(Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

À la veille du second tour des municipales, les incertitudes planent toujours pour Bordeaux. Alors qu’aucune majorité ne se dessine, l’espoir s’invite aux côtés de Pierre Hurmic. Le candidat des Verts et de la gauche s’est placé à seulement 96 voix du maire sortant Nicolas Florian. Après 75 ans au pouvoir, la donne va-t-elle changer pour la droite bordelaise ? 

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne et Lille, tour d’horizon à Bordeaux pour la dernière ligne droite des municipales. Un écart de 96 voix séparait, le 15 mars au soir, le bourgmestre actuel et la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND). Nicolas Florian, tête de liste de « l’Union pour Bordeaux » (LR, Modem, UDI, Agir et LREM) qui succède Alain Juppé, démissionnaire en 2019, ramène la course aux municipales à trois candidats après une alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait tout de même été qualifié au second tour avec 12,69 % des voix. Pour résumer les résultats de ce premier tour, Nicolas Florian, en tête avec 35,56 %, est suivi du candidat écologiste et socialiste qui cumule 34,38 % des voix. S’y ajoute Thomas Cazenave (12,69 %, 6.976 voix). Philippe Poutou de la liste « Bordeaux en Luttes » (NPA et FI) rallie 6.470 sympathisants soit 11,77 % des votants.

Un taux d’abstention fortement élevé en raison du Covid-19 : 63 % des électeurs n’ont pas voté. C’est 56.000 votants sur 151.000 électeurs inscrits. La tranche d’âge 18-34 ans, plébiscitée notamment par la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND) n’était pas au rendez-vous. Un choix de la part des votants qui ne confortent pas les logiques des alliances et du contexte actuel.

À droite, « éclaircir le paysage politique »

Le 1er juin marque la signature d’un accord de liste commune entre le maire sortant Nicolas Florian et le candidat LREM Thomas Cazenave. Un rapprochement qui n’a rien de surprenant selon Philippe Poutou qui parle d’un « non-évenement ». Les discussions ont déjà été entamées depuis un moment. L’alliance qui naît de la difficulté du premier tour de se retrouver face au candidat socialiste et écologiste marque également une alliance des projets. Cette dernière d’autant plus nécessaire pour le candidat LREM qui indique que « la crise que nous traversons appelle à unir les compétences. », s’agissant ainsi de « dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation ». Une alliance surprenante qui dépasse l’incompatibilité politique initiale avec le maire sortant : « je veux atteindre le niveau le plus élevé » avait-il annoncé après le premier tour.  La fusion défendue par Cazenave laisse place à un nouvel accord électoral mal vu par certains électeurs mais également par l’opposition accusant « des moeurs politiques d’une autre époque ». Dans son communiqué, le candidat LREM défend la fusion des deux listes en indiquant « qu’aborder le second tour de l’élection municipale sans rien changer est aujourd’hui inconcevable ».

Cette liste du rassemblement menée par Nicolas Florian doit intégrer 17 colistiers de Thomas Cazenave issu de la liste « Renouveau Bordeaux » dont 13 membres en position éligible. Créant la surprise en début d’année, Benoit Simian, député LREM du Médoc et colistier de Nicolas Florian cède sa place. Cazenave devrait occuper le poste d’adjoint au maire ainsi que la vice-présidence à Bordeaux Métropole.

Les priorités évoluent mais le fond reste le même

Depuis juin, la campagne bat à nouveau son plein. La crise sanitaire fait évoluer les programmes, les candidats se sont adaptés proposant de nouvelles priorités sociales et économiques.

L’union à gauche (EELV, PS, PC, Générations, Nouvelle Donne etc,…) menée par l’écologiste Pierre Hurmic maintient sa volonté de rupture tout en reconnaissant à Alain Juppé un bilan positif en 24 ans. Avec l’objectif d’un « modèle écologique, solidaire et résilient » s’ajoutent les enjeux économiques et sociaux désormais prioritaires dans un programme qui s’adapte au contexte. Augmenter la part des emplois non délocalisables, concevoir une ville autour des services publics, soutenir les associations… Autant de propositions qui tendent vers un modèle « vertueux » afin de « réinventer Bordeaux ». Au projet s’ajoute la lutte contre l’abstentionnisme, clé de ce second tour. La mobilisation n’était pas au rendez-vous. Pour ce second tour, l’argument du vote utile s’invite dans les débats. La liste « Bordeaux respire » compte sur les électeurs de la liste de Thomas Cazenave « Renouveau Bordeaux » et le scepticisme laissé par la fusion avec Nicolas Florian.

