Episode 3 – Quels sont les clubs ayant profité de l’interruption des championnats ?

Après trois mois d’interruption à cause de la crise du coronavirus, les équipes de Liga, de Premier League et de Serie A ont pu reprendre la direction des terrains, respectivement les 11, 17 et 20 juin. Environ un mois plus tard, peut-on dire que la pause due au Covid-19 a changé les dynamiques de ces championnats ? Quels clubs ont profité de ce break et au contraire, quelles équipes ont souffert de cette coupure ? Pour ce dernier épisode, direction l’Italie avec la Serie A.

En mars, l’Italie est le pays le plus sévèrement touché par le coronavirus. C’est donc sans surprise que son championnat de football doit se mettre en pause le 9 mars. On reste donc sur un Sassuolo – Brescia qui se termine sur le score de 3-0. A ce moment, rien n’est encore joué en Serie A et il y a du suspens à tous les étages. En tête on retrouve la Juventus évidemment, mais le championnat est loin d’être acquis tant le niveau de jeu de la Vieille Dame inquiète sous Sarri. Ils restent tout de même sur une victoire très importante contre l’Inter de Milan (2-0). Derrière, ça pousse avec notamment la Lazio, à seulement un point, avec une meilleure attaque et une meilleure défense. L’Inter, qui a longtemps occupé la tête du championnat est à neuf points mais avec un match en moins (la 25ème journée avait été interrompue). Enfin la flamboyante Atalanta (meilleure attaque du championnat) qui reste sur quatre victoires consécutives a encore son mot à dire, sachant qu’elle compte elle aussi un match en moins. Elle semble quand même trop loin pour espérer le titre.

Derrière ce quatuor, l’AS Rome peut encore espérer la Ligue des Champions, mais l’équipe de Paulo Fonseca a beaucoup de mal à enchaîner les bonnes performances cette saison. Ils restent sur 3 défaites et 2 victoires lors des cinq derniers matchs. Derrière, l’AC Milan voir même l’Hellas Verone, qui fait une bonne saison, se battront jusqu’à la fin pour obtenir leur billet pour la Ligue Europa. Naples, vainqueur de la coupe d’Italie, est d’ores et déjà qualifiée pour la Ligue Europa. Pour la Ligue des champions, ce sera plus compliqué voire mission impossible. Pour le maintien, ça se jouera sans doute entre Lecce et les deux clubs de Gênes (Genoa et Sampdoria). Pour Brescia et la SPAL en revanche, ça sent bon (ou plutôt mauvais) la Serie B.

La Juve encore et toujours

Le premier grand gagnant de cette reprise, c’est la Juventus de Turin. C’est paradoxal quand on regarde ses derniers résultats : défaite 4-2 contre le Milan, match nul face à l’Atalanta et Sassuolo. Pourtant, les Bianconeri comptent aujourd’hui six points d’avance sur son dauphin, l’Inter de Milan. Attention tout de même, parce qu’avec cinq matchs encore à jouer, la Juventus n’est pas à l’abri, surtout qu’elle affronte la Lazio lors de la prochaine journée, ainsi que l’AS Rome lors de la dernière. Elle pourra compter sur un Cristiano Ronaldo en forme, avec sept buts en autant de matchs depuis la reprise. Le portugais vise d’ailleurs le prix de capocanoniere (meilleur buteur), il compte un but de moins que Ciro Immobile de la Lazio.

Si la Juventus ressort autant gagnante de cette reprise du championnat, c’est peut-être finalement grâce à ses concurrents directs. Surtout la Lazio, qui avant la pause, était à un point de la Juve et semblait en mesure d’aller chercher le titre. Cette saison, ils avaient d’ailleurs battu deux fois la Vieille dame (en championnat et en supercoupe), à chaque fois sur le score de 3-1. Mais depuis la reprise cette équipe n’est que l’ombre d’elle même : seulement deux victoires pour quatre défaites et un match nul. Les voilà relégués à la quatrième place avec huit points de retard sur la Juve.

Cette méforme de la Lazio a profité à l’Inter, qui connaissait un petit coup de mou avant l’interruption (deux défaites sur les cinq derniers matchs). Les Nerazzuri en ont profité pour reprendre la deuxième place. Mais depuis la reprise on ne peut pas dire qu’ils aient totalement profité de la petite méforme de la Juve. Avec deux défaites, dont une largement évitable face à Bologne, ils restent à distance du leader avec un calendrier très compliqué. Sur les cinq derniers matchs, ils affronteront l’AS Rome, Naples et l’Atalanta Bergame.

