(L’Édito du samedi) Le savant et le politique

Nous avions déjà eu l’occasion d’observer un duel scientifique contre politique dans la course à la mairie de Paris. Cédric Villani, le savant, contre Benjamin Griveaux l’homme politique. Et cette course folle, faite de dissidence, de coups bas, d’hypocrisie et de pressions nous montrent ô combien sciences et politiques vivent un amour impossible.

Lors de cette hostile idylle pour devenir premier édile, qui eut été habile de prévoir la métamorphose digne d’Ovide de notre monde livide que nous devons au COVID ? Par cette crise sans précédent, parmi les discours discordants, le scientifique s’est transformé, par la grâce du président, de dissident à décidant. Il devait se faire conseil, pour nous dire ce que l’on ne sait. Par les pouvoirs qu’on lui confère, il annula les concerts. Mais la cacophonie fut son cancer, quand soufflât sur les conseils un mistral de Marseille. Le vent fut bref tout comme la houle, mais la tempête venait du Sud et portait le nom de Raoult. 

La science, qui devenait politique, revint brusquement à ses topiques. « Faites-le taire ! » Demandaient-ils avec une grande sévérité, « cet Homme-là ne sait que dire et s’éloigne de la vérité ». Mais le peuple journalistique ne croit que les utopiques et ne voit que célébrité. Sur les plateaux se bousculèrent, de faux savants mais populaires et qui, bafouant toute médecine, nous bassinèrent de chloroquine. « Un remède ? Mais quel remède ? Vous faites honte à Archimède ! ». Oui mais le peuple a besoin d’aide. 

Dans le brouhaha infernal des machines de guerre médiatiques, on bâillonne 1000 scientifiques pour écouter ce qu’un médecin dicte.

Tant que le journaliste fait de fous, des hommes honorés. Les savants pouvaient gouverner au faubourg Saint-Honoré. Mais fallait-il au président avouer son innocence et faire don de son poste à des hommes de science ? Laisser une jungle – et non Calais – prendre possession du Palais dans des réunions nocturnes sans que leurs noms ne connurent d’urne ?

La morale de cette Histoire ? Le scientifique par son savoir, peut, sans même le vouloir inverser le pouvoir. 

Cet essai clinique à base de chloroquine qui contredit le docteur Raoult

Des essais cliniques à base de chloroquine ont été lancés récemment au Brésil. Les résultats ont été catastrophiques, 22 patients sur les 81 qui prenaient l’antipaludéen sont décédés pendant l’essai. C’est la deuxième étude après celle rapportée par le New York Times qui est interrompue pour des raisons de sécurité.

L’étude brésilienne a été réalisée entre le 23 mars et le 5 avril. 81 patients positifs au Covid-19 ont été les cobayes de cet essai. Tous ont pris de l’antibiotique azithromycine, recommandé par le docteur Raoult. 40 d’entre eux ont également pris 450 mg de chloroquine, le 1er jour, puis une dose quotidienne les 4 jours suivants. Les 41 autres patients ont reçu 600 mg, 2 fois par jour pendant 10 jours.

Au bout du 13ème jour, 6 patients du groupe à petite dose sont décédés et 16 du groupe à forte dose. Parmi les autres, 11 patients ont contracté des anomalies cardiaques et 2 ont même présenté une tachycardie ventriculaire, un trouble du rythme cardiaque. Tous les patients étaient déjà hospitalisés avant le début de l’essai.

Les chercheurs qui ont lancé cet essai sont unanimes. « On ne peut que conclure que cet essai est potentiellement capable de provoquer une mortalité accrue chez les patients atteints de Covid-19 », a estimé le docteur Stephan Fihn du Harborview Medical Center de Seattle, qui n’a pas participé aux travaux au Brésil. Cela devrait donc freiner les ardeurs de Donald Trump, persuadé que la chloroquine est un remède miracle au Covid-19.

En France, ni les autorités, ni le docteur Raoult n’ont réagi à cet essai. Le docteur marseillais est pour le moment occupé par les menaces de l’ordre des médecins. Sur twitter, il a réagi sereinement à cette actualité.