Les sorcières : du mythe à la réalité

De nos jours, quand on parle de sorcière, on pense presque tous à une vieille femme courbée sous une cape, lançant des malédictions à voix basse. Mais d’où vient cette image stéréotypée ? Et les sorcières sont-elles réellement comme on les imagine ?

Si l’on veut remonter à l’origine des sorcières, c’est assez complexe. En effet, si on suppose que l’idée de sorcière a existé depuis la Préhistoire, nous n’avons pas assez de documents pour le prouver et étayer ce que nos ancêtres appelaient ainsi. Le mot actuel proviendrait du latin populaire « sortiarus » (littéralement « diseur de sorts »), qui renvoie à l’origine à un procédé de divination.

La sorcellerie dans l’Antiquité, entre interdiction et pratique courante

Dans les religions monothéistes de l’Antiquité, la sorcellerie est à la fois pratiquée à grande échelle, pourtant elle est interdite. Pour la mythologie grecque, le dieu de la médecine Asclépios peut ressusciter les morts. Les sorcières emprunteront son symbole pour leurs poisons, ce qui lancera l’idée que la médecine et la sorcellerie sont liées. Cette croyance met également en avant des symboles de « sorcières », comme les Sybilles dont la Pythie. Leurs prédictions étaient toujours écoutées avec attention. Les Grecs accordaient beaucoup d’importance à l’interprétation des songes, qu’ils pensaient être des messages des dieux. D’autres rites de superstition se développent, comme une façon pour les simples mortels de prendre en main leur destin, qui est mythologiquement dicté par les Moires.

Cependant, cette pratique est globalement interdite dans l’Empire grec. Dans La Loi des XII tables, Pline l’Ancien rapporte cette interdiction et la condamnation de sorcières vers 450.

Représentation d’Hécate, déesse des enchantements et de la sorcellerie dans la mythologie grecque

Ce sont aussi les trois déesses qui représentent les trois faces de la lune. C’est une des explications de ce symbole choisi par les sorcières. Hécate représente directement la sorcellerie et les enchantements. Une des sorcières mortelles connues de la mythologie est l’enchanteresse Circé, citée dans L’Odyssée d’Homère, qui transforme les compagnons d’Ulysse en porcs. Erichto, une autre sorcière est probablement à l’origine des stéréotypes physiques de nos sorcières. Elle est décrite comme une femme maigre, laide avec des cheveux emmêlés et attachés. Elle représente également un des premiers pouvoirs qu’on attribue aux sorcières : celui de parler aux morts. Cette puissance des femmes est expliquée par Médée dans L’Odyssée : « si la nature nous fit, nous autres les femmes, entièrement incapables de bien, pour le mal, il n’est pas d’artisan plus expert ». Cette dernière est d’ailleurs caractérisée dans l’ouvrage comme femme avant toute autre chose.

La sorcière est, à cette époque, le reflet de la volonté de toute-puissance des Hommes, au-delà même de leurs croyances.

L’Empire Romain écrit les interdictions des pratiques de sorcellerie sur son territoire : l’empereur Auguste brûle les livres de magie et les magiciens et astrologues sont exilés.

La diabolisation des sorcières par l’Eglise chrétienne

Alors que les religions païennes toléraient, voire vénéraient la sorcellerie, la religion chrétienne s’y opposait fermement. Dans la Bible, la sorcellerie est condamnée par Moïse. Quand Saül en consulte une pour parler à un mort, les mots de la Bible sont clairs : « Tu ne laisseras point vivre la magicienne […] Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux que l’Eternel seul sera voué à l’extermination. » (Exode 22 : 18-20).

Pour les chrétiens, la sorcellerie est affiliée au diable. Tout ce qui est inexplicable, c’est-à-dire beaucoup de procédés, notamment médicaux, au Moyen-Âge, est considéré comme de la magie et sont condamnés.

