Assa Traoré récompensée aux BET Awards

Figure de la lutte contre le racisme et les violences policières en France depuis la mort de son petit frère, Adama, Assa Traoré a reçu le Global Good Award lors de la cérémonie virtuelle des BET Awards, ce dimanche 28 juin. 

“C’est une reconnaissance pour toutes les victimes, toutes les familles qui continuent de se battre pour exiger la vérité et la justice” remercie Assa Traoré, virtuellement, durant la cérémonie des BET Awards. La Française a franchi la barrière internationale par son activisme et s’en voit récompensée par la chaîne BET, qui met en avant la culture afro-américaine et récompense certains artistes et activistes Noirs chaque année.  

Lauréate aux côtés de Beyoncé, Lizzo et d’autres, Assa Traoré a vu ses efforts être récompensés après 4 ans de lutte interminable, à temps plein.  

4 ans de combats 

Le 2 juillet 2016, Adama Traoré, jeune homme de 24 ans, est mort à la gendarmerie de Persan (Val d’Oise) après une interpellation violente à Beaumont-sur-Oise. Les expertises mentionnaient de possibles maladies cardiaques du jeune homme. Jusqu’en juin 2020, lorsqu’une contre-expertise indépendante lancée par la famille Traoré a révélé que la mort d’Adama était bel et bien liée à “une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral”, responsabilisant les policiers pour la mort du jeune homme.  

Assa Traoré ne perd pas une seconde et appelle à une manifestation nationale le samedi 2 juin. Plus de 20 000 personnes sont présentes à Paris. Après 4 ans de combats, la fin paraît plus proche. 

Black Lives Matter 

Le Comité Justice et Vérité pour Adama a organisé cette manifestation dans un contexte spécial : le monde entier sort dans les rues contre les violences policières et le racisme, notamment après l’affaire George Floyd, pour démontrer que “Black Lives Matter(les vies Noires comptent).  

Les Français sont sortis pour Adama Traoré, mais aussi pour Théo, Cédric Chouviat, Zyed et Bouna, George Floyd, Breonna Taylor, Elijah McClain et toutes les autres victimes de racisme et/ou violences policières à travers le monde. Si la chaîne BET a vite remarqué Assa Traoré, c’est parce que entre la mort de George Floyd et d’Adama Traoré, il y a un point commun : le plaquage ventral.  

Dans la vidéo de remerciement pour le BET Global Good Award, Assa Traoré ajoute “Merci pour ce prix, merci pour mon frère et merci pour toutes les autres victimes.” 

La cérémonie virtuelle des BET Awards 2020 sera diffusée en France sur la chaîne BET, mardi 30 juin à 20h45.

Black Lives Matter. 

Crédits photo à la une : © BET

Il y a 53 ans, les USA autorisaient le mariage entre blancs et noirs

C’est grâce à Mildred Delores Jeter Loving, une femme d’ascendance afro-américaine et amérindienne, et Richard Perry Loving, ouvrier du bâtiment d’ascendance européenne, que la Virginie et l’ensemble des états américains dépénalisent le mariage inter-racial le 12 juin 1967.

Mildred et Richard vivent à l’époque en Virginie et souhaitent se marier, or conformément aux Racial Integrity Act de 1924 et à la politique raciste qui vise à préserver la pureté racial et à éviter à tout prix la « dégénérescence » de la race, ils ne le peuvent pas. Ces lois vont même jusqu’à autoriser la stérilisation de « marginaux », notamment les handicapés mentaux.

Mildred et Richard décident donc de se marier à Washington mais dès leur retour en Virginie, ils sont arrêtés et condamnés à un an de prison. C’est en citant le biologiste et anthropologue Johann Friedrich Blumenbach que le juge Leon Bazile se justifie :

« Dieu Tout-Puissant a créé les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et il les a placées sur des continents séparés. Et sans l’ingérence dans son arrangement, il n’y aurait aucune raison pour que de tels mariages aient lieu. Le fait qu’il ait séparé les races montre qu’il n’avait pas l’intention que les races se mélangent »

Mildred Loving

Une lutte de longue haleine

C’est en s’appuyant sur le quatorzième amendement de la constitution des Etats-Unis adopté en 1868 et visant à protéger les droit des anciens esclaves afro-américains, que le couple entame une série de procès.

Le 1er juin 1967, la Cour suprême s’oppose aux lois raciales en vigueur en Virginie : « Le mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence. […]  Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État. »

Suite à cela, les Etats-Unis connaissent un boom des mariages mixtes. Entre 1970 et 2005 le nombre mariages mixtes entre Afro-Américains et Blancs d’ascendance européenne a été multiplié par 6 en passant de 65.000 à 422.000 !

