Cinéma : un festival gratuit sur Youtube !

Pour la première fois de l’histoire du cinéma, le festival « We Are One : A Global Film Festival » créé pour l’occasion, va prendre place sur Youtube dès aujourd’hui jusqu’au 7 juin.

Alors qu’on nous scande de Covid-19 et de règles strictes durant ce déconfinement, le temps de s’évader est arrivé. Face à la pandémie qui a confiné la moitié de la population mondiale, les festivals se sont vus annulés à tour de rôle. L’incontournable festival de Cannes qui aurait dû fêter sa 73e cérémonie a dû apprendre à se réinventer. Pendant que les cinémas ne rouvriront pas avant le 22 juin, l’industrie cinématographique ne reste pas moins active. C’est ainsi que Global Film Festival, produit par Tribeca Enterprises et Youtube, voit le jour du 29 mai jusqu’au 7 juin inclus. Un festival mondial 100% virtuel et surtout 100% gratuit.

Un festival virtuel avec plus de 100 films

Cet événement exceptionnel, a été organisé avec l’aide d’une vingtaine de grands festivals internationaux tels qu’Annecy, Berlin, Tokyo, Cannes, Venise, BFI Londres, Toronto pour ne citer qu’eux. Ce festival propose plus de 100 films et avec un total de 5 heures de visionnage pour chaque organisateur. Au programme, ce sont 23 longs-métrages, 8 documentaires, 57 courts-métrages de fiction et 15 courts-métrages documentaires, des tables rondes. Ainsi que des vidéos de conférence archivées notamment avec l’actrice Francis Ford Coppola et l’acteur Steven Soderbergh ou encore une intervention de John Waters et même des œuvres de réalité virtuelle. Le festival mettra des avants-premières tels que le documentaire And She Could Be Next, parlant de femmes de couleur en politique.

Un événement du 7ème Art sous le signe de la philanthropie. Une partie du produit du festival sera versée à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à diverses associations. Les spectateurs pourront aussi participer à cet élan de solidarité en faisant des dons. La chaîne Youtube de l’événement : YouTube.com/WeAreOne . Le programme est mélangé de vieux films et des nouveaux projets. Pour découvrir l’intégralité du programme sur ces 10 jours, voici le lien : http://www.weareoneglobalfestival.com/schedule

Quelques films en programmation

Le film “ Wake Up ” retrace «quatre histoires sur les services de prévention du suicide, dédiés aux vétérans américains, à la communauté LGBT, aux étudiants universitaires et aux propriétaires d’armes à feu» prévu le 4 juin.

« The One-Minutes Memoir » raconte l’histoire de « Onze réalisateurs primés transforment les mémoires en courts métrages animés exubérants, chacun dans leur propre style, avec des histoires allant du plus sincère au plus absurde » diffusé le 31 mai. Il est produit par Annecy International Animation Film Festival.

« Nasir » témoigne d’« Une journée ordinaire qui se déroule pour un vendeur de rue au cœur chaleureux dans le sud de l’Inde, alors qu’il tente de de créer un foyer aimant pour sa famille tout en évitant le sentiment anti-musulman de ses voisins » prévoit de sortir le 6 juin.

Covid-19 : l’annulation des festivals « est une catastrophe économique et sociale »

Mercredi 6 mai, le président Emmanuel Macron a annoncé des mesures concernant la culture après la crise du covid-19. L’interdiction des rassemblements puis le confinement ont fortement touché notre système culturel français. Les festivals traversent actuellement de fortes difficultés sociales et financières.

« Aujourd’hui, l’annulation des festivals d’été est une catastrophe économique et sociale d’ampleur » explique le collectif du IN du festival d’Avignon. Cette crise rappelle l’importance du secteur de la culture dans la vie sociale française. Au-delà de l’accès à des connaissances, les festivals sont un moyen de rassembler des Français autour d’une même passion, le temps de quelques jours ou semaines. Ces festivals participent à créer un sentiment d’appartenance à une communauté. « J’avais prévu de me rendre au festival des Geek Faëries, comme tous les ans, nous confie Laura, festivalière, c’est un moment important de rassemblement de notre passion ». L’édition 2020 de ce festival avait initialement été repoussée aux 21, 22 et 23 août, mais a dû être définitivement annulée suite aux dernières annonces du gouvernement.

Des conséquences directes d’ampleur

Mais les conséquences de ces annulations massives ne s’arrêtent pas à la simple nostalgie. Les artistes qui devaient se produire lors de ces festivals, ainsi que les organisateurs, ont encore du mal à savoir comment ils vont pouvoir se financer. « L’annulation met en péril à court et à long terme les revenus et l’avenir de tous » annonce le collectif du IN. Certains intermittents, travaillant essentiellement lors de cette période de l’année, « vont être déchus de leurs droits au régime d’intermittence puisqu’ils ne pourront pas remplir les conditions a minima ». Un grand festival comme celui d’Avignon emploie des centaines de saisonniers et d’intermittents, quelques-uns dont les contrats ont déjà débuté.

Certains organisateurs essaient donc de mettre en place le chômage partiel pour ces personnes mais il est difficile de trouver un accord avec les conditions « obtuses » des institutions publiques. Les calculs actuels vont compter les heures perdues pour calculer les prochaines indemnités chômage mais pas le salaire : « cela veut dire que nous perdons de l’argent à court et à long terme. Cela va mettre beaucoup de familles en difficulté économique ». Les employeurs souhaitant mettre en place un chômage partiel ne peuvent déclarer que 35 heures maximum. Or, la plupart des intermittents en festivals en réalisent beaucoup plus. Cela leur fait perdre des heures pour leur demande d’indemnisation et le salaire lié à ces heures. Les prestataires et fournisseurs de ces festivals sont également touchés par leur annulation, qui implique un manque à gagner énorme pour l’été.

D’autres acteurs demandent des réponses

D’autres acteurs sont liés au sort de ces festivals, comme les communes ou régions. Ce sont des dépenses de logements, de transports et de nourritures que les festivaliers font, sans trop s’en rendre compte, mais qui participent parfois à la survie économique d’une ville. Des régions où devaient se tenir beaucoup de festivals, comme la Bretagne, subissent de fortes pertes liées à cette crise. En plus des dépenses que les festivaliers ne feront pas, ces régions avaient souvent investi dans la mise en place de ces festivals. Le festival d’Avignon est, par exemple, financé à 57 % par des subventions publiques (de l’état, la ville, le département et la région). Son annulation pèse donc lourdement sur les finances publiques.

C’est également une perte, temporaire au moins, pour les festivaliers qui avaient déjà payé leur billet : « J’ai payé 125 € mon billet d’entrée pour le Hadra Trance Festival, ils devraient me rembourser sous peu, explique Lisa, je suis triste que ça se finisse comme ça, mais je trouve normal de redemander mon argent s’il n’y a pas de festival ». Une bien triste fin pour ces festivals d’été tant attendus chaque été.

Un mécontentement gronde aussi dans les associations d’intermittents et saisonniers suite aux annonces du président pour « sauver » la culture. Nombreux sont « les oubliés » de ce plan : salariés intermittents de l’hôtellerie-restauration, auto-entrepreneurs, contrats « à la mission ». Premiers événements à avoir été mis à l’arrêt par la crise, la date de reprise des festivals n’est pas encore actée et les intermittents du spectacle sont « effrayés d’être à l’arrêt pendant encore des mois » selon le collectif du IN. Ils s’inquiètent également de l’après-déconfinement, où le secteur devra « se relever, trouver de nouvelles solutions, de nouvelles pratiques et renaître de cendres encore chaudes ».