Vague verte, Macron devient surfeur

Au lendemain du second tour des municipales, Emmanuel Macron annonce 146 propositions écologiques.

C’est sur une pelouse bien verte que le Président de la République a accueilli les membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique. Se doutait-il quelques semaines plus tôt, en choisissant cette date, qu’il succéderait sur les bandeaux des chaines d’info, à la vague verte des municipales ? Sûrement. Mais ce calcul politique et symbolique permettra-il au président de convaincre les électeurs écologiste d’hier de lui accorder leur confiance demain ? Tandis que les commentateurs politique attendent une réponse autant que le prochain remaniement, le Président a mis les petits plats dans les grands pour dévoiler l’avenir de son mandat et le grand plan écologique qui devrait voir le jour.

146 sur 149

Les membres tirés au sort de la Convention climat sont arrivés avec 149 propositions réparties au sein de 5 thématiques (consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir). Mais aussi un programme de financement et de modification de la constitution.

On pouvait attendre du Président une découpe de ce rapport, qu’il pioche dedans les propositions en accord avec ses valeurs et ses intérêts. Mais le chef d’Etat a été clair, dès le début du discours « je veux que toutes les propositions soient mises en œuvre au plus vite ». Puis, modérant son propos, il a évoqué les points sensibles du rapport notamment la difficile relation écologie-économie. Après avoir félicité les rapporteurs d’avoir « placé l’écologie au sein du système économique » et précisé qu’il partageait cette idée, le président a balayé l’idée d’une taxe de 4% sur les dividendes justifiant que « nous sommes déjà un pays très fiscalisé, je pense qu’accroître la fiscalité n’est pas une bonne idée (…) nous avons besoins d’attirer des capitaux français et étrangers ». Il a aussi évoqué dans son discours l’idée d’une écologie non punitive, arguant que la taxe carbone « était une des raisons, ce n’était pas la seule » qui a mené au mouvement des gilets jaunes l’an dernier. S’il s’agît ici d’un réel rejet de l’idée, le second véto posé par Emmanuel Macron est en réalité un report. Le président ne souhaite pas, pour le moment, entendre parler de l’abaissement de la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h.

Verdir la constitution par un référendum

Enfin, sur l’aspect constitutionnel du rapport un dernier véto a été posé. La modification du préambule de la constitution ne verra pas le jour mais celle de l’article premier aura sûrement lieu lors d’un futur référendum. À ce sujet, le président s’est exprimé ouvrant la voie au plébiscite tout en s’engageant à « proposer un texte au parlement en vue d’un référendum en 2021 ». Au-delà d’une simple modification de l’article premier, ce référendum pourrait aussi simplifier la mise en place d’une des 146 mesures phares : la reconnaissance de l’écocide. Un terme, dont le président s’est targué d’être le premier chef d’état à l’employer, et qui désigne la destruction d’un écosystème. Actuellement, ce terme n’est pas reconnu par l’institution judiciaire ce que souhaite Emmanuel Macron. Celui-ci annonce aussi porter ce projet de reconnaissance de l’écocide auprès des acteurs du droit internationale pour juger les coupables devant la Cour pénale internationale. L’intégration de l’écocide dans le futur référendum simplifierait sa complexe reconnaissance juridique.

L’application des propositions

Le président a commencé par expliquer en détail quelle serait la méthode de mise en œuvre de ces propositions. Une manière de faire gage de bonne volonté d’entrée de jeu face aux attentifs rapporteurs. Le possible référendum ne concernant pas la totalité des 146 propositions, le chef d’État a décidé de diversifier la méthode. Une partie sera arrêtée « dès juillet » par le gouvernement, une seconde sera intégrée au plan de relance économique et enfin la dernière vague de proposition à être légiféré, le sera au sein d’un projet de loi spécifique. Mais selon ce rythme, beaucoup de propositions devraient rester sur le carreau faute de ne pas appartenir au champ d’action de l’Etat. Pour pallier ce problème, le président souhaite réunir les collectivités territoriales et les élus afin de discuter de ces propositions.

Les membres de la convention climat vont donc encore devoir se battre auprès de nombreuses institutions pour voir un jour leurs propositions au Journal Officiel, le chemin reste long.

(Municicaqs #15) – Nantes, à bâbord toute !

Après Lille, Dijon, Toulouse ou encore Montpellier, CAQS maintient le cap vers l’Ouest pour ce tour de France des municipales. À Nantes, Johanna Rolland brigue un second mandat, dimanche 28 juin, après être arrivée largement en tête au premier tour (31,36 %). Pour ces élections municipales, la jeune maire socialiste a misé sa stratégie sur une alliance avec les Verts, comme en 2014. Si certains désaccords persistent entre les deux partis, la gauche fait plus que jamais barrage face à la menace républicaine.

