(Municicaqs #13) – Toulouse, match serré dans la capitale du rugby

À Toulouse, la course à l’écharpe tricolore annonce un face à face serré. À droite, le maire sortant Jean-Luc Moudenc investi par LREM et LR refusant de céder les clés du Capitole. À gauche, talonnant le bourgmestre, l’écologiste Antoine Maurice peut créer la surprise.

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne, Rennes, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Perpignan et Villeurbanne, CAQS pose ses valises dans la ville rose. À Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (investi LR/LREM) se place en tête du premier tour avec la liste « Aimer Toulouse » avec 36,18% des suffrages exprimées. « Archipel Citoyen » arrive en seconde position avec 27,57%, sa tête de liste Antoine Maurice est d’ailleurs donnée gagnante par un récent sondage (BVA pour La Tribune et Europe 1). La candidate Nadia Pellefigue (PS, PRG, PCF) qui avait réalisé un score de 18,53 % au premier tour, s’est retirée de la course évoquant l’absence de « convergences suffisantes pour réaliser le rassemblement. ». Fermant la marche du premier tour, l’ancien maire et tête de liste de « Pour la Cohésion » Pierre Cohen (DVG) a été crédité à 5,66% des voix, seuil de voix nécessaire pour une alliance avec une autre liste pour le deuxième tour, chose faite avec la liste de l’écologiste Antoine Maurice.

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« Archipel Citoyen » en passe de créer la rupture ?

Les incertitudes planent tandis que l’écart se resserre pour les deux candidats. 51% des intentions de vote contre 49% donnent Antoine Maurice gagnant pour ce second tour dans un sondage BVA. Commandé par Archipel à l’IFOP, un précédent sondage annonçait déjà 52% des intentions de vote contre 48% appliqués à Jean-Luc Moudenc. L’optimisme qui se présente alors s’ajoute à la volonté de rompre avec la continuité défendue par Jean-Luc Moudenc.

La concrétisation « d’une alternative sociale, et démocratique » s’est poursuivie pendant la campagne et au-delà de la crise sanitaire. L’ancien élu municipale se démarque de ses adversaires dès le dépôt des listes en proposant un projet « politico-démocratique ». Citoyens et citoyennes de Toulouse venus de tout parti confondu (EELV, France Insoumise, Place Publique, Parti Occitan, Parti Pirate, Toulouse Idées neuves, Nouvelle Donne, Ensemble) s’accordent selon le principe d’une démocratie participative sous la dénomination « Archipel Citoyen ». Le premier tour a eu raison des différents détracteurs de l’écologiste ne voyant à ce projet qu’un échec cuisant. « L’imbattable » Jean-Luc Moudenc se place à seulement 7609 voix de son adversaire. C’est sans compter sur les 63,34 % des administrés qui ne se sont pas exprimés lors du premier tour. « Archipel Citoyen » compte désormais sur le « réservoir de voix écologistes » absent au premier tour ainsi que sur les différents partisans du rassemblement de la gauche unissant Pierre Cohen et Antoine Maurice.

Des « politiques à la hauteur de la transition écologique et social »

La campagne se retrouve dans le rassemblement des idées qui touchent l’écologie et le social. Face à la crise écologique et au risque climatique, le sondage BVA indique Antoine Maurice comme étant le plus à même de pouvoir y faire face (40% contre 34% pour Jean-Luc Moudenc). Face à la crise économique, le challenge pour le candidat de l’union de la gauche est d’appliquer la révision de l’équilibre budgétaire tout en conciliant les enjeux économiques que la crise sanitaire a fait naitre. Dans le reste du programme l’encadrement des loyers, la mise en place d’une « caution solidaire universelle », l’accroissement des places d’accueil pour les personnes âgées dépendantes, la suppression du controversé « arrêté anti-bivouac » mis en place par Jean-Luc Moudenc etc… Les aides sociales comme point d’attache de cette campagne sont présentées comme réponse à « l’urgence » et aux inégalités déjà très présentes et accentuées par la crise de la Covid-19.


