Le djihadisme empêche la lutte totale contre le Covid-19

L’Afrique fait face au Covid-19 et parallèlement à la menace djihadiste. Avec de nombreux conflits militaires sur le continent, les gouvernements africains luttent difficilement contre le coronavirus. Quel impact ont les forces rebelles sur la gestion de l’épidémie ?

Al Qaïda, Boko Haram et Daesh plongent certaines zones dans une grande instabilité politique et sanitaire. Particulièrement l’ouest et le centre de l’Afrique. Avec des milliers de victimes de guerre, les structures médicales sont très vite saturées. Leurs attaques visent principalement des hôpitaux, des écoles et des civils pour déstabiliser le pays. Les civils endurent des violences (mutilation, violences sexuelles, attaque terroriste, torture…) par les groupes djihadistes.

Possédant de nombreuses zones, il est donc impossible pour les gouvernements d’intervenir. Les civils dépendent du groupe armé. Il y a donc très peu, voire aucune, structure sanitaire. En priorité, les membres du groupe armé sont soignés avec du matériel de premier secours, ils verront ensuite, les soins à porter aux victimes civils.

L’Afrique de l’Ouest lutte contre les forces armées rebelles d’Al-Qaïda. Le groupe implanté, principalement au Sahel, sur cinq pays (Burkina Faso, Mali, Nigéria, Niger, Tchad) fait sombrer la zone dans une profonde instabilité. Les écoles et les hôpitaux sont ciblés quotidiennement par des attaques terroristes. C’est le cas du Burkina Faso, du Mali et du Nigéria. Ces derniers mois, plus de 130 centres de santés ont fermé au Burkina Faso suite à des attaques de groupes djihadistes. Ces attaques quotidiennes ne facilitent pas la lutte contre le Coronavirus.

Au Burkina, au Mali et au Niger, c’est 5 millions d’enfants qui auraient besoin d’aide humanitaire, indique le dernier rapport de l’Unicef, publié le 27 janvier. « Une flambée de violence, des attaques contre les enfants et les civils, des enlèvements et du recrutement d’enfants dans des groupes armés », explique ce rapport sur l’augmentation du nombre d’enfants dans le besoin.

Des enfants séparés de leurs parents, par les groupes armés – République démocratique du Congo

Le risque de propagation est très élevé

La population dans les zones de guerre s’affaiblit. Le Covid-19 risque de se propager très rapidement, les citoyens sont déjà très propices aux maladies (choléra, paludisme, tuberculose, sida, malnutrition…). Les habitants n’ont pas les moyens de lutter, physiquement, militairement et sanitairement contre les groupes armés rebelles qui détruisent tout sur leurs passages, structures hospitalières et écoles. Rationnement de nourriture, difficulté à se procurer de l’eau potable, manque de soins quotidiens, la population vit dans des conditions précaires.

Plaçant aussi des mines sur des routes très empruntées par l’armée et les médecins, il est très difficile pour les aides humanitaires d’accéder à certaines zones : « Nous éprouvons toutes les difficultés pour acheminer des équipements ou du personnel », déclare Guillaume Baret, responsable des programmes de Médecins sans frontières pour l’Afrique de l’Ouest. Les soins qui ne sont pas appliqués risquent d’aggraver la maladie du patient.

Des médecins face à l’épidémie du choléra

Coronavirus: « châtiment de Dieu » pour Daesh

Le Covid-19 touche directement les rangs de l’État islamique avec 110 cas décelés et 10 morts, selon l’université John-Hopkins. Les cas ont été confirmés en Irak, là où sont localisés la majorité des membres du groupe.

Dans un bulletin de propagande Al-Naba (publié le dimanche 15 mars), Daesh déconseille à ses combattants de rejoindre l’Europe pendant la crise du coronavirus, « Les personnes en bonne santé ne doivent pas entrer dans les pays affectés par l’épidémie et celles qui sont contaminées ne doivent pas en sortir ».

Des attaques terroristes, toujours…

Malgré l’urgence de l’épidémie mondiale, les groupes terroristes continuent leurs attentats.

Daesh : 25 morts lors d’une attaque contre un temple hindou-sikh, mercredi 25 mars.

Boko Haram : lundi dernier, près de 100 militaires tchadiens ont été tués à Boma, dans la région du Lac Tchad.

