Union européenne : vers plus de solidarité ?

La Commission européenne propose un plan de relance de 750 milliards d’euros pour sortir de la crise post-covid19. C’est l’Allemagne, jusqu’alors peu convaincue dans ce genre de politique de relance qui est contre toute attente, à l’origine de cette proposition. Faut-il y voir un regain de solidarité en UE ?

Une UE généreuse et bienveillante

750 milliards d’euros dont 70%, c’est-à-dire 500 milliards d’euros, non remboursable ! C’est cadeau ! L’UE devient plus que généreuse en débloquant des fonds exceptionnels pour venir en aide aux plus fragiles de l’union. Cet argent sera remboursé par des taxes, évitant ainsi d’accabler ses membres avec de nouvelles dettes.

Parmi ces taxes, la commission propose par exemple une taxe carbone aux frontières de l’UE pour pénaliser les importations de produits issus d’usines polluantes. Mais également un impôt sur les grandes entreprises, peut-être même une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Une UE qui mêle donc ses objectifs écologiques et économiques à ce plan de relance, qui n’est en aucun cas déconnecté de ses priorités.

C’est donc l’image d’une UE soucieuse de venir en aide à ses membres les plus accablés par la pandémie qui se dessine. Une UE qui se veut interventionniste après des années de politique d’austérité, une UE qui n’a pas peur de dépenser, une UE solidaire en somme.

Tous solidaires vraiment ?

Aider les plus démunis, certes c’est vertueux, mais qui va payer ? Les taxes ne séduisent pas les pays du nord ! Ceux qu’on appelle les « frugaux » ou encore les « radins ». Ceux qui se portent bien et qui en ont assez de cette union où ils payent plus qu’ils ne reçoivent. En somme, les riches de l’UE en ont assez de porter à bout de bras les plus démunis, qui ne se réforment pas assez vite et efficacement selon eux. Ce sont avec ces mêmes pays que Charles Michel, président du conseil européen doit composer.

Ce sont également des pays comme la France et l’Allemagne qui vont recevoir assez peu d’aide de ce plan de relance, et vont néanmoins devoir subvenir aux besoins des autres membres plus en détresse, tout en ayant pas les mêmes ressources que les pays nordiques.

Un carrefour pour l’UE

Alors que les Britanniques quittent l’UE, celle-ci fait face à une crise qui est à la fois destructrice mais également l’occasion de changer son fonctionnement. L’occasion de se reposer la question fondamentale, qu’attendons de l’UE ? Une UE économique, politique, social ? Un projet de paix qui suscite bien des tensions entre ses membres, c’est peut-être le moment de se mettre au clair, notamment sur notre capacité à former une véritable union.

Une union c’est un ensemble d’entités qui décident de se réunir et d’avancer main dans la main en se promettant une entraide mutuelle. Or, union signifie bien une agglomération de diverses entités. Et c’est bien cette diversité qui pose problème. En somme, ce sont toujours les plus riches qui vont aider les plus pauvres. Les plus privilégiés de l’union ne gagnent qu’une bonne conscience. Et cela ne semble pas suffire à ces pays qui critiquent une solidarité qui ne va que dans un sens. Les pays du nord de l’Europe viennent en aide aux pays de l’est et du sud de l’Europe, et l’on voit assez peu aujourd’hui comment la situation pourrait s’inverser.

C’est donc un moment important pour l’UE que ce plan de relance, qui incite à la solidarité dans une période difficile. Le 17 et le 18 juillet ce plan sera discuté par les membres de l’UE, pour savoir si l’on se serra les coudes pour sortir ensemble de la crise, et surtout si les pays du nord, accepteront, au nom de l’union, d’apporter leur précieuse aide.

Crédit photo : Claude Truong-Ngoc

L’Accord de Cotonou fête ses 20 ans

Il s’agissait du plus grand accord de coopération Nord-Sud. L’Accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 fête ses 20 ans et prendra fin en décembre prochain avant qu’un nouvel accord ne soit signé.

Il était un symbole d’unilatéralisme conclu entre l’Union Européenne et les pays de l’ACP, l’Afrique Caraïbe Pacifique, pour poursuivre la Convention de Lomé signée en 1975. Construit autour de 3 grands axes communs aux 79 pays signataires, le développement, le commerce et la politique, il devait tirer sa révérence hier mais les négociations autour de l’accord qui lui succèdera ont tardé suite à la crise du coronavirus. Par conséquent, l’accord de Cotonou a été prorogé jusqu’en décembre prochain. Le temps aussi de tirer un bilan de cet accord à posteriori de la première vague de COVID-19 en Europe.