Le candidat n’est pas en reste et le fossé reste tout de même étroit. 96 votes seulement derrière le maire sortant et un optimisme à toute épreuve qui donne de l’espoir à l’écologiste.

« Ça ne fait qu’accroître ma détermination, ma combativité, pour remplacer ce pouvoir conservateur qui est prêt à tout pour conserver précisément le pouvoir à Bordeaux. » – Pierre Hurmic

Aux côtés des présidents socialistes de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze apportent un soutien de taille. Hurmic se dit vouloir donner l’image « d’un maire écologiste, apaisant, sobre et de proximité. ».

Outsider du premier tour, Philippe Poutou ferme la marche avec 11,77 % des suffrages exprimés. Le chef de file de la liste « Bordeaux en luttes » maintient ses positions en étant catégoriquement opposé à une alliance avec Pierre Hurmic. Face à « une droite libérale » d’un côté et « une gauche libérale EELV/PS » jugée « inapte » sur le terrain national, Philippe Poutou, fidèle à ses convictions se présente comment seul véritable candidat de l’opposition. Pointant du doigt la fusion LR-LREM, il indique que « « Bordeaux en luttes » sera là pour faire entendre la colère sociale… » dans un tweet, peu après l’annonce de la coalition. Mécontentement qui s’exprime également au lendemain du déconfinement en rappelant que la contestation sociale ne s’est pas éteinte à laquelle s’ajoute l’embrasement lié aux violences policières.

Le programme intègre une démocratie dite « participative », entendant la parole des Gilets jaunes. Il propose la mise en place d’un référendum d’initiative communale ou encore un encadrement des loyers… des propositions tirées de « l’exigence d’un autre monde ». La crise sanitaire forge la détermination du candidat de la gauche qui pointe du doigt la mauvaise gestion de la crise et les inégalités qui en découlent. Dans la dernière ligne droite les objectifs s’affichent clairement : dépasser les chiffres du premier tour et entrer au conseil municipal. « L’heure est à la mobilisation » pour l’anticapitaliste qui espère continuer sur sa lancée après le 28 juin.

Image mise en avant : Livio Ferrero – Hotel de ville, Bordeaux, 2020

(Municicaqs #2) – Dijon, 4ème mandat pour la gauche ?

Après un contexte sanitaire difficile, Dijon doit choisir son maire. Arrivée en tête au 1er tour, la liste de l’Union de la gauche va t-elle confirmer son avance ? La liste de droite pourra t-elle rattraper et créer la surprise ? La liste EELV suivra t-elle la poussée actuelle ?

Dijon, préfecture de la Côte-d’Or, est la seule ville de l’Est de la France, avec Strasbourg, à gagner des habitants. Avec près de 260 000 habitants, c’est aussi le chef-lieu de la région Bourgogne-Franche-Comté. Autant dire que les élections municipales sont un tournant majeur dans la vie de la métropole, du département ainsi que dans le fonctionnement de la région. Un tournant seulement si la municipalité actuelle se renouvelle profondément…

2020 est probablement l’année la plus mouvementée du 21ème siècle. Le covid-19, ayant confiné les Français pendant deux mois, commencerait, selon les médecins, à disparaitre. C’est dans un déconfinement progressif et dans une urgence démocratique que le Premier ministre Édouard Philippe a décidé de placer le second tour des élections municipales au 28 juin 2020. Va t-il y avoir plus d’électeurs qu’au 1er tour ?

Attention : abstention !

Comment se déplacer sereinement au bureau de vote quand la veille, le Premier ministre annonce la fermeture de « tous les lieux accueillant du public non indispensables à la vie du pays » ? Les dijonnais ont préféré rester chez eux. Seuls 36 % des électeurs inscrits se sont déplacés aux urnes le dimanche 15 mars 2020. Le graphique ci-dessous expose une nette augmentation de l’abstention à Dijon, cette année.

Malgré une abstention record, un candidat sort largement en tête.

9 listes étaient proposées aux Dijonnais. Celle de Damien Cantin pour le Rassemblement national, Emmanuel Bichot pour Les Républicains, Sylvain Comparot pour La République en marche, Stéphanie Modde pour Europe Écologie Les Verts, Bruno Louis pour la liste écologiste indépendante, François Rebsamen pour l’Union de la gauche, Arnaud Guvenatam pour la France insoumise, Claire Rocher pour Lutte Ouvrière et Jean-Baptiste Gavignet pour une liste « divers ». Entièrement composée d’avocats, la liste nommée « NOUS NE BATTRONS PAS EN RETRAITE » fait référence à la réforme des retraites du gouvernement.