Il n’y a pas de cliché physique de la sorcière à cette époque. Ce sont la plupart du temps des femmes, qui sont considérées comme sorcières car elles sont tentatrices, manipulatrices, cachotières et qu’elles poussent les hommes au péché. Une sorcière pouvait donc être n’importe quelle femme. Les accusés de sorcellerie peuvent également être des prêtres et prêtresses d’anciennes religions, l’Église voulant les diaboliser pour étendre son pouvoir.

La plupart du temps, les femmes accusées de sorcellerie sont des veuves vivant de la charité. Cet archétype majoritairement présent dans les accusés amène à la description classique d’une sorcière dans Le marteau des sorcières de l’archevêque Harsnett en 1486 : « vieilles femmes aigries, vêtues de haillons, aux genoux soudés par l’âge, clopinant sur un bâton en marmonnant dans les rues ».

On ne sait pas sur quoi est basé l’idée du balai volant, mais sa première mention est dans Le Ménagier de Paris en 1392. L’auteur écrit que les femmes ne dormaient pas avec des balais dans leurs chambres de peur d’être traitées de sorcières.

Les sorcières étaient brûlées sur des bûchers pour qu’il ne reste rien d’elles

Entre 1300 et 1420, 5 à 10 procès pour sorcellerie se tenaient par an. Les historiens estiment le bilan à plus de 50 000 personnes torturées puis brûlées ou noyées vives, accusées d’hérésie, entre 1468 et 1687.

C’est à cette époque-là que la sorcière rentre dans l’imaginaire collectif, surtout celui des enfants, comme une vieille femme aigrie récitant des sorts. Elle est utilisée pour contenir la peur des enfants en une seule personne, ouvertement maléfique.

Cependant, si l’on croit que la majorité de victimes de cette chasse aux sorcières a été faite au cours du Moyen Âge, c’est bien après la découverte de l’Amérique de Christophe Colomb, soit à la Renaissance, que les procès et condamnation se sont intensifiés. Alors qu’il y avait 5 à 10 procès pour sorcellerie par an, on en dénombre 40 par an à partir de 1500. Et ce nombre n’avait cessé d’augmenter. Ils supposent que l’arrêt progressif de ces pratiques est dû au développement de l’Etat centralisé, qui veut contrôler les mouvements populaires.

A l’époque, la sorcellerie « courante » est considérée comme une secte au service de Satan, se réunissant la nuit en Sabbat.

La torture comme preuve d’actes de sorcellerie

Il n’y avait cependant pas autant de sorcières dans les petits villages européens qu’on le prétendait. Ce nombre d’accusations est d’abord dû aux accusateurs. Selon des études historiques, ceux-ci essayaient souvent de se laver de la culpabilité d’avoir refusé la charité. Beaucoup de vieilles veuves demandaient la charité. Ainsi, beaucoup ont été accusées de sorcellerie. Une fois accusées, les prétendues sorcières (ou sorciers) n’avaient pas d’autres choix que d’avouer car ils étaient torturés à cette fin. Une preuve de ces tortures est la missive qu’un bourgmestre accusé de sorcellerie avait envoyée à sa fille. Il y écrit : « Innocent j’ai été jeté en prison, innocent j’ai été tor­turé, innocent je vais à la mort. Car quiconque entre dans la prison des sorciers doit devenir un sorcier ou être torturé jusqu’à ce qu’il invente quelque chose à confesser… ».

La salle d’audience du procès des sorcières de Salem (illustration de 1876)

La chasse aux sorcières la plus célèbre nous vient d’Amérique, en 1692. Les sorcières de Salem n’étaient à l’origine que 3 femmes qui parlaient une langue inconnue et se cachaient, probablement à cause de psychotropes ou d’une maladie mentale. Mais cette petite ville du Massachussetts voit défiler entre 150 et 300 accusations et 20 exécutions pour sorcellerie. Elle devient ainsi un symbole de la chasse aux sorcières.

Les sorciers et sorcières modernes : des personnes « proches de la nature »

De nos jours, les sorciers et sorcières ont regagné leurs lettres de noblesse, principalement grâce à la fiction. Dans des récits comme Harry Potter, Sabrina l’apprentie sorcière, Charmed ou encore Mélusine en BD, ils sont présentés comme des personnages doués de magie mais qui peuvent choisir de l’utiliser pour le bien.