Al Qaïda : Le 4 mars dernier, Abou Iaydh, fondateur du principal groupe djihadiste (Al Qaïda) en Tunisie, est mort. Pas d’attaques revendiquées depuis ce jour.

Cameroun : le chaos causé par Boko Haram persiste, les ONG alertent sur la situation

Amnesty International et Human Right Watch tirent la sonnette d’alarme. Le groupe djihadiste Boko Haram menace quotidiennement l’Extrême-Nord du pays. Entre bombardements, exécutions et pillages, la vie y est devenue impossible pour les nombreux habitants. Selon la première organisation des droits de l’homme, au moins 275 personnes ont été tuées depuis le début de l’année par le groupe djihadiste dans cette région du Cameroun.

Il ne se passe pas un jour sans que la liste de morts ne s’allonge. Dans les villages qui bordent la frontière avec le Nigéria, les attaques sont devenues quotidiennes. Cela fait maintenant cinq ans que les terroristes ont infiltré le sol camerounais et malgré de nombreuses tentatives de la part de l’armée pour protéger les civils, les tueries et conversions forcées à l’Islam continuent de se multiplier.

Les témoignages font froid dans le dos. Si au départ les hommes de Boko Haram ne s’en prenaient qu’aux soldats, ils ont vite réussi à atteindre la population. Leur stratégie principale : détruire les villages pour que les habitants perdent tout ce qu’ils possèdent et qu’ils n’aient nulle part où se réfugier. Pourtant, il y a quelques mois, Paul Biya, le président camerounais affirmait que le groupe ne représentait plus qu’une menace résiduelle. Des propos appuyés par Guibaï Gatama, journaliste en pleine zone de conflit qui a depuis des années, consacré l’essentiel de son travail à la couverture de Boko Haram : « La situation est toujours difficile. Elle l’est moins toutefois que pendant les années 2014-2015 où l’armée devait prendre la mesure de la situation, où les populations devaient s’adapter, faire preuve de résilience. Ce que j’essaie de regarder, c’est la capacité de la secte à pouvoir continuer à mener ses actions, comme à Darak, sa capacité à franchir les tranchées pour venir mener ses actions terroristes », déclare-t-il en juillet 2019 à RFI Afrique.

Un des relais communautaires de Médecins Sans Frontières raconte l’enfer qu’il a vécu un soir où il opérait dans la région du lac Tchad : « Ils sont arrivés et ils ont brûlé 56 maisons. Les bœufs, les poulets, les chèvres… On a estimé à plus de 600 le nombre d’animaux partis en fumée. On a laissé nos provisions, tout est parti en fumée. Deux personnes sont mortes. On a vu que c’était impossible de rester ». Nombreux sont les témoignages en ce sens. Les habitants du village de Gakara racontent la nuit d’horreur qu’ils ont vécu lorsque des hommes ont voulu enrôler de force un garçon de 9 ans : « L’enfant s’est agrippé de toutes ses forces à sa grand-mère, pleurant et disant qu’il ne voulait pas partir. Les membres de Boko Haram l’ont alors abattu », ou bien alors, ces 3 jeunes femmes qui racontent s’être faites couper une oreille car les assaillants ne trouvaient pas leurs maris respectifs.

LES ONG DE PLUS EN PLUS INQUIÈTES

Samira Daoud, directrice d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale déplore un manque d’aide considérable de la part des autres pays. Si la France offre son soutien militaire au pays depuis 2014, le 24 octobre dernier, Jean-Yves le Drian, ministre des affaires étrangères a fait un geste de plus en accordant une aide de 45 millions d’euros à la région touchée par ces attaques permanentes. La Suède a elle décidé d’annuler la dette du Cameroun qui s’élève à plus de 35 milliards de francs. De son côté, le Japon a décidé de débloquer 8 milliards de francs CFA pour permettre au pays de construire une dizaine d’écoles et une centaine de forages. Une aide bien insuffisante, puisque mardi dernier Humans Right Watch a fait paraître un rapport révélant les conditions de vie dramatiques auxquelles les civils et spécialement les civils handicapés devaient et doivent à longueur de journée faire face. Depuis juillet dernier, 130 d’entre eux auraient déjà trouvé la mort et dix humanitaires ont été enlevés par les membres de Boko Haram.