Un combat qui porte ses fruits

Grace à leur pugnacité, le couple a fait avancer le pays vers l’égalité raciale. Malgré cela, certains états conservent des textes prohibant les mariages mixtes, bien qu’ils ne soient pas appliqués. Il faut attendre l’an 2000 pour que le dernier état aux textes discriminatoires, l’Alabama, abroge enfin ces lois. C’est officiellement la fin des Jim Crow laws, les lois sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis, promulguées entre 1876 et 1965.

Mildred et Richard retournent vivre en Virginie et ont trois enfants. Mildred déclare, il y a 13 ans, suite aux décès de son mari : « Entourée comme je le suis par de merveilleux enfants et petits-enfants, pas un jour ne passe sans que je pense à Richard et à notre amour, notre droit de nous marier, et combien cela signifiait pour moi d’avoir la liberté d’épouser la personne précieuse pour moi, même si d’autres pensaient qu’il était le « mauvais genre de personne » pour m’épouser. Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. »

Grace à eux, les Etats-Unis ont fait un pas de plus vers l’égalité, la loi du 12 juin 1967 porte donc leur nom, en hommage à leur combat pour l’égalité et l’amour sans distinctions raciales.  « Je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Un film a été réalisé par Jeff Nichols en s’inspirant de cette histoire :

Un épisode marquant qui n’est pas sans rappeler les événements actuels. Le drame du décès de Georges Floyd, pourrait être, désastreusement, l’occasion de faire un pas de plus vers l’égalité aux Etats-Unis. A croire que l’égalité s’acquiert dans la souffrance…

(Édito du samedi) Pourquoi il est temps d’agir ?

La mort de George Floyd ne nous apprend rien : les violences policières existent et cela ne date pas d’hier. En revanche, la constatation d’un tel meurtre ne devrait pas donner lieu à des interprétations trop hâtives.

George Floyd n’est que l’une des nombreuses victimes de violences policières qui gangrènent la vie sociale et le modèle du « vivre ensemble » américain. Il est clair que dans une société où des phénomènes sociaux comme l’expansion et l’esclavage ont eu un rôle crucial dans l’histoire des hommes, les conflits d’intérêts et les rivalités « raciales » ne peuvent que coexister, du moins tant qu’il y aura des agents prêts à se remémorer les moments douloureux du passé.

La mentalité « western » et la « loi du plus fort »

Toutefois, il est faux d’en remettre le meurtre de George Floyd au « racisme systémique » qui est déjà présent depuis bien longtemps dans une société archaïque où « seuls les plus forts gagnent ». Les violences policières touchent toutes les branches de cette société anglo-saxonne, qu’ils soient délinquants ou professeurs, mineurs ou majeurs. Elles concernent toutes les communautés. Il est parfois très difficile de comprendre l’action de certaines personnes dans un pays multiculturel où les idéaux et les coutumes s’entrechoquent. L’idée dont le port d’arme soit une partie intégrante de la culture « yankee » et que l’autorité confiée par l’État aux gardiens de la paix soit excessive, semble l’explication la plus évidente, lorsqu’on voit le rapport des meurtres commis par la police.

Les courses-poursuite régulières, les plaquages au sol, l’asphyxie des suspects arrêtés ou interpellés témoignent d’une mentalité qui continue de s’incruster dans l’esprit de la justice fédérale, autrement dit le mépris et l’indifférence pour l’être humain. L’exemple de Derek Chauvin devrait nous interpeller sur ce fait : 18 plaintes déposées notamment pour « langage désobligeant » et « violence ». Est-il correct d’en appeler à du racisme ? Pas sûr, les preuves n’en montrent aucunement les accusations.

Une double culpabilité

Dans ce cas qui est coupable dans l’affaire ? Les deux sont coupables d’avoir abusé de leurs droits à des situations délicates. Le policier a abusé de son autorité d’agent et le citoyen de son délit. Tout comme Adama Traoré qui était connu comme étant un délinquant ayant pris la fuite à un moment qui s’avérait nocif pour sa situation.

Que faut-il faire dans ce cas ? Rien, si ce n’est, militer davantage pour une société moins en proie à la violence, où la légitime défense ne serait plus une affaire tant personnelle mais une affaire d’État, à l’inverse d’un modèle qu’on nous concocte à la western spaghetti. Limiter la culpabilité des actes reconnus pour ne pas attiser la haine et bannir les armes pour ne pas inciter au meurtre.

