Londres, lieu de naissance de la drill UK

Depuis déjà plusieurs années, en même temps que la propagation du mouvement grime au Royaume-Uni, un genre plus sombre apparaît dans les quartiers de la capitale anglaise, la drill. Originaire des quartiers South Side de Chicago, elle est relevée au grand public grâce au succès d’un rappeur nommé Chief Keef. Elle voyage ensuite jusqu’au Royaume-Uni où elle va connaître un engouement important chez les gangs de Londres.

Faisons un petit retour dans l’histoire. Nous sommes dans les années 70, les États-Unis et l’Europe sont en pleine croissance et le besoin de main-d’œuvre augmente considérablement. Au contraire, du côté du tiers-monde, des difficultés financières amènent les habitants à immigrer vers le continent américain et européen. Jamaïcain, Haïtien et Portoricain, entre autres, se déplacent en espérant trouver du travail.

Mais une dizaine d’années plus tard, une crise économique vient toucher l’Europe et les USA, mettant les immigrants au chômage, finissant dans des ghettos sans espoir de réussir. Parmi eux, le quartier de Brinxton, situé au sud de Londres.

Brixton en difficulté 

Ce quartier est l’un des plus pauvres de Londres et a connu des taux de chômage records après la crise de 2008. Le manque d’espoir de se sortir de la pauvreté a entraîné un nombre important de trafics de drogue, de vol et une augmentation de la violence, tout ça structuré autour de gangs de plus en plus nombreux. Les jeunes se sont alors vite reconnus dans le quotidien des jeunes de Chicago, ils décident alors d’employer le même style de rap et les mêmes flows. 

Ils modifient les codes de Chicago et les adaptent à leur façon. La cagoule, par exemple, va devenir un élément incontournable de l’outfit du drilleur UK, d’abord car c’est un moyen d’éviter d’avoir des problèmes avec la justice, la moitié faisant partie de gangs et des casiers judiciaires bien remplis, de l’autre, de développer un style plutôt sombre et mystique.

En même temps, pour les beatmakeurs de Brixton, la drill de CHIRAQ est une révélation, la raison ? Ils sont originaires des régions caribéennes, et donc influencés par des styles dansants comme le Zouk et le Kompa. Ils y ajoutent ensuite des éléments de la grime, style musical qui s’est développé en même temps et donne ainsi un côté unique à la Drill UK.

La répression aux aguets

Dans les lyrics, les rappeurs n’utilisent ni vocodeur, ni métaphore, ils racontent le quotidien violent et sombre. Les paroles sont tellement violentes que les autorités anglaises ont commencé à agir, ce sont des centaines de clips qui ont été supprimés de la plateforme Youtube, suite à des menaces de mort prononcées dans certaines musiques. Pas de quoi les arrêter, ils ont alors développé leurs propres vocabulaires pour contourner la censure. Les mots « opp », pour désigner les gangs ennemis, et « pack », qui désigne les cendres de leurs rivaux, sont devenus une drogue qui peut être fumée. Ce terme déjà popularisé par l’artiste Chief Keef. 

La drill anglaise représente maintenant un modèle pour tous ses utilisateurs dans le monde, mettant ainsi aux yeux du grand public et des médias, leur quotidien difficile.

D’où vient la Drill Music, le genre hip-hop popularisé par Pop Smoke et d’autres ?

Popularisée aux yeux du grand public par des artistes comme Bobby Shmurda, 6ix9ine ou encore Pop smoke, la drill est l’un des styles musicaux le plus choquant, le plus violent, ou encore le plus provoquant qu’il existe. Outre la scène anglaise où la drill s’est très vite popularisée, une nouvelle génération de rappeurs a permis à ce style très sombre d’exploser et de se renouveler sous une autre forme. Une génération qui vient tout de droit de New York.

Tout d’abord, d’où vient la drill ? Il faut remonter dans les années 2000, dans la 3ème plus grande ville des États-Unis, Chicago, pour le comprendre. Cette ville est connue pour sa jeunesse, plongée dans la violence et dans les guerres de gangs. Les nombreux assassinats perpétués ont donné comme surnom à la ville, CHIRAK. C’est tout simplement la contraction de Chicago et d’Irak, car il y a eu presque autant d’assassinats à Chicago qu’en Irak pendant la guerre contre les États-Unis dans les années 2000.