Un bilan très mitigé 

Ce bilan est avant tout marqué par un regard critique sur les 20 années de relations Europe-ACP qui viennent de s’écouler. Et à mesure que ce regard se pose sur des périodes, des zones et des relations précises, nous mesurons l’obsolescence d’un accord aussi global avec des pays aussi hétéroclites. L’ACP, au cœur de cet accord est à son origine un regroupement d’anciennes colonies britanniques, françaises et belges, mais qui, au-delà de leur histoire, et parfois de leur langue, n’ont pas toujours de points communs. Le regard porté sur ces pays en développement doit aujourd’hui être plus localisé. Les pays africains qui composent plus de 60% des membres de l’ACP offrent un nouveau regard sur une Afrique jeune et dynamique à l’inverse d’une Union européenne vieillissante en proie avec ses démons. Cette Europe stationnaire a aussi permis à de nombreux pays signataires de l’accord de Cotonou de diversifier leurs partenariats et notamment avec la Chine qui se fait de plus en plus présente dans les pays ACP.

L’axe développement de l’accord n’a pas toujours tenu ses promesses, bien que l’Afrique ait vu son espérance de vie progresser en moyenne d’une décennie depuis 2000. Le commerce quant à lui affiche un bilan encore plus médiocre puisque les importations européennes en Afrique ont chuté de 11% durant la dernière décennie. Les exportations ont diminué de 1%. La faute à la diversification des partenariats des pays africains avec d’autres continents que l’Europe. Enfin, d’un point de vue politique, la condition d’accès aux aides de l’U.E était de respecter les droits de l’homme, la démocratie et les principes de l’état ainsi que de montrer patte blanche en matière de corruption. De nombreux pays ont été sanctionnés pour manquement aux droits de l’Homme. Mais malgré des preuves accablantes et un article 97 formel, les gouvernements corrompus continuent de bénéficier des aides sans avoir été sanctionné. La décennie 2010 a aussi été marquée par les crises migratoires où l’absence de pays du Maghreb au sein de l’ACP ont compliqué les discussions. Mais aussi par l’arrivée toujours plus importante d’accords parallèles à celui de Cotonou comme les accords de libre-échange APE qui rendent parfois caduque le vicennal accord.

Des freins aux négociations

Il était donc grand temps de remplacer l’accord par un neuf, plus réaliste face aux enjeux économiques et politiques actuels. Mais de nombreuses difficultés ont compliqué les négociations débutées en septembre 2018 lors de la 73e Assemblée Générale de l’ONU. Les premières sont d’ordre financière et viennent de l’Union européenne. Depuis 2000, 13 pays ont rejoint l’U.E et 1 l’a quitté. Ces 13 pays, tout comme les 14 autres, contribuent à leur hauteur au financement de l’accord via la FED le Fond Européen d’Investissement. Un fond qui est en dehors du budget de l’U.E, où chacun peut donner ce qu’il souhaite, créant une dangereuse flexibilité du budget. Des pays comme l’Allemagne et d’autres pays nordiques ont d’ores et déjà fait vœux de prolonger l’Accord de Cotonou mais en dehors de l’ACP, trop hétérogène et onéreuse pour eux.

Du coté africain, c’est la question des droits de l’homme qui coince. L’arrivée de la Chine, bien moins soucieuse de ce sujet, a changé la donne. Certains chefs d’États disent pouvoir désormais se passer de l’Europe bien que cela implique une dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Nombreux sont ceux qui accusent l’Europe de paternalisme moralisateur en refusant de donner des aides aux pays ne respectant pas les Droits de l’Homme. Mais à l’inverse l’U.E semble insouciante de la concurrence chinoise et des critiques de ses homologues puisqu’elle souhaite renforcer ses conditions d’investissement. Notamment en obligeant à la reconnaissance des droits des homosexuels, à la reconnaissance de l’identité de genre, à l’abolition de la peine de mort et à une collaboration accrue avec la Cours pénale internationale. Mais le plus gros frein aux négociations est le sujet épineux des financements aux sociétés civiles. En effet, l’Union Européenne finance de nombreuses ONG en Afrique et les actions de celles-ci sont parfois en opposition avec celles des gouvernements africains, voire anti-gouvernementales. Les représentants de nombreux pays se sont plaints de ce double jeu de l’U.E et souhaitent voir le financement de ces ONG supprimé. Ces multiples tensions dans le volet politique ont donc été abordées en dernières et sont toujours en cours de négociation.

