante.

La Juve encore et toujours

Atteindre les sommets n’est pas chose évidente, y rester l’est encore moins. Avec la Juve, on a l’impression de réécrire cette même phrase année après année. C’est dire à quel point ils dominent ce championnat. Là où les autres équipes connaissent des cycles de gloire, la Juventus, elle, semble éternelle. Ce qui est effrayant, c’est de voir que cette équipe n’a même pas besoin d’être bonne pour marcher sur la Serie A. Rarement le collectif de la Juve n’aura produit un exercice aussi pauvre. Avec l’arrivée de Sarri pourtant, on pouvait croire que cette équipe, tant réputée pour sa défense, allait enfin exploser offensivement. Le principal intéressé lui-même n’y croyait pas vraiment : « Cette équipe-là ne jouera jamais comme mes équipes du passé » avait-il déclaré l’été dernier. Cette équipe s’est bâtie sur trois lettres, l’autre BBC. Non pas celle qui faisait trembler les défenses mais bien celle qui faisait trembler les attaques : Bonucci-Barzagli-Chiellini. Ces trois-là ont élevé la défense au rang d’art. Cette saison, la Vieille Dame n’a même pas pu baser son titre sur cette solidité défensive. Bonucci a sans doute réalisé sa pire saison et De Ligt a mis quelques mois à retrouver son niveau de la saison dernière.

Cette Juve, qui a toujours fait transparaître une force collective sans faille, aura cette année reposé sur des individualités qui l’ont sublimé. A défaut d’avoir pu compter sur sa défense, les turinois s’en sont remis à un excellent Szczesny. Le gardien polonais, jamais cité lorsqu’on parle des 10 meilleurs gardiens du monde, a réalisé une saison de haute volée. En 28 rencontres, il a réalisé 11 cleansheets et aura été irréprochable sur sa ligne. Devant, Dybala a été un élément clé. Ses statistiques sont très intéressantes (11 buts, 11 passes dé.). Globalement, l’impression qu’il a dégagée a été très bonne. Sa relation avec Ronaldo, qu’on a eu du mal à observer l’an dernier, a été bien meilleure cette saison. Bien sûr, le Portugais fait partie de ces individualités qui ont transcendé cette équipe. Avec 31 buts, il égale d’ailleurs le record de buts d’un juventino sur une saison de Serie A (Felice Borel en 1933-1934).

Une Serie A trop faible pour la Juve

C’est évident qu’on ne peut que saluer la Juventus pour sa régularité. On ne doit pas néanmoins minimiser le gouffre qui existe encore entre cette Juve et ses principaux rivaux. Ce titre, c’est un symbole de la domination d’une institution sur les autres. La concurrence s’est pourtant beaucoup rapprochée cette saison. La Lazio n’était qu’à un point de la Juve avant la reprise, l’ayant même battue deux fois cette saison (en championnat et en supercoupe d’Italie). L’équipe d’Inzaghi s’est ensuite écroulée, la faute à un effectif trop tendre. Ils n’ont pas su tenir le rythme imposée par le calendrier. La surprise aurait pu venir de l’Inter Milan, peut-être la seule équipe avec un effectif capable de concurrencer celui des Bianconeri. Ils auront longtemps été devant au classement avant de perdre des points importants dans les grandes affiches. On se souvient de la défaite 2-0 face à la Juve en février. Une victoire aurait sûrement changé beaucoup de choses pour Conte et les siens. Si la Saison avait commencé en Février, l’Atalanta aurait pu être championne. Aussi belle que cette équipe puisse être, elle n’est pas taillée pour jouer le titre.

Juventus-Inter : un tournant de cette saison

L’AS Rome, bien que finalement qualifiée pour la Ligue Europa, a traversé cette saison comme un fantôme, ne faisant jamais parler d’elle et en n’inquiétant jamais les autres cadors du championnat. De son côté Naples a vécu une année compliquée, notamment entaché par cette grève des joueurs en Décembre dernier. Ils ont sauvé leur saison en remportant la coupe d’Italie. Après avoir été les principaux concurrents de la Juve pendant plusieurs saisons, ils sont désormais quelques peu rentrés dans le rang. On les voit mal jouer les premiers rôles l’an prochain. Enfin il y a l’AC Milan, qui a réalisé une belle fin de saison, mais qui reste à des années lumières de le Juventus.

Une saison à terminer

A l’instar du PSG en Ligue 1, peut-on dire que la Serie A n’est plus assez compétitive pour la Juventus de Turin ? Si la Serie A n’est plus qu’une case à remplir, la Ligue des Champions est elle un objectif beaucoup plus palpitant pour les Bianconeri. Ils joueront leur qualification en quart de finale de Ligue des Champions face à Lyon dans 10 jours (1-0 pour Lyon à l’aller). Avec cet effectif, la Juve est taillée pour cette compétition, pas pour la Serie A. Néanmoins, on ne peut que s’inquiéter quant à leur niveau de jeu. On a du mal à voir un club italien enfin remporter la Ligue des champions. Le dernier sacre d’une équipe transalpine remonte maintenant à dix ans, avec l’Inter de José Mourinho.

