Magda Wiet-Hénin (en rouge)

Magda Wiet-Hénin (Taekwondo) : « Tokyo 2021, mon objectif prioritaire »

La Nancéienne Magda Wiet-Hénin fait partie des jeunes talents que compte le taekwondo français. Après les reports des Jeux Olympiques de Tokyo à l’année prochaine, la sportive de 24 ans a désormais une année pour se préparer pour réaliser son rêve : repartir du Japon avec le plus beau métal. 

Le taekwondo français s’est souvent résumé à un nom, celui de Pascal Gentil. Le double médaillé olympique a laissé un héritage conséquent. La Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées compte aujourd’hui plus de 54 000 licenciés dont Magda Wiet-Hénin. La native de Nancy, 3ème au championnat du monde sénior et 2ème au championnat d’Europe, fait figure de future porte-étendard du taekwondo tricolore. Confinement, reprise, ambitions… Magda Wiet-Hénin s’est confiée pour CAQS.

C’était une période compliquée pour le sport français. Comment avez vous vécu ce confinement ?

Magda Wiet-Hénin : Cela s’est bien passé car nous étions deux avec Dylan (Chellamootoo, son compagnon et international français de taekwondo). C’était plus facile pour continuer les entraînements, garder la forme et la motivation. Nous avions également des entraînements programmés sur Zoom ainsi qu’un rendez-vous quotidien pour nous indiquer quoi manger et éviter de prendre trop de poids. Nous avions deux séances par jour, physique ou taekwondo, dont une avec le coach.

Quel ressenti avez-vous eu sur le report des Jeux Olympiques de Tokyo ?

MWH : J’étais plutôt contente de ce report. Quand j’étais chez moi, c’était pour me maintenir en forme mais je n’ai pas pu développer mes qualités et je ne me voyais pas préparer une aussi grosse compétition en restant seulement à la maison. C’est plus simple pour moi que ce soit reporté à l’année prochaine. Et aussi, avec un an de plus, je peux mieux me préparer.

Comment s’est passé votre retour à l’INSEP ?

MWH : Nous avions un premier stage de trois semaines pour le retour. J’étais un peu énervée au début car nous n’avions pas le droit de faire de l’opposition. Mais finalement cela nous a fait du bien de revenir pour revoir les bases et le rythme qui nous manquaient. Nous sommes repartis tranquillement pour minimiser le risque de blessure, qui peut souvent arriver après des périodes comme celle qu’on a vécue. Nous avons vraiment relancer la machine pour le prochain stage à Boulouris dans une semaine où nous pourrons enfin pratiquer l’opposition, comme pour une compétition.

En savez-vous un peu plus sur le calendrier national et international ?

MWH : Pour l’instant nous sommes dans le flou, nous avons zéro date pour les compétitions à venir. Nous attendons encore les dates pour le tournoi de qualification pour les Jeux Olympiques, mais aucune nouvelle sur ce sujet nous a été donnée.

Les Jeux Olympiques de Tokyo auront lieu presque vingt ans après vos débuts en taekwondo. Une célèbre chanson raconte que « vingt ans après c’est le moment ». Est-ce que ça sera le vôtre ?

MWH : J’aurai encore que 25 ans, donc ça ne fera pas vraiment vingt ans encore (rires). C’est vrai par contre que cela fait dix ans que je fais du haut niveau et, à mon sens, c’est un très bon cap pour être prête. Il faut environ une décennie pour avoir le niveau olympique, c’est vraiment le bon moment. J’ai que vingt-quatre ans mais j’ai déjà une bonne expérience. Les bonnes conditions sont réunies pour aller sur la plus haute marche du podium lors de ces JO. C’est mon objectif depuis que je suis toute petite. C’est mon objectif prioritaire. A Rio en 2016, j’étais remplaçante et c’était une expérience enrichissante mais depuis cette date je n’ai fait que progresser. 

Vous parlez d’expérience, vous en avez eu beaucoup grâce à votre mère (Valérie Wiet-Hénin, championne du monde de kick boxing). Est-ce compliqué parfois de faire partie d’une famille de champions ou au contraire cela vous pousse à être meilleure ?

MWH : Cela nous rend meilleur c’est sur. Je peux lui demander beaucoup de conseils aussi bien sur la motivation que sur la nutrition à avoir. C’est comme si c’était dans mon sang de vouloir réussir des compétitions. Mais cela ne me dérange pas d’être vue comme une fille d’une grande sportive.

