Julian Alaphilippe : c’est reparti pour un tour !

Le coureur français, que l’on n’avait plus vu depuis Paris-Nice en mars, sera de retour sur sa selle cet après-midi au départ des Strade Bianche. Pour le champion tricolore, c’est une nouvelle saison qui démarre, avec des objectifs très élevés.

Vendredi 19 juillet 2019, à Pau, au terme d’un contre-la-montre de haute volée, Julian Alaphilippe exulte. Non seulement il reprend du temps à tous les favoris, mais on commence à croire qu’il peut aller au bout. Il finira finalement cinquième du Tour de France 2019 et cette victoire à Pau sera la dernière avant un long passage à vide. Sorti exténué de cette grande boucle, il abandonne à la classique San Sebastian, alors qu’il est tenant du titre. Il ne gagnera pas non plus lors des classiques ardennaises. Après un long repos, il ne revient pas en forme en 2020 et est peu en vue lors de Paris-Nice. Arrive à ce moment le coronavirus. Un break de trois mois pendant lequel le Français se dit « impatient de reprendre » (France Bleu). Cette longue période sans compétition lui a sans doute redonné cette envie de victoire, victoire qui lui échappe depuis maintenant plus d’un an.

Quoi de mieux pour y regoûter qu’une course qu’il connaît bien ? Tenant du titre, Julian Alaphilippe tentera de faire le doublé sur les Strade Bianche, une course qu’il « aime beaucoup ». Il enchaînera le week-end avec une autre course où il est le tenant du titre : Milan-San Remo. « Gagner Milan-San Remo reste un de mes meilleurs souvenirs cyclistes » (France Bleu), c’est dire s’il voudra rééditer l’exploit cette année.

Un programme chargé

Si la compétition lui avait beaucoup manqué, il va être servi. Coronavirus oblige, le calendrier de cette saison 2020 sera très particulier, avec des courses très resserrées dans le temps. Pour Julian Alaphilippe, elle est divisée en deux grandes parties. La première aura en point d’orgue le Tour de France. Il commencera donc aujourd’hui avec les Strade Bianche et samedi prochain avec Milan-San Remo. Puis il prendra part au Critérium du Dauphiné, entre le 12 et le 16 août, avant les championnats de France en Bretagne le 23 août. Enfin il prendra le départ de la grande boucle le 29 août à Nice.

Alaphilippe voudra renouer avec la victoire sur le Tour de France

Après le Tour de France il n’aura pas le temps de se reposer puisqu’il ira dans la foulée aux championnats du monde en Suisse. Les classiques ardennaises arriveront ensuite très vite avec la Flèche Wallone le 30 septembre, Liège-Bastonne-Liège le 4 octobre, l’Amstel Gold Race le 10 octobre. Il achèvera ce périple par sa première participation au Tour des Flandres le 18 octobre. Elle viendra conclure trois mois de compétition où le Français aura de grandes ambitions.

Quels objectifs cette saison ?

« Son objectif principal cette année c’est le championnat du monde » pour Matthieu Sirvent, rédacteur chez Le Gruppetto. Il faut dire que le tracé en Aigle et Martigny lui convient bien avec des ascensions plutôt adaptées à son profil de puncheur. La descente qui mène à l’arrivée peut aussi l’avantager, lui qui excelle dans cet exercice. Il a aussi en ligne de mire les classiques en automne. S’il a déjà remporté la Flèche-Wallone, il n’a jamais remporté l’Amstel Gold Race et Liège-Bastonne-Liège. « Entre ces trois-là il vise surtout Liège-Bastonne-Liège » et pourquoi pas jouer les trouble-fêtes sur le tour des Flandres. En juin il était allé faire une reconnaissance avec son équipe Deceuninck Quick-Step. Pour ce qui est de ses premières courses de la saison, Julian Alaphilippe a déclaré ne pas s’être fixé de réels objectifs. Ce sera l’occasion pour lui de se jauger après quatre mois sans compétition.