Hermione Granger, de la saga Harry Potter, représente une autre image de la sorcière

Cependant, la définition officielle du Larousse est encore profondément liée aux stéréotypes créés par la religion chrétienne : « personne que l’on croit en relation avec le diable et qui peut opérer des maléfices ». La définition anthropologique du terme se rapproche plus de la vérité de la pratique de la sorcellerie : « une personne pratiquant la sorcellerie, l’art de guérir ou de nuire à un individu au sein d’une société, d’un groupe donné, par des procédés et des rituels magiques ». Cependant, même cette définition ne suffit pas à expliquer la sorcellerie moderne, communauté qui se développe aujourd’hui, majoritairement grâce aux réseaux sociaux.

Ilona Vasseur a 18 ans et cela fait un peu plus de 2 ans qu’elle pratique la sorcellerie moderne. Les sorcières sont une communauté grandissante sur les réseaux sociaux. Une religion, le Wicca, a été créée à partir de ces croyances. Mais pour Ilona, ce n’est pas une question de religion : « être sorcière, c’est un mode de vie, tout peut être adapté à ça ». Certaines sorcières (et sorciers) pratiquent donc d’autres religions, que ce soit des religions païennes ou monothéistes. Si les sorcières d’aujourd’hui se contactent et s’encouragent majoritairement sur les réseaux sociaux, il existe des convens, de petits groupes de sorciers et sorcières qui se réunissent en de certaines occasions. La pratique est majoritairement féminine, mais les hommes n’en sont pas exclus.

Mais alors, que font concrètement ces sorciers et sorcières modernes ? Pour Ilona, « il y a autant de pratiques que de pratiquants ». Cependant, elle décrit la sorcellerie comme « le fait de manipuler les énergies qui nous entourent ». La sorcellerie est composée en grande partie de méditation pour se concentrer sur ces énergies. Les sorcières d’aujourd’hui pratiquent également la divination et le « spell work », c’est-à-dire le fait de lancer des sorts en se basant sur des éléments naturels comme des herbes, des pierres, des huiles… Ilona explique que « chaque chose de la nature a des propriétés qui peuvent être utilisées pour la protection, la santé… ».

Cependant, malgré leur volonté de se démarquer des stéréotypes de la sorcière, les pratiquantes d’aujourd’hui sont souvent comparées à cette vieille femme, diabolisées comme à l’époque de l’Inquisition ou tournées en dérision. Selon Ilona, il suffirait de se pencher sur le phénomène, qui prend de plus en plus d’ampleur avec les réseaux sociaux, pour comprendre que « les sorcièr.e.s ne sont pas des êtres maléfiques, au contraire, plutôt des personnes qui sont proches de la nature et qui cherchent à faire le bien ! ».

Il y a 53 ans, les USA autorisaient le mariage entre blancs et noirs

C’est grâce à Mildred Delores Jeter Loving, une femme d’ascendance afro-américaine et amérindienne, et Richard Perry Loving, ouvrier du bâtiment d’ascendance européenne, que la Virginie et l’ensemble des états américains dépénalisent le mariage inter-racial le 12 juin 1967.

Mildred et Richard vivent à l’époque en Virginie et souhaitent se marier, or conformément aux Racial Integrity Act de 1924 et à la politique raciste qui vise à préserver la pureté racial et à éviter à tout prix la « dégénérescence » de la race, ils ne le peuvent pas. Ces lois vont même jusqu’à autoriser la stérilisation de « marginaux », notamment les handicapés mentaux.