Quand le grand public pense au taekwondo français, il pense à Pascal Gentil. Onze ans après sa retraite, le taekwondo français manque-t-il de figure majeure comme peut l’être Teddy Riner pour le judo ?

MWH : Grâce à Pascal nous avons eu beaucoup de médiatisation par le passé mais il est vrai que nous manquons de tête d’affiche en ce moment. J’ai vu qu’il s’intéressait au Ministère des Sports. Si cela se fait, ça ne pourrait être que positif pour notre sport. Il aura envie de faire partager un univers qu’il connait. Le taekwondo est un sport de valeurs et surtout c’est beau à regarder. Avoir un ambassadeur comme Pascal Gentil, ça ne peut être que positif.

En 2012, le taekwondo a évolué avec l’arrivée du plastron électronique. En 2017, le sport change de règles pour qu’il soit plus offensif. Peut-on s’attendre à d’autres changements dans le futur ?

MWH  : Les premières évolutions étaient obligatoires pour être maintenue au niveau olympique. L’objectif était de réduire les erreurs pour rester au sein des J.O. Les règles évoluent encore, il y a même pas un an, un nouveau système de point est arrivé pour que le sport soit plus attractif. Les coups de pieds retournés rapportent désormais plus de point qu’un coup de pied basique. C’est évidemment aux sportifs de s’adapter à ces changements mais c’est vraiment important de faire ces modifications.

Vous êtes à la recherche d’un contrat d’insertion professionnelle pour le rentrée, alors que vous avez le statut de sportive professionnelle. A-t-on encore du mal à bien rémunérer les athlètes de haut niveau dans les sports de combat en France ?

MWH : De par le fait qu’on ne soit pas médiatisé, on manque de visibilité et automatiquement c’est compliqué d’avoir des sponsors, contrairement au judo. Nous au taekwondo, nous n’avons pas l’impression d’être un sport professionnel. Mon conjoint a eu la chance de rentrer à la SNCF, qui propose de rejoindre l’entreprise après l’arrêt de la carrière sportive.

Vous parlez d’un problème de visibilité de votre sport. Est-ce que les J.O de 2021 feront franchir un cap au taekwondo en France ?

MWH : J’espère ramener la plus belle médaille et mettre en avant le taekwondo. Je ferai tout pour en faire parler et montrer la qualité et les valeurs de ce beau sport. Etre la meilleure ambassadrice possible, pourquoi pas si j’en ai l’opportunité.

Crédit photo : Magda Wiet-Hénin

Mathias Biabiany (escrime) : « Nous avons eu le sentiment de ne pas être abandonnés »

À 25 ans, l’escrimeur Mathias Biabiany s’inscrit dans cette jeune génération de sportifs français qui rêvaient de pouvoir aller cet été à Tokyo, pour y disputer les Jeux Olympiques. Malheureusement, la pandémie de Covid-19 a mis à terre le sport mondial et décalé la plus prestigieuse des compétitions sportives à l’année prochaine.

C’est dans sa Guadeloupe natale, que l’épéiste du club d’Escrime Rodez Aveyron, a passé son confinement. L’année 2020 devait être celle de la reprise pour lui après une grave blessure au genou survenue deux ans auparavant. Mathias Biabiany raconte pour CAQS comment il a vécu le confinement, le retour à l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Expertise et de la Performance) et nous livre son regard sur le sport dans les Antilles.

Vous êtes rentré en Guadeloupe pendant le confinement, pouvez vous nous parler de votre ressenti vis à vis de la crise sur place ?

Mathias Biabiany : Le confinement s’est bien passé pour moi. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer en Guadeloupe avant l’annonce du Président. J’avais de la place car j’étais chez mes parents, même si ma mère passait du temps à l’hôpital (elle est infirmière), j’en profitais pour partager de précieux moments avec mon père. Comme il faisait partie de la population à risque, c’est moi qui me chargeais de toutes les tâches à l’extérieur. Cela faisait 10 ans, depuis que j’étais parti en métropole, que je n’étais pas resté autant de temps avec eux.

Le sport mondial était arrêté, mais vous avez continuez vos entraînements. C’était une volonté personnelle de maintenir la forme ou alors des consignes de la Fédération Française d’Escrime ?