La maire sortante Johanna Rolland (PS) est arrivée largement en tête au soir du 1er tour avec 31,36% des voix à Nantes. La socialiste affrontera dimanche prochain sa rivale de droite Laurence Garnier (19,93%) et la marcheuse Valérie Oppelt (13%), qui n’ont pas réussi à s’entendre durant l’entre-deux tours. Car oui, une alliance a été proposée par la républicaine avec la candidate LREM pour faire front face au bastion de la gauche. Mais les deux candidates ne sont pas parvenues à trouver un terrain d’entente, laissant à la gauche une autoroute devant elle pour aborder le second tour de ces municipales le plus sereinement possible. Une avance qui s’est notamment creusée grâce à la mise en place d’une alliance entre le Parti Socialiste et Europe Écologie Les Verts le 15 mars dernier. Le parti écologique qui avait notamment recueilli 19,58% des voix.

Une alliance naturelle…

Des insoumis aux écologistes en passant par les socialistes aux listes alternatives, la gauche se présente dans diverses configurations pour ces élections municipales. À Nantes, elle est plus unie que jamais. Comme il y a six ans, le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts porteront une liste commune pour le second tour des élections municipales dans la cité des Ducs. À 77%, les militants se sont exprimés pour cet accord. Johanna Rolland et Julie Laernoes ne nient en aucun cas les divergences entre leurs programmes respectifs, mais cette alliance s’inscrit dans une volonté de se concentrer sur leurs valeurs partagées. Les deux candidates comptent bel-et-bien faire front face à Laurence Garnier (LR) et son programme libéral en rassemblant leurs votes et leurs convictions dans un projet commun. La candidate écologiste Julie Laernoes avait rebondi en juin dernier sur la précédente alliance entre le PS et Les Verts en garantissant que celle-ci serait inédite. « Au vu de nos échanges de ces derniers jours, j’ai la conviction que la majorité de demain ne sera pas celle d’hier. C’est une nouvelle génération de l’union écologistes-socialistes : plus équilibrée entre nous et plus volontariste dans l’action contre le changement climatique », avait t-elle réagi dans un communiqué.

… Mais mouvementée

Ça, c’est ce qui est vendu sur le papier. Mais la réalité est bien plus contrastée. Pendant la campagne, Julie Laernoes avait vivement critiqué certains choix de la majorité municipale dont elle faisait pourtant partie. La candidate est en désaccord avec la socialiste sur cinq points (L’arbre aux Hérons, la vidéo-protection, l’hypothèse d’un nouveau franchissement de la Loire, la création de places de stationnement pour la gare et le nouveau CHU). Concernant ce dernier, l’objectif est de fonder un nouvel hôpital sur l’île de Nantes qui prévoit le regroupement de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Nord-Laënnec. Mais ce projet fait débat. Julie Laernoes (EELV) n’a pas manqué de critiquer et de souligner les trop faibles capacités du futur CHU avec ses 350 lits en moins : « Nous ne pouvons l’accepter » a-t-elle déclaré. La candidate LR Laurence Garnier arrivée seconde au premier tour partage également cet avis.

Johanna Rolland est quant à elle moins radicale sur la question et privilégie un dialogue avec le personnel de santé avant de prendre une décision. « Sur la question du manque de lits, la première chose à faire serait d’échanger sur ce point avec les médecins, les infirmiers, etc ». Sur tous ces dossiers, les colistiers de Julie Laernoes pourront voter à l’encontre des choix de la majorité, mais se sont engagés à voter le budget général de la ville. C’était le deal pour que cette alliance puisse voir le jour. Julie Laernoes se serait sinon retrouvée à choisir entre maintenir une liste autonome ou fusionner avec Margot Medkour, la tête de liste de Nantes en commun qui ne s’est finalement pas qualifiée pour le second tour. Une alliance donc fragile, mais qui survit grâce à des intérêts communs.

