La lutte pour l’Amazonie de Claudia Andujar

La fondation Cartier pour l’art contemporain présente depuis le 30 janvier 2020 sa plus vaste exposition consacrée à la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui dédie sa vie, depuis les années 1970, à la photographie et à la défense des Yanomami, un peuple amérindien de l’Amazonie brésilienne. 

L’exposition Claudia Andujar sur la Lutte Yanomami va de nouveau rouvrir ses portes à partir du 16 juin à la fondation Cartier. Cette photographe brésilienne consacre sa vie à la défense des Yanomami, un peuple amérindien de l’Amazonie brésilienne. Pour commencer, c’est un projet sur le peuple Carajà, au centre du Brésil, qui l’a menée à une carrière dans la photographie. Au fil des années, Claudia Andujar s’est beaucoup intéressée au peuple des Yanomami. Ce peuple d’Amazonie avait peu de contact avec le monde extérieur pendant longtemps. Puis, un afflux de mineurs d’or illégaux venus dans leur région, a aggravé leurs problèmes de santé. 20% des Yanomami sont morts d’une intoxication au mercure et d’une épidémie de paludisme. Claudia Andujar a joué un rôle important dans la création d’un parc qui crée une zone protégée de 96 000 km pour les Yanomami. 

Passionnée avant tout, elle photographie le peuple de la forêt amazonienne. Dans les années 70, son art devient une arme. Elle veut lutter contre les menaces qui pèsent contre les habitants de la forêt ; construction de routes, destruction de leur communauté et propagation d’épidémies. Aujourd’hui, l’exposition de Claudia Andujar illustre un engagement fort : la préservation de l’environnement. Cette exposition veut également alerter sur les incendies qui ravagent l’Amazonie. 

Pour Davi Kopenawa, Yanomami, « Claudia portait les vêtements des Indiens, pour se lier d’amitié. Elle n’est pas Yanomami, mais c’est une véritable amie. Elle a pris des photographies des accouchements, des femmes, des enfants. Puis elle m’a appris à lutter, à défendre mon peuple, ma terre, ma langue, les coutumes, les fêtes, les danses, les chants et le chamanisme. Elle a été comme une mère pour moi »

Il est important pour Claudia Andujar de lutter pour le peuple Yanomami à travers ses photographies. Cela permet à tous les autres peuples de la terre de connaitre les Yanomami, de les respecter et de préserver leur terre, eux qui habitent dans la forêt amazonienne depuis si longtemps. Claudia Andujar est « liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel ».

Crédit : Elena Rizzo

L’exposition présente son œuvre à travers plus de 300 photographies en noir et blanc ou en couleur. Des couleurs explosives qui rappellent le poumon du monde. On y voit des portraits d’enfants et d’adultes, signe d’espoir pour cette population menacée. C’est une exposition engagée et tournée vers l’environnement. Elle présente également une installation audiovisuelle ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques. Cette exposition est d’un côté esthétique et de l’autre politique. Elle montre son art photographique sans jamais oublier de dénoncer l’essentiel, sa défense des droits des Indiens Yanomami et de la forêt Amazonienne. 

Pour Julie, institutrice qui est venue voir les photographies, « cette exposition est extrêmement pédagogique. Il y a, à la fois des photos, un documentaire, de la musique. Cela correspond bien à tous les publics et on y apprend beaucoup de choses. Au niveau politique, Claudia Andujar était à la base photographe mais est devenue militante. C’est un parcours hyper intéressant qui est très fort tout au long de l’exposition ».

Ses œuvres sont conservées dans plusieurs musées comme le Museum of Modern Art de New York et à la George Eastman House de Rochester. La Fondation Cartier lui consacre une exposition sur l’année 2020. La sensibilisation environnementale par l’image, tel est l’objectif de cette exposition qui a débuté le 30 janvier dernier et qui se clôturera le 13 septembre prochain. 

Crédit photo illustration de l’article : Fondation Cartier

Le Brésil, pays d’Amérique latine où la police tue plus d’afro-descendants qu’aux États-Unis…

Aux États-Unis, la mort de George Floyd a non seulement mis le feu aux poudres dans « the land of freedom » comme au Brésil, pays où le racisme et la brutalité policière sont aussi un grave problème. 