Mildred et Richard décident donc de se marier à Washington mais dès leur retour en Virginie, ils sont arrêtés et condamnés à un an de prison. C’est en citant le biologiste et anthropologue Johann Friedrich Blumenbach que le juge Leon Bazile se justifie :

« Dieu Tout-Puissant a créé les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et il les a placées sur des continents séparés. Et sans l’ingérence dans son arrangement, il n’y aurait aucune raison pour que de tels mariages aient lieu. Le fait qu’il ait séparé les races montre qu’il n’avait pas l’intention que les races se mélangent »

Mildred Loving

Une lutte de longue haleine

C’est en s’appuyant sur le quatorzième amendement de la constitution des Etats-Unis adopté en 1868 et visant à protéger les droit des anciens esclaves afro-américains, que le couple entame une série de procès.

Le 1er juin 1967, la Cour suprême s’oppose aux lois raciales en vigueur en Virginie : « Le mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence. […]  Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État. »

Suite à cela, les Etats-Unis connaissent un boom des mariages mixtes. Entre 1970 et 2005 le nombre mariages mixtes entre Afro-Américains et Blancs d’ascendance européenne a été multiplié par 6 en passant de 65.000 à 422.000 !

Un combat qui porte ses fruits

Grace à leur pugnacité, le couple a fait avancer le pays vers l’égalité raciale. Malgré cela, certains états conservent des textes prohibant les mariages mixtes, bien qu’ils ne soient pas appliqués. Il faut attendre l’an 2000 pour que le dernier état aux textes discriminatoires, l’Alabama, abroge enfin ces lois. C’est officiellement la fin des Jim Crow laws, les lois sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis, promulguées entre 1876 et 1965.

Mildred et Richard retournent vivre en Virginie et ont trois enfants. Mildred déclare, il y a 13 ans, suite aux décès de son mari : « Entourée comme je le suis par de merveilleux enfants et petits-enfants, pas un jour ne passe sans que je pense à Richard et à notre amour, notre droit de nous marier, et combien cela signifiait pour moi d’avoir la liberté d’épouser la personne précieuse pour moi, même si d’autres pensaient qu’il était le « mauvais genre de personne » pour m’épouser. Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. »

Grace à eux, les Etats-Unis ont fait un pas de plus vers l’égalité, la loi du 12 juin 1967 porte donc leur nom, en hommage à leur combat pour l’égalité et l’amour sans distinctions raciales.  « Je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Un film a été réalisé par Jeff Nichols en s’inspirant de cette histoire :

Un épisode marquant qui n’est pas sans rappeler les événements actuels. Le drame du décès de Georges Floyd, pourrait être, désastreusement, l’occasion de faire un pas de plus vers l’égalité aux Etats-Unis. A croire que l’égalité s’acquiert dans la souffrance…

George Floyd : le passé douloureux du pays resurgit dans l’Amérique de Trump

George Floyd est mort la semaine dernière à cause de violences policières. Ce destin tragique, c’est l’illustration d’un pays vivant avec les fantômes de son passé. 

George Floyd : mort pour un faux billet 

« I can’t breathe ». C’est avec ces quelques mots sortis sur son dernier souffle que George Floyd a tenté de manifester sa détresse au policier qui faisait pression sur lui. Pourtant au sol et ne montrant aucun signe de protestation, la charge du policier n’a pas cessé.

Interpellé par un policier à cause d’une simple suspicion de payer avec un faux billet de 20 dollars dans une épicerie, le policier s’est permis de le plaquer au sol, de le mettre sur le ventre et d’appuyer son genou sur son cou jusqu’à ce qu’il perde connaissance. 

Cet événement a réveillé le démon américain. Dans le Minnesota, la colère d’un peuple gronde. La communauté afro-américaine montre sa solidarité depuis plusieurs jours dans les rues à George Floyd. Cet événement tragique, c’est aussi celui qui fait ressurgir le passé douloureux des États-Unis. 

Les discriminations d’aujourd’hui, conséquences de l’esclavage d’hier

Au XVIIème siècle, pour cultiver les terres et notamment le tabac, les anglais font venir dans leurs colonies américaines des africains. C’est le début du commerce dit « triangulaire ». Les européens font venir en Amérique des africains pour les faire travailler. Ce commerce s’intensifie pour atteindre 300.000 arrivées d’esclaves à la fin du XVIIIème siècle.