Des compromis pour mieux s’entendre

Pour régler les points de divergence, une liberté de vote a été donnée à EELV, qui disposera de 10 postes d’adjoints sur 26 en cas de victoire. En cas de victoire de la liste, Julie Laernoes se verrait confier la vice-présidence à l’énergie, au climat, et à la transition alimentaire. Johanna Rolland a accepté d’intégrer à la liste plusieurs propsitions des Verts comme la création d’une coopérative alimentaire, un moratoire sur la 5G en attendant un débat, l’organisation d’un dimanche sans voiture par mois, ou la création de centres pluridisciplinaires de santé dans les quartiers visant à désengorger les urgences. Des victoires pour Julie Laernoes mais qui devra aussi composer avec le recrutement de 70 policiers municipaux ou encore avec la gratuité des transports le week-end, des propositions fortes de Johanna Rolland qui ne satisfont pas forcément l’écologiste.

Mais c’est bel et bien la maire socialiste Johanna Rolland qui a dû mettre de l’eau dans son vin pour permettre à cette alliance de voir le jour et éviter que Les Verts se tournent vers la liste « Nantes en commun » de Margot Medkour. La membre du PS a dû renoncer à certains de ses projets. Par exemple, elle compte mettre en suspens le projet d’extension de la Cité des congrès ou encore la réalisation des parkings souterrains à la Petite-Hollande, cette place autrefois colonisée par les voitures et qui accueillera en cas de victoire de grandes pelouses et des gradins donnant sur la Loire. L’agrandissement de la Cathédrale est également compromis.

« Je respecte la démocratie, c’est un choix assumé »

Johanna Rolland est également parvenue à collaborer avec ses détracteurs comme les colistiers Christophe Jouin et Florian Le Teuff, parfois très virulents envers la socialiste. Ils figurent bel et bien sur la liste d’union, et il est même promis au deuxième une place d’adjoint, parmi les dix postes sur 26 qui reviendront aux « écolos », en cas de victoire. « La liste a été constituée en fonction du vote des Nantais et du résultat du premier tour, indique Johanna Rolland. Je respecte la démocratie. C’est un choix assumé. » Elle confie également à Julie Laernoes la responsabilité de veiller sur l’évolution de certains projets de la ville comme la création de Yellopark, le nouveau stade de la ville qui délogerait le Football Club de Nantes de son mythique stade de la Beaujoire.  « La crise sociale et écologique ne peut pas attendre. Être ici est un moyen de les concrétiser, et même avec des désaccords. Les défis sont énormes. Il faut s’engager collectivement pour faire bouger les choses. » a déclaré la jeune écologiste.

Malgré certaines frictions entre les deux parties, sur différents points, la gauche est favorite pour ce second tour à Nantes et cette alliance pourrait s’avérer comme un pari gagnant de la part de Johanna Rolland pour contrer la républicaine Laurence Garnier. Réponse dimanche prochain en Loire-Atlantique.

Crédit photo : Wikimedia Commons

(Municicaqs #13) – Toulouse, match serré dans la capitale du rugby

À Toulouse, la course à l’écharpe tricolore annonce un face à face serré. À droite, le maire sortant Jean-Luc Moudenc investi par LREM et LR refusant de céder les clés du Capitole. À gauche, talonnant le bourgmestre, l’écologiste Antoine Maurice peut créer la surprise.

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne, Rennes, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Perpignan et Villeurbanne, CAQS pose ses valises dans la ville rose. À Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (investi LR/LREM) se place en tête du premier tour avec la liste « Aimer Toulouse » avec 36,18% des suffrages exprimées. « Archipel Citoyen » arrive en seconde position avec 27,57%, sa tête de liste Antoine Maurice est d’ailleurs donnée gagnante par un récent sondage (BVA pour La Tribune et Europe 1). La candidate Nadia Pellefigue (PS, PRG, PCF) qui avait réalisé un score de 18,53 % au premier tour, s’est retirée de la course évoquant l’absence de « convergences suffisantes pour réaliser le rassemblement. ». Fermant la marche du premier tour, l’ancien maire et tête de liste de « Pour la Cohésion » Pierre Cohen (DVG) a été crédité à 5,66% des voix, seuil de voix nécessaire pour une alliance avec une autre liste pour le deuxième tour, chose faite avec la liste de l’écologiste Antoine Maurice.

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« Archipel Citoyen » en passe de créer la rupture ?

Les incertitudes planent tandis que l’écart se resserre pour les deux candidats. 51% des intentions de vote contre 49% donnent Antoine Maurice gagnant pour ce second tour dans un sondage BVA. Commandé par Archipel à l’IFOP, un précédent sondage annonçait déjà 52% des intentions de vote contre 48% appliqués à Jean-Luc Moudenc. L’optimisme qui se présente alors s’ajoute à la volonté de rompre avec la continuité défendue par Jean-Luc Moudenc.

