Un avenir incertain pour les jeunes diplômés face au covid-19

Ils sont des milliers cette année à terminer leurs années d’études supérieures en France. Cette dernière année, jugée primordiale pour l’insertion professionnelle, s’est vu mouvementée par l’apparition de l’épidémie du Covid-19.

La dernière année d’études est synonyme de professionnalisation, d’expérience et de stage pour de nombreux étudiants. L’objectif est de permettre au mieux de rentrer en douceur dans la vie active. Généralement, elle se termine par un stage de plusieurs mois, cela permet aux étudiants d’ajouter une crédibilité à leur parcours et parfois d’être engagé dans l’entreprise en question. Les étudiants dans les branches de l’arts/lettres/langues ont toujours eu plus de difficultés à s’insérer sur le marché du travail. Filières réputées bouchées ou saturées, la fin de leurs études compromises par le Covid-19 ?

Trois étudiantes, qui terminent leurs études, ont bien voulu témoigner pour le journal CAQS. Anaïs en dernière année de bachelor à l’école de journalisme de Nice, Florentine en master de communication à Aix-Marseille et Clémentine en dernière année à l’école de journalisme de Tours, nous décrivent leurs espoirs, leurs difficultés rencontrées et leurs points de vue face à leur avenir professionnel, en période épidémique.

Tous les stages sont retardés

Certains étudiants ont fait leurs stages avant le confinement, c’est le cas pour Anaïs, entre le mois de janvier et février : « premier stage réussit à faire juste avant le confinement, pour les cours c’est une autre histoire ». Cette situation est loin d’être courante, la plupart des étudiants finissent l’année grâce à un stage obligatoire. La future journaliste raconte comment ces derniers mois de cours ont été profondément impactés par le coronavirus. Un apprentissage inédit et dans l’urgence a dû se mettre en place, majoritairement par téléphone ou via une vidéoconférence : « revoir le journalisme d’une autre manière ».

Pour l’étudiante en communication, Florentine, qui avait commencé un stage dans une boîte de production début janvier, elle a vécu une rupture brutale lors de son expérience professionnelle :  » mon stage a donc été interrompu, car c’était impossible de le poursuivre en télétravail. Ce stage était prévu jusqu’à début juillet, mais la boîte de production n’envisage pas de faire reprendre les journalistes en présence physique avant le mois de septembre ». Même constat pour Anaïs :  » beaucoup de stages sont annulés, dans tous les cas, tous les stages sont retardés ». Cette dernière a des difficultés à trouver un stage optionnel pour cet été, essuyant beaucoup de refus pour la période estivale.

Ce sont des occasions manquées

Certains étudiants arrivent quand même à trouver des stages dans leurs domaines de prédilection. Durant le confinement il y a eu beaucoup de stages en télétravail. Pour cet été, certains réussissent malgré tout à trouver des stages à leurs convenances, c’est le cas de Clémentine. Elle voit ainsi son été au complet et très chargé, avec un stage à France Info pour finir avec Ouest-France. Malgré un point d’interrogation pour la suite : « concernant l’entrée sur le marché du travail à partir de septembre, c’est un peu le flou ». Elle a pu remarquer aussi, que de nombreux étudiants en master 2, n’avaient pas eu la possibilité de créer une expérience supplémentaire : « pour énormément de personnes qui ont vu leurs stages annulés, ce sont des occasions manquées pour eux, pour se faire des contacts, pour se faire connaître, de prouver qu’on est capable de faire du bon travail. »

Pour les 14 écoles reconnues par la profession de journaliste, les étudiants ont la possibilité de passer des bourses. Ces bourses sont des concours qui permettent aux meilleurs étudiants de pouvoir tenter leurs chances dans de grandes rédactions. Les personnes qui remportent les bourses peuvent signer un contrat en CDD dans l’une des rédactions. Clémentine, qui se trouve dans l’une de ces écoles reconnues, EPJT Tours, passe une bourse :  » je passe la bourse Dumas de RTL, tout se fera en visioconférence et tout se fera à distance. C’est exactement les mêmes modalités que la bourse en temps normal, c’est-à-dire qu’on aura le sujet le matin même, et qu’on devra réaliser dans la journée un papier radio et un reportage d’une minute trente. On passera devant le jury de RTL, mais certaines bourses ont été annulées, c’est le cas d’Europe 1. »

C’est pour moi une source d’inquiétude

De manière générale, l’entrée à la vie active est souvent une période assez anxiogène pour les jeunes diplômés. Depuis l’arrivée de l’épidémie, une inquiétude plus élevée semble palpable pour les étudiants, toutes filières confondues. Même si certaines semblent être encore plus incertaines. Notamment pour ces filières passionnantes de la sphère lettres/arts/langues, qui attirent chaque année, malgré le taux d’employabilité faible. Pour Clémentine : « c’est un peu le grand flou, mais c’est un peu pareil pour tous les secteurs, mais encore plus pour les médias parce que économiquement, ils sont assez lourdement touchés. »