Qu’en est-il du Tour de France ? Il l’a déjà annoncé, il ne jouera pas le général lors de cette grande boucle. Pour Matthieu Sirvent, « l’idée c’est de ne pas perdre trop d’énergie pour arriver en forme aux championnats du monde et aux classiques ». Mais cela ne veut pas dire qu’on ne le verra pas briller. Pour Gaëtan Scherrer, journaliste à L’Equipe, le fait qu’il participe au Critérium du Dauphiné « donne une forte indication sur un de ses objectifs principaux de cette saison qui est le Tour de France, pas forcément pour y jouer le général, mais pour aller chercher des étapes et pourquoi pas le maillot blanc à pois rouge » (ndlr: maillot qui récompense le meilleur grimpeur). Quand on lui demande si Alaphilippe peut faire de l’intox il répond « pourquoi pas, en annonçant qu’il ne joue pas le général c’est un moyen pour lui de surprendre les autres favoris ». Matthieu Sirvent lui n’y croit pas trop : « lui et son équipe l’ont dit, ils ne sont pas taillés pour jouer le général (…) après s’il a le maillot jaune, il ne va pas le laisser filer ».

Un parcours 2020 qui pourrait convenir à Julian Alaphilippe.

Qui pour le stopper ?

Sur de nombreuses courses, à commencer par les Strade Bianche aujourd’hui, Alaphilippe sera vu comme le principal favori. Un statut parfois difficile à porter. Il sera forcément très surveillé. Il aura fort à faire notamment face à Jakob Fulsang, Greg Van Avermaet, Peter Sagan. « Le plus gros concurrent ça devrait être Mathieu Van der Poel » selon Matthieu Sirvent. On se souvient notamment qu’il avait déposé Alaphilippe et Fulsang lors de l’Amstel Gold Race l’an dernier. Le Néerlandais sera aussi très surveillé, ce qui pourrait donner plus de liberté à Julian Alaphilippe.

Lors du Tour de France, même s’il décide finalement de jouer le général, la tâche s’annoncera compliquée puisque les meilleurs grimpeurs du monde seront présents. On aura notamment le duel Jumbo-Visma contre Ineos avec d’un côté Tom Dumoulin, Steven Kruijswijk et Primoz Roglic et de l’autre Christopher Froome, Geraint Thomas et Egan Bernal. Seront aussi présents Thibaut Pinot, Romain Bardet, Nairo Quintana, Mikel Landa, Emmanuel Buchmann et tant d’autres encore. Dur de se faire une place au milieu de ce casting cinq étoiles.

Pour la Flèche Wallone, Liège-Bastonne-Liège et l’Amstel Gold Race, Julian Alaphilippe devra encore batailler contre Van der Poel. Jakob Fulsang lui sera au départ du Giro et ne disputera donc pas les classiques ardennaises (le calendrier serré fait que le Giro et les classiques se courent en même temps). Attention tout de même à Dylan Teuns, Maximilian Schachmann et l’éternel Alejandro Valverde. D’autres noms seront annoncés dans les semaines à venir.

Rendez-vous donc cet après-midi pour le lancement de la saison de Julian Alaphilippe, qui cette année encore a des objectifs très élevés.

crédit photo : twitter Deceuninck Quick-Step

Cyclisme : Paris-Nice 2020, un parcours alléchant

Le parcours de la première grande course à étapes de l’année a été dévoilé ce mercredi à Versailles. Avec un contre-la-montre technique et un juge de paix au col de Colmiane, cette 78ème édition s’annonce plein de suspens.

Les tracés de l’édition 2020 de la course au soleil ont enfin été dévoilés, à seulement 2 mois du grand départ. Le directeur de la course, Christian Prudhomme, a annoncé mardi lors d’une présentation à Versailles, les huit étapes qui relieront Paris à Nice. Accidentées et exposées à tous les vents, ces étapes vont faire le bonheur de certains coureurs. Le Français Julian Alaphilippe devrait en être le premier. Le seul contre-la-montre de cette 78ème édition passera sur les terres natales du Vélo d’Or 2019 et se déroulera à la quatrième journée de course. Une étape déjà déterminante pour le classement final.

Le parcours complet de l’édition 2020 ( Twitter : @ParisNice)

Comme presque tous les ans, une arrivée au sommet constitue l’une des étapes reines du parcours. Le col de Colmiane a été choisi cette année comme juge de paix avec une arrivée à 1500m d’altitude au coeur de la station. Déjà sélectionnée en 2018, cette arrivée avait permise à Simon Yates de prendre la tête du classement général qu’il perdra le lendemain à Nice. Une étape qui sera décisive pour les favoris de l’épreuve.