Quand on regarde les résultats des équipes italiennes sur ces dix dernières saisons, hors Juventus, on voit le néant ou presque. On n’a guère que la demi-finale de l’AS Rome en 2018 à se mettre sous la dent. Dans le même temps, l’Espagne a glané six Ligues des champions, l’Angleterre deux et l’Allemagne une. Aujourd’hui il n’est pas insensé de parler d’un problème Serie A. La Juve ne peut plus se contenter d’une victoire en championnat face à une concurrence trop faible pour elle. Elle ne peut plus se contenter d’un jeu minimaliste qui lui suffit à être champion. On peut dire que le fossé entre la Juve et les autres est énorme mais c’est surtout le fossé entre la Serie A et les autres championnats qui est devenu trop important.

crédit photo : twitter Juventus

L’ascension fulgurante de l’Istanbul Basaksehir

Depuis dimanche, l’Istanbul Basaksehir est officiellement champion grâce à sa victoire 1-0. C’est le premier titre de champion de Turquie pour ce jeune club fondé en 1990. Ce titre est le résultat d’une ascension spectaculaire, notamment dans les années 2010. Retour sur la saison et l’histoire un peu particulière de ce club pas comme les autres.

Nous sommes à la dix-huitième minute de jeu, Gaël Clichy réalise un une-deux avec Eljero Elia au milieu du terrain qui élimine trois joueurs. Le Français remise ensuite sur Demba Ba qui va fixer la défense centrale avant de lui remettre sur la gauche de la surface. Le latéral gauche préfère jouer intelligemment en retrait pour son milieu de terrain Mahmut Tekdemir. D’un plat du pied au premier poteau, le numéro 21 ouvre le score. Ce seul but permettra à l’Istanbul Basaksehir d’être sacré champion de Turquie 72 minutes plus tard, pour la première fois de son histoire, 30 ans seulement après sa création.

Ce titre vient récompenser une équipe qui, sans être flamboyante, aura été la plus régulière de ce championnat turc édition 2019-2020. Toutefois on ne peut pas vraiment dire que c’est une surprise de voir le club stambouliote remporter le championnat cette année, tant le club a évolué ces dernières années. Depuis quelques saisons, l’Istanbul Basaksehir s’est imposé comme un des meilleurs clubs du pays. Comment expliquer ce phénomène ?

Le petit poucet d’Istanbul

Dans un championnat turc plus connu pour ses ambiances folles que pour son niveau de jeu, l’Istanbul Basaksehir fait figure d’exception. Le club doit ses apparences modestes à ses origines : en 1990, c’est la ville d’Istanbul qui crée le club d’Istanbul Büyükşehir Belediyesi Spor Kulübü, Belediyesi signifiant mairie en Turc. En 1993, le club accède pour la première fois à la seconde division turque, qu’il va occuper pendant 14 saisons avant d’accéder pour la première fois à la Super Lig en 2007. Entre 2007 et 2012, le club occupe le milieu de tableau, sans faire beaucoup de bruit. Puis en 2013, le club redescend en deuxième division, où il finira champion et remontera en première. C’est à ce moment, à l’été 2014 que le club change de dimension.

La mairie décide de se séparer du club afin d’enclencher le processus de rachat. Un rachat qui va faire entrer le club dans une nouvelle ère très fructueuse en matière de résultat, mais aussi très contestée. La raison ? le club est racheté par des proches du parti de l’AKP, celui du président Recep Tayip Erdogan. Le club, parfois nommé Erdogan Football Club, change de logo, se voit construire un nouveau stade par Kayon Grup (constructions d’infrastructures étatiques) et est sponsorisé par Medipol (groupe hospitalier privé dirigé par le médecin d’Erdogan).

Ce statut de nouveau riche du championnat turc l’oppose aux trois grands clubs historiques d’Istanbul : Le Besiktas, créé en 1903, le Galatasaray, créé en 1905 et Fenerbahce, créé en 1907. depuis 2000, ces trois clubs avaient raflé presque tous les championnats turcs (seul Burzaspor a réussi à décrocher un titre en 2010). C’est une opposition qu’on remarque en premier lieu dans les stades. Là où les trois grands clubs ont des grands stades (respectivement, 41 000, 52 000 et 50 000 places) et un public fervent (parfois trop), l’Istanbul Basaksehir se contente d’un petit stade (17800 places) et d’un public « recyclé », c’est-à-dire des supporters qui ont fui les ambiances parfois trop violentes des autres clubs stambouliotes. Une image qui colle à la peau du club mais qui ne l’empêche pas de grandir.

Un projet ambitieux mais pas révolutionnaire

Ce titre de 2020 ne sort pas de nulle part. Dès le rachat en 2014, l’Istanbul Basaksehir affiche ses ambitions en recrutant Abdullah Avci, ancien sélectionneur de la Turquie. Depuis, le club est devenu une place forte du championnat : quatrième lors des saisons 2014-2015 et 2015-2016, puis deuxième en 2016-2017, troisième en 2017-2018, à nouveau second en 2018-2019 et enfin champion cette année. Pourtant sa stratégie sportive n’a rien de vraiment extraordinaire.

À l’image du championnat turc, et grâce à l’argent du rachat, Basaksehir va se calquer sur ce qui se fait de mieux en Super Lig : aller chercher des joueurs du top 5 européens en manque de temps de jeu. Signent donc des anciennes stars comme Robinho ou Adebayor et d’autres noms bien connus comme Inler, Clichy, Demba Ba ou Martin Skrtel. Dans les joueurs ayant disputé au moins 20 rencontres toute compétition confondue, seuls trois joueurs avaient moins de 27 ans, dont Enzo Crivelli, l’ancien Caennais (11 buts en championnat). L’âge moyen de l’effectif est de 31,22 ans. Cette manière de faire s’adapte parfaitement à un championnat qui compte beaucoup sur les stars étrangères pour avoir de la visibilité et de la même manière que ça a marché pour les autres clubs stambouliotes, Basaksehir a su en profiter pour tirer son épingle du jeu.