Les afro-américains montrent leur importance dans les pays colonisés dès la guerre d’indépendance des États-Unis entre 1775 et 1783. Des soldats noirs se battent pour l’indépendance du pays. Ces engagements libèreront certains d’entre eux de leur maître. 5.000 esclaves seront affranchis après la guerre. 

Parrallèlement, des états comme le Vermont et la Virginie vont abolir l’esclavage (1777-1778). Le président américain de l’époque Thomas Jefferson ignore la question de la traite de l’esclavage dans son traité de la Déclaration d’Indépendance Américaine. En 1787, dans la constitution américaine, le président ne prend pas position. Chaque état sera libre de décider ou non de continuer l’esclavage. Seule certitude, les noirs (et les amérindiens) n’auront pas le droit de vote. 

XIXème siècle : Abraham Lincoln, guerre de sécession et Ku Klux Klan

 

L’esclavage est officiellement abolie en 1808. Mais le pays se divise. Des courants abolitionnistes se développent, les églises se divisent. Abraham Lincoln promet l’abolition réelle de l’esclavage s’il est élu. Dès son arrivée à la Maison Blanche en 1861, les états du sud, partisans de l’esclavage, demande sécession. Le refus de Washington entraîna la guerre de sécession (1861-1865).

À la fin de la guerre, l’esclavage est aboli. Des milliers de noirs se retrouvent sans travail et des planteurs font faillite. Rejetés par les blancs, les noirs se regroupent dans des quartiers : Harlem à New York, Roxbury à Boston. Face à cette défaite, le Ku Klux Klan apparaît dans le sud du pays.

En 1883, le congrès donne le droit de vote aux noirs, une citoyenneté créant une égalité civique dans le pays à travers le Civil Rights Act. Mais la cour suprême fait reculer le combat de l’égalité. 2 ans plus tard, le Civil Rights Act est jugé inconstitutionnel. Les institutions ne peuvent interdire la pratique de la ségrégation par les états d’Amérique. Ils peuvent donc interdire l’accès de certains lieux aux noirs comme les transports en commun, les restaurants ou les théâtres. 

XXème siècle :  le nouvelle Amérique révoltée pour l’égalité 

Au début du XXème siècle, les tensions entre les populations se font sentir. En 1910, Booker T. Washington, Marcus Garvey et William Edward Burghardt Du Bois créent la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Le but majeur de cette association est de défendre les droits civiques. 

Après la première guerre mondiale a lieu le massacre de Tulsa, en 1921. 300 personnes parmi la population noire de la ville sont tuées au cours de 2 jours d’attaques et de mises à mort expéditives. Les émeutes font en outre 8.000 sans-abris en raison des incendies. Aucun des responsables de l’attaque n’est poursuivi. Mais plusieurs noirs accusés d’avoir provoqué les violences sont condamnés. La plupart des survivants doivent déménager.

Fin du XXème siècle : une lente amélioration de la traite des noirs américains 

Les guerres soudent les nations. 700.000 soldats noirs composent l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, des événements et des faits divers se succèdent. Rosa Parks refusant de céder sa place dans un bus pour un blanc en 1955. L’intervention de la police dans une école de l’Arkansas parce qu’on lance des tomates sur des jeunes noirs voulant entrer dans une école pour blancs en 1957. Le démantèlement du Ku Klux Klan en 1960.

Des visages incarnent désormais la lutte pour l’égalité. Martin Luther King, organisant la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté en 1963. Malcolm X, luttant pour un État noir indépendant. 

En 1965, le président Jonhson et le congrès américain mettent en place la discrimination positive dans les universités. Un nouveau Civil Rights Act sera (enfin) voté et cette fois, accepté par la cour suprême. Cet acte, contenant notamment l’accès au droit de vote pour les noirs, met définitivement fin à la ségrégation. 