Éviter le scénario catastrophe pour « Aimer Toulouse »

« Voici le Capitole, j’y arrête mes pas », Jean-Luc Moudenc compte bien suivre les paroles du célèbre chanteur toulousain Claude Nougaro à la lettre, et y rester six ans de plus. Hors de question de « perdre les bases du succès toulousain » pour l’ancien député. Les ambitions de l’actuel maire se résume dans un rassemblement citoyen contre « la monté des populistes » ainsi que dans la redynamisation d’une ville « qui bouge ». La ligne directrice de son projet pour ce scrutin s’inscrit dans la continuité́ du précédent. Investi au début de la campagne par La République en marche et son parti Les Républicains, le maire de Toulouse entendait élargir son électorat potentiel. L’idée étant de se préserver d’un clivage gauche-droite.


Force de passion pour la politique, Jean-Luc Moudenc confie vouloir se mettre au service des toulousains une fois de plus, se positionnant en « candidat de l’expérience », il ambitionne à nouveau de remporter ce mandat municipal. Cependant, le maire de la quatrième ville de France ne tarit pas de ses adversaires et ce, depuis le premier tour, jugeant des programmes « vide de sens ».

« Je vois fleurir des propositions dont le niveau m’afflige. Elles font preuve d’un grand amateurisme »

Jean-Luc Moudenc

Cette méfiance envers « l’extrême gauche en force » grandit dans les rangs du camp Moudenc. La croissance des inquiétudes « appelle à la mobilisation », un enjeu décisif pour l’emporter de justesse. Face à la crainte d’un relatif échec et d’un abstentionnisme aussi élevé qu’au premier tour (63,34%, NDRL) « tous les soutiens sont les bienvenues ».

« Ma conviction, c’est que nous sommes une majorité de Toulousains à refuser de donner les clés du Capitole à un assemblage anarchique incluant des professionnels du désordre et de la désobéissance aux lois de la République. » – Jean-Luc Moudenc

156 personnalités de la ville rose ont récemment répondu à cet appel. « L’appel des 150 », un document paru vendredi 19 juin et signé par des commerçants, des sportifs, des restaurateurs… Les monuments du rugby français : Guy Novès, Vincent Clerc, Maxime Médard ; l’ancien boxeur Sofiane Oumiha, le footballeur Alain Giresse… ont répondu présent aux côtés de Jean-Luc Moudenc décrit comme « le candidat le plus en mesure de protéger la ville face à la crise économique et au chômage ». Le sondage BVA indique Jean-Luc Moudenc comme étant le plus à même de faire face aux défis de la crise économique (45% contre 28%) pour Antoine Maurice et de protéger la ville face à la crise sanitaire (44% contre 27%).

Auprès des citoyens de la ville rose, il apporte ses réponses à la précarité, aux questions environnementales et sans oublier la jeunesse toulousaine en s’investissant sur de nouveaux projets et en voulant terminer ceux déjà entamés. Parmi elles, retrouvons la politique sur la sécurité déjà amorcée, le projet pharaonique de la troisième ligne de métro, la défense des commerçants indépendants et des artisans qui passe par l’interdiction des manifestations du samedi. Des points phares de cette campagne pour la liste « Aimer Toulouse » qui s’inscrivent dans les priorités envers les toulousains, soit « protéger leurs emplois, protéger l’ordre public, protéger leur santé »

À côté de propositions « extrêmement différentes » que combat le bourgmestre, des convergences existent, à l’image des problématiques environnementales discutées par des politiques bien différentes entre candidats. À seulement quelques jours du second tour, la campagne se durcit pour le maire sans étiquette, investi par la république en marche qui se retrouve en seconde position dans les sondages.

Image mise en avant : Aeimen Benallouche, le Capitole, Toulouse, Novembre 2019

(Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

À la veille du second tour des municipales, les incertitudes planent toujours pour Bordeaux. Alors qu’aucune majorité ne se dessine, l’espoir s’invite aux côtés de Pierre Hurmic. Le candidat des Verts et de la gauche s’est placé à seulement 96 voix du maire sortant Nicolas Florian. Après 75 ans au pouvoir, la donne va-t-elle changer pour la droite bordelaise ? 