A l’image d’autres grands clubs turcs, Basaksehir se tourne vers d’anciennes stars pour se donner de la visibilité

saison 2019-2020 : l’aboutissement d’un projet

Une stratégie payante donc pour l’Istanbul Basaksehir puisqu’ils sont désormais champions de Turquie. Rien n’aura été facile dans cette saison si particulière, mais en y regardant, ça n’aura pas été si difficile. C’était mal parti avec deux défaites lors des deux premiers matchs, contre Malatyaspor mais surtout contre un concurrent, Fernebahce. L’équipe désormais entraînée par Buruk Okan doit attendre la troisième journée pour enfin décrocher un succès. Après cinq journées, le club est seulement 12ème, à sept points du leader. Mais ils vont bien réagir, avec une série de 16 matchs sans défaites entre la 3ème et la 18ème journée, dont 10 victoires. À mi-championnat, ils sont deuxièmes à quatre points du leader.

Après une deuxième défaite face à Fenerbahce, ils ne perdront plus un match jusqu’à l’interruption du championnat lors de la 26ème journée. Ils sont au coude à coude avec Trabzonspor en tête et comptent trois points d’avance sur Galatasaray. Après la pause due au Covid-19, Basaksehir revient en forme et fait la différence sur ses concurrents qui lâchent du lest. Avec cinq victoires en sept matchs, l’autre club d’Istanbul s’offre le titre lors de l’avant-dernière journée.

Si on ne peut pas parler d’exploit pour décrire ce titre, c’est surtout au vu de la concurrence des autres cadors de ce championnat. Notamment les trois géants stambouliotes qui ont grandement déçu cette saison. Besiktas est quatrième, à 10 points, Galatasaray cinquième à 14 points et Fenerbahce, qui aura pourtant battu deux fois Basaksehir cette saison, n’est que septième à 19 points, un fossé par rapport aux standards du club.

Ce titre, presque logique, vient confirmer les ambitions et les bons résultats du club sur ces dernières saisons. Leur année n’est toutefois pas terminée puisqu’il y a un huitième de finale retour à jouer contre Copenhague en Ligue Europa. Ils s’étaient imposés 1-0 à l’aller. Les quarts de finale se profilent et pourquoi pas plus pour un club qui jouera pour la première fois la Ligue des Champions l’an prochain.

crédit photo : twitter Istanbul Basaksehir

Union européenne : vers plus de solidarité ?

La Commission européenne propose un plan de relance de 750 milliards d’euros pour sortir de la crise post-covid19. C’est l’Allemagne, jusqu’alors peu convaincue dans ce genre de politique de relance qui est contre toute attente, à l’origine de cette proposition. Faut-il y voir un regain de solidarité en UE ?

Une UE généreuse et bienveillante

750 milliards d’euros dont 70%, c’est-à-dire 500 milliards d’euros, non remboursable ! C’est cadeau ! L’UE devient plus que généreuse en débloquant des fonds exceptionnels pour venir en aide aux plus fragiles de l’union. Cet argent sera remboursé par des taxes, évitant ainsi d’accabler ses membres avec de nouvelles dettes.

Parmi ces taxes, la commission propose par exemple une taxe carbone aux frontières de l’UE pour pénaliser les importations de produits issus d’usines polluantes. Mais également un impôt sur les grandes entreprises, peut-être même une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Une UE qui mêle donc ses objectifs écologiques et économiques à ce plan de relance, qui n’est en aucun cas déconnecté de ses priorités.

C’est donc l’image d’une UE soucieuse de venir en aide à ses membres les plus accablés par la pandémie qui se dessine. Une UE qui se veut interventionniste après des années de politique d’austérité, une UE qui n’a pas peur de dépenser, une UE solidaire en somme.

Tous solidaires vraiment ?

Aider les plus démunis, certes c’est vertueux, mais qui va payer ? Les taxes ne séduisent pas les pays du nord ! Ceux qu’on appelle les « frugaux » ou encore les « radins ». Ceux qui se portent bien et qui en ont assez de cette union où ils payent plus qu’ils ne reçoivent. En somme, les riches de l’UE en ont assez de porter à bout de bras les plus démunis, qui ne se réforment pas assez vite et efficacement selon eux. Ce sont avec ces mêmes pays que Charles Michel, président du conseil européen doit composer.

Ce sont également des pays comme la France et l’Allemagne qui vont recevoir assez peu d’aide de ce plan de relance, et vont néanmoins devoir subvenir aux besoins des autres membres plus en détresse, tout en ayant pas les mêmes ressources que les pays nordiques.

Un carrefour pour l’UE

Alors que les Britanniques quittent l’UE, celle-ci fait face à une crise qui est à la fois destructrice mais également l’occasion de changer son fonctionnement. L’occasion de se reposer la question fondamentale, qu’attendons de l’UE ? Une UE économique, politique, social ? Un projet de paix qui suscite bien des tensions entre ses membres, c’est peut-être le moment de se mettre au clair, notamment sur notre capacité à former une véritable union.

