Un baccalauréat en contrôle continu : positif ou négatif ?

La décision est tombée ce matin à 11 h 30, lors d’une conférence de presse du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer : le bac 2020 et le brevet 2020 seront en contrôle continu, sans examens.

Suite à la pandémie du COVID-19 et au confinement général en France, le ministre de l’Éducation nationale a décidé de changer les règles. Jean-Michel Blanquer a annoncé ce matin, lors d’une conférence de presse, que le baccalauréat 2020 sera en contrôle continu pour ne pas pénaliser les élèves de terminale et de première. Mais cela est-il positif ou négatif pour tout le monde ?

Les points positifs

Chaque élève est différent, le choix de mettre le baccalauréat en contrôle continu peut être perçu comme positif tout comme négatif. Pourtant, il existe plusieurs points qui sont notables :

  • Le baccalauréat ne sera pas jugé sur une session d’examens, mais bien jugé sur l’intégralité du travail de l’élève en terminale, ajouté aux notes du bac français et des TPE. Point que plusieurs parents apprécient. Certains ont vu leurs enfants aînés s’effondrer parce qu’ils n’ont pas eu le bac alors qu’ils avaient travaillé toute l’année. « Ce n’est que justice. Cette fois, on verra qui travaille et qui ne travaille pas. Les élèves qui ne font rien en cours n’auront pas le bac, point, il n’y a pas à discuter« , déclare un parent d’élève, se réjouissant de la décision du ministre.
  • Les élèves n’auront plus à préparer les épreuves et pourront se concentrer sur les cours. « C’est vrai que certains élèves sont très stressés par les épreuves et, certaines fois, ne deviennent pas très bons en cours en sachant que les dates arrivent. Ne plus avoir de dates leur permettrait d’apprendre mieux leurs cours, mais aussi d’être plus attentif en classe« , explique une professeure de littérature.
  • Pour les candidats ayant eu moins de 8 de moyenne, une session d’épreuves écrites sera organisée en septembre. Une opportunité exceptionnelle afin de leur offrir une deuxième chance.

Autre gros point positif : l’absence de rassemblements de centaines d’élèves. Instaurer le bac en contrôle continu cette année, évite aux rectorats de faire face à des rassemblements importants en cette période de pandémie.

Les points négatifs

À l’inverse, beaucoup d’élèves ne voient pas cette décision comme positive. Ne pas avoir de baccalauréat en contrôle ponctuel pourrait les désavantager pour les grandes écoles qui n’ont pas encore changé leurs critères d’acceptation malgré la réforme pour le bac 2021. Rajoutons les possibles mentions, qu’un élève ayant 10,5 en contrôle continu, aurait pu obtenir en récoltant au moins 12/20.

Sue, élève en Terminale L de Paris, est dans cette situation. Elle trouve que cela pourrait désavantager certains élèves ayant une moyenne assez basse tout au long de l’année, qui auraient possiblement réussi leur bac. « Si je prends mon exemple, j’ai eu 11 toute l’année de première en français et au bac, j’ai 15 et 17« . Pour cette élève, cette décision pourrait mettre de côté les élèves en difficulté scolaire, qui aurait pu avoir leur bac en examen ponctuel.

Baccalauréat : « J’aimerais pas risquer ma scolarité à cause d’un confinement »

Les cours pourront bien reprendre de plus belle. Face aux mesures prises par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, élèves et professeurs ont un avis mitigé sur le programme scolaire actuel, d’autres se posent des questions sur le baccalauréat.

Malgré la fermeture des écoles, les lycéens n’ont pas encore terminé leur année. Jean Michel Blanquer s’est montré rassurant concernant le programme scolaire des classes de première et terminale. En dépit du confinement lié à l’épidémie, le ministre de l’Education Nationale a annoncé le maintien des épreuves du bac et des vacances scolaires. Son premier objectif étant « de garantir à tous les élèves de terminale, qu’ils ne soient pas lésés, qu’ils ne perdent pas une année et qu’ils puissent passer leur baccalauréat ». Néanmoins « le bac ne pourra pas se tenir comme il se tient habituellement », selon la secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, Sophie Vénétitay.

Ministre de l’éducation, Jean Michel Blanquer. Photo crédit : RTL

« Le Baccalauréat doit être annulé. Une « équivalence » sera donnée à tous les lycéens. Voilà ce que je déciderai si j’étais ministre »

René Chiche, professeur de philosophie

Cours à distance, contrôle semi-continu, des avis déconcertants…

En ce qui concerne les élèves, la situation ne change pas. Les cours se font désormais à distance et les épreuves sont maintenues dans de nouvelles conditions. Pourtant, la situation ne semble pas convaincre certains enseignants qui souhaitent une révision des principes éducatifs et le prolongement des épreuves.

