Réouverture des écoles : un nouveau cauchemar pour les profs ?

Le président Emmanuel Macron a annoncé la réouverture des écoles et des crèches lors de sa dernière allocution. Loin d’être une décision sans conséquences, cette mesure laisse enseignants, élèves et directeurs dubitatifs.

C’est désormais officiel. Le confinement sera prolongé jusqu’au 11 mai. Du moins pour certains. Lors de son allocution en direct, lundi 13 avril, le président de la République a annoncé la réouverture progressive des écoles, crèches, collèges et lycées. Une décision pour combattre l’inégalité sociale « dans les quartiers populaires » où « les enfants n’auraient pas accès au numérique et à la culture ».

Emmanuel Macron s’est voulu rassurant sur ce point concernant l’éducation, en évoquant la nécessité « d’organiser différemment le temps et l’espace, bien protéger nos enseignants et nos enfants avec le matériel nécessaire ». Une mesure qui suscite déjà l’inquiétude de certains syndicats de l’Éducation nationale. Lors de son discours, le président a d’ailleurs annoncé que l’enseignement supérieur ne reprendrait pas avant l’été.

Les professeurs désemparés

Le bac a été prévu en contrôle continu, ce qui laisse aux élèves, une année pratiquement dépourvue d’examens. On compte depuis le 16 mars, en raison de l’épidémie du coronavirus, près de 12,5 millions d’élèves et 2,6 millions d’étudiants qui suivent les cours à distance en raison de la fermeture des collèges, lycées et universités.

La décision de rouvrir les établissements scolaires a suscité l’indignation chez certains enseignants. Pour Grégoire Perra, professeur de philosophie en Alsace, il s’agit d’une véritable catastrophe : « les professeurs vont être contaminés, les parents aussi, il va y avoir une deuxième vague. C’est dramatique. » Une opinion qui est partagée par Yoann, professeur des écoles en Bretagne qui décrit l’idée d’une réouverture des écoles comme « désastreuse ». Pour lui, « aucun impératif pédagogique ne nécessitait une reprise en mai ». L’État se servirait des enseignants pour alléger le fardeau des familles qui travaillent : « Ils nous prennent pour une garderie, on va garder les enfants pendant que papa et maman vont travailler ».

Les syndicats en sueur…

Côté syndicat, la situation est au même point. Les membres de la SNES-FSU sont inquiets à l’idée d’une réouverture des écoles en mai. La secrétaire générale du SNUipp-FSU, Francette Popineau, raconte que cette décision n’est pas « sérieuse » puisque tous les lieux publics sont fermés à l’exception des écoles, qui restent un lieu où la transmission est importante. Selon elle, il y aurait un manque de précautions, « on a l’impression d’être sacrifié sur l’autel de l’économie », a-t-elle poursuivi.

Les mêmes remarques sont constatées chez Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, première fédération syndicale de l’éducation. « Le plan de rentrée paraît encore flou » a-t- il annoncé hier soir sur RTL. Stéphane Crochet, secrétaire général au syndicat SE-Unsa ajoute que « les enseignants ne veulent pas être les victimes de ce rebond en étant en première ligne avec des enfants toute la journée qui peuvent être porteurs ». La crainte de l’opposition reste ainsi élevée.

Des élèves peu motivés

Pour finir, les élèves, qui sont tout autant concernés par les mesures annoncées que les professeurs, boudent à leur tour. Marta Bonucci, élève en seconde à Annecy se dit « découragée » par la reprise des cours alors que l’épidémie continue.

Que dira Macron lundi soir à 20h ?

Emmanuel Macron s’exprimera devant les Français pour la 3ème fois depuis le début de l’épidémie. Annonce d’un déconfinement, port des masques, crise économique, de nombreux sujets seront probablement évoqués.

Cela fait 4 semaines que le président a proclamé l’état d’urgence et fait appliquer le confinement à l’échelle nationale. Lors de son intervention à la télévision le 17 mars, Emmanuel Macron avait fait part de la situation en France sur le Covid-19 alors que les chiffres atteignaient près de 3 000 morts. Mais de quoi va-t-il parler cette fois-ci ?