Une union c’est un ensemble d’entités qui décident de se réunir et d’avancer main dans la main en se promettant une entraide mutuelle. Or, union signifie bien une agglomération de diverses entités. Et c’est bien cette diversité qui pose problème. En somme, ce sont toujours les plus riches qui vont aider les plus pauvres. Les plus privilégiés de l’union ne gagnent qu’une bonne conscience. Et cela ne semble pas suffire à ces pays qui critiquent une solidarité qui ne va que dans un sens. Les pays du nord de l’Europe viennent en aide aux pays de l’est et du sud de l’Europe, et l’on voit assez peu aujourd’hui comment la situation pourrait s’inverser.

C’est donc un moment important pour l’UE que ce plan de relance, qui incite à la solidarité dans une période difficile. Le 17 et le 18 juillet ce plan sera discuté par les membres de l’UE, pour savoir si l’on se serra les coudes pour sortir ensemble de la crise, et surtout si les pays du nord, accepteront, au nom de l’union, d’apporter leur précieuse aide.

Crédit photo : Claude Truong-Ngoc

Un nouveau visage pour Gucci


Elle a 18 ans, elle est passionnée d’art, elle est belle, elle est la nouvelle égérie Gucci et elle est porteuse de trisomie 21. Ellie Goldstein, c’est cette talentueuse jeune femme qui peut faire réaliser à celui ou celle qui en doutait encore, qu’un handicap, une différence, une malformation ne définit pas notre beauté.

C’est pour la promotion de leur nouveau mascara que la marque de luxe Gucci a décidé de mettre en avant des modèles aux profils sortant de la norme du mannequinat traditionnel. Ellie Goldstein pose donc sourire aux lèvres, aux côtés d’Enam Asiama, mannequin Queer. Ces photos seront également publiées dans le prochain numéro du célèbre magazine Vogue Italia dans le but de faire de la différence une nouvelle norme dans le monde de la mode. Une mise en avant unique dans l’histoire du célèbre magazine. Postée sur l’Instagram de la marque, la photo d’Ellie a fait sensation jusqu’à devenir la photo la plus « likée » du profil de la marque.

Ellie Goldstein, Enam Asiama et Jahmal Baptiste pour Gucci



Mais alors ce choix est-il une réelle invitation au « body positivism » ou un simple coup de pub ?



Cela fait maintenant quelques années que sporadiquement on découvre des mannequins en situation de handicap en couverture des magazines ou sur les catwalk. Comme Lucas Warren devenu égérie de la marque d’aliments pour bébé Gerber ou encore Kate Grant, visage phare de la marque de cosmétiques Benefit depuis un an. Sans oublier Madeline Stuart qui en 2017, passait de mannequin à styliste en présentant sa marque « 21 reasons why » à la Fashion week de New-York.

Ces initiatives sont sans aucun doute devenues plus courantes, mais sont encore loin d’être la norme. Selon Zebeede, l’agence de mannequin Londonienne qui se bat pour l’inclusion des profils en situation de handicap dans l’industrie de la mode : « seuls un ou deux mannequins sur 10 000 seraient en situation de handicap ».

Il est donc évident qu’en 2020, il est plus que nécessaire de montrer la différence à travers l’industrie de la mode. Les couvertures de magazines, les défilés de haute couture, les photos ornant les présentoirs dans les magasins de cosmétiques sont autant de représentations des codes de beauté que l’on retrouve au quotidien. Si une jeune fille au profil « traditionnel » peut s’y retrouver et se sentir belle car représentée par des mannequins qui lui ressemblent sur les immenses affiches cernées de néons, qu’en est-il pour les personnes aux profils plus « atypiques » ? Comment se sentir inclus(es), belles, légitimes si personne ne nous ressemble sur les photos ?



La représentation est un fait, l’inclusion pleine et entière en est un autre.



Emmanuel Macron clamait, à l’occasion de la conférence nationale du handicap du 11 février dernier, « les personnes en situation de handicap sont des citoyens à part entière ». Heureusement, car la France compte 12 millions de personnes touchées par le handicap, et 850 000 personnes à mobilité réduite, d’après les derniers chiffres de l’INSEE sur le sujet en 2001. Dans le monde, on parle d’environ un milliard de personnes, soit 15 % de la population mondiale. Mais ce discours semble avoir bien du mal à s’appliquer, en pratique, à l’industrie de la mode. Car si les représentations deviennent plus récurrentes, une fois dans le magasin, il est moins aisé de trouver un vêtement vraiment adapté à un corps en situation de handicap.

Il est nécessaire que les marques les prennent en compte dans leur processus créatif : tee-shirt faciles à enfiler, pantalons et robes compatibles avec les fauteuils ou les béquilles… Pour le moment, l’offre est trop restreinte, même si certains géants de l’industrie de la mode commencent à s’y mettre, comme Kiabi qui collabore depuis 2018 avec l’association Les Loups Bleus autour d’une collection pour enfants en situation de handicap. Mais ces exemples d’avancées vers l’inclusion se comptent encore sur les doigts d’une seule main. Car comme le rappelle Amandine Labbé, co-fondatrice de la marque U-Exist (un studio de design orthopédique militant), le tabou sur le handicap reste très prégnant dans notre société.