La concrétisation « d’une alternative sociale, et démocratique » s’est poursuivie pendant la campagne et au-delà de la crise sanitaire. L’ancien élu municipale se démarque de ses adversaires dès le dépôt des listes en proposant un projet « politico-démocratique ». Citoyens et citoyennes de Toulouse venus de tout parti confondu (EELV, France Insoumise, Place Publique, Parti Occitan, Parti Pirate, Toulouse Idées neuves, Nouvelle Donne, Ensemble) s’accordent selon le principe d’une démocratie participative sous la dénomination « Archipel Citoyen ». Le premier tour a eu raison des différents détracteurs de l’écologiste ne voyant à ce projet qu’un échec cuisant. « L’imbattable » Jean-Luc Moudenc se place à seulement 7609 voix de son adversaire. C’est sans compter sur les 63,34 % des administrés qui ne se sont pas exprimés lors du premier tour. « Archipel Citoyen » compte désormais sur le « réservoir de voix écologistes » absent au premier tour ainsi que sur les différents partisans du rassemblement de la gauche unissant Pierre Cohen et Antoine Maurice.

Des « politiques à la hauteur de la transition écologique et social »

La campagne se retrouve dans le rassemblement des idées qui touchent l’écologie et le social. Face à la crise écologique et au risque climatique, le sondage BVA indique Antoine Maurice comme étant le plus à même de pouvoir y faire face (40% contre 34% pour Jean-Luc Moudenc). Face à la crise économique, le challenge pour le candidat de l’union de la gauche est d’appliquer la révision de l’équilibre budgétaire tout en conciliant les enjeux économiques que la crise sanitaire a fait naitre. Dans le reste du programme l’encadrement des loyers, la mise en place d’une « caution solidaire universelle », l’accroissement des places d’accueil pour les personnes âgées dépendantes, la suppression du controversé « arrêté anti-bivouac » mis en place par Jean-Luc Moudenc etc… Les aides sociales comme point d’attache de cette campagne sont présentées comme réponse à « l’urgence » et aux inégalités déjà très présentes et accentuées par la crise de la Covid-19.


Éviter le scénario catastrophe pour « Aimer Toulouse »

« Voici le Capitole, j’y arrête mes pas », Jean-Luc Moudenc compte bien suivre les paroles du célèbre chanteur toulousain Claude Nougaro à la lettre, et y rester six ans de plus. Hors de question de « perdre les bases du succès toulousain » pour l’ancien député. Les ambitions de l’actuel maire se résume dans un rassemblement citoyen contre « la monté des populistes » ainsi que dans la redynamisation d’une ville « qui bouge ». La ligne directrice de son projet pour ce scrutin s’inscrit dans la continuité́ du précédent. Investi au début de la campagne par La République en marche et son parti Les Républicains, le maire de Toulouse entendait élargir son électorat potentiel. L’idée étant de se préserver d’un clivage gauche-droite.


Force de passion pour la politique, Jean-Luc Moudenc confie vouloir se mettre au service des toulousains une fois de plus, se positionnant en « candidat de l’expérience », il ambitionne à nouveau de remporter ce mandat municipal. Cependant, le maire de la quatrième ville de France ne tarit pas de ses adversaires et ce, depuis le premier tour, jugeant des programmes « vide de sens ».

« Je vois fleurir des propositions dont le niveau m’afflige. Elles font preuve d’un grand amateurisme »

Jean-Luc Moudenc

Cette méfiance envers « l’extrême gauche en force » grandit dans les rangs du camp Moudenc. La croissance des inquiétudes « appelle à la mobilisation », un enjeu décisif pour l’emporter de justesse. Face à la crainte d’un relatif échec et d’un abstentionnisme aussi élevé qu’au premier tour (63,34%, NDRL) « tous les soutiens sont les bienvenues ».

« Ma conviction, c’est que nous sommes une majorité de Toulousains à refuser de donner les clés du Capitole à un assemblage anarchique incluant des professionnels du désordre et de la désobéissance aux lois de la République. » – Jean-Luc Moudenc

156 personnalités de la ville rose ont récemment répondu à cet appel. « L’appel des 150 », un document paru vendredi 19 juin et signé par des commerçants, des sportifs, des restaurateurs… Les monuments du rugby français : Guy Novès, Vincent Clerc, Maxime Médard ; l’ancien boxeur Sofiane Oumiha, le footballeur Alain Giresse… ont répondu présent aux côtés de Jean-Luc Moudenc décrit comme « le candidat le plus en mesure de protéger la ville face à la crise économique et au chômage ». Le sondage BVA indique Jean-Luc Moudenc comme étant le plus à même de faire face aux défis de la crise économique (45% contre 28%) pour Antoine Maurice et de protéger la ville face à la crise sanitaire (44% contre 27%).