Une première étape inédite

La course organisée par ASO partira comme à son habitude de Plaisir ( Yvelines ) mais une surprise s’est glissée cette année dans la première étape. L’organisation de Paris-Nice a décidé d’inclure pour cette édition 2020 une côte pavée à 5km de l’arrivée atteignant des pentes jusqu’à 8%. Quant à l’arrivée à Nice, elle ne se fera pas sur la promenade des Anglais ou au sommet du Col d’Èze. Le parcours a été modifié afin de voir les coureurs franchir la ligne d’arrivée finale devant l’Allianz Riviera, stade du club de foot de l’OGC Nice.

Les vingt-deux équipes qui participeront à la course au soleil ont aussi été confirmées par Christian Prudhomme. Les dix-neuf formations du World Tour ainsi que trois invités : les Bretons d’Arkea-Samsic, les Marseillais de Nippo-Delko et les Vendéens de Total Direct Énergie.


Les étapes :

1ère étape (8 mars) : 154 km – Plaisir (Yvelines) / Plaisir

(Twitter: @ParisNice)

2ème étape (9 mars) : 166,5 km – Chevreuse (Yvelines) / Chalette-Sur-Loing (Loiret)

(Twitter: @ParisNice)

3ème étape (10 mars) : 212,5 km – Chalette-Sur-Loing / La Châtre (Indre)

(Twitter: @ParisNice)

4ème étape (11 mars) : 15,1 km (contre-la-montre) – St-Amand-Montrond (Cher) / St-Amand-Montrond

(Twitter: @ParisNice)

5ème étape (12 mars) : 227 km – Gannat (Allier) / La Côte-St-André (Isère)

(Twitter: @ParisNice)

6ème étape (13 mars) : 160,5 km – Sorgues (Vaucluse) / Apt (Vaucluse)

(Twitter: @ParisNice)

7ème étape (14 mars) : 166,5 km – Nice (Alpes-Maritimes) / Valdeblore La Colmiane (Alpes-Maritimes)

(Twitter: @ParisNice)

8ème étape (15 mars) : 113,5 km – Nice / Nice

(Twitter: @ParisNice)

Les grandes victoires de Raymond Poulidor

Le monde du cyclisme est en deuil depuis l’annonce du décès de Raymond Poulidor mercredi 13 novembre. L’un des plus beaux palmarès du cyclisme français s’est éteint à l’âge de 83 ans mais les souvenirs restent et « Poupou » en a laissé plus d’un durant sa carrière. Retour sur les cinq grandes dates de la carrière de « l’éternel second » du Tour de France.

De Milan San-Remo 1961 au Tour de France 1964 et en passant par sa victoire sur le Tour d’Espagne, Poulidor est devenu un monument du cyclisme. Il a marqué le sport français de son empreinte.

18 mars 1961 : Sa première grande victoire avec Milan San-Remo

Le natif de Masbaraud-Mérignat a dû attendre sa deuxième saison professionnelle pour remporter son premier monument. Le 18 mars 1961, alors âgé de 25 ans, le coureur de l’équipe Mercier-BP-Hutchinson prend le départ de sa toute première Classicissima sans s’attendre à une telle issue : « Au départ, je ne comptais vraiment pas gagner, avec le lot de coureurs qu’il y avait » explique Poulidor après avoir franchi la ligne d’arrivée.

Le malchanceux est victime d’une crevaison à 60 km de l’arrivée et pense alors abandonner, ce que son directeur sportif Antonin Magne refuse. Après une longue course-poursuite, il parvient à revenir sur le peloton et va même s’en extirper avec deux concurrents au pied du Poggio, la célèbre dernière difficulté de la course. Plus malin, le Français attaque dans la montée et bascule au sommet avec 20 secondes d’avance. Il tient jusqu’au bout et s’impose devant le Belge Rik Van Looy pour 3 petites secondes. La machine est lancée.