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne et Lille, tour d’horizon à Bordeaux pour la dernière ligne droite des municipales. Un écart de 96 voix séparait, le 15 mars au soir, le bourgmestre actuel et la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND). Nicolas Florian, tête de liste de « l’Union pour Bordeaux » (LR, Modem, UDI, Agir et LREM) qui succède Alain Juppé, démissionnaire en 2019, ramène la course aux municipales à trois candidats après une alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait tout de même été qualifié au second tour avec 12,69 % des voix. Pour résumer les résultats de ce premier tour, Nicolas Florian, en tête avec 35,56 %, est suivi du candidat écologiste et socialiste qui cumule 34,38 % des voix. S’y ajoute Thomas Cazenave (12,69 %, 6.976 voix). Philippe Poutou de la liste « Bordeaux en Luttes » (NPA et FI) rallie 6.470 sympathisants soit 11,77 % des votants.

Un taux d’abstention fortement élevé en raison du Covid-19 : 63 % des électeurs n’ont pas voté. C’est 56.000 votants sur 151.000 électeurs inscrits. La tranche d’âge 18-34 ans, plébiscitée notamment par la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND) n’était pas au rendez-vous. Un choix de la part des votants qui ne confortent pas les logiques des alliances et du contexte actuel.

À droite, « éclaircir le paysage politique »

Le 1er juin marque la signature d’un accord de liste commune entre le maire sortant Nicolas Florian et le candidat LREM Thomas Cazenave. Un rapprochement qui n’a rien de surprenant selon Philippe Poutou qui parle d’un « non-évenement ». Les discussions ont déjà été entamées depuis un moment. L’alliance qui naît de la difficulté du premier tour de se retrouver face au candidat socialiste et écologiste marque également une alliance des projets. Cette dernière d’autant plus nécessaire pour le candidat LREM qui indique que « la crise que nous traversons appelle à unir les compétences. », s’agissant ainsi de « dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation ». Une alliance surprenante qui dépasse l’incompatibilité politique initiale avec le maire sortant : « je veux atteindre le niveau le plus élevé » avait-il annoncé après le premier tour.  La fusion défendue par Cazenave laisse place à un nouvel accord électoral mal vu par certains électeurs mais également par l’opposition accusant « des moeurs politiques d’une autre époque ». Dans son communiqué, le candidat LREM défend la fusion des deux listes en indiquant « qu’aborder le second tour de l’élection municipale sans rien changer est aujourd’hui inconcevable ».

Cette liste du rassemblement menée par Nicolas Florian doit intégrer 17 colistiers de Thomas Cazenave issu de la liste « Renouveau Bordeaux » dont 13 membres en position éligible. Créant la surprise en début d’année, Benoit Simian, député LREM du Médoc et colistier de Nicolas Florian cède sa place. Cazenave devrait occuper le poste d’adjoint au maire ainsi que la vice-présidence à Bordeaux Métropole.

Les priorités évoluent mais le fond reste le même

Depuis juin, la campagne bat à nouveau son plein. La crise sanitaire fait évoluer les programmes, les candidats se sont adaptés proposant de nouvelles priorités sociales et économiques.

L’union à gauche (EELV, PS, PC, Générations, Nouvelle Donne etc,…) menée par l’écologiste Pierre Hurmic maintient sa volonté de rupture tout en reconnaissant à Alain Juppé un bilan positif en 24 ans. Avec l’objectif d’un « modèle écologique, solidaire et résilient » s’ajoutent les enjeux économiques et sociaux désormais prioritaires dans un programme qui s’adapte au contexte. Augmenter la part des emplois non délocalisables, concevoir une ville autour des services publics, soutenir les associations… Autant de propositions qui tendent vers un modèle « vertueux » afin de « réinventer Bordeaux ». Au projet s’ajoute la lutte contre l’abstentionnisme, clé de ce second tour. La mobilisation n’était pas au rendez-vous. Pour ce second tour, l’argument du vote utile s’invite dans les débats. La liste « Bordeaux respire » compte sur les électeurs de la liste de Thomas Cazenave « Renouveau Bordeaux » et le scepticisme laissé par la fusion avec Nicolas Florian.