Crédit photo : David PD Hyde pour Gucci

Édito de 20h : Poutine président jusqu’en 2036, la provocation russe

Grâce à la large victoire du « oui » au dernier référendum, Vladimir Poutine a la possibilité de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Ce référendum apparaît comme le moyen de consolider le pouvoir après une crise sanitaire déstabilisatrice et constitue un affront indirect aux démocraties occidentales.

Prévu initialement en avril, le référendum souhaité par Vladimir Poutine s’est tenu du 25 juin au 1er juillet. Un référendum qui a un double objectif : consolider le pouvoir et redorer son image post covid 19.

Un pouvoir fort : oui !

C’est donc comme nous pouvions nous y attendre, le « oui » qui l’emporte largement (72,92%). Le président russe pourra ainsi rester au pouvoir jusqu’en 2036 s’il le souhaite. Il peut désormais effectuer deux mandats supplémentaires après la fin de celui-ci, prévue pour 2024.

32 ans de règne et peut être plus !

Président pour la première fois en 2000, il s’éclipse entre 2008 et 2012 pour céder le « trône » à Dmitri Medvedev et mieux revenir en 2012. Le compte est bon, s’il reste au pouvoir jusqu’en 2036, Vladimir Poutine aura présidé le plus grand territoire du monde pendant 32 ans !

La succession de nouveaux amendements et les victoires éclatantes lors d’élections ou de référendum semblent cacher des pratiques assez peu démocratiques et même dictaroriales. L’apparente démocratie n’est qu’un outil à des coups d’états légaux.

Comment faire passer un référendum ? Retrouvez ici les astuces du Kremlin !

Pour les participants au vote, une loterie était organisée ! Les russes pouvaient y gagner des lots ou des bons d’achats ! Les bureaux de vote étaient même parfois installés en pleine rue, avec une surveillance des urnes, assez anecdotique semble t’il. De quoi inspirer nos démocraties occidentales qui luttent tant bien que mal contre l’abstention. Et pourquoi pas faire marcher l’électeur à la carotte ? Plus efficace encore, contraindre des personnes à aller voter et menacer les opposants. Une méthode qui a fait ses preuves.

Une atteinte à la souveraineté du peuple russe

Alexeï Navalny, opposant au Kremlin, dénonce un « énorme mensonge » tandis que l’ONG Golos y voit une grave atteinte à la souveraineté du peuple russe. Elle a notamment reçu plus de 2000 signalements de fonctionnaires contraints de se rendre aux urnes.

Il n’y que les Nenets qui se sont opposés au référendum. Il fallait bien qu’il y ait un peu de « non » quelque part pour conserver le voile démocratique. Quant à l’avis des Nenets, on peut dire qu’il compte pour du beurre. Après tout, ce ne sont pas des semi-nomades éleveurs de Rennes qui vont avoir leur mot à dire sur l’avenir du pays.

Une provocation russe encore et toujours

Juste à l’est, à la périphérie de l’UE, c’est un immense territoire qui affiche, avec bien peu de pudeur son caractère non démocratique. Que pouvons nous faire ? Devons nous vraiment faire quelque chose ? Après tout, ce pays n’a pas choisi de vivre selon nos valeurs démocratiques occidentales et c’est son choix. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser la démocratie comme indispensable, et c’est tout à notre honneur. Mais c’est également ainsi que la Russie tout comme la Chine se rient de nos valeurs et de nos principes en nous provoquant lors d’élections ou de référendums. La Russie semble néanmoins encore un peu timide à afficher clairement son caractère autoritaire, à la différence de la Chine.

Rappelons que cette provocation ne touche pas seulement au domaine de la démocratie mais bien également aux droits des populations. Par exemple, avec ce référendum, Vladimir Poutine rappelle que seuls les couples hétérosexuels peuvent se marier. Il semble difficile pour nous de vouloir étendre notre mode de vie à notre voisin russe. D’ailleurs, même lorsque nous intervenons, le Kremlin ne tremble pas. Vladimir Poutine rappelle qu’il ne rendra ni la Crimée, ni les îles Kouriles.

Nous européens, risquons d’être outrés par l’attitude russe pour encore un moment..

Crédit photo : wikimedia commons

(ÉDITO) Djihadisme : les enfants innocents

Dix enfants résidant en Syrie ont été expatriés en France hier. Depuis la chute de l’État islamique seulement 28 enfants franco-syriens ont été rapatriés, alors qu’on en recense 250. La France tente de se racheter une conscience politique et humaine en « sauvant » des enfants syriens d’origine française.

Aimeriez-vous qu’on vous définisse constamment aux paroles et aux actes de vos parents en vous rappelant sans cesse « tu es l’enfant de… » ? Pourquoi le faire avec ces enfants syriens ? Je n’emploierai pas l’expression « enfants de djihadiste », ce serait les condamner à de la haine, à du mépris et à de la méfiance. Ils n’ont pas eu cette chance de naître au bon endroit, ni au bon moment. La famille n’est pas choisie, mais subie. Alors pourquoi leur faire porter le chapeau ?

Ces enfants à part entière ne sont pas des terroristes, ni même des bombes à retardement, comme certains se cantonnent à l’exprimer. Caractériser des enfants qui s’endorment sous la menace des bombes, sous le bruit assourdissant provoqué par le fracas de la destruction est immoral et condamnable dans les instances du bon sens. 