Un déconfinement pour fin mai ?

La date d’un possible déconfinement semble être l’annonce la plus évidente. L’Élysée a déjà prévenu que le confinement se poursuivra au-delà du 15 avril. Étant donné les circonstances actuelles avec 13 000 morts et 7 000 personnes en réanimation, le président risque fort de prolonger le confinement de deux, trois semaines, si ce n’est plus. Une occasion pour lui de rappeler aux Français l’importance de rester chez soi malgré les jours ensoleillés. Selon le JDD, une source proche de l’Élysée évoque un confinement « jusqu’à la fin mai, au moins jusqu’au 15 ».

La raison d’un prolongement est sans doute liée à la peur d’un retour épidémique. Jérôme Salomon a rappelé mardi soir que « le pic épidémique n’a toujours pas été atteint ». Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer a affirmé que « tous les scénarios sont envisageables ». Mieux vaut donc rester prudent.

« Le bon scénario, c’est d’abord et avant tout celui qui va prendre en compte des considérations sanitaires »

Sophie Vénétitay, professeur de SES et secrétaire du Syndicat Snes-FSU

Port du masque recommandé

La question des masques reste aussi très attendue puisque 72% des Français demandent que le masque soit obligatoire dans toute la France, selon un sondage d’Odoxa-Dentsu Consulting. Le gouvernement avait changé de posture à plusieurs reprises estimant que cela n’était pas nécessaire. Dans certaines communes, le port du masque est même devenu temporairement obligatoire après une demande de suppression de la part de Christophe Castaner.

Macron à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. Photo crédit : Sputnik France/Reuters

Durcissement des frontières et l’espace Schengen

Emmanuel Macron évoquerait-il la question des frontières dans l’espace Schengen ? C’est une hypothèse qu’a abordée le président, vendredi soir auprès de ses partenaires sociaux. D’après « L’Opinion », les frontières risquent d’être fermées jusqu’en septembre. Cette décision est basée sur l’inégale évolution de l’épidémie dans le monde. L’Union européenne est aussi en jeu. Les accords entre les pays membres concernant le budget, pourront faire l’objet d’une analyse approfondie.

Bilan économique

Un point sur l’économie est plus que probable. Bruno Le Maire ayant déjà fait ses prévisions sur l’économie du pays, le président ne manquera certainement pas de tenir le public informé sur la situation actuelle. Toujours en hausse, le chômage partiel vient d’atteindre « 8 millions de salariés » et concerne « plus de 700 000 entreprises », selon Muriel Pénicaud.

Le budget a, lui aussi, augmenté. Bruno Le Maire parle de « la pire récession depuis 1945 ». Il a annoncé jeudi l’augmentation du plan d’urgence qui passe de 45 milliards à 100 milliards d’euros et l’augmentation de la dette publique à 112%. L’objectif étant « d’éviter les faillites d’entreprises et le naufrage de notre économie », selon le ministre de l’Économie. Rien de ces mesures ne concerne encore le plan de relance économique mais des idées peuvent être proposées.

Covid-19 : où en est-on sur la chloroquine ?

En France, le professeur Didier Raoult a présenté sa nouvelle étude à Emmanuel Macron, le 9 Avril. Des résultats satisfaisants qui divisent le monde de la médecine.

Jeudi, le président de la République française s’est rendu à l’IHU de Marseille pour rencontrer le docteur Raoult. Depuis des mois, le professeur martèle l’efficacité de la chloroquine après de nombreux essais cliniques partout dans le monde notamment à Marseille et même à Wuhan, en Chine. Ce 9 Avril, Didier Raoult rencontre Emmanuel Macron. Par la suite, il réitère son appel sur les réseaux sociaux.

Au-delà des mots, le professeur Raoult a présenté les résultats de ses nouveaux essais cliniques au chef de l’État. Le lendemain, il les publie sur son site.