Le candidat n’est pas en reste et le fossé reste tout de même étroit. 96 votes seulement derrière le maire sortant et un optimisme à toute épreuve qui donne de l’espoir à l’écologiste.

« Ça ne fait qu’accroître ma détermination, ma combativité, pour remplacer ce pouvoir conservateur qui est prêt à tout pour conserver précisément le pouvoir à Bordeaux. » – Pierre Hurmic

Aux côtés des présidents socialistes de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze apportent un soutien de taille. Hurmic se dit vouloir donner l’image « d’un maire écologiste, apaisant, sobre et de proximité. ».

Outsider du premier tour, Philippe Poutou ferme la marche avec 11,77 % des suffrages exprimés. Le chef de file de la liste « Bordeaux en luttes » maintient ses positions en étant catégoriquement opposé à une alliance avec Pierre Hurmic. Face à « une droite libérale » d’un côté et « une gauche libérale EELV/PS » jugée « inapte » sur le terrain national, Philippe Poutou, fidèle à ses convictions se présente comment seul véritable candidat de l’opposition. Pointant du doigt la fusion LR-LREM, il indique que « « Bordeaux en luttes » sera là pour faire entendre la colère sociale… » dans un tweet, peu après l’annonce de la coalition. Mécontentement qui s’exprime également au lendemain du déconfinement en rappelant que la contestation sociale ne s’est pas éteinte à laquelle s’ajoute l’embrasement lié aux violences policières.

Le programme intègre une démocratie dite « participative », entendant la parole des Gilets jaunes. Il propose la mise en place d’un référendum d’initiative communale ou encore un encadrement des loyers… des propositions tirées de « l’exigence d’un autre monde ». La crise sanitaire forge la détermination du candidat de la gauche qui pointe du doigt la mauvaise gestion de la crise et les inégalités qui en découlent. Dans la dernière ligne droite les objectifs s’affichent clairement : dépasser les chiffres du premier tour et entrer au conseil municipal. « L’heure est à la mobilisation » pour l’anticapitaliste qui espère continuer sur sa lancée après le 28 juin.

Image mise en avant : Livio Ferrero – Hotel de ville, Bordeaux, 2020

(Municicaqs #7) – Lille, la fin du règne Aubry ?

Après Nimes, Le Havre ou Rennes, CAQS continue son tour de France pour les municipales avec Lille, une ville où Martine Aubry pourrait ne pas être réélue pour un 4ème mandat. 

Le soir du 15 mars, l’heure n’était pas à la fête au beffroi. Les élections municipales venaient de se dérouler dans un contexte de pré-confinement et la maire socialiste sortante Martine Aubry n’obtient qu’une très courte avance sur le candidat EELV, Stéphane Baly. L’ambiance était similaire chez les marcheurs. Le QG de campagne était fermé et aucune soirée officielle annoncée. La candidate de LREM Violette Spillebout passe au second tour sans même atteindre les 20%. 

Du côté de la rue d’Artois les verres et les verts trinquent. En 20 ans, aucun candidat n’avait jamais réussi à s’approcher autant du score de Martine Aubry. Seuls 5 points séparent Baly d’Aubry. Et ces 5 points sont d’autant plus retentissants qu’ils vont révolutionner le fonctionnement de l’opposition au conseil municipal. En effet, pour la première fois, écologiste et socialiste ne fusionneront pas au second tour. Stéphane Baly, actuellement conseiller municipal adjoint à l’énergie déclare même « Martine Aubry ira seule au second tour. Elle perdra seule ».