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. »

Averroès

« L’histoire cessera-t-elle de se répéter ? » : le cri de rage de Spike Lee

Les réactions n’ont pas tardé à se faire sentir sur les réseaux sociaux : indignation, tristesse, soutien inconditionnelle précédé du hashtag #Blacklivesmatter. La mort de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis inspire 3 Brothers – Radio Raheem, Eric Garner And George Floyd, un court-métrage signé Spike Lee aux parallèles glaçants.

Pendant 8 minutes 46, la scène reste insoutenable. Sous le poids du policier Derek Chauvin, qui risque aujourd’hui 40 ans de prison, l’Afro-américain George Floyd clame sa souffrance, peinant à respirer sous les yeux impuissants de nombreux témoins, avant de succomber. À travers tout le pays, s’élève une vague de colère au lendemain de sa mort, déclenchant plusieurs manifestations et émeutes dans les plus grandes villes. Les personnalités n’ont pas tardé à réagir à l’instar du réalisateur Spike Lee. 

 

« C’est la même histoire encore et encore et encore… L’attaque des corps noirs a toujours existé »

Conscient des maux de la société actuelle, la question « raciale » est récurrente dans les œuvres du réalisateur.  En 2018, sortait le biopic BlacKkKlansman :  J’ai infiltré le Ku Klux Klan, une adaptation de de l’histoire vraie de Ron Stallworth, le premier officier de police afro-américain de Colorado Springs à s’être infiltré dans l’organisation du Ku Klux Klan. Une dénonciation du racisme systémique à l’époque du suprémacisme blanc scénarisé intelligemment et se concluant par un parallèle effroyablement glaçant avec les évènements ayant eu lieu à Charlottesville en 2017. « L’histoire cessera-t-elle de se répéter ? » : La question se pose pour le réalisateur militant et le combat reste les même deux ans plus tard.

Conscient des maux de la société actuelle, la question « raciale » est récurrente dans les œuvres du réalisateur. L’année 1989 avec la sortie de Do The Right Thing. Un cinéma dramatique traçant les contours de ce que l’histoire ethnosociologique des États-Unis appelle le quotidien d’un racisme ordinaire. Les émeutes de quartier et la violence raciste d’un quartier noir de Brooklyn y sont racontées à travers la mort du personnage de Radio Raheem, incarné par l’acteur Bill Nunn. Reprenant des scènes du film, le parallèle est indéniable dans la vidéo qui dure 1minutes 35 postée le 1er juin sur son compte Twitter accompagnée du titre « 3 Brothers-Radio Raheem, Eric Garner And George Floyd. ». Un cri de rage et un soutien inconditionnel pour rallier la cause #blacklivesmatter et protester contre les violences policières.

Image à la une : Image d’ouverture de la vidéo « 3 Brothers-Radio Raheem, Eric Garner And George Floyd. ».

Lire aussi : Le meurtre de George Floyd et les manifestations de Minneapolis : visualisez la chronologie des faits

Le Brésil, pays d’Amérique latine où la police tue plus d’afro-descendants qu’aux États-Unis…

Aux États-Unis, la mort de George Floyd a non seulement mis le feu aux poudres dans « the land of freedom » comme au Brésil, pays où le racisme et la brutalité policière sont aussi un grave problème. 

#VidasNegrasImportam : le Black Lives Matter Brésilien

Le meurtre de George Floyd a déclenché des discussions sur la férocité des forces de l’ordre aux États-Unis et dans d’autres pays tels que le Brésil. Il n’existe pas de données suffisamment consistantes sur le nombre de personnes qui perdent la vie lors d’interventions policières tant au Brésil qu’aux États-Unis. Des données officielles sont difficiles à obtenir : il s’agit d’un sujet extrêmement délicat pouvant mettre en question l’action des pouvoirs publics.  Mais des bases de données ont malgré tout été constituées. Selon la Fatal Force — le décompte des décès imputables aux policiers aux États-Unis établi par le Washington Post — entre 2015 et 2019, les Afro-Américains représentaient 26,4 % de l’ensemble des décès. 

Cela signifie qu’un citoyen de descendance africaine est deux fois plus susceptible de mourir à la suite d’une action policière que tout autre citoyen étasunien. Et le risque est encore plus grand si on le compare uniquement à la population blanche. Cependant, la situation au Brésil semble être encore plus alarmante qu’aux États-Unis. La police tue beaucoup plus de personnes d’origine africaine qu’aux États-Unis, tant en termes absolus que proportionnels. 