Pour rappel, pour se maintenir au second tour, une liste doit atteindre au moins 10 %. Une situation parfois frustrante quand une liste rate de peu le seuil, comme Rémi Gaillard à Montpellier et ses 9,58 %. Les listes de 5% et plus, peuvent fusionner. À Dijon, 3 listes se qualifient pour le second tour. La liste « DIJON C’EST CAPITALE » de François Rebsamen arrive en tête devant la liste « AGIR POUR DIJON » d’Emmanuel Bichot. Stéphanie Modde ferme la marche avec sa liste « DIJON ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ».

3 projets différents

François Rebsamen

Le candidat de l’Union de la gauche propose un projet en plusieurs points.

« Améliorer le pouvoir d’achat des Dijonnais » en gelant les taux des impôts locaux pour les 6 prochaines années. Il souhaite baisser le prix de l’eau dès avril 2021. « Lutter contre le changement climatique », en développant la mobilité active, en promouvant des produits locaux à faible empreinte carbone. Le maire sortant promet de construire une centrale photovoltaïque sur l’ancienne décharge de Valmy. « Combattre la pauvreté » en créant une plate-forme santé pour un accès simplifié au parcours de soins. Niveau sécurité, François Rebsamen prévoit un recrutement de policiers municipaux et souhaite étendre la vidéoprotection.

Emmanuel Bichot

Le candidat des Républicains choisit de mettre en avant la sécurité et l’urbanisme.

Emmanuel Bichot mise sur la rénovation des rues et des trottoirs dans tous les quartiers de Dijon. L’accélération de la mise en accessibilité de la gare de la ville est au programme. Côté sécurité, le candidat veut développer les zones 30 km/h pour « la sécurité et la tranquillité » des Dijonais et augmenter de 50% les effectifs de la police municipale « pour une présence de jour comme de nuit« . Emmanuel Bichot promet aussi de baisser de 5 % le taux de la taxe foncière pour tous les foyers.

Pour Emmanuel Bichot, le maire sortant additionne « mensonges et promesses« .

Stéphanie Modde

Stéphanie Modde imagine une « ville nature » en visant la « reconquête végétale de Dijon« .

Pour atteindre cet objectif, la candidate promet la création d’un chemin vert avec des réseaux de rues végétalisées réservées aux mobilités douces, comme les piétons ou les cyclistes. Pour continuer sur la lancée « moins de voitures », la mairie écologiste mettra en place une plate-forme de covoiturage, pour favoriser des déplacements des clubs sportifs par exemple. La candidate prévoit d’augmenter les budgets participatifs, 2 millions d’euros par an, au lieu de 360 000 euros aujourd’hui. Enfin, la mairie préfère privilégier une agriculture de proximité et biologique accessible à toutes et tous pour ainsi réduire les longs transports de marchandises.

Selon la liste de Stéphanie Modde, François Rebsamen a entamé une « destruction des services publics« .

Contacté par CAQS, le candidat LREM, Sylvain Comparot, 4ème avec 8,80% des voix, ne fusionnera pas sa liste pour le second tour.

Crédit photo mise en avant : Christophe Finot – Vue panoramique de Dijon

Le Sénat interdit les signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires

Mercredi 23 octobre, Les Républicains avaient signé une proposition de loi visant, notamment, à interdire le port de signes religieux pour les accompagnants de sorties scolaires. Elle vient d’être adoptée ce mardi.

Ne nous cachons pas, c’est le voile qui est visé ! À 163 voix contre 114, le Sénat, composé majoritairement d’élus de droite, a adopté ce mardi en première lecture, une proposition de loi des Républicains. Elle vise à interdire le port de signes religieux ostensibles aux parents accompagnant des sorties scolaires.

Il reste une étape importante. L’approbation de l’Assemblée nationale. Si la proposition n’est pas adoptée par les députés, elle ne sera pas effective. C’est un sujet qui anime le Parlement depuis 2 semaines. L’Assemblée ayant une majorité présidentielle, elle a peu de chances de passer, même si les marcheurs sont divisés.

Nicolas Dupont-Aignan a annoncé qu’il «voterait» ce texte. Il propose de l’étendre « à l’université, à l’hôpital, l’entreprise…».

Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a résumé la situation : « L’expression « pas interdit mais pas souhaitable » résume la situation juridique actuelle ». Il reste opposé à ce texte.

Stanislas Guerini, député la République en marche de Paris, a réagi dès la proclamation du résultat, au micro d’Europe 1. Il appelle à voter contre le texte.


Il y a deux semaines, l’élu RN, Julien Odoul, avait demandé à une mère, accompagnant une classe lors d’une visite scolaire au conseil régional de Belfort, qu’elle enlève son voile. Il s’est réjoui, sur Twitter, de la décision des sénateurs.