Pourtant, depuis 50 ans, les inégalités n’ont pourtant pas disparu aux États-Unis. Des minorités comme les afro américains ou les hispaniques sont plus vulnérables lors de crises économiques ou d’épidémies. Certains groupes de population se montrent toujours aussi hostiles envers les noirs. Les violences policières à leur encontre ont eu lieu des dizaines de fois depuis le Civil Rights Act. Il faudra attendre 2008 pour qu’un noir devienne président (Barack Obama). Mais depuis 2016, le président Trump ne cache pas son hostilité envers les afro-américains. Élu par un socle d’électeurs en parti d’extrême droite, le président américain n’a pas tenté empêché les tensions entre certains blancs et la communauté afro-américaine qui restent aujourd’hui très vives.

30 mai 1431/1943 : de Jeanne d’Arc au Chant des partisans

Un 30 mai, Jeanne d’Arc brulait vive en 1431 pendant que le chant des partisans résonnait sur les ondes de la BBC, 512 ans plus tard. Symboles politiques de la lutte contre l’ennemi et pour la liberté, leur intemporalité sert, aujourd’hui, encore la lutte contre l’oppression.

Après un procès inique, Jeanne d’Arc est brûlée vive, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen le 30 mai 1431. Un an et sept jours plus tôt, elle est capturée par les Bourguignons au siège de Compiègne et livrée aux Anglais. Décrédibiliser le roi Charles VII, pour lequel elle servait avec diligence, animait la hâte des Anglais souhaitant faire condamner celle que l’on surnomme la pucelle d’Orléans. Enfermée initialement à Crotoy, c’est peu de temps avant Noël qu’elle est emprisonnée au château du Bouvreuil à Rouen. Ce n’est que le 9 février 1431 que le procès s’ouvre. Le tribunal d’Église est présidé par Pierre Cauchon, théologien et évêque de Beauvais, qui pour bien se faire voir par les Anglais arrange un procès en hérésie sur concours du vicaire de l’inquisiteur en France.

Le doute pèse sur les ecclésiastiques quant à l’adresse de Dieu à une fille du peuple. Seuls les habitants témoignent favorablement sur l’enquête qui est menée à Domrémy embarrassant l’église qui s’empresse de détruire les rapports. Face à la difficulté de faire céder l’accusée la procédure est accélérée et les accusations se succèdent, lui reprochant ses fausses visions ou d’avoir revêtu des habits d’hommes. Force de caractère, la jeune fille est menacée, conduite au cimetière de l’abbatiale de Saint-Ouen où a été préparé un bûcher. Tout est prêt pour une condamnation à mort. Seuls, sa rétractation et son renoncement à ses habits masculins lui feront échapper à la mort.

Face à l’épuisement, elle cède, se soumettant à l’église et aux habits de femme. La sentence à mort fait place à un an d’emprisonnement. Mais, de retour dans sa cellule, au grand mécontentement des Anglais, ses vêtements sont subtilisés. Surprise dans des vêtements d’homme, elle est condamnée au bûcher, accusée d’être retombée dans l’hérésie.

Récupération politique et symbole national

Figure du patriotisme elle fut celle qui libéra la France de l’envahisseur Anglais et aida Charles VII à accéder au trône. Sa popularité gagne en même temps que la montée du patriotisme. Déclaré nul en 1456 par l’église, son procès et sa condamnation laissent place à la réhabilitation. Symbole du revanchisme français, l’héroïne est béatifiée en 1909 avant d’être canonisée en 1920 par le pape Benoît XV.

Incarnation de la résistance du peuple de France contre l’oppresseur, Jeanne d’Arc est utilisée et reprise par les républicains à l’instar de Jules Michelet jusqu’à Emmanuel Macron déclarant vouloir “rattacher Jeanne d’Arc, sainte catholique, souvent courtisée par l’extrême droite, à l’idéal républicain”.

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Emmanuel Frémiet, Statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides, Paris, 1874

La « paysanne de France abandonnée par son roi et brûlée par l’Église » prend place dans les discours du Parti communiste de Maurice Thorez. Une réinterprétation historique de la légende de Jeanne d’Arc a été nécessaire pour intégrer la pucelle dans le patrimoine communiste. Passant évidemment par une mise à l’écart de la « dimension religieuse ». Pour la gauche, Jeanne d’Arc représente la fille du peuple et l’oppression induite par les nobles et l’Église.