Envie de devenir

En France, malgré les tourments quotidiens de chacun, nous avons le choix de nos vies et surtout, le plus important, de notre devenir. Si nous ramenons ces futurs adultes sans arrêt à cette étiquette, on les stigmatise à tel point que leur identité ne leur appartient plus, elle est sous l’emprise de ceux qui les rejettent, les jugent. L’entité humaine ignore l’envie de devenir de ses enfants. Nous ne connaissons ni leurs passions, ni leurs envies, ni leurs peurs, ni leurs rêves. Donnons leur une chance de sortir du carcan de leurs parents endoctrinés par une croyance morbide. 

Accueillir ou non ?

Le 16 janvier 2020, le rapatriement de ces enfants en Syrie est demandé par l’ONU.  Une commission d’enquête indépendante a été créée en 2001 par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour alerter que ces enfants sont dans une grande précarité et ne possèdent pas de document d’identité. La commission priorise les enfants orphelins.  «Les États ont des obligations bien définies de protéger les enfants, y compris contre l’apatridie. Ne pas respecter ces principes fondamentaux constituerait une dérogation claire à cette obligation», a déclaré Hanny Megally, membre de la Commission. Ce rapport annonce aussi que «les mères devraient être rapatriées avec leurs enfants pour garantir le respect du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant». 

Le droit fondamental de l’enfant dit : « Les enfants qui ont dû fuir leur pays, à cause de la guerre ou d’une catastrophe naturelle, ont le droit d’être protégés par le droit International, qu’il soient seuls ou accompagnés. Les États doivent subvenir à leurs besoins alimentaires et sanitaires, les protéger et les aider à retrouver leur famille ».

Ces enfants sont pris en charge par les services sociaux afin d’établir un suivi psychologique conséquent, dû aux nombreux traumatismes de guerre. Un endoctrinement est établi chez ces enfants, mais en fonction de l’âge, les conséquences sont diverses. Un enfant de 3 ans n’aura pas la même prise en charge qu’un enfant de 13 ans sur le plan psychologique.

La France, pays des droits de l’homme, est obligée d’accueillir ces enfants. Ils ont vécu la guerre, la souffrance, la peur, la violence. La France fraternelle doit abriter ces enfants traumatisés. Ils n’y sont pour rien dans la bêtise humaine.

Aucun enfant ne devrait subir de violences, morales ou physiques. Le monde politicard ne sait ce que ses enfants endurent. Aucun ne tente de les sauver, de leur donner une vie meilleure en les accueillant. Voilà la complicité du monde. Ne pas les secourir, c’est les condamner à suivre le chemin de leurs parents. Les politicards ne font pas de différenciation. Ils rendent coupables les enfants, innocents, des actes haineux de leurs parents.

En 2017, suite à la crise migratoire, le monde entier était face à Aylan, 3 ans, mort échoué sur la plage. Les Hommes criaient « plus jamais ça ». L’innocence noyée par l’absurdité des « grands hommes » avides de pouvoir. Où en est-on de cette conscience humaine aujourd’hui, quand les politiques voudront instaurer un quota de rapatriement ? Certaines vies valent plus que d’autres.

L’Accord de Cotonou fête ses 20 ans

Il s’agissait du plus grand accord de coopération Nord-Sud. L’Accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 fête ses 20 ans et prendra fin en décembre prochain avant qu’un nouvel accord ne soit signé.

Il était un symbole d’unilatéralisme conclu entre l’Union Européenne et les pays de l’ACP, l’Afrique Caraïbe Pacifique, pour poursuivre la Convention de Lomé signée en 1975. Construit autour de 3 grands axes communs aux 79 pays signataires, le développement, le commerce et la politique, il devait tirer sa révérence hier mais les négociations autour de l’accord qui lui succèdera ont tardé suite à la crise du coronavirus. Par conséquent, l’accord de Cotonou a été prorogé jusqu’en décembre prochain. Le temps aussi de tirer un bilan de cet accord à posteriori de la première vague de COVID-19 en Europe.

Un bilan très mitigé 

Ce bilan est avant tout marqué par un regard critique sur les 20 années de relations Europe-ACP qui viennent de s’écouler. Et à mesure que ce regard se pose sur des périodes, des zones et des relations précises, nous mesurons l’obsolescence d’un accord aussi global avec des pays aussi hétéroclites. L’ACP, au cœur de cet accord est à son origine un regroupement d’anciennes colonies britanniques, françaises et belges, mais qui, au-delà de leur histoire, et parfois de leur langue, n’ont pas toujours de points communs. Le regard porté sur ces pays en développement doit aujourd’hui être plus localisé. Les pays africains qui composent plus de 60% des membres de l’ACP offrent un nouveau regard sur une Afrique jeune et dynamique à l’inverse d’une Union européenne vieillissante en proie avec ses démons. Cette Europe stationnaire a aussi permis à de nombreux pays signataires de l’accord de Cotonou de diversifier leurs partenariats et notamment avec la Chine qui se fait de plus en plus présente dans les pays ACP.