Et c’est dans les quartiers de South Side qu’est née la drill. Cette trempe musicale était un moyen d’expression pour les gangs et les jeunes de quartier. À cette époque, l’un d’entre eux, nommé Chief Keef, retourne le rap en apportant un nouveau style. Malgré son côté rap-trap plus très original aujourd’hui, celui qu’on surnomme « Sosa » raconte la vie de gang de façon authentique, sans artifices, ce qui a fait beaucoup de bruit. On pense sans hésiter à son titre « I don’t Like » en 2012.

Suite à ça, beaucoup de jeunes vivant dans les quartiers de Brinxton à Londres, se sont identifiés au « street code » de Chicago, une ville qui vit la même situation. De nombreux gangs reprennent alors ces airs de drill et développent des flows nouveaux. Après la scène londonienne, passons à celle qui a permis très récemment à la drill de s’exporter sur différentes scènes internationales mais surtout anglophones.

B comme Brooklyn

2 rappeurs considérés comme les piliers du mouvement ont déjà fait connaitre ce style musical avant même qu’il connaisse une réelle explosion quelques années plus tard. On pense notamment à Bobby Shmurda, avec sa célèbre Shmoney Dance née de son titre Hot nigga paru en 2014. Un son qui a fait 641 millions de vues à ce jour.

Impossible de ne pas citer le rappeur d’origine mexicaine 6ix9ine avec des titres comme Billy ou Gummo. Mais une nouvelle scène est apparue depuis quelque temps pour représenter la drill. Immersion dans le sud de New-York, à Brooklyn. Un quartier qui a vu se propager le mouvement parmi la population afro caribéenne.

Parmi eux, certains se sentent inspirés par la drill UK et décident de s’y mettre. On peut noter des artistes comme Fivio Foreign22GZ ou encore Sheff G. Ils reprennent alors les types Beats de certains beatmakeurs anglais comme 808 Melo ou Axl Beats. Mais laissons de côté le style sombre et cruel de la drill anglaise, car les nouveaux « drilleurs » ont remplacé ces codes par de nouveaux plus festifs, composés d’éléments plus traditionnels comme les voitures de sport, les armes ou encore les chaines en or. Ils reprennent les danses avec un côté plus joyeux et festif.

La rencontre du « Woo »

Pop Smoke, Bashar Barakah Jackson de son vrai nom, n’a commencé la musique que tardivement. Ses premiers sons ne datent que de 2018. Il se lance alors tout seul dans le rap en cherchant sur Youtube des beats lui correspondant. Il tombe alors sur les instrus de 808 Melo et va finalement travailler avec lui. Comment la rencontre s’est-elle passée ? Le producteur londonien a demandé au rappeur de passer à la caisse, car poser sur des beats n’était pas gratuit et ne l’est toujours pas. Il lui a alors demandé de venir aux USA pour qu’ils bossent ensemble. Une affaire en or.

Au-delà de ça, c’est avec son style de rap bien à lui que Pop Smoke se fait remarquer. Sa voix grave et ses lyrics sont à glacer le sang, donnant une ambiance sombre et menaçante à sa musique. Celle-ci étant souvent composée d’instrus plus ténébreuses les unes que les autres. Il le démontre avec ses deux titres EP Meet the Woo 1 et 2, et plus précisément avec des sons comme Welcome to the Party et Dior, qui lui ont forgé une notoriété presque devenue un symbole à New-York.

Le nom Woo, terme provenant de son quartier, pourrait se traduire par « j’ai réussi ». Pour Pop Smoke, cette expression le caractérise parfaitement : « Woo ça veut dire gagner, je ne peux pas mieux l’expliquer ». Malgré le fait qu’il y ait plein de rappeurs de talent au sein de La grosse pomme, Pop Smoke était vu comme celui qui allait apporter du renouveau à ce style et emmener la scène new-yorkaise au sommet. 

Et malgré son assassinat le 19 février dernier, il a permis à la drill d’exploser partout dans le monde. Son succès est précédé de celui d’autres artistes qui ont redonné un élan au rap moderne comme Drake ou encore Travis Scott. Mais la fête ne fait que commencer pour cet univers qui n’a pas fini de marquer sa génération.