Aubry sur le banc des accusés

Contrairement à la grande tendance nationale, la première thématique de la campagne n’a pas été tout de suite l’écologie. En réalité le bilan complet de Martine Aubry était au banc des accusés. On lui a reproché surtout un manquement sécuritaire et écologique. En effet, sur le plan de l’emploi, la fille de Jacques Delors est difficilement attaquable à la vue des 23.000 nouveaux emplois crées à Lille en 5 ans. Mais d’un point de vue écologique, personne n’en fait jamais assez. Sous la dernière mandature, 22 000 arbres ont été plantés et 12 hectares d’espaces verts gagnés en plus du réaménagement des anciens parcs tels JB Lebas ou le parc de la Citadelle. Cependant, le Champ de Mars reste un grand parking bétonné, très loin du parc vert annoncé.

Toujours plus vert

Évidemment l’écologie a aussi été le cœur de la campagne. Aucune liste n’en a fait abstraction. Dans les QG de chacun, une carte de Lille est affichée mettant en avant la capitale des Flandres du futur. Toujours plus verte, avec des parcs et des fontaines. C’est le concours de celui qui plantera le plus d’arbres tout en fustigeant le bilan de la maire sortante. Mais quand on aborde le projet Saint Sauveur, on touche le point sensible. Cette friche de 23 hectares abandonnée depuis 2003 cristallise les passions. L’actuelle édile souhaite y construire une piscine olympique et des logements sociaux. Un scandale pour les verts qui voient dans cet espace une opportunité de verdure. Dans la friche Saint Sauveur, Martine Aubry a laissé des plumes et des électeurs. 

Triangulaire entre amis

Si le fond de campagne était vert, la forme était beaucoup plus sombre. Car la triangulaire qui s’est dégagée des résultats du 15 mars a propulsé trois anciens collègues dans une arène où tous les coups sont permis. Violette Spillebout était en effet l’ancienne cheffe de cabinet de Martine Aubry. Stéphane Baly est actuellement membre de la majorité municipale faite d’une alliance écologiste-socialiste. Il n’a pas hésité a aller à l’affront face à la présidente du conseil municipal qu’il a accusé d’avoir géré seule la crise du coronavirus sans consulter les conseillers. L’actuelle édile s’est targuée d’offenses contre LREM. Elle justifie son 4ème mandat par une volonté de ne pas « laisser Lille devenir c’est qu’est la France aujourd’hui » faisant référence ici à l’élection d’Emmanuel Macron. La maire s’est aussi montrée forte lorsqu’elle a réprimandé les ministres Agnès Buzyn et Nicole Belloubet, en visite à Lille, de ne pas les avoir prévenu de cette visite. L’opposition idéologique comme personnelle entre Aubry et Spillebout s’est toujours jouée indirectement.

Parmi ces 3 anciens collègues, seule Martine Aubry a tout à perdre dans ce second tour. Le défi du 28 juin pour la fille de Jacques Delors va être de sauver sa majorité face à Stéphane Baly. Mais le rôle de Violette Spillebout dans cette triangulaire est de réussir à récupérer assez de voix venues des listes de droite. Ainsi, en se maintenant assez haute dans le jeu, la candidate fera perdurer les tractations et le suspens autour du futur édile. À Lille, rien n’est joué d’avance.

Crédit photo : Grande place de Lille ( Velvet via Wikipédia )

Assemblée nationale : les femmes de LREM en quête de liberté ?

Un neuvième groupe parlementaire a été proclamé mardi 19 mai à l’Assemblée nationale. Le nouveau groupe solidaire et écologique réunit plus 60 % de femmes. L’occasion de revenir sur la parité nationale.

Qui sont ces « dissident(e)s » ?

Un nouveau groupe politique vient de faire perdre la majorité LREM au palais Bourbon. Nommé « Écologie Démocratie et Solidarité », il est constitué de deux coprésidents et 15 autres députés issus de La République en marche. Déçus du macronisme politique qui « s’éloigne des promesses faites en 2017 », les rescapés du parti d’Emmanuel Macron se rassemblent pour servir un nouveau départ porté sur l’écologie et les valeurs du socialisme collectif.