L’axe développement de l’accord n’a pas toujours tenu ses promesses, bien que l’Afrique ait vu son espérance de vie progresser en moyenne d’une décennie depuis 2000. Le commerce quant à lui affiche un bilan encore plus médiocre puisque les importations européennes en Afrique ont chuté de 11% durant la dernière décennie. Les exportations ont diminué de 1%. La faute à la diversification des partenariats des pays africains avec d’autres continents que l’Europe. Enfin, d’un point de vue politique, la condition d’accès aux aides de l’U.E était de respecter les droits de l’homme, la démocratie et les principes de l’état ainsi que de montrer patte blanche en matière de corruption. De nombreux pays ont été sanctionnés pour manquement aux droits de l’Homme. Mais malgré des preuves accablantes et un article 97 formel, les gouvernements corrompus continuent de bénéficier des aides sans avoir été sanctionné. La décennie 2010 a aussi été marquée par les crises migratoires où l’absence de pays du Maghreb au sein de l’ACP ont compliqué les discussions. Mais aussi par l’arrivée toujours plus importante d’accords parallèles à celui de Cotonou comme les accords de libre-échange APE qui rendent parfois caduque le vicennal accord.

Des freins aux négociations

Il était donc grand temps de remplacer l’accord par un neuf, plus réaliste face aux enjeux économiques et politiques actuels. Mais de nombreuses difficultés ont compliqué les négociations débutées en septembre 2018 lors de la 73e Assemblée Générale de l’ONU. Les premières sont d’ordre financière et viennent de l’Union européenne. Depuis 2000, 13 pays ont rejoint l’U.E et 1 l’a quitté. Ces 13 pays, tout comme les 14 autres, contribuent à leur hauteur au financement de l’accord via la FED le Fond Européen d’Investissement. Un fond qui est en dehors du budget de l’U.E, où chacun peut donner ce qu’il souhaite, créant une dangereuse flexibilité du budget. Des pays comme l’Allemagne et d’autres pays nordiques ont d’ores et déjà fait vœux de prolonger l’Accord de Cotonou mais en dehors de l’ACP, trop hétérogène et onéreuse pour eux.

Du coté africain, c’est la question des droits de l’homme qui coince. L’arrivée de la Chine, bien moins soucieuse de ce sujet, a changé la donne. Certains chefs d’États disent pouvoir désormais se passer de l’Europe bien que cela implique une dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Nombreux sont ceux qui accusent l’Europe de paternalisme moralisateur en refusant de donner des aides aux pays ne respectant pas les Droits de l’Homme. Mais à l’inverse l’U.E semble insouciante de la concurrence chinoise et des critiques de ses homologues puisqu’elle souhaite renforcer ses conditions d’investissement. Notamment en obligeant à la reconnaissance des droits des homosexuels, à la reconnaissance de l’identité de genre, à l’abolition de la peine de mort et à une collaboration accrue avec la Cours pénale internationale. Mais le plus gros frein aux négociations est le sujet épineux des financements aux sociétés civiles. En effet, l’Union Européenne finance de nombreuses ONG en Afrique et les actions de celles-ci sont parfois en opposition avec celles des gouvernements africains, voire anti-gouvernementales. Les représentants de nombreux pays se sont plaints de ce double jeu de l’U.E et souhaitent voir le financement de ces ONG supprimé. Ces multiples tensions dans le volet politique ont donc été abordées en dernières et sont toujours en cours de négociation.

Des certitudes et des absents pour l’avenir

Les volets « commercial » et « développement » ayant déjà été négociés, il y a de nombreuses certitudes sur l’avenir. La première, et pas des moindres, est la distinction régionale qui sera opérée. Un volet commun aux 79 existera bel et bien mais la suite de l’accord se fera continent par continent. L’homologue ACP sera donc remplacé à moyen terme. Judicieusement, le prochain homologue africain de l’accord sera l’Union africaine. Et sur le volet commercial la ZLEC, la Zone de Libre échange continentale africaine. Un projet qui a commencé en 2012 et a vu timidement le jour l’an dernier, qui permet de supprimer ou d’abaisser drastiquement les droits de douane entre 52 pays africains. Si l’objectif à long terme est de créer un modèle similaire à celui de l’Union européenne en se dotant d’un marché commun, un second objectif, cette fois ci inscrit dans le futur accord, est de fusionner la zone de libre échange africaine avec celle de l’U.E.

Les investissements se feront essentiellement dans le secteur primaire et les matières premières, ce qui n’est pas sans déplaire à nombre d’économistes qui déplorent l’absence de valeur ajouté dans ce secteur, donc de création de richesses. Mais dans un second temps, beaucoup d’investissements pourraient être réalisés pour renforcer les énergies renouvelables. Pour le moment, malgré la crise sanitaire actuelle, la santé reste un volet absent des débats au grand dam du négociateur en chef de l’APC. Le ministre togolais Robert Dussey qui appelle de ses vœux à ce que les pourparlers « intègrent des clauses relatives aux pandémies et à leurs conséquences socio-économiques ».

Source de l’image : Kopano Tlape ( GCIS )

France – Turquie : du rififi en Libye

Un accrochage entre des navires turcs et français en Méditerranée fait surgir les tensions issues du conflit libyen.

L’événement peut paraître anecdotique mais reflète à lui seul le conflictuel casse-tête géopolitique que pose la Turquie. Ce mercredi 17 juin, la ministre des Armées Florence Parly a dénoncé le « comportement extrêmement agressif » d’un navire turc sur une frégate française en Méditerranée. Cette frégate, qui participait à une mission de l’OTAN, cherchait à identifier de potentiels cargos suspectés de transporter des armes vers la Libye. Elle a été illuminée à 3 reprises par le radar de conduite de tir d’une frégate de l’armée turque. Une intimidation proche de l’escarmouche qui fait suite aux propos tenus par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, samedi 13 et dimanche 14 juin au sujet de l’investissement turc dans le conflit libyen. 