Auprès des citoyens de la ville rose, il apporte ses réponses à la précarité, aux questions environnementales et sans oublier la jeunesse toulousaine en s’investissant sur de nouveaux projets et en voulant terminer ceux déjà entamés. Parmi elles, retrouvons la politique sur la sécurité déjà amorcée, le projet pharaonique de la troisième ligne de métro, la défense des commerçants indépendants et des artisans qui passe par l’interdiction des manifestations du samedi. Des points phares de cette campagne pour la liste « Aimer Toulouse » qui s’inscrivent dans les priorités envers les toulousains, soit « protéger leurs emplois, protéger l’ordre public, protéger leur santé »

À côté de propositions « extrêmement différentes » que combat le bourgmestre, des convergences existent, à l’image des problématiques environnementales discutées par des politiques bien différentes entre candidats. À seulement quelques jours du second tour, la campagne se durcit pour le maire sans étiquette, investi par la république en marche qui se retrouve en seconde position dans les sondages.

Image mise en avant : Aeimen Benallouche, le Capitole, Toulouse, Novembre 2019

(Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

À la veille du second tour des municipales, les incertitudes planent toujours pour Bordeaux. Alors qu’aucune majorité ne se dessine, l’espoir s’invite aux côtés de Pierre Hurmic. Le candidat des Verts et de la gauche s’est placé à seulement 96 voix du maire sortant Nicolas Florian. Après 75 ans au pouvoir, la donne va-t-elle changer pour la droite bordelaise ? 

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne et Lille, tour d’horizon à Bordeaux pour la dernière ligne droite des municipales. Un écart de 96 voix séparait, le 15 mars au soir, le bourgmestre actuel et la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND). Nicolas Florian, tête de liste de « l’Union pour Bordeaux » (LR, Modem, UDI, Agir et LREM) qui succède Alain Juppé, démissionnaire en 2019, ramène la course aux municipales à trois candidats après une alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait tout de même été qualifié au second tour avec 12,69 % des voix. Pour résumer les résultats de ce premier tour, Nicolas Florian, en tête avec 35,56 %, est suivi du candidat écologiste et socialiste qui cumule 34,38 % des voix. S’y ajoute Thomas Cazenave (12,69 %, 6.976 voix). Philippe Poutou de la liste « Bordeaux en Luttes » (NPA et FI) rallie 6.470 sympathisants soit 11,77 % des votants.

Un taux d’abstention fortement élevé en raison du Covid-19 : 63 % des électeurs n’ont pas voté. C’est 56.000 votants sur 151.000 électeurs inscrits. La tranche d’âge 18-34 ans, plébiscitée notamment par la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND) n’était pas au rendez-vous. Un choix de la part des votants qui ne confortent pas les logiques des alliances et du contexte actuel.

À droite, « éclaircir le paysage politique »

Le 1er juin marque la signature d’un accord de liste commune entre le maire sortant Nicolas Florian et le candidat LREM Thomas Cazenave. Un rapprochement qui n’a rien de surprenant selon Philippe Poutou qui parle d’un « non-évenement ». Les discussions ont déjà été entamées depuis un moment. L’alliance qui naît de la difficulté du premier tour de se retrouver face au candidat socialiste et écologiste marque également une alliance des projets. Cette dernière d’autant plus nécessaire pour le candidat LREM qui indique que « la crise que nous traversons appelle à unir les compétences. », s’agissant ainsi de « dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation ». Une alliance surprenante qui dépasse l’incompatibilité politique initiale avec le maire sortant : « je veux atteindre le niveau le plus élevé » avait-il annoncé après le premier tour.  La fusion défendue par Cazenave laisse place à un nouvel accord électoral mal vu par certains électeurs mais également par l’opposition accusant « des moeurs politiques d’une autre époque ». Dans son communiqué, le candidat LREM défend la fusion des deux listes en indiquant « qu’aborder le second tour de l’élection municipale sans rien changer est aujourd’hui inconcevable ».

Cette liste du rassemblement menée par Nicolas Florian doit intégrer 17 colistiers de Thomas Cazenave issu de la liste « Renouveau Bordeaux » dont 13 membres en position éligible. Créant la surprise en début d’année, Benoit Simian, député LREM du Médoc et colistier de Nicolas Florian cède sa place. Cazenave devrait occuper le poste d’adjoint au maire ainsi que la vice-présidence à Bordeaux Métropole.