Pour la droite, l’incarnation du nationalisme et de l’identitaire établissent les caractéristiques de celle-ci sont célébrées chaque année depuis 1988. Le combat contre l’oppresseur régit les discours, tandis que Jeanne d’Arc repousse l’envahisseur anglais, les contemporains doivent faire face aux oppresseurs étrangers. Le rendez-vous est donné chaque deuxième dimanche du mois de mai pour les sympathisants royalistes et de l’extrême droite, un défilé est organisé en hommage à celle qui a libéré la ville d’Orléans.

 

La « Marseillaise de la Libération »

Hymne à la libération, en 2019 le « chant des partisans » fait l’objet d’une exposition temporaire au musée de l’Ordre de la Libération à Paris. Son histoire reste à ce jour encore méconnue tandis que les cérémonies officielles et les différentes reprises ont popularisé le chant des résistants qui a son tour devient un symbole politique et social.

L’histoire prend ses racines en 1941 avec la guitariste et chanteuse Anna Marly, une aristocrate née Anna Betoulinsky en 1917 en Russie dans la ville de Pétrograd en pleine révolution d’Octobre et exilée en France peu après. Contrainte à s’exiler à nouveau à cause de la guerre, en Angleterre cette fois, elle côtoie les Forces françaises libres et les cercles russophones résistants. La bataille de Smolensk et le rôle des Partisans soviétiques ouvre la porte à la composition de La Marche des partisans. Une prise de conscience patriotique pose les mots d’une chanson russe à succès.

Séduit par une mélodie facilement identifiable et des paroles fortes, le journaliste Emmanuel d’Astier de la Vigerie repère la compositrice et le potentiel de la chanson lors d’une soirée. Il en fait part en mai 1943 au résistant et animateur radio André Gillois qui cherche un indicatif pour son émission dont il est figure de proue Honneur et Patrie, diffusée par la BBC. Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon sont appelés à collaborer avec Anna Marly pour écrire une version française, La Marche des partisans devient le chant des partisans.

Voyage à travers le temps : des Russes blancs aux Gilets Jaunes

Puissance des mots, popularité et patriotisme ont rythmé le siècle. D’émission en émission la chanson est reprise par les plus grands : Les choeurs de l’Armée rouge, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Zebda, Noir Désir et bien d’autres. À l’instar du symbole intemporel de Jeanne d’Arc, le chant des partisans inspire les classes politiques à résister contre l’oppression. Le groupe Zebda a remis au goût du jour la chanson populaire sur fond de lutte sociale et fraternel appelant à combattre les discriminations, un « hymne contre l’oppression du peuple par un autre » qui prend le titre de « Motivé – Le Chant des partisans » en 1997.


Plus récemment les paroles ont pris un sens politico-social contestataire vis-à-vis d’une politique « violente, injuste et insupportable ». Le mouvement des gilets jaunes qui a, au fil des 16 derniers mois a cristallisé le mécontentent social s’est également re approprié les paroles de l’œuvre lors des manifestations sur l’ensemble du territoire français.

« Ami, entends-tu le vol noir de la finance sur nos payes » ; « Macron, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

Aujourd’hui classé « Monument historique » depuis 2006, le manuscrit original de l’œuvre devenu propriété de l’État est conservé à Paris musée de la Légion d’honneur.

Crédit photo : Image à la Une : @leo.jeje Jeanne d’Arc présentée à la Vierge et l’enfant Jésus (détail), Sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Barbe, Domrémy-La-Pucelle

18 mai 1096 : un jour sanglant pour la communauté juive

Massacre des Juifs à Metz lors de la Première croisade, A. Migette, XIXè siècle, Musée de la Cour d’Or.

Le 18 mai 1096, environ 800 juifs sont assassinés à Worms en Allemagne. La première croisade lancée par le Pape Urbain II en 1095 soulève une masse paysanne inattendue. En marche pour rejoindre Jérusalem, les foules chrétiennes s’abattent sur les juifs, considérés depuis longtemps, comme des « ennemis de Dieu ».