René Chiche, professeur de philosophie, est contre la réforme du bac. Âgé de 57 ans, il estime qu’il ne faut pas changer les règles du jeu en cours de partie. Selon lui, il n’existe que deux options : « soit les cours reprennent le 4 mai et les épreuves perdurent, soit le fil se perd et on impose une équivalence sur dossier scolaire« . Il en va de même pour Isabelle Ducos-Filippi, professeure agrégée en lettres classiques à Montpellier. D’après ses propos, le contrôle continu serait pénalisant pour certains élèves et augmenterait l’accroissement des inégalités scolaires. La solution exige ainsi un prolongement de la date des examens jusqu’à début septembre. Toutefois, il est des cas qui restent totalement indifférents quant à la nouvelle qui s’annonce, tel Philippe Santurennes, professeur de français à Saint-Germain-en-laye, qui avoue être « désabusé ».

« Le bac reste le grand défi de cette année. J’aimerais pas risquer ma scolarité à cause d’un confinement »

Remy Goubert, élève en première

L’enthousiasme en période de quarantaine

Bien que les mesures prises par Jean-Michel Blanquer restent incertaines et dépourvues de structure, les élèves semblent pour la plupart se satisfaire du plan adopté. Lucie Gaillard, lycéenne en Terminale, éprouve un certain réconfort dans l’adoption du contrôle continu. Pour elle, l’assiduité est un atout essentiel pour valider son année. Elle raconte : « le fait qu’il y ait un contrôle continu est un bon signe car cela permet aux enseignants de prendre en compte le travail effectué durant toute l’année et non seulement le bac qui reste la condition de passage ».

Salle de classe en période d’examens. Photo crédit : blastingnews.fr

Son enthousiasme n’est pas le même que celui d’Alexandre, autre lycéen en terminale. Il avoue préférer un examen 100% en contrôle continu si cela peut diminuer la charge de travail à faire. Un argument sincère auquel s’ajoute la simplicité de l’épreuve. Mais cet avis n’est pas partagé par Rémy Goubert.

Pour cet adolescent en première, le maintien des cours et des épreuves n’a pas lieu d’être, le passage en Terminale devrait être accordé à tous, indépendamment des notes obtenues. Influencé par des désirs de justice, Rémy se veut défenseur de l’égalité pour tous. Pour lui, le contrôle continu n’a aucune importance.

Réforme du bac : le fiasco des E3C ?

Les nouvelles épreuves du contrôle continu du baccalauréat ont commencé ce lundi. Dans plusieurs lycées de France, la situation s’est tendue avec des manifestations ou des blocages.

Comme un nom de code incompréhensible, E3C. En 2017, le candidat Macron a proposé une transformation du baccalauréat en se focalisant sur quatre épreuves et en instaurant une partie de contrôle continu. Les E3C sont des épreuves communes. Pour les élèves de 1ère, la première session se déroule du lundi 20 janvier au vendredi 28 février. Les épreuves au programme sont : histoire-géographie, langue vivante A, langue vivante B (et maths pour la filière technologique).

Les épreuves ont donc commencé lundi, mais les examens ne se sont pas passé comme prévu. Dans de nombreux lycées, des blocages ont été organisés. Professeurs et élèves étaient mobilisés. Dans toute la France, les épreuves ont été largement perturbées. À Bagnols-sur-Cèze, le lycée Albert Einstein a vécu une situation tendue. Alice est étudiante en première générale, elle a passé l’épreuve d’histoire-géographie : « On a dû rester toute la première heure dehors car il y avait des manifestants qui bloquaient l’entrée au lycée. On a commencé avec une demi heure de retard, mais on a eu le temps de passer les épreuves ». Elle s’étonne du manque d’organisation de l’établissement, « les surveillants sont arrivés avec ce qui ressemblait à des parents d’élèves pour nous surveiller, 1 personne pour 35 élèves ».

« Pendant l’examen, des bruits incessants et des personnes qui entraient et sortaient toutes les 5 minutes. »

Les élèves ne sont pas espacés, ils passent l’épreuve d’histoire-géographie – Lycée Albert Einstein – Bagnols-sur-Cèze. Twitter : @Minnyni

Nous avons contacté le ministère de l’Éducation nationale, aucune réaction, ni d’éventuelles déclarations. L’académie de Montpellier n’est pas joignable.

Clément Poullet est le secrétaire général de la Fédération nationale de l’enseignement, de la culture et de la formation professionnelle Force Ouvrière. Il trouve la situation de Bagnols-sur-Cèze, « totalement scandaleuse ». Il ajoute : « le ministre de l’Éducation nationale est responsable de la pagaille actuelle, il était conscient de la catastrophe industrielle par rapport au manque de surveillants ».

Le représentant FO insiste, « on est très engagé dans le cadre de la bataille pour l’abandon de la réforme des retraites, c’est notre priorité numéro 1. La réforme du bac et la réforme des retraites, c’est la même logique, une individualisation des droits car il n’y aura plus de droits collectifs ».

Carte à retrouver en cliquant sur le lien ci-dessous.

À Talence, en Gironde, le lycée Kastler représentait l’image du bras de fer. Plus d’une centaine de personnes se sont réunies devant le lycée et chantaient « Jean-Michel Blanquer, ministre autoritaire, on ne bossera pas pour toi ». La FNME CGT revendique aussi la coupure électrique du lycée survenue le matin même. L’épreuve continue pour des milliers d’élèves dans les prochains jours, elle continue aussi pour le gouvernement. La note est, pour le moment, proche de 0.