Le club de Bergame est l’équipe la plus en forme du championnat, avec 28 points pris sur 30 possibles lors des dix derniers matchs. Alors qu’ils comptaient 15 points de retard sur la Juve avant la reprise, ils ne sont plus qu’à sept points. Ils auraient même pu faire mieux après leur grand match face aux Bianconeri, qui s’est finalement soldé par un match nul 2-2. Encore une victoire et la meilleure attaque du championnat (93 buts) sera sûre de disputer à nouveau la Ligue des Champions l’an prochain.

QUI ira directement en ligue europa ?

Sauf énorme surprise, ce sont donc la Juve, l’Inter, l’Atalanta et la Lazio qui iront en Ligue des Champions. Il reste donc deux place pour la Ligue Europa à aller chercher : la cinquième place qualifie directement et la sixième (ou septième, cela dépendra du classement de Naples) enverra l’équipe aux tours préliminaires. deux clubs vont batailler jusqu’à la fin pour sauver leurs saisons en demi-teinte : L’AS Rome et l’AC Milan. Pour la Louve, c’est une déception, puisqu’elle pouvait encore espérer accrocher le wagon pour la Ligue des Champions, mais même après la reprise, elle s’est montrée trop irrégulière avec quatre victoires et trois défaites. Alors qu’elle comptait six points d’avance sur Naples et neuf sur Milan avant la pause, elle n’a plus quatre points d’avance sur ses deux concurrents.

Les Rossoneri sont les plus en forme des trois avec cinq victoires et deux nuls en sept matchs, dont trois très importantes contre la Roma justement, mais aussi la Lazio et la Juve sur des gros scores (3-0 et 4-2). Il leur reste un gros choc face à l’Atalanta mais à part cela, le calendrier est plutôt abordable pour l’AC Milan. Attention tout de même à Sassuolo qui est en bonne forme. De son côté, Naples n’a pas réussi un retour flamboyant, avec quatre victoires, deux nuls (dont un face au Milan) et une défaite, mais l’équipe de Gattuso, en remportant la coupe d’Italie aux dépens de la Juve, s’est assurée de disputer la Ligue Europa l’an prochain. En Décembre dernier l’équipe était en crise après que les joueurs aient refusé une mise au vert imposée par leur président. La Ligue Europa sera une maigre consolation pour une équipe qui a pris l’habitude de jouer la Ligue des Champions tous les ans. L’Hellas Vérone et Parme, qui pouvaient encore faire partie de cette bataille pour l’Europe, se sont complètement effondrés.

les Rossoneri sont revenus en grande forme depuis la reprise.

Lecce peut encore espérer le maintien

En bas du classement, on note tout d’abord l’excellent retour de la Sampdoria, qui flirtait avant la zone rouge et qui compte désormais neuf point d’avance sur le premier relégable Lecce. Torino et l’Udinese, également en mauvaise posture ont également pris leur distance. Cela donne donc un match entre le Genoa, 30 points et Lecce, 29 points. Depuis la reprise, le Genoa compte un match nul de plus que son concurrent direct, mais tout reste à faire. Les deux clubs s’affronteront dimanche pour le compte de la 34ème journée. Un match décisif donc pour les deux équipes, mais pas encore une « finale » puisqu’il restera encore quatre matchs ensuite. Lecce a le calendrier le plus favorable puisqu’ils n’affronteront aucune équipe au-dessus de la 10ème place, tandis que le Genoa affrontera l’Inter, Sassuolo et L’Hellas lors des trois derniers matchs. Ils auront aussi à affronter la Sampdoria dans le derby de Gênes. A ce niveau-là donc avantage Lecce. Mais rien n’est joué pour autant.

Ce n’est pas encore officiel mais on connaît déjà sûrement les deux premiers relégués en Serie B, à savoir Brescia et la SPAL. Depuis la reprise, c’est cinq points pris pour les premiers et seulement un seul pour le second. C’est trop peu pour espérer se maintenir. Seul un miracle pourrait les sauver.

la claque reçue face à l’Atalanta condamne presque le club lombard

L’interruption due au coronavirus aura donc largement influencé cette saison de Serie A. Rien n’est encore joué pour le titre même si la Juventus a désormais une avance importante. La Lazio s’est écroulée dans cette course, au contraire de l’Atalanta qui est revenue encore plus forte. Le suspens reste entier pour le maintien. Voilà donc la fin de notre série sur comment la pause covid-19 a relancé les championnats européens, faisant évolué en bien ou en mal le destin de certains clubs.

crédit photo : Roman Mirtain

Serie A : ces trois joueurs à suivre pour la fin de saison

Pour le dernier épisode de notre série sur les joueurs à suivre, nous parlons de la Serie A. Dans un championnat où Ronaldo, Dybala et bien d’autres se disputent le titre de meilleur joueur du championnat, certains jeunes joueurs se démarquent. Voici la sélection de ces joueurs à suivre.