Soutiens et ingérances

Le ministre avait dénoncé « l’interventionnisme inacceptable » d’Ankara en Libye et condamné le soutien militaire croissant d’Erdogan aux troupes de Fayez El-Saraaj, président du Gouvernement d’union nationale, en dépit de l’embargo mené par l’ONU sur la vente d’armes en Libye. En effet la Libye est toujours coupée en deux entre l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et le Gouvernement d’union nationale de El-Saraaj. Mais de nombreux pays étrangers ont pris position dans cette guerre civile. La Russie, les États-Unis, l’Égypte, le Tchad, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis soutiennent officiellement Haftar. El Saraaj est lui soutenu par le Qatar et la Turquie. Mais la France, qui se dit médiatrice du conflit, joue en réalité une position bâtarde dans ce jeu d’alliance. Le pays des lumières soutient officieusement le maréchal Haftar et a même été accusé par le New York Times de vendre des armes aux troupes du maréchal. Un conflit d’intérêts sournois noue donc la France à la Turquie qui ne soutient pas le même camp et n’use pas des mêmes méthodes. Car si la France est accusée d’un soutien à Haftar plus fort qu’elle ne l’affiche, la Turquie ne se cache plus de vendre des armes à El-Saraaj, d’envoyer des soldats sur le terrain et de positionner 7 navires au large des côtes libyennes. Par ailleurs ce soutien turc n’est pas sans résultat puisque le maréchal enchaine les défaites, perdant du territoire depuis sa tentative de capture de Tripoli. 

L’OTAN toujours muette

Le poulain français est donc menacé tandis que la Turquie semble avoir misé sur le bon cheval. Mais la prise de position divergente ne doit pas pour autant être source de conflit entre les deux pays membres de l’OTAN. « On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela » a signalé le Quai d’Orsay avant d’ajouter que la ministre des armées s’était entretenue avec son homologue turc. C’est une nouvelle fois la position turque qui paralyse l’OTAN. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce à faire respecter l’embargo voté à l’ONU tandis qu’un de ses membre le contourne. Mais la France, accusée de fournir des armes à un maréchal Haftar en perdition, contestée par la population au sein du pays, n’est pas dans une position idéale de moralisateur. Au contraire cette perte d’influence en Libye a été profitable aux russes et aux turcs, renforçant encore plus le conflit diplomatique franco-turque et « l’état de mort cérébrale » de l’OTAN. 

Perte d’influence

En effet, la France, après avoir déstabilisé la zone en 2011 pour permettre la chute de Khadafi, a toujours soutenu le processus de paix en se posant comme médiateur. Elle semble aujourd’hui avoir perdu presque toute son influence. A l’instar du conflit syrien, Vladimir Poutine sort gagnant de cette mise à l’écart de la France, se positionnant alors comme le partenaire des 2 camps. Les réunions diplomatiques sont régulières à Moscou où le chef d’Etat reçoit les soutiens d’Haftar, comme le président égyptien Al-Sissi, autant que les soutiens d’El-Saraaj comme Erdogan. Si un accord de paix doit être trouvé, il semble que cela ne puisse aujourd’hui se faire sans Poutine.

Emmanuel Macron qui avait pourtant réussi en 2017 à réunir Haftar et El Saraaj sur une même photo, va devoir tourner une page importante de la France au Maghreb, au profit des intérêts turcs et russes dans la région.

Crédit photo: photo officielle du Kremlin

Akon s’offre sa ville à 6 milliards de dollars

Le chanteur et producteur de musique américain Akon, vient d’obtenir un budget énorme de 6 milliards de dollars pour la construction de sa ville, Akon City, au Sénégal. Le projet vise à pousser le continent Africain à se développer et donne déjà l’idée d’une ville semblable au Wakanda, fictif de Marvel. 

En janvier 2020, Akon annonçait la création de sa propre ville touristique et écologique à quelques kilomètres de Dakar, au Sénégal. L’Américain possède un village d’environ 800 hectares qu’il a décidé d’exploiter au maximum en créant Akon City.

Cette semaine, le projet s’est concrétisé et devrait voir le jour dans dix ans. Akon a signé un contrat de près de 6 milliards de dollars avec la société d’ingénierie, KE International. La machine est lancée, la construction peut commencer.  

Une construction en deux temps

Place aux infrastructures essentielles, tout d’abord. D’ici 2023, Akon City devrait posséder un hôpital, des résidences, des écoles, des hôtels, un commissariat de police et même une centrale solaire. Le projet mise avant tout sur l’écologie. 

Ces travaux seront rapidement suivis de la mise en place de plus gros aménagements : une université, des parcs, un complexe sportif et des stades. La mise en place d’Akon City pourrait s’achever en 2029.  

Pour l’Afrique de demain

En 2014, le chanteur RnB a fondé Akon Lighting Africa, une organisation qui vise à apporter de l’électricité en Afrique, par énergie solaire. Akon a grandi dans un village au Sénégal où il n’avait pas accès à l’électricité. Aujourd’hui riche et célèbre, il essaye de changer les choses pour les nouvelles générations. 

Akon Lighting Africa propose également une nouvelle monnaie : Akoin. Celle-ci sera bien évidemment en place à Akon City, l’idée est de la répandre sur tout le continent afin d’unir l’Afrique sur le plan économique.  

Rendez-vous donc en 2023 pour le premier coup d’oeil sur Akon City.