La dissidence rompt avec les traditions du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale. Elle réunit des anciens « marcheurs » de la République ainsi que des députés ayant choisi de se rallier au mouvement de bonne grâce. Le but étant de créer «un groupe indépendant, ne se situant ni dans la majorité ni dans l’opposition», si l’on croit les propos divulgués dans Libération. Une autre caractéristique s’en détache, ce groupe d’écologistes est majoritairement composé de femmes (66%).

Dénonciation du machisme ou préférence politique ?

Signe d’un parti qui perd sa crédibilité aux yeux du peuple, volonté de s’émanciper davantage auprès de ses collaborateurs ou nouvelle stratégie pour l’avenir, qu’est-ce qui peut conduire ces gens dames à changer de cap en un coup d’éclat ? La disparité hommes-femmes serait-elle persistante au point de faire vaciller les fidèles du parti d’Emmanuel Macron vers une redéfinition des valeurs parlementaires ?

La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa ne saurait valider cette hypothèse. Loin d’avoir exprimé son avis sur la question, son conseiller spécialisé, Mathieu Pontécaille a tout de même donné des indices. « Difficile si ce n’est impossible pour un membre de gouvernement de s’immiscer ou commenter les affaires parlementaires notamment du fait de la séparation des pouvoirs ». En ce qui concerne l’orientation politique instinctive des personnalités féminines, on ne peut que « consulter ce chapitre de son livre : Le 2e sexe de la démocratie », rajoute-t-il.

« Les femmes ne sont pas différentes des hommes en politique. L’égalité entre les hommes et les femmes est le grand projet du quinquennat du président de la République ». Voilà ce qu’affirme la secrétaire dans son oeuvre. Toutefois une majorité de femmes députés dans un groupe aussi réduit ne saura être apte à des interprétations trop rapides. Pour Thibault Mongis, collaborateur parlementaire, « ce n’est pas pertinent de mettre en avant ce chiffre quand on est 17 ». D’autant plus que la parité aura été considérable sous le mandat de M. Macron avec 40% de femmes élues à l’Assemblée nationale.

Un 9e groupe dans l’Hémicyle

C’est désormais officiel, l’Assemblée nationale compte un 9ème groupe parlementaire au sein de son hémicycle : « Écologie Démocratie Solidarité ».

Ce n’était plus un secret, certains membres ont confirmé le lancement de ce groupe dans la presse. Ce mardi 19 mai 2020, les statuts ont été déposés au bureau de l’Assemblée nationale et une visioconférence de presse a suivi. La nouvelle a des conséquences d’abord très symbolique. Avec le départ de 7 députés LREM vers ce 9e groupe, La République en marche perd sa majorité absolue à l’Assemblée nationale. Une perte qui reste compensée par la présence des groupes MODEM et AGIR qui ont pris pour habitude de voter d’un commun accord avec LREM. Mais au-delà du symbole de fin de règne pour la majorité, un défi stratégique va s’imposer avec la création de ce groupe « ni d’opposition ni dans la majorité » d’après son co-président Matthieu Orphelin.

« Ni d’opposition ni dans la majorité »

Les statuts déposés ce matin sont clairs : « Écologie Démocratie Solidarité » est un groupe minoritaire. Il ne se positionne donc pas dans l’opposition ce qu’a rappelé durant toute la conférence de presse, Paula Forteza, co-présidente du groupe. Pour autant les membres du groupe sont critiques vis-à-vis de l’action gouvernementale et appellent à « aller plus vite et plus loin ». Leur programme en 15 points donne une grande place à l’éducation, l’écologie, la santé et les sciences. Un point fort du programme dont le mathématicien et candidat à la Mairie de Paris, Cédric Villani, se fait le porte étandard. EDS se félicite aussi d’être le premier groupe parlementaire à avoir 65% de femmes en son sein. 