Des certitudes et des absents pour l’avenir

Les volets « commercial » et « développement » ayant déjà été négociés, il y a de nombreuses certitudes sur l’avenir. La première, et pas des moindres, est la distinction régionale qui sera opérée. Un volet commun aux 79 existera bel et bien mais la suite de l’accord se fera continent par continent. L’homologue ACP sera donc remplacé à moyen terme. Judicieusement, le prochain homologue africain de l’accord sera l’Union africaine. Et sur le volet commercial la ZLEC, la Zone de Libre échange continentale africaine. Un projet qui a commencé en 2012 et a vu timidement le jour l’an dernier, qui permet de supprimer ou d’abaisser drastiquement les droits de douane entre 52 pays africains. Si l’objectif à long terme est de créer un modèle similaire à celui de l’Union européenne en se dotant d’un marché commun, un second objectif, cette fois ci inscrit dans le futur accord, est de fusionner la zone de libre échange africaine avec celle de l’U.E.

Les investissements se feront essentiellement dans le secteur primaire et les matières premières, ce qui n’est pas sans déplaire à nombre d’économistes qui déplorent l’absence de valeur ajouté dans ce secteur, donc de création de richesses. Mais dans un second temps, beaucoup d’investissements pourraient être réalisés pour renforcer les énergies renouvelables. Pour le moment, malgré la crise sanitaire actuelle, la santé reste un volet absent des débats au grand dam du négociateur en chef de l’APC. Le ministre togolais Robert Dussey qui appelle de ses vœux à ce que les pourparlers « intègrent des clauses relatives aux pandémies et à leurs conséquences socio-économiques ».

Source de l’image : Kopano Tlape ( GCIS )

Les Européens ont-ils vraiment voulu l’Union européenne ?

Aujourd’hui, l’Union européenne est dans la tourmente. Construite dans un contexte de traumatisme post-Seconde Guerre mondiale et d’opposition face à l’avancée soviétique en Europe de l’Est, ces deux éléments nous permettent de questionner la véritable volonté de vivre sur le long terme, ensemble. Retour sur une création dans l’urgence.

« Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi impossible entre Paris et Londres qu’elle le serait aujourd’hui entre Rouen et Amiens. Un jour viendra où vous la France, vous Italie, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, vous vous fondrez dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne comme la Normandie et la Bretagne se sont fondues dans la France. Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis d’Europe se tendant la main par-dessus les mers. »

Ainsi s’exprimait Victor Hugo en 1849. Il envisageait alors des « États-Unis d’Europe ». Il n’est pas le seul à avoir eu ce souhait, Churchill a également exprimé cette même envie, à l’époque où l’Angleterre était fédéraliste.

Churchill et les Etats-Unis d’Europe

La construction européenne s’est faite pour plusieurs raisons. La paix était évidemment l’objectif majeur de l’entente. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est dévastée, avec 35 millions de morts, elle est la région la plus touchée du monde. Le projet des États-Unis d’Europe pouvait commencer.

Seconde Guerre mondiale et Guerre froide : les véritables moteurs de la construction européenne

La Seconde Guerre mondiale est l’événement déclencheur de l’union des pays européens. Il aura fallu 35 millions de morts, l’horreur des camps de concentration et des bombardements pour que nos pays européens décident de s’unir. Le début de l’Union européenne, est donc une réaction à une catastrophe. L’Europe traumatisée ne demande qu’une chose en 1945 : « plus jamais la guerre ». Nous pourrions donc questionner la réelle envie d’être ensemble, de partager notre territoire, nos lois, nos peuples.

La construction européenne c’est aussi la formation d’un troisième bloc au sein d’un monde divisé alors en deux. Une autre motivation du projet d’Union européenne réside dans la peur d’un envahissement soviétique. L’Europe de l’Est tombe peu à peu aux mains de L’URSS. Le coup de Prague en 1948 (la Tchécoslovaquie passe sous contrôle soviétique) est notamment un des facteurs à la création de l’UE. Il faut s’allier face à l’URSS. La construction se fait donc par opposition. Est-ce là le vrai désir d’être ensemble qui motive les Européens à s’unir ? Non, c’est la crainte qui les rassemble.

L’Europe aux coude à coude avec le bloc de l’Est

L’UE s’est construite « en réaction à »

Loin de nier la volonté de coopérer et de préserver la paix, il semble qu’il faille insister sur le véritable désir de partager un territoire, des mesures politiques, économiques et sociales. L’UE s’est bâtie dans un double contexte de coopération et d’opposition. On pourrait même dire que l’Europe a été poussée à s’unir. C’est donc à la fois de son plein gré qu’elle s’unit et en même temps « à cause de ».