« Bien qu’ils représentent 55 % de la population brésilienne, les noirs représentent 75,4 % des personnes tuées par la police », peut-on lire dans l’édition 2019 de l’annuaire de la sécurité publique brésilienne du Forum brésilien pour la sécurité publique (FBSP). Étant donné que la police brésilienne tue beaucoup plus de personnes que la police étasunienne — environ 18 personnes par jour, soit 10,8 % de tous les homicides dans le pays — la différence en chiffres absolus est également frappante. 

Au Brésil, la police est beaucoup plus meurtrière qu’aux États-Unis. Elle serait responsable d’environ 6 000 décès par an contre 1000 décès annuels. Ainsi, selon le décompte du Washington Post, aux États-Unis, le nombre de décès dûs à la police en 2018 s’élève à 998, dont 229 Afro-Américains. Cette même année, le FBSP a recensé 6 220 décès lors d’opérations de police, dont 4 991 décès de descendants africains. 

« Impossible donc de nier le préjugé racial qui compose la violence au Brésil ; il s’agit de l’expression la plus évidente du racisme dans notre pays »

« Les blancs représentent 44,2 % de la population (du Brésil), mais ne sont que 24,4 % de ceux qui sont victimes de la létalité policière », note également l’annuaire de la FBSP. 

« Impossible donc de nier le préjugé racial qui compose la violence au Brésil ; il s’agit de l’expression la plus évidente du racisme dans notre pays », lit-on encore dans le document. 

Les violences policières au Brésil : une question de racisme et de discrimination sociale

La question de la race au Brésil est bien sûr un élément très important. Mais il y a aussi la question de la pauvreté. La plupart des victimes d’homicide vivent dans les quartiers les plus pauvres ou les favelas. Ainsi, au Brésil, la plupart des personnes qui sont tuées par la police sont non seulement d’origine africaine, mais ils sont aussi pauvres. Tout comme dans l’Amérique latine, les forces de l’ordre au Brésil adoptent une logique très violente : celle de la confrontation. Mais la société en général croit aussi que « le bon bandit est celui qui est mort. », si on prend un dicton brésilien fortement répandu parmi l’ensemble des Brésiliens.

Il y a donc cette conviction assez diffuse parmi l’ensemble de la société que pour que la justice soit faite, il faut tuer certaines personnes. Mais c’est précisément là que le racisme explique la plus grande vulnérabilité de la population noire. Lorsqu’un policier brésilien agit avec une personne d’origine africaine, il voit souvent un criminel. Pourquoi ? Parce qu’il existe un ensemble de travaux soi-disant scientifiques, produits dès la fin du XIXe siècle, qui montrent que les personnes d’origine africaine auraient une plus grande propension à la criminalité.

Nombreux sont ceux qui s’accordent à dire qu’au Brésil, le problème s’est aggravé sous l’administration de Jair Bolsonaro. L’une des propositions électorales de celui-ci était que la police pourrait et devrait tuer davantage pour des questions sécuritaires.

Le président du Brésil encourage ainsi la violence policière. Ses propositions au nom de la sécurité sont un encouragement pour la police à utiliser ses armes. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la violence policière se développe. En 2014, le nombre moyen de décès quotidiens aux mains de la police était de six, et quatre ans plus tard, il est passé à 18. Des chiffres très inquiétants pour la société brésilienne !

© Getty Images

Le monde de la musique uni pour George Floyd et contre le racisme

Un certain nombre de labels discographiques et de personnalités de l’industrie de la musique organisent un black-out mardi 2 juin, en hommage à George Floyd et la communauté afro-américaine contre le racisme.

Le meurtre de l’afro-américain George Floyd par un policier a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Un black-out est prévu demain, le 2 juin. Celui-ci réunit plusieurs maisons de discographie et des personnalités importantes de l’industrie musicale. Cette initiative est une façon de montrer la solidarité avec George Floyd et l’union avec la communauté afro-américaine contre le racisme systémique de la société américaine. 

« Le spectacle doit s’arrêter », tel est le slogan de l’initiative

Des labels discographiques tels que Warner, Universal, Sony, Columbia Records, le label britannique Dirty Hit, entre autres, se sont joints à la manifestation de solidarité contre le racisme. 