L’expérimentation du Professeur Raoult se base sur 1 061 patients avec un âge médian de 44 ans. Aucun patient ne présente de symptômes cardiaques, 46% sont des hommes. Les 1 061 patients ont reçu de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine. Au bout de 10 jours de traitement : 91,7% des malades ont guéri du virus, 5 patients âgés sont décédés, 10 ont été placés en soins intensifs et 31 ont été hospitalisés à 10 jours ou plus. Le taux de mortalité est donc de 0,5%.

Si cette étude semble montrer une efficacité exceptionnelle face au virus, la communauté scientifique est toujours divisée. Elle reproche au professeur Raoult de ne pas faire d’essais comparatifs. De nombreux épidémiologistes demandent des études avec des patients aux profils similaires qui reçoivent d’autres traitements en même temps, voire pas de traitement du tout. Cela permettrait de comparer et de connaître le traitement le plus efficace.

L’hydroxychloroquine fait partie des 4 traitements que l’essai clinique européen Discovery réalise actuellement. Le premier retour sur l’efficacité des 4 traitements sera connu ce week-end pour le comité indépendant. Cela permettra de prolonger, d’arrêter ou de faire évoluer les traitements en fonction des premiers résultats. Le grand public ne connaîtra pas les résultats « avant la fin du mois d’avril » selon la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal.

(Podcast) : L’Union européenne face au coronavirus

Depuis le début du mois de mars, qu’est-ce qu’a fait l’Union européenne pour soutenir les pays membres ? Retour sur les dates phares de cette crise.

 

Le 10 mars 2020 : réunion du conseil européen à l’initiative d’Emmanuel Macron. À l’issue de cette réunion, la Commission et le Conseil européen annoncent débloquer 25 milliards d’euros pour l’économie et les différents systèmes de santé des pays membres, ainsi que la proposition d’assouplir les contraintes budgétaires imposées par le pacte de stabilité et de croissance pour que tous les états puissent financer des mesures exceptionnelles pour leur propre économie. 

La Banque centrale européenne prend les mesures les 12 et 19 mars. Pour les entreprises, elle prévoit le rallongement de programmes massifs de rachat de titres de dettes pour soulager la trésorerie des petites entreprises et ainsi l’allègement de la règle qui oblige les banques à conserver un montant minimum de liquidités dans leurs trésoreries. Toutes ces mesures représentent l’injection de 1050 milliards € pour soutenir les États membres.

Le 17 mars, l’Union européenne ferme ses frontières extérieures pour 30 jours reconductibles et décide de limiter les exportations du matériel médical hors de ses frontières pour le partager entre les pays membres. 10 jours après avoir annoncé l’assouplissement des règles budgétaires, la Commission européenne décide d’appliquer cette nouvelle mesure. 

Ainsi les pays peuvent débloquer de l’argent sans être contraint de respecter les limites imposées : 3% du PIB pour le déficit public et 60% du PIB pour la dette. Cette décision est validée par les ministres des finances des pays le 23 mars. Une première dans l’histoire de l’Union européenne. 

Le 26 mars, les eurodéputés se sont réunis pour la première fois en visioconférence avec un système de vote numérique. Ils ont voté pour 3 nouvelles mesures :

  • 37 milliards d’euros pour soutenir l’économie des pays touchés.
  • L’extension du fonds de solidarités de l’Union européenne qui consiste à débloquer 800 millions d’euros pour les urgences de santé publique
  • La suspension du règlement européen qui concerne les créneaux horaires dans les aéroports pour mettre fin aux vols « fantômes » pendant cette période. 

Il existe un différent entre les pays du Nord comme l’Allemagne, les Pays-bas, qui ont pour la plupart des finances publiques saines et les pays du Sud comme l’Italie, l’Espagne et la France qui sont accusés de laxisme budgétaire. C’est pour cette raison que malgré toutes les mesures prises, on peut constater que l’Union européenne a surement réagi tard face à la pandémie.