Même remarque pour Anaïs «  c’est un secteur précaire, des milliers de diplômés sortant d’école en journalisme, déjà tous les gens qui attendent depuis des années, plus compliqué maintenant avec le coronavirus, certaines entreprises de presse ont dû supprimer des emplois. Donc le covid-19 ça fait peur. Cela me stresse énormément de ne pas avoir un travail, j’en cherche, je ne peux pas espérer quelque chose d’ici cet été, j’ai un emprunt sur le dos. » Pour Florentine, en dernière année de communication, cette émotion semble partagée :  » l’épidémie de Covid-19 est pour moi source d’inquiétudes, parce qu’elle fragilise encore plus le marché du travail et insertion professionnelle des étudiants diplômés. Concernant mon avenir, je ne suis pas très optimiste et je pense qu’il faudra un certain temps pour que je puisse trouver mon premier CDD ».

Les étudiants manifestent le 17 décembre contre la réforme des retraites

Ils étaient déjà dans la rue contre la précarité étudiante fin novembre et ont décidé de rejoindre le mouvement de contestation contre la réforme des retraites. Les étudiants sont bien évidemment aux côtés des cheminots, infirmiers, pompiers pour faire entendre leurs revendications. 

« Relevons la tête face à la réforme des retraites ». C’est le slogan des jeunes communistes des Yvelines -JC 78- lors de la manifestation cet après-midi à Paris. Ils partiront à treize heures trente de la Place de la République et rejoindront la Place de la Nation vers 18 heures. Les jeunes communistes n’ont pas hésité à sécher les cours pour être présent à cette troisième journée de mobilisation nationale. Vers dix heures, une trentaine de jeunes travailleurs, étudiants et lycéens se réuniront avec les organisations syndicales du département tel que la CGT 78 – Confédération générale du travail- ou FO 78 – Force Ouvrière- pour une grande assemblée générale. Suite à cette réunion, ils manifesteront de la gare de Versailles Chantiers jusqu’à la préfecture de Versailles dans le but d’interpeller le préfet des Yvelines : Jean-Jacques BROT. Ils rejoindront ensuite la manifestation de Paris en début d’après-midi. Des bus ont été affrétés pour l’occasion. 

Afin de mobiliser un maximum de monde pour la manifestation, les Jeunes Communistes des Yvelines ont multiplié les actions ces derniers jours. Hier matin, ils étaient présents au blocage du dépôt SQYBUS dès quatre heures trente à Trappes aux côtés des grévistes de la CGT. Ils ont brûlé des palettes devant la porte empêchant toute sortie ou entrée du dépôt. Le blocage a eu lieu entre cinq et huit heures du matin entrainant de fortes perturbations sur le trafic jusqu’en fin de matinée.

Les jeunes Communistes des Yvelines bloquent le dépôt de bus à Trappes avec la CGT. ©Facebook/ JeunesCommunistesYvelines 

Hier après-midi, ils étaient devant la Bibliothèque de l’Université à Saint-Quentin-en-Yvelines pour distribuer des tracts. Matthieu Bolzinger membre du groupe UVSQ contre la précarité et jeune communiste des Yvelines compte bien élargir le cortège.  « On essaye d’expliquer aux jeunes nos combats, nos actions, nos revendications et surtout pourquoi il est important de nous rejoindre et de venir manifester avec nous mardi ». « On demande le retrait pur et simple de la réforme qui est pour nous totalement inacceptable, c’est l’une des attaques les plus violentes contre le système solidaire de la retraite par répartition » s’indigne Arnault, membre du collectif. « On souhaiterait une amélioration du système actuelle de retraite avec un départ à la retraite à 60 ans avec une augmentation générale des pensions de retraite. On veut juste une retraite décente ».

Les jeunes communistes des Yvelines distribuant des tracts devant la Bibliothèque Universitaire de Saint-Quentin en Yvelines. Matthieu à droite et Arnault au centre. / ©CanardLudivine
Les jeunes communistes des Yvelines distribuant des tracts devant la Bibliothèque Universitaire de Saint-Quentin en Yvelines. Matthieu à droite et Arnault au centre. / © Canard Ludivine

Le groupe de 150 adhérents, ne s’est pas arrêté là. Dans la soirée, les jeunes communistes se sont réunis avec d’autres collectifs étudiants du groupe UVSQ contre la précarité comme Les Jeunes Génération.s-78, un groupe étudiants du parti Générations de Benoit Hamon. Ils se sont organisés en vue de la manifestation du 17 décembre. À l’ordre de la réunion : préparation des banderoles, impression des tracts, point sur la situation, préparation du trajet… Ils sont plus que prêt, et déterminés à faire valoir haut et fort leurs revendications.