1) Sandro Tonali

Le joyau de Brescia est né le 8 mai 2000, à Lodi au nord de l’Italie. Il va faire toute sa formation à Brescia, avant de réaliser ses débuts professionnels à 17 ans. Dès les premières minutes, la comparaison avec Pirlo est flagrante. De la coupe de cheveux, à la manière de jouer, au club, tous voient en lui la légende italienne. Tonali se fait un nom à l’Euro U19 avec la Squadra Azzura. Pendant les qualifications, le milieu de terrain était remplaçant contre la Grèce et la Pologne. En neuf matchs, il devient titulaire indiscutable et son influence sur le jeu de l’Italie augmente. Le match contre la France en demi-finale de cette compétition arrive et le jeune de Brescia est dans le onze. Les Bleus, emmenés par Amine Gouiri et Mickaël Cuisance, dominent la première mi-temps. L’Italie réussit à marquer grâce à un mouvement initié par Tonali, sur un extérieur du pied, l’Italien trouve Moise Kean dans la profondeur qui va réussir son face à face. La Squadra Azzura perd en finale contre le Portugal mais Sandro Tonali est l’un des meilleurs joueurs de ce tournoi. L’année suivante, l’Italien devient la sensation de Série B et permet à Brescia de remonter pour la première fois en Série A depuis 2015. Cette saison, Tonali enchaîne les prestations de classe mondiale dans une équipe qui se morfond à la 20ème place. Ses performances contre la Juventus ou contre le Napoli ne sont pas passées inaperçues. Roberto Mancini, le sélectionneur de l’Italie, l’appelle en octobre dernier. Des clubs sont venus aux renseignements pour le milieu de terrain en vue du prochain mercato. Tonali voudrait rester en Italie et c’est l’Inter qui tient la corde pour le joueur. Les supporters des Nerazzurri pourront peut-être admirer ce milieu de poche qui se considère lui-même comme un Gattuso plus technique. Il adore aller au duel pour récupérer des ballons. Sa qualité principale reste son toucher de balle et ses passes. Il serait un atout de plus dans le milieu déjà très fourni de l’Inter.

2) Nicolò Barella

Nicolò Barella est né le 7 février 1997, à Cagliari. L’Italien va commencer le football dans le club de sa ville. Il rentre dans le groupe professionnel lors de la saison 2013-2014. Lancé en Série A en mai 2015, alors qu’il n’a que 18 ans, Barella est prêté en Série B, dans le club de Calcio Come. Il y dispute 16 matchs, avant de revenir à Cagliari, qui est entre-temps descendu en Série B. L’Italien dispute l’Euro U19 en 2016 et termine deuxième de la compétition, la Squadra Azzura perd contre la France de Jean Kevin Augustin en finale 4-0. Dans son club formateur, Barella s’installe en tant que titulaire et permet à Cagliari de remonter dans l’élite italienne en 2016. Année après année, le milieu de terrain se transforme et devient plus complet, améliorant même son efficacité devant le but. Transféré pour 36M d’euros lors du dernier mercato estival, cette saison, Barella bénéficie de la confiance de son entraineur, Antonio Conte. Sa saison n’est pas parfaite, car il s’est blessé au genou en octobre. Il est resté loin des terrains pendant un mois et demi, avant de revenir petit à petit et de reprendre sa place de titulaire. Valentin Pauluzzi, le correspondant Italien pour l’Équipe à Milan, le compare à Marco Verratti : « C’est un joueur évoluant à la fois numéro 6 et numéro 8. Il n’a pas son aisance technique (à Marco Verratti) dans le jeu court mais je trouve qu’il a un meilleur jeu long. Il montre aussi beaucoup de personnalité dans la gestion du ballon et il va au charbon. Il est assez complet.« 