Les priorités évoluent mais le fond reste le même

Depuis juin, la campagne bat à nouveau son plein. La crise sanitaire fait évoluer les programmes, les candidats se sont adaptés proposant de nouvelles priorités sociales et économiques.

L’union à gauche (EELV, PS, PC, Générations, Nouvelle Donne etc,…) menée par l’écologiste Pierre Hurmic maintient sa volonté de rupture tout en reconnaissant à Alain Juppé un bilan positif en 24 ans. Avec l’objectif d’un « modèle écologique, solidaire et résilient » s’ajoutent les enjeux économiques et sociaux désormais prioritaires dans un programme qui s’adapte au contexte. Augmenter la part des emplois non délocalisables, concevoir une ville autour des services publics, soutenir les associations… Autant de propositions qui tendent vers un modèle « vertueux » afin de « réinventer Bordeaux ». Au projet s’ajoute la lutte contre l’abstentionnisme, clé de ce second tour. La mobilisation n’était pas au rendez-vous. Pour ce second tour, l’argument du vote utile s’invite dans les débats. La liste « Bordeaux respire » compte sur les électeurs de la liste de Thomas Cazenave « Renouveau Bordeaux » et le scepticisme laissé par la fusion avec Nicolas Florian.

Le candidat n’est pas en reste et le fossé reste tout de même étroit. 96 votes seulement derrière le maire sortant et un optimisme à toute épreuve qui donne de l’espoir à l’écologiste.

« Ça ne fait qu’accroître ma détermination, ma combativité, pour remplacer ce pouvoir conservateur qui est prêt à tout pour conserver précisément le pouvoir à Bordeaux. » – Pierre Hurmic

Aux côtés des présidents socialistes de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze apportent un soutien de taille. Hurmic se dit vouloir donner l’image « d’un maire écologiste, apaisant, sobre et de proximité. ».

Outsider du premier tour, Philippe Poutou ferme la marche avec 11,77 % des suffrages exprimés. Le chef de file de la liste « Bordeaux en luttes » maintient ses positions en étant catégoriquement opposé à une alliance avec Pierre Hurmic. Face à « une droite libérale » d’un côté et « une gauche libérale EELV/PS » jugée « inapte » sur le terrain national, Philippe Poutou, fidèle à ses convictions se présente comment seul véritable candidat de l’opposition. Pointant du doigt la fusion LR-LREM, il indique que « « Bordeaux en luttes » sera là pour faire entendre la colère sociale… » dans un tweet, peu après l’annonce de la coalition. Mécontentement qui s’exprime également au lendemain du déconfinement en rappelant que la contestation sociale ne s’est pas éteinte à laquelle s’ajoute l’embrasement lié aux violences policières.

Le programme intègre une démocratie dite « participative », entendant la parole des Gilets jaunes. Il propose la mise en place d’un référendum d’initiative communale ou encore un encadrement des loyers… des propositions tirées de « l’exigence d’un autre monde ». La crise sanitaire forge la détermination du candidat de la gauche qui pointe du doigt la mauvaise gestion de la crise et les inégalités qui en découlent. Dans la dernière ligne droite les objectifs s’affichent clairement : dépasser les chiffres du premier tour et entrer au conseil municipal. « L’heure est à la mobilisation » pour l’anticapitaliste qui espère continuer sur sa lancée après le 28 juin.

Image mise en avant : Livio Ferrero – Hotel de ville, Bordeaux, 2020

(Municicaqs #7) – Lille, la fin du règne Aubry ?

Après Nimes, Le Havre ou Rennes, CAQS continue son tour de France pour les municipales avec Lille, une ville où Martine Aubry pourrait ne pas être réélue pour un 4ème mandat. 

Le soir du 15 mars, l’heure n’était pas à la fête au beffroi. Les élections municipales venaient de se dérouler dans un contexte de pré-confinement et la maire socialiste sortante Martine Aubry n’obtient qu’une très courte avance sur le candidat EELV, Stéphane Baly. L’ambiance était similaire chez les marcheurs. Le QG de campagne était fermé et aucune soirée officielle annoncée. La candidate de LREM Violette Spillebout passe au second tour sans même atteindre les 20%. 

Du côté de la rue d’Artois les verres et les verts trinquent. En 20 ans, aucun candidat n’avait jamais réussi à s’approcher autant du score de Martine Aubry. Seuls 5 points séparent Baly d’Aubry. Et ces 5 points sont d’autant plus retentissants qu’ils vont révolutionner le fonctionnement de l’opposition au conseil municipal. En effet, pour la première fois, écologiste et socialiste ne fusionneront pas au second tour. Stéphane Baly, actuellement conseiller municipal adjoint à l’énergie déclare même « Martine Aubry ira seule au second tour. Elle perdra seule ».