Le 7 novembre 1095, le pape Urbain II clôt le concile de Clermont en lançant un appel à la croisade pour libérer le tombeau du Christ. Alors que princes et barons se préparent à partir le 15 août de l’année suivante, le message du pape à un incroyable retentissement dans les villes et les campagnes. Les masses pauvres y voient l’occasion de quitter leurs situations précaires en partant sur les chemins vers Jérusalem. Ces hommes et femmes pauvres ont subi sécheresses et famines, et espèrent, en participant à la croisade, obtenir une vie plus prospère et un espoir de salut. Ils constituent ainsi ce qu’on appelle une croisade populaire. Ils partent sans argent, ni provisions, vers la ville de Jérusalem, sans vraiment savoir où elle se trouve…

Saint Urbain II prêchant la croisade, Jean Fouquet.

Le massacre de Worms

Le 18 mai 1096 Emich de Flonheim, à la tête d’un contingent, arrive à Worms. Lui et ses croisés (ceux qui participent à la croisade) font courir le bruit que les juifs ont empoisonné les puits et noyé un chrétien. Bien que l’évêque de Worms ait tenté de protéger la communauté juive, les troupes d’Emich de Flonheim assassinent environ 800 juifs. Certains d’entre eux se convertissent en urgence, d’autres préfèrent mourir que de se faire baptiser. Worms est malheureusement loin d’être la seule ville touchée par ce genre de barbaries. Mayence, Cologne ou Spire sont ainsi « purgées » de leur population juive. « Brusquement ils attaquèrent un petit groupe de juifs, les mutilèrent et les mirent en pièces, démolirent leurs maisons et leurs synagogues. À la vue de cette cruauté, environ deux cents d’entre eux prirent la fuite dans la nuit, mais les croisés les découvrirent, ils en firent un carnage identique et les dépouillèrent de tous leurs biens » rapporte le chroniqueur Albert d’Aix à propos du massacre de Cologne.

Exécution de Juifs (reconnaissables à leur chapeau d’infamie « judenhut », ) lors de la Première croisade, illustration d’une Bible française, 1250

Le juif, l’« ennemi de Dieu »

« Un jour, des hommes, qui en vue de l’expédition en Terre Sainte avaient pris la croix, commencèrent à murmurer en ces termes : notre intention est d’aller massacrer les ennemis de Dieu en Orient, non sans avoir à traverser d’immenses territoires, alors que nous avons sous nos yeux les juifs; or il n’existe pas de race plus hostile à Dieu » (propos du célèbre moine Raoul Glabert). Avant de délivrer les lieux saints aux mains des ennemis musulmans, pourquoi ne pas s’occuper en premier des ennemis plus proches et plus visibles que sont les juifs ? Tenus pour responsables de la passion du Christ, les « ennemis de Dieu » s’avèrent être relativement riches. Ils ont le droit de prêter de l’argent, aucun interdit religieux ne les en empêchant. Beaucoup de chevaliers qui mènent les croisades sont endettés auprès de juifs usuriers. Les éliminer permet donc de supprimer les dettes et de récupérer suffisamment d’argent pour entreprendre la suite du voyage. Tout cela, sous couvert religieux, alors que l’Église s’est opposée à la persécution des juifs.

La majeure partie des croisés n’atteindra pas Jérusalem. La plupart mourront en effet d’épuisement, de faim, de maladie ou tués par les défenseurs des villes traversées. Les chroniques hébraïques feront des juifs massacrés en Rhénanie des martyrs qui ont préférés mourir que de trahir leur religion. Rappelons néanmoins que ce ne sont pas que les masses populaires qui se sont livrées aux violences. Des barons y ont également participé.

Enfin, l’historien américain David Nirenberg expliquent que les massacres de Rhénanie « occupent une place importante dans l’historiographie juive moderne et sont souvent présentés comme le début d’un antisémitisme qui ne disparaîtra pas par la suite et dont le climax sera la Shoah ».

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