#VidasNegrasImportam : le Black Lives Matter Brésilien

Le meurtre de George Floyd a déclenché des discussions sur la férocité des forces de l’ordre aux États-Unis et dans d’autres pays tels que le Brésil. Il n’existe pas de données suffisamment consistantes sur le nombre de personnes qui perdent la vie lors d’interventions policières tant au Brésil qu’aux États-Unis. Des données officielles sont difficiles à obtenir : il s’agit d’un sujet extrêmement délicat pouvant mettre en question l’action des pouvoirs publics.  Mais des bases de données ont malgré tout été constituées. Selon la Fatal Force — le décompte des décès imputables aux policiers aux États-Unis établi par le Washington Post — entre 2015 et 2019, les Afro-Américains représentaient 26,4 % de l’ensemble des décès. 

Cela signifie qu’un citoyen de descendance africaine est deux fois plus susceptible de mourir à la suite d’une action policière que tout autre citoyen étasunien. Et le risque est encore plus grand si on le compare uniquement à la population blanche. Cependant, la situation au Brésil semble être encore plus alarmante qu’aux États-Unis. La police tue beaucoup plus de personnes d’origine africaine qu’aux États-Unis, tant en termes absolus que proportionnels. 

« Bien qu’ils représentent 55 % de la population brésilienne, les noirs représentent 75,4 % des personnes tuées par la police », peut-on lire dans l’édition 2019 de l’annuaire de la sécurité publique brésilienne du Forum brésilien pour la sécurité publique (FBSP). Étant donné que la police brésilienne tue beaucoup plus de personnes que la police étasunienne — environ 18 personnes par jour, soit 10,8 % de tous les homicides dans le pays — la différence en chiffres absolus est également frappante. 

Au Brésil, la police est beaucoup plus meurtrière qu’aux États-Unis. Elle serait responsable d’environ 6 000 décès par an contre 1000 décès annuels. Ainsi, selon le décompte du Washington Post, aux États-Unis, le nombre de décès dûs à la police en 2018 s’élève à 998, dont 229 Afro-Américains. Cette même année, le FBSP a recensé 6 220 décès lors d’opérations de police, dont 4 991 décès de descendants africains. 

« Impossible donc de nier le préjugé racial qui compose la violence au Brésil ; il s’agit de l’expression la plus évidente du racisme dans notre pays »

« Les blancs représentent 44,2 % de la population (du Brésil), mais ne sont que 24,4 % de ceux qui sont victimes de la létalité policière », note également l’annuaire de la FBSP. 

« Impossible donc de nier le préjugé racial qui compose la violence au Brésil ; il s’agit de l’expression la plus évidente du racisme dans notre pays », lit-on encore dans le document. 

Les violences policières au Brésil : une question de racisme et de discrimination sociale

La question de la race au Brésil est bien sûr un élément très important. Mais il y a aussi la question de la pauvreté. La plupart des victimes d’homicide vivent dans les quartiers les plus pauvres ou les favelas. Ainsi, au Brésil, la plupart des personnes qui sont tuées par la police sont non seulement d’origine africaine, mais ils sont aussi pauvres. Tout comme dans l’Amérique latine, les forces de l’ordre au Brésil adoptent une logique très violente : celle de la confrontation. Mais la société en général croit aussi que « le bon bandit est celui qui est mort. », si on prend un dicton brésilien fortement répandu parmi l’ensemble des Brésiliens.

Il y a donc cette conviction assez diffuse parmi l’ensemble de la société que pour que la justice soit faite, il faut tuer certaines personnes. Mais c’est précisément là que le racisme explique la plus grande vulnérabilité de la population noire. Lorsqu’un policier brésilien agit avec une personne d’origine africaine, il voit souvent un criminel. Pourquoi ? Parce qu’il existe un ensemble de travaux soi-disant scientifiques, produits dès la fin du XIXe siècle, qui montrent que les personnes d’origine africaine auraient une plus grande propension à la criminalité.

Nombreux sont ceux qui s’accordent à dire qu’au Brésil, le problème s’est aggravé sous l’administration de Jair Bolsonaro. L’une des propositions électorales de celui-ci était que la police pourrait et devrait tuer davantage pour des questions sécuritaires.

Le président du Brésil encourage ainsi la violence policière. Ses propositions au nom de la sécurité sont un encouragement pour la police à utiliser ses armes. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la violence policière se développe. En 2014, le nombre moyen de décès quotidiens aux mains de la police était de six, et quatre ans plus tard, il est passé à 18. Des chiffres très inquiétants pour la société brésilienne !