Dans un message publié sur les réseaux sociaux au nom de certains de ces labels, on peut lire qu’il s’agit d’une « action nécessaire afin de promouvoir la responsabilité et le changement. » « En tant que gardiens de la culture », lit-on, « il est de notre responsabilité de nous rassembler non seulement pour célébrer les victoires, mais aussi pour nous soutenir les uns les autres lors des défaites. » Le message se termine par le hashtag « le spectacle doit être arrêté. »

Columbia Records a été l’un des premiers labels à réagir contre la brutalité de la mort de George Floyd, décédé le 25 mai aux mains de la police, avec la publication d’un message à la fin de la semaine dernière : « Nous sommes avec la communauté noire et contre toute forme de racisme, de fanatisme et de violence. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons utiliser nos voix pour nous exprimer et contester les injustices qui nous entourent ». 

« Nos amis noirs ne vont pas bien, nos familles noires ne vont pas bien, et nous ne sommes pas, et ne pouvons pas être, OK », lit-on dans le compte Instagram du distributeur Caroline. Le groupe Universal a quant à lui opté pour une phrase de Martin Luther King : « Le temps est venu où le silence est une trahison. »

Floyd, une figure du rap à Minneapolis

À Minneapolis, George Floyd travaillait comme agent de sécurité dans un bar de la ville. Mais ses amis le connaissaient aussi comme rappeur. George Floyd a lui aussi été un artiste. Il appartenait au groupe, la Screwed Up Click, et a été également à l’origine d’un label, Screwed Up Records.

Le rap connaît ses origines dans la dénonciation des violences policières et raciales. La mort de Big Floyd, son nom d’artiste, a touché de plein fouet la communauté musicale de Minneapolis, florissante depuis longtemps. De nombreux artistes locaux ont réagi à cette affaire, surtout beaucoup de membres de la communauté hip hop.

Ice Cube par exemple, l’un des très grands auteurs du rap gangsta, qui s’est exprimé ces jours-ci, racontait déjà cette même histoire avec le groupe NWA. Notamment sur le morceau Niggaz 4 life, sorti le 28 mai 1991 : 29 ans presque jour pour jour avant la mort de George Floyd.

De Bon Iver à Billie Eilish, les artistes révoltés contre le meurtre de Floyd

Ces derniers jours, de nombreuses voix du monde de la musique se sont élevées pour demander justice pour George Floyd, l’une des dernières victimes des violences policières aux États-Unis.

Alors que d’immenses manifestations ont lieu depuis l’assassinat de Floyd et que plus de 4100 personnes ont été détenues, des artistes se sont également engagés dans cette lutte pour la justice. Nombreux sont ceux qui ont exprimé leur colère et leur soutien à la cause des Afro-Américains, dans la rue ou à travers les réseaux. 

Taylor Swift a critiqué les interventions du président Trump qui appelait à la violence contre les manifestants. Bon Iver a fait un don de 30 000 dollars au fonds commémoratif de George Floyd. De Cardi B à Lady Gaga, de Dr Dre à Rihanna ou Billie Eilish, beaucoup ont été les voix de la musique populaire à se faire entendre. 

Beyoncé a partagé une vidéo où elle affirme qu’il ne faut surtout pas « normaliser la douleur » qui est ressentie face à l’injuste meurtre de George Floyd.

Rihanna exprime son ahurissement face au « regard de pure joie et de plaisir sur le visage de ce fanatique, assassin, voyou, porc », celui de Derek Chauvin, le policier qui s’est agenouillé lourdement sur le cou de Floyd pendant plusieurs minutes. L’ « ambulancier qui vérifie si Floyd respire toujours ne tente même pas d’empêcher [Derek Chauvin] de poursuivre son agression ! » Cela choque Rihanna et n’importe quelle personne qui regarde ces longues minutes d’agonie face à l’indifférence non seulement de professionnels du maintien de l’ordre mais aussi de la santé.

De son côté, Billie Eilish a également utilisé Instagram afin de montrer son exaspération face aux personnes adeptes du « All Lives Matter« , dans un long texte engagé. 

« Si j’entends une autre personne blanche dire « All Lives Matter » une nouvelle putain de fois, je vais perdre ma putain de raison. Allez-vous fermer votre putain de gueule ? […] Arrêtez de tout ramener à vous. Vous n’êtes pas dans le besoin. Vous n’êtes pas en danger. […] Si toutes les vies se valent, pourquoi les personnes noires sont-elles tuées uniquement parce qu’elles sont noires ? […] Nous devons nous occuper du problème de centaines d’années d’oppression des personnes noires. »

Des messages qui doivent nous rappeler qu’en France, aussi, il y a des violences policières. Camélia Jordana a d’ailleurs récemment dénoncé les violences policières sur le plateau de ONPC suscitant une vive polémique. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner condamne un propos « mensonger ».