3) Ismaël Bennacer

Ismaël Bennacer est né le 1er décembre 1997, à Arles Avignon. Il débute le football dans le club de sa ville, et fait toute sa formation là-bas. À 17 ans, il fait ses débuts professionnels avec son club. Le Fennec va taper dans l’œil du scout français d’Arsenal, Gilles Grimandi. Pendant plusieurs mois, les Gunners vont surveiller le milieu de terrain. Manchester City est également sur le coup, mais Bennacer décide d’aller jouer sous les ordres d’Arsène Wenger. Il fait une seule apparition pour Arsenal, en 2015, en coupe de la ligue, contre Sheffield United. Il s’illustre dans les catégories de jeunes d’Arsenal, mais va partir pour pouvoir avoir plus de temps de jeu. Le Tours FC le récupère pour une demi-saison avant de partir en Italie, à Empoli. En Série B, il s’affirme en tant qu’un des meilleurs milieux du championnat, et permet à son équipe de remonter à l’échelon supérieur. La saison suivante, Bennacer est une des seules satisfactions d’un Empoli qui ne montre pas grand-chose. Au mercato d’été, Lyon et l’AC Milan se battent pour avoir l’Algérien. Le club milanais l’achète pour 16 millions d’euros. Il est l’un des meilleurs joueurs de la compétition. Cette saison, le milieu est un des éléments les plus importants d’un AC Milan qui enchaine le bon et le moins bon. Très souvent aligné au poste de numéro 6, Bennacer brille notamment grâce à sa qualité de passe, de vision de jeu ainsi que sa technique balle au pied. De nombreux clubs s’intéressent à l’international algérien, le PSG et Manchester City feraient partie de ces clubs. Milan ne veut pas se séparer de sa pépite, il faudra donc payer sa clause libératoire, qui s’élève à 50 millions d’euros, pour obtenir l’Algérien.

Crédit photo : BZONAIT

85 % des Italiens veulent-ils quitter l’Union européenne ?

Sur le groupe Facebook « UPR diffusion », un internaute a publié l’image ci-dessus. Il est mentionné « 85 % des Italiens veulent quitter l’Europe. ». Cette affirmation est-elle vrai ?

L’Europe ou l’UE ? Soyons clair. L’UPR, l’Union Populaire Républicaine, a 3 principaux axes pour la France : la sortie de l’euro, la sortie de l’Union européenne et la sortie de l’OTAN. On considère donc que l’internaute a probablement confondu l’Europe et l’Union européenne. L’affirmation corrigée serait donc : « 85 % des Italiens veulent quitter l’Union européenne ».

En Italie, la situation se dégrade depuis février. Dès le 10 mars, l’Italie a confiné l’ensemble de ses habitants sous l’ordre du président du Conseil, Giuseppe Conte. C’est le premier pays européen à avoir instauré des mesures strictes. C’est aussi l’État européen ayant le plus de cas de Coronavirus, au moment de la rédaction de cet article, avec plus de 110 000 cas détectés.

Union européenne ?

Les Italiens se sentent délaissés par l’Union européenne, « si nous sommes une Union, il est temps maintenant de le prouver », alerte Giuseppe Conte, jeudi, dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit. La Chine a envoyé neuf experts chinois, qui sont arrivés le 13 mars à Rome, dans un avion rempli de tonnes de ventilateurs, de matériel respiratoire, d’électrocardiographes, de masques… La Russie a, elle aussi, aidé l’Italie. 15 avions militaires russes, avec, à bord, des virologues et de l’équipement, ont été envoyés entre les 22 et 25 mars en Italie pour contrer l’épidémie. Un 16ème avion a atterri à Vérone, transportant 30 respirateurs artificiels et des fournitures médicales.

Pourtant, l’Union européenne a aussi envoyé des dons. Emmanuel Macron a dénoncé la surmédiatisation de l’aide russe et chinoise à l’Italie « On parle beaucoup de l’aide chinoise ou russe, mais pourquoi ne parle-t-on pas que la France et l’Allemagne ont envoyé deux millions de masques et des dizaines de milliers de combinaisons médicales en Italie ? ». Une Europe qui assiste mais qui n’est plus prise au sérieux ?