7 anciens LREM dans le groupe

« Il y a dans ce groupe, non pas des déçus, mais des femmes et des hommes qui veulent travailler au dépassement de l’opposition stérile » affirme le député du Rhône, Hubert Julien-Lafférière. Pourtant ce sont bien 7 députés qui ont quitté le groupe parlementaire LREM pour rejoindre le nouveau-né du palais Bourbon. Un chiffre en deçà des estimations données depuis quelques semaines. La faute peut être aux « pressions et appels »  dont Paula Forteza a fait part. Mais « Écologie Démocratie Solidarité » ne compte pas en rester là, il ferait déjà des émules à gauche et chez les Verts. Delphine Bagarry, député des Alpes-de-Haute-Provence assure que le groupe sera rejoint par d’autres députés dans les semaines à venir. Les 7 ex-LREM sont Guillaume Chiche, Emilie Cariou, Yolaine de Courson, Aurélien Taché, Cédric Villani et Annie Chapelier. Les membres encore inscrits au parti La République en marche n’ont pas reçu de consignes les excluant.

Vers un gouvernement d’union nationale ?

Si la genèse de ce peloton dissident date de juillet 2019, Emmanuel Macron a été mis au courant en février dernier, moment où la fronde se faisait ressentir. Une fronde qui a contraint le président à inviter sa majorité à l’Élysée le 11 février. Le 10 mai dernier, Matthieu Orphelin appelait lui-même à un « gouvernement de coalition et d’union nationale » dans une tribune pour Le Parisien. À l’évocation de sa possible présence lors du prochain remaniement, le député du Maine-et-Loire estime que « les conditions ne sont pas réunies pour le moment » mais il espère que « d’autres talents du groupe » sauront y prendre part. On pense notamment à Aurélien Taché ou Delphine Batho.

L’Assemblée nationale sous tension

La création d’un nouveau groupe parlementaire fait des émules au palais Bourbon et son impact sur le monde politique post covid-19 se joue dans les prochains jours.

On a presque cru à un apaisement lorsque le 11 février au soir, les députés de la majorité étaient reçus à l’Élysée. Ce soir-là, on retrouvait le président, de nouveau en campagne, face à des parlementaires blessés et déçus par l’exécutif, par les sermons venus du palais et par un sentiment d’inutilité. Il fallait plus qu’une séance de câlinothérapie pour les 320 invités du président, ils demandaient des promesses. Emmanuel Macron a su resserrer les rangs à gauche, en parlant d’une fin de quinquennat sociale et écologique, d’un « après réforme des retraites » qui ne serait plus comme avant.

Mais, une fois la tension redescendue par le discours du Faubourg-Saint-Honoré, parlementaires, exécutif ainsi que toute la France, sombrèrent dans la crise du coronavirus et de ses imbroglios politiques. Les travers de l’exécutif que dénonçaient l’opposition et des dissidents de la majorité, ont été ressuscités et exacerbés. Si l’actuel quinquennat est marqué par la volonté de faire vite, presque dans une urgence permanente, le gouvernement a dû répondre à une urgence réelle.

Face à des députés déjà « exténués » par l’étude de la réforme des retraites, comment augmenter la cadence et faire voter promptement une loi d’état d’urgence sanitaire ou un plan de déconfinement ? La distanciation sociale n’aidant pas, les élus n’étaient que 75 dans l’hémicycle lors de la prise de parole d’Édouard Philippe. Modification expresse de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, parlementaires en nombre réduit, absence de temps pour étudier les textes, les députés ont été pressés et les tensions sont naturellement revenues.  

Écologie, démocratie, solidarité

L’union nationale, comme face à toute tragédie a donc été de courte durée. Début avril, des rumeurs de sécessions chez les macronistes circulaient dans les couloirs du palais Bourbon. Mardi 19 mai, cela sera officiel ; 11 députés LREM quitteront leur groupe parlementaire pour rejoindre le nouveau-né de l’hémicycle « Écologie, Démocratie, Solidarité ». Autour de Matthieu Orphelin, seuls 22 députés au total pour le moment, mais certains noms connus du grand public. On devrait y retrouver Cédric Villani, candidat à la mairie de Paris mais aussi Delphine Battot, ancienne ministre de François Hollande.