© Getty Images

Le Brésil frappé par le covid-19 : « et alors ? »

Avec un total de 18 900 décès et plus de 293 000 cas confirmés, le Brésil est en passe de devenir le nouveau foyer du covid-19. Mais la situation du pays ne semble pas inquiéter davantage son président, Jair Bolsonaro, qui continue de minimiser la gravité du virus.

Le Brésil a franchi un nouveau pas dans le rouge. L’État le plus grand d’Amérique du Sud est devenu le troisième territoire où le nombre de contaminations est le plus important, derrière les États-Unis et la Russie. Le pays de 209 millions d’habitants compte désormais plus de 293 000 cas confirmés et 18 900 décès. Mardi, le ministère de la Santé a annoncé que plus de 1 000 personnes étaient décédées du covid-19 au cours des dernières 24 heures. Une première.

Selon plusieurs experts, ces chiffres sont encore loin de refléter la réalité. Le Brésil manque de tests et le pic de contaminations ne serait pas encore passé.

« Une petite grippe »

Pour le président brésilien, le virus n’est rien d’autre qu’« une petite grippe », dont les médias exagéreraient la gravité. Des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter ont même dû supprimer certaines de leurs publications contenant des fausses informations sur le covid-19 car elles violaient les règles de contenu « nocif ».

Aucune mesure sanitaire n’est prise à l’échelle nationale. Jair Bolsonaro, lui-même, ne tient pas compte des recommandations sanitaires telles que la distanciation sociale. Des confinements plus ou moins stricts sont de rigueur dans certains États, sur décision de leur gouverneur. De quoi agacer le leader d’extrême droite, en conflit ouvert avec la majorité des 27 gouverneurs, qui appelle à ne pas cesser le travail. « Le virus est arrivé et nous lui faisons face et il va bientôt passer. Notre vie doit continuer. Les emplois doivent être maintenus, les moyens de subsistance des familles doivent être préservés. Nous devons revenir à la vie normale » a-t-il déclaré.

Quelques semaines plus tôt, le président brésilien avait déjà fait la polémique lors d’un entretien avec une journaliste. Lorsqu’elle l’interrogeait sur le nombre de victimes du covid-19 plus important au Brésil qu’en Chine, il avait répondu : « Et alors ? Je regrette. Mais que voulez-vous que j’y fasse ? ».

Des opinions divergentes

Même si le président brésilien compte toujours de nombreux adeptes, les opinions commencent à diverger. Dans un sondage réalisé par l’institut Datafolha, 59 % de la population brésilienne pense que Jair Bolsonaro ne devrait pas démissionner, contre 37 % pour.

Sur Twitter, des hashtags contre le leader d’extrême droite naissent comme #BolsonaroTraidor (Bolsonaro traître) ou #BolsonaroGenocida (Bolsonaro génocide). Les personnes y dénoncent l’incompétence du président.

1179 morts, 1 mort toutes les 73 secondes. Et le président de la République ? Faisant quoi ? Porter un maillot en demandant le retour du football, pour faire mourir encore plus de gens.

La semaine dernière, Lula, ancien président brésilien de 2003 à 2011, avait déclaré à l’AFP : « je prie pour que le Brésil soit sauvé d’un génocide causé par Bolsonaro ».

Le ministère de la Santé chamboulé

En l’espace d’un mois, deux ministres de la Santé ont quitté leur poste, à la suite de désaccords avec le président brésilien. En place depuis l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro le 1er janvier 2019, Luiz Henrique Mandetta, a été poussé vers la porte de sortie par le leader d’extrême droite. La raison : l’ancien ministre avait prôné la distanciation sociale et le confinement.

Le 17 avril, il est remplacé par Nelson Teich. Mais ce dernier ne reste pas longtemps à ce poste et démissionne au bout de quatre semaines, sous les pressions de Jair Bolsonaro. Les deux hommes n’étaient pas d’accord sur l’usage de l’hydroxychloroquine face à la pandémie du coronavirus. La molécule, qui n’a pourtant pas été certifiée « efficace » par les scientifiques et qui peut s’avérer dangereuse, est le cheval de bataille du président brésilien.

Depuis vendredi, le poste est vacant alors que le virus du covid-19 continue de se propager massivement sur le territoire brésilien. Le général Eduardo Pazuello exerce actuellement cette fonction par intérim depuis le 15 mai. Dans un document publié ce mercredi, le ministère de la Santé recommande l’usage de la chloroquine pour les cas légers de covid-19. Une victoire pour les convictions de Jair Bolsonaro.