Aubry sur le banc des accusés

Contrairement à la grande tendance nationale, la première thématique de la campagne n’a pas été tout de suite l’écologie. En réalité le bilan complet de Martine Aubry était au banc des accusés. On lui a reproché surtout un manquement sécuritaire et écologique. En effet, sur le plan de l’emploi, la fille de Jacques Delors est difficilement attaquable à la vue des 23.000 nouveaux emplois crées à Lille en 5 ans. Mais d’un point de vue écologique, personne n’en fait jamais assez. Sous la dernière mandature, 22 000 arbres ont été plantés et 12 hectares d’espaces verts gagnés en plus du réaménagement des anciens parcs tels JB Lebas ou le parc de la Citadelle. Cependant, le Champ de Mars reste un grand parking bétonné, très loin du parc vert annoncé.

Toujours plus vert

Évidemment l’écologie a aussi été le cœur de la campagne. Aucune liste n’en a fait abstraction. Dans les QG de chacun, une carte de Lille est affichée mettant en avant la capitale des Flandres du futur. Toujours plus verte, avec des parcs et des fontaines. C’est le concours de celui qui plantera le plus d’arbres tout en fustigeant le bilan de la maire sortante. Mais quand on aborde le projet Saint Sauveur, on touche le point sensible. Cette friche de 23 hectares abandonnée depuis 2003 cristallise les passions. L’actuelle édile souhaite y construire une piscine olympique et des logements sociaux. Un scandale pour les verts qui voient dans cet espace une opportunité de verdure. Dans la friche Saint Sauveur, Martine Aubry a laissé des plumes et des électeurs. 

Triangulaire entre amis

Si le fond de campagne était vert, la forme était beaucoup plus sombre. Car la triangulaire qui s’est dégagée des résultats du 15 mars a propulsé trois anciens collègues dans une arène où tous les coups sont permis. Violette Spillebout était en effet l’ancienne cheffe de cabinet de Martine Aubry. Stéphane Baly est actuellement membre de la majorité municipale faite d’une alliance écologiste-socialiste. Il n’a pas hésité a aller à l’affront face à la présidente du conseil municipal qu’il a accusé d’avoir géré seule la crise du coronavirus sans consulter les conseillers. L’actuelle édile s’est targuée d’offenses contre LREM. Elle justifie son 4ème mandat par une volonté de ne pas « laisser Lille devenir c’est qu’est la France aujourd’hui » faisant référence ici à l’élection d’Emmanuel Macron. La maire s’est aussi montrée forte lorsqu’elle a réprimandé les ministres Agnès Buzyn et Nicole Belloubet, en visite à Lille, de ne pas les avoir prévenu de cette visite. L’opposition idéologique comme personnelle entre Aubry et Spillebout s’est toujours jouée indirectement.

Parmi ces 3 anciens collègues, seule Martine Aubry a tout à perdre dans ce second tour. Le défi du 28 juin pour la fille de Jacques Delors va être de sauver sa majorité face à Stéphane Baly. Mais le rôle de Violette Spillebout dans cette triangulaire est de réussir à récupérer assez de voix venues des listes de droite. Ainsi, en se maintenant assez haute dans le jeu, la candidate fera perdurer les tractations et le suspens autour du futur édile. À Lille, rien n’est joué d’avance.

Crédit photo : Grande place de Lille ( Velvet via Wikipédia )

(Municicaqs #2) – Dijon, 4ème mandat pour la gauche ?

Après un contexte sanitaire difficile, Dijon doit choisir son maire. Arrivée en tête au 1er tour, la liste de l’Union de la gauche va t-elle confirmer son avance ? La liste de droite pourra t-elle rattraper et créer la surprise ? La liste EELV suivra t-elle la poussée actuelle ?

Dijon, préfecture de la Côte-d’Or, est la seule ville de l’Est de la France, avec Strasbourg, à gagner des habitants. Avec près de 260 000 habitants, c’est aussi le chef-lieu de la région Bourgogne-Franche-Comté. Autant dire que les élections municipales sont un tournant majeur dans la vie de la métropole, du département ainsi que dans le fonctionnement de la région. Un tournant seulement si la municipalité actuelle se renouvelle profondément…

2020 est probablement l’année la plus mouvementée du 21ème siècle. Le covid-19, ayant confiné les Français pendant deux mois, commencerait, selon les médecins, à disparaitre. C’est dans un déconfinement progressif et dans une urgence démocratique que le Premier ministre Édouard Philippe a décidé de placer le second tour des élections municipales au 28 juin 2020. Va t-il y avoir plus d’électeurs qu’au 1er tour ?