MB:  Nous avons eu un contact avec nos entraîneurs au début du confinement, la DTN nous envoyait régulièrement des mails pour savoir comment nous, athlètes, nous nous portions. On a vraiment eu ce sentiment de ne pas être abandonné. La seule chose pour laquelle nous étions un peu livrés à nous-même, c’était sur la question de la préparation physique au début mais ils nous ont rapidement envoyé des programmes sportifs quotidiens. On organisait des visioconférences et je faisais chaque semaine des bilans avec Anne-Laure Morigny, ma préparatrice physique à l’INSEP.

Avant le début de la crise vous aviez fait quelques tournois (Allemagne, Qatar), les premiers après votre rupture partielle du tendon rotulien. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

MB : C’était un vrai plaisir pour moi de recommencer les compétitions. Mais cette période « test »  a été un peu écourtée car peu après j’ai ressenti de nouvelles douleurs au genou. Personnellement cet arrêt des compétitions m’a aidé, j’ai ainsi pu mieux m’entrainer et m’améliorer physiquement et mentalement.

Vous êtes revenu à l’INSEP le 5 juin, comment s’est passé un tel retour ?

MB : Cela a été un petit retour car tout le groupe n’était pas revenu. Au tout début nous étions que cinq garçons. Mais cela a été super interessant car notre reprise a été individualisée. Nous avons pu mettre en place avec le Service Médical et le Service de Réathlétisation de l’INSEP des tests physiques et psychologiques. On peut donc repartir sur une base de données très solides et plus complètes qu’avant. J’ai pu ainsi en apprendre plus sur ma morphologie et mes capacités.

Votre coéquipière Cécilia Berder évoquait la nouvelle façon de travailler la semaine dernière, avec de nouveaux test, ce qui lui a permis de « redevenir athlète », c’est aussi votre point de vue ?

MB : C’est exactement ça. Pour nous, trois mois sans sport c’est impossible. En vingt ans de carrière, cela ne m’était jamais arrivé. Il faut revenir et apprécier le goût de l’effort. Il faut réapprendre à être un athlète de haut niveau, ce qui n’est pas la même chose que pour un sportif normal. Cela m’a permis de redécouvrir ma discipline et mon corps. Nous avons un an, avant les Jeux Olympiques, pour que nous, les athlètes, puissions revenir meilleurs qu’avant.

Depuis le déconfinement, en savez-vous un peu plus sur le calendrier national et international de la FFE ?

MB : Nous attendons les directives gouvernementales car il existe encore des pays où le confinement est encore en place (Brésil) ou des régions encore très touchées par la pandémie, comme en Italie et Espagne. Mais nous attendons également des directives internationales car à l’heure actuelle, aucune de date officielle n’a été trouvée pour l’organisation des Jeux Olympiques de Tokyo. Tant que la période ne sera pas précisément définie, la Fédération Internationale d’Escrime et la Fédération Française d’Escrime ne pourront pas mettre en place de programmes de compétitions.

Il y a 10 ans, vous quittiez votre famille et la Guadeloupe pour venir commencer votre carrière en métropole. Est-ce toujours une nécessité de partir pour un jeune athlète antillais ?

MB : Nous avons la chance d’avoir de très bons entraîneurs et formateurs dans nos îles mais nous sommes obligés de partir vers un centre de formation si l’on veut continuer. Il en existe un seul aux Antilles: le CREPS Antilles-Guyanne. Aujourd’hui, par soucis de combativité et de compétitions, les jeunes escrimeurs sont obligés de partir en métropole. Mais je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire sur place, c’est une question de volonté car nous avons les infrastructures. Certaines fédérations comme l’athlétisme retournent en Caraïbes pour s’entraîner depuis longtemps. Nous nous venons juste d’y retourner cette année alors pourquoi ne pas persister ? J’espère qu’un jour les sportifs antillais n’auront plus à se déplacer en métropole pour performer.

Vous êtes alors optimiste pour le sport antillais ?

MB : Tout à fait. Je pense qu’il faut développer davantage la formation sur nos îles et créer d’autres centres d’entraînement de haut niveau. Nous devons accroitre nos structures locales, acquérir un savoir-faire et l’étendre sur le territoire ultra-marin. Environ 80% des athlètes en équipe de France d’escrime sont d’origine antillaise, cela démontre bien que nous avons du talent. En tout cas il y a quelque chose à faire pour que demain nous puissions faire émerger nos futurs jeunes et développer l’escrime aux Antilles.