3 septembre 1961 : le maillot tricolore sur les épaules

Quelques mois après sa grande victoire sur la classique italienne, celui que l’on ne surnomme pas encore « Poupou » prend le départ des championnats de France de cyclisme sur route, le 3 septembre 1961. La course marque le début de l’une des plus importantes rivalités du cyclisme français avec les duels opposants Poulidor à Jacques Anquetil. Sur les terres normandes de ce dernier, le Limousin va attaquer à plusieurs reprises dans la seule difficulté que compose cette course sur circuit. Lâchant Anquetil qui finira quatrième, Raymond Poulidor voit pourtant revenir un autre concurrent, Jean Stablinski, qui prend alors naïvement l’ensemble des relais jusqu’aux derniers 500m. Offrant sur un tapis rouge la victoire au chouchou des Français. Poulidor est champion de France et revête le maillot tricolore pour la première fois de sa carrière.

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Raymond Poulidor et son petit fils, le Hollandais Mathieu Van der Poel, double champion du monde de cyclocross et grand espoir du cyclisme mondial (Getty Images/ Tim De Waele)

12 juillet 1962 : sa première victoire sur son premier Tour de France

Raymond Poulidor dispute son premier Tour de France en 1962 et le débute un bras dans le plâtre, blessé à la main lors d’un entrainement quelques jours plus tôt. Rapidement distancé par les favoris, le tout nouveau « Poupou » décide de se réveiller dans les Alpes sous la pression de son directeur sportif.

Lors de la 19ème étape, le champion de France 1961 attaque et rattrape les trois hommes de tête dans le col de Porte, à une vitesse phénoménale. Il lui reste encore deux grandes ascensions. Il les négociera parfaitement pour accroitre son avance et passer la ligne d’arrivée à Aix-les-Bains en tête, avec trois minutes d’avance sur ses poursuivants. Aucun favoris ne parviennent à le suivre durant cette étape, même pas Anquetil pourtant leader de la Grande boucle à ce moment-là. Poulidor en profite pour grimper à la 3ème place du classement général qu’il confortera jusqu’à Paris. Premier Tour de France, première victoire d’étape et premier podium pour le Limousin.

16 mai 1964 : son unique grand tour avec la Vuelta

Après deux participations au Tour de France dont un podium, Raymond Poulidor décide en 1964 de s’essayer au troisième tour le plus prestigieux, le Tour d’Espagne. Un an auparavant c’est son grand rival Jacques Anquetil qui s’était imposé en terre ibérique, Poulidor ne pouvait que lui répondre, sur le vélo.

Le coureur de Mercier ne parvient pas à s’illustrer durant la première partie de la course et le classement général est dominé un temps par le Belge Rik Van Looy puis un autre temps par des Espagnols. Au départ du contre-la-montre comptant pour la 15ème étape (sur 17), Poulidor se trouve à un peu moins de deux minutes du porteur du maillot jaune de l’époque. L’ancien champion de France surclasse tous ses concurrents, s’adjuge l’étape et prend la tête du classement, qu’il gardera jusqu’à Madrid. Poupou envoie un message clair à Anquetil et s’impose un peu plus dans le monde du cyclisme.

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Poupou après sa victoire sur le Tour d’Espagne 1964

16 mars 1972 : Poulidor renverse Eddy Merckx et gagne Paris-Nice

Alors qu’il sort de deux saisons moyennes, Raymond Poulidor décide de se lancer une nouvelle fois sur le départ de Paris-Nice. La tâche s’annonce compliquée avec la présence du Belge Eddy Merckx dans ses plus belles années.

Le triple tenant du titre prend immédiatement la tête du classement général en s’imposant devant le Limousin pour six secondes durant le prologue. Bis repetita durant la 2ème étape, mais cette fois-ci avec seulement trois secondes d’avance et durant la 5ème étape où Poulidor prend cette fois-ci la troisième place avec 5 secondes de retard. Un duel inédit s’annonce entre les deux coureurs, Eddy Merckx semble se diriger vers une nouvelle victoire sur l’épreuve qu’il a mené de bout en bout. Mais lors de l’ultime étape, un contre-la-montre reliant Nice et le Col d’Èze, le Français l’emporte avec six petites secondes d’avance sur le Belge, deuxième. Suffisant pour le dépasser au classement général. Raymond Poulidor signe l’une de ses plus grandes victoires et détrône « le Cannibale ». Poupou réitère l’exploit l’année suivante et rentre définitivement au panthéon du cyclisme français.