Italexit

Afin d’aider à comprendre et à évaluer l’engagement de nombreux italiens dans la volonté de sortir de l’UE, il faut plonger dans les résultats de la dernière élection européenne. Le 26 mai 2019, plus de 50 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour remplir les 79 sièges italiens. À l’annonce des résultats, le constat est simple. Les partis eurosceptiques ont récolté plus de 40 % des voix (34,26 % pour la Ligue de Matteo Salvini et 6,45 % pour Frères d’Italie de Giorgia Meloni). Si on inclut le Mouvement 5 étoiles, qui a une ligne mitigée concernant l’Union européenne, le score exprimant un rejet de la communauté atteindrait plus de 57 % des suffrages. Les partis pro-européens, eux, récoltent plus de 31 % des voix (22,74 % pour le Parti démocrate de Nicola Zingaretti et 8,78 % pour Forza Italia de Silvio Berlusconi).

Enfin, en 2016, 28 % des Italiens estimaient utile d’instaurer un référendum sur un Italexit. Début 2019, ils étaient désormais 49,5 %, selon un sondage réalisé par Community Group Study Center pour le quotidien italien, La Stampa. Un Italien sur deux souhaiterait donc une consultation sur l’avenir du pays dans la communauté européenne. Un tiers de ces électeurs voteraient « oui » sans hésiter.

Résumons la situation politique actuelle :

  • Entre 4 et 6 électeurs exprimés sur 10, ont choisi d’accorder leur bulletin à un parti eurosceptique lors de la dernière élection européenne.
  • L’année dernière, près de la moitié des Italiens interrogés souhaitaient un référendum remettant en cause, plus de 60 ans d’engagement dans la communauté européenne.
  • Une aide européenne devancée par la coopération asiatique (Chine, Russie…). Le soutien des pays membres a été tardif, si lent, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est excusée dans une tribune jeudi 2 avril : « Aujourd’hui, l’Europe se mobilise aux côtés de l’Italie. Mais cela n’a pas toujours été le cas », reconnaît la responsable dans le quotidien La Repubblica.

En se basant sur le sondage du quotidien italien, des résultats du dernier scrutin européen et de la situation actuelle lié au coronavirus, près d’un italien sur deux, voire trois, pourrait avoir la volonté de quitter l’Union européenne. Le chiffre de 85 %, avancé sur le groupe Facebook est donc, aujourd’hui, loin des chiffres réels, aucune source, ni preuve à l’appui.

En abandonnant l’Italie, l’UE joue une nouvelle fois avec le feu

Depuis 2 semaines, la Chine, Cuba et la Russie envoient des renforts pour soulager les Italiens dans la lutte contre le Covid 19. Face à ces aides inattendues, l’Europe peine à soutenir son pays le plus touché par le virus.

Ce week-end, l’Allemagne puis la Suisse ont annoncé voler au secours de la France et de la 2ème région la plus touchée du pays : le Grand Est. « La solidarité exceptionnelle montrée par nos voisins, témoigne de la qualité des relations qui se sont nouées dans l’espace du Rhin Supérieur », indiquent la préfecture du Grand Est et l’ARS Grand Est. Si la France est l’heureuse élue de l’aide européenne, l’Italie, elle, semble oubliée.

De l’autre côté des Alpes, la situation se dégrade depuis fin février. Dans le nord du pays, des premiers foyers de l’épidémie sont détectés. Depuis le 10 mars, l’Italie a confiné tout le pays. C’est le premier pays européen à avoir instauré une mesure si drastique. Cela suffit pour comprendre que l’Italie rentre dans une phase de crise sanitaire sans précédent depuis des décennies. Ce mardi 24 mars encore, l’Italie reste le pays le plus touché par le Covid 19 avec près de 64.000 personnes détectées positives et plus de 6.000 morts. Ces chiffres dramatiques n’ont pas suffi pour que l’Union européenne prenne en considération la pandémie en Italie.


Ce n’est que le 13 mars, plus de 2 semaines après le début de la pandémie, que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen réagit : « Nous sommes absolument prêts à aider l’Italie pour tout ce dont elle aura besoin. C’est de la plus haute importance. Ce pays est gravement touché par le coronavirus. Par conséquent […] nous répondrons à tous leurs besoins ».
Les paroles ne se concrétisent pas par les actes. Bruxelles a seulement annoncé par la suite suspendre temporairement le respect de certaines règles budgétaires à commencer par celle du déficit public inférieur à 3% du PIB.

Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères

L’UE joue encore le jeu de l’extrême droite italienne

Selon Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) : « À la demande des États, la santé publique est un domaine qui relève de leur compétence et non de l’Union européenne ». Mais pour Rome, l’assouplissement des règles budgétaires n’est pas suffisant pour éviter les décès par centaines dans ses hôpitaux. Face à cette absence de solidarité européenne, une phrase suffit à elle-même pour illustrer les rapports plus que jamais tendus entre Rome et Bruxelles : « Nous saurons nous souvenir des pays qui nous ont été proches.».
Cette phrase, signée Luigi Di Maio, ministre des affaires étrangères, n’est pas anodine. Issu du Mouvement 5 étoiles, autrefois partisan de la sortie de l’Italie de l’Union européenne, le ministre italien n’a jamais vraiment apprécié la gouvernance de l’UE. Son parti est arrivé au pouvoir en 2018 dans un contexte post-crise migratoire. Pendant plusieurs années, l’Italie voyait débarquer des bateaux de fortune venant de l’autre côté de la Méditerranée. Le pays demandait l’aide de l’Union. Mais le continent n’a pas trouvé des solutions à la hauteur de leur importance. Rome a dû gérer quasiment seule, avec l’aide de quelques associations, de la crise migratoire qui concernait toute l’Europe.


Le scénario se reproduit aujourd’hui, et des voix s’élèvent en France contre cet abandon. « On attendait des institutions européennes qu’elles mettent en commun l’ensemble des matériels et des dispositifs médicaux qui auraient dû permettre d’intervenir là où les crises étaient les plus aigües » admet Yannick Jadot, député européen EELV. Dans un ton plus solennel, Bruno le Maire, ministre de l’Économie, prévient : si l’UE laissait tomber l’Italie, « elle ne s’en relèvera pas ». Il appelle les États membres à « se rassembler » pour faire face à la crise du coronavirus. « Si c’est le chacun pour soi, si on laisse tomber certains États, si on dit à l’Italie, par exemple, « débrouillez-vous tout seuls« , l’Europe ne s’en relèvera pas ».

5 Mars 2020, Milan, ville fantôme

Quelles solutions pour l’Italie ?

Les Italiens considèrent « que les européens ne sont bons qu’à faire des discours. Ils observent que ce sont les Chinois, les Cubains et les Russes qui ont fourni des renforts », nous raconte Alban Mikoczy, journaliste pour France Télévisions à Rome.
En effet, ce sont des pays bien plus éloignés qui répondent à l’appel des italiens. Le 12 mars, la Chine, berceau de l’épidémie, envoie 9 experts médicaux du pays et des milliers de masques de protection. Pékin a également annoncé livrer plusieurs tonnes de matériel médical. Selon Francesco Rocca, président de la Croix-Rouge italienne, l’avion contient « des ventilateurs, du matériel respiratoire, des électrocardiographes, des dizaines de milliers de masques et d’autres matériels de santé ».


En plus de l’aide chinoise, les renforts du monde entier ont continué à affluer ce week-end. Samedi 21 mars, 52 médecins et infirmiers quittent Cuba pour rejoindre la Lombardie, où le personnel médical de la région ne suffit plus face au nombre de malades. Dimanche 22 mars, c’est au tour de la Russie d’envoyer des centaines de virologues expérimentés de l’armée russe mais aussi 9 avions et 100 militaires sur le sol italien au sud de Rome. Une aide qui reste à relativiser : selon la protection civile italienne « Les Russes ont envoyé des respirateurs à 80% inutilisables. Le coup de communication est déjà réussi », nous explique Alban Mikoczy.

Giuseppe Conte, 1er ministre italien devant le Parlement européen

L’Italie tente de mobiliser l’UE

Malgré l’abandon européen, Rome continue d’émettre des idées. L’Italie propose à ses partenaires européens la création de « corona bonds » pour obliger à mutualiser les dettes des pays de la zone euro. Mais ce système ne va peut-être pas convaincre tous les pays de l’UE. Il a été envisagé auparavant, mais le nord de l’Europe, dont l’Allemagne, était contre ce projet.


L’Italie propose également un recours au MES (Mécanisme Européen de Stabilité). Selon le site « Toute l’Europe« , cela permet d’accorder des prêts à un État en difficulté à des taux d’intérêts bas. Le MES peut également en cas de risque d’endettement trop important, octroyer une assistance financière par précaution.


Selon la présidente de la Commission européenne : « La pandémie du coronavirus est un test pour nous tous, c’est un défi sans précédent pour nos systèmes de santé et un choc pour nos économies ». Pour rester unie, l’Union européenne devra développer autre chose qu’un marché commun : la solidarité des peuples.