Attention : abstention !

Comment se déplacer sereinement au bureau de vote quand la veille, le Premier ministre annonce la fermeture de « tous les lieux accueillant du public non indispensables à la vie du pays » ? Les dijonnais ont préféré rester chez eux. Seuls 36 % des électeurs inscrits se sont déplacés aux urnes le dimanche 15 mars 2020. Le graphique ci-dessous expose une nette augmentation de l’abstention à Dijon, cette année.

Malgré une abstention record, un candidat sort largement en tête.

9 listes étaient proposées aux Dijonnais. Celle de Damien Cantin pour le Rassemblement national, Emmanuel Bichot pour Les Républicains, Sylvain Comparot pour La République en marche, Stéphanie Modde pour Europe Écologie Les Verts, Bruno Louis pour la liste écologiste indépendante, François Rebsamen pour l’Union de la gauche, Arnaud Guvenatam pour la France insoumise, Claire Rocher pour Lutte Ouvrière et Jean-Baptiste Gavignet pour une liste « divers ». Entièrement composée d’avocats, la liste nommée « NOUS NE BATTRONS PAS EN RETRAITE » fait référence à la réforme des retraites du gouvernement.

Pour rappel, pour se maintenir au second tour, une liste doit atteindre au moins 10 %. Une situation parfois frustrante quand une liste rate de peu le seuil, comme Rémi Gaillard à Montpellier et ses 9,58 %. Les listes de 5% et plus, peuvent fusionner. À Dijon, 3 listes se qualifient pour le second tour. La liste « DIJON C’EST CAPITALE » de François Rebsamen arrive en tête devant la liste « AGIR POUR DIJON » d’Emmanuel Bichot. Stéphanie Modde ferme la marche avec sa liste « DIJON ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ».

3 projets différents

François Rebsamen

Le candidat de l’Union de la gauche propose un projet en plusieurs points.

« Améliorer le pouvoir d’achat des Dijonnais » en gelant les taux des impôts locaux pour les 6 prochaines années. Il souhaite baisser le prix de l’eau dès avril 2021. « Lutter contre le changement climatique », en développant la mobilité active, en promouvant des produits locaux à faible empreinte carbone. Le maire sortant promet de construire une centrale photovoltaïque sur l’ancienne décharge de Valmy. « Combattre la pauvreté » en créant une plate-forme santé pour un accès simplifié au parcours de soins. Niveau sécurité, François Rebsamen prévoit un recrutement de policiers municipaux et souhaite étendre la vidéoprotection.

Emmanuel Bichot

Le candidat des Républicains choisit de mettre en avant la sécurité et l’urbanisme.

Emmanuel Bichot mise sur la rénovation des rues et des trottoirs dans tous les quartiers de Dijon. L’accélération de la mise en accessibilité de la gare de la ville est au programme. Côté sécurité, le candidat veut développer les zones 30 km/h pour « la sécurité et la tranquillité » des Dijonais et augmenter de 50% les effectifs de la police municipale « pour une présence de jour comme de nuit« . Emmanuel Bichot promet aussi de baisser de 5 % le taux de la taxe foncière pour tous les foyers.

Pour Emmanuel Bichot, le maire sortant additionne « mensonges et promesses« .

Stéphanie Modde

Stéphanie Modde imagine une « ville nature » en visant la « reconquête végétale de Dijon« .

Pour atteindre cet objectif, la candidate promet la création d’un chemin vert avec des réseaux de rues végétalisées réservées aux mobilités douces, comme les piétons ou les cyclistes. Pour continuer sur la lancée « moins de voitures », la mairie écologiste mettra en place une plate-forme de covoiturage, pour favoriser des déplacements des clubs sportifs par exemple. La candidate prévoit d’augmenter les budgets participatifs, 2 millions d’euros par an, au lieu de 360 000 euros aujourd’hui. Enfin, la mairie préfère privilégier une agriculture de proximité et biologique accessible à toutes et tous pour ainsi réduire les longs transports de marchandises.

Selon la liste de Stéphanie Modde, François Rebsamen a entamé une « destruction des services publics« .

Contacté par CAQS, le candidat LREM, Sylvain Comparot, 4ème avec 8,80% des voix, ne fusionnera pas sa liste pour le second tour.

Crédit photo mise en avant : Christophe Finot – Vue panoramique de Dijon