Comment alors envisager une telle alliance sur le long terme ? L’UE peut-elle subsister sans ennemis, en temps de paix ? Y a-t-il une vraie envie de vivre ensemble ?

L’annonce des résultats du référendum sur le Brexit et la démission de David Cameron

Les divergences au sein de l’UE prouvent la difficulté à vivre ensemble. Bien souvent, ce sont les états qui agissent seuls, l’UE n’arrivant pas à être un état supranational. C’est la preuve que l’UE est loin des États-Unis d’Europe. Il est possible que si cette construction ne s’était pas faite en réaction à la Seconde Guerre mondiale et à la Guerre froide, elle eût été plus proche des États-Unis d’Europe. Mais nous pouvons aussi penser qu’elle n’aurait pas existé.

L’UE demeure dans un entre-deux, entre supranationalisme et souverainisme. Les États avant ou l’Europe avant ? Dans les faits se sont plutôt les États en tête mais la question n’est pas encore tranchée. Les courants nationalistes qui prennent de l’ampleur en Europe montrent bien ce « ras-le-bol » d’une UE mal définie, mal comprise et que l’on rejette. La question est aujourd’hui de savoir si nous voulons ou non vivre ensemble et donc étendre la construction européenne. Par exemple, construire une Europe sociale. La crise sanitaire que nous traversons est l’occasion de redéfinir nos attentes quant à cette union.

(PODCAST VIDÉO) : comment se déroule le déconfinement dans les pays européens ?

Depuis lundi 13 avril, les Français le savent, le 11 mai prochain, le déconfinement progressif aura lieu. La réouverture des crèches, des écoles et des lycées est envisagée si les règles de confinement imposées le 16 mars continuent d’être respectées. Cette hypothèse du retour à l’école pour un grand nombre d’élèves fait débat. Mais comment se déroule cette étape de déconfinement en Europe ?

→ En Italie, pays d’Europe le plus touché par le covid-19 avec plus de 21 000 décès enregistrés. Le confinement est prolongé jusqu’au 3 mai. Giuseppe Conte, Premier ministre italien accompagné d’un comité scientifique a décidé d’assouplir le confinement. Depuis le 14 avril, les librairies, les laveries, les papeteries, les commerces pour les nouveau-nés et l’exploitation forestière ont repris leurs activités. Cependant ces mesures ne sont pas pris en compte, dans les régions du nord du pays, soit les plus touchés : la Lombardie, le Piémont, le Trentin-Haut-Adige et Campanie où les commerces restent fermés. Le sujet de l’éducation est toujours mis à l’écart en Italie, aucune décision n’a été évoquée pour l’instant.

L’Espagne, après 2 semaines d’hibernation économique, soit l’arrêt de tous les secteurs non essentiels a repris le 13 avril. Ces secteurs concernent : l’industrie et la construction, domaines où le télétravail est impossible. Dans le 3e pays le plus touché du monde par le covid-19, le gouvernement relance ses activités tout en essayant de préserver ses citoyens. 10 millions de masques sont donnés par la police et des volontaires à la sortie des métros et des gares depuis la reprise du travail. Même si certains secteurs ont recommencé à travailler, Pedro Sanchez, président espagnol, a annoncé que le confinement durera jusqu’au 9 mai.

→ En Autriche, le chancelier Sebastien Kurz a annoncé le déconfinement progressif.  Depuis le 15 avril, les enseignes de bricolage, de matériaux de construction et les jardineries sont autorisés à ouvrir leurs portes. Cette mesure concerne uniquement les 14 000 commerces qui ne dépassent pas les 400m2 de superficie. Le gouvernement autrichien définit cette étape comme la « première pour un retour à la vie normale ». Port du masque obligatoire et limitation des clients dans les magasins, le gouvernement autrichien surveille l’évolution de l’épidémie et prévoit un retour à l’école en mai.

Avec un total de 309 décès et 6 700 personnes contaminées, le Danemark, réouvre les crèches et les écoles le 15 avril. La Première ministre Mette Frederiksen avait pris la décision, le 6 avril dernier. Seulement 35% des établissements de Copenhague sont autorisés à accueillir les élèves. Mais ce retour en classe oblige le respect des gestes barrières. Dans chaque classe, la distance des bureaux est de 2 mètres et le gel hydroalcoolique est obligatoire. Concernant les lycéens, c’est seulement le 10 mai qu’ils retourneront dans leur établissement.

Le déconfinement débute de différentes façons dans les pays européens. Toutes ces décisions politiques, interpellent l’Organisation Mondiale de la Santé qui rappelle que l’Europe reste « dans l’oeil de cyclone » et qu’il ne faut pas « baisser la garde ».