Si les membres du groupe seront officialisés lors d’une visioconférence de presse en fin de matinée mardi, on peut déjà présager une émulation à gauche, chez les verts et au sein de la majorité. Même le PS n’échappe pas à la tentation de quelques députés de rejoindre le 9e groupe parlementaire. La combinaison gagnante de 2022 serait alors l’écologie sociale ? Pas seulement. La volonté du groupe est aussi de faire valoir la voix des députés, des territoires, et ne pas laisser un exécutif trop libre de ses mouvements. L’appel à l’origine de ce nouveau groupe évoque même un salaire minimum dès l’âge de 18 ans. 

Un impact sur l’après Covid-19

Mais la confusion et l’hégémonie autour de ce groupe lui ont, d’ores et déjà, été défavorables. La République en marche, ses whips et ses cadres ont recadré les députés et notamment ceux qui comptaient parmi les 58 signataires de cet appel. Soustraction faite, ils ne seront que 11 LREM ou apparentés à être de la partie, mardi. Et la contre-attaque de la majorité n’a cessé de grandir depuis. Outre les coups de pressions sur les indécis, un pôle écologiste a été créé autour de l’ancienne écologiste Barbara Pompili et Hugues Renson. Une manière de garder les frondeurs pour LREM et de ne pas oublier les promesses présidentielles du 11 février.

Il paraît cependant peu probable qu’un simple pôle interne puisse contrecarrer les projets des députés sécessionnistes. Le départ des 11, aura un impact surtout symbolique et stratégique sur l’action législative. LREM perdra certes, sa majorité absolue, mais le concours des groupes MODEM et AGIR devraient permettre de faire voter les futures lois sans encombre. Cependant, ces mêmes groupes pivots à l’Assemblée seront concurrencés dans leur rôle par ce nouveau groupe. Mais l’aspect symbolique reste fort, LREM qui perdait jusqu’alors 1 député tous les deux mois, en perd dix d’un coup en pleine crise sanitaire. À l’Élysée comme à Matignon, on n’en est pas au branle-bas de combat mais la tête de l’État a tout de même dénoncé le 13 mai dernier, par la voix de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, « un contretemps et un contresens politique ».

Le remaniement, qui devrait arriver dans les mois à venir, sera crucial pour cette branche dissidente. La présence de membres d’« Écologie Démocratie Solidarité » dans le prochain gouvernement, permettrait au président de récupérer le nouveau groupe et de mieux amorcer le tournant écologique et social de son quinquennat. Les prochaines semaines réservent donc une forte hégémonie et un très intéressant mercato parlementaire qui saura, pour sûr, impacter la suite du quinquennat et l’après covid.

Le Sénat interdit les signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires

Mercredi 23 octobre, Les Républicains avaient signé une proposition de loi visant, notamment, à interdire le port de signes religieux pour les accompagnants de sorties scolaires. Elle vient d’être adoptée ce mardi.

Ne nous cachons pas, c’est le voile qui est visé ! À 163 voix contre 114, le Sénat, composé majoritairement d’élus de droite, a adopté ce mardi en première lecture, une proposition de loi des Républicains. Elle vise à interdire le port de signes religieux ostensibles aux parents accompagnant des sorties scolaires.

Il reste une étape importante. L’approbation de l’Assemblée nationale. Si la proposition n’est pas adoptée par les députés, elle ne sera pas effective. C’est un sujet qui anime le Parlement depuis 2 semaines. L’Assemblée ayant une majorité présidentielle, elle a peu de chances de passer, même si les marcheurs sont divisés.

Nicolas Dupont-Aignan a annoncé qu’il «voterait» ce texte. Il propose de l’étendre « à l’université, à l’hôpital, l’entreprise…».

Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a résumé la situation : « L’expression « pas interdit mais pas souhaitable » résume la situation juridique actuelle ». Il reste opposé à ce texte.

Stanislas Guerini, député la République en marche de Paris, a réagi dès la proclamation du résultat, au micro d’Europe 1. Il appelle à voter contre le texte.


Il y a deux semaines, l’élu RN, Julien Odoul, avait demandé à une mère, accompagnant une classe lors d’une visite scolaire au conseil régional de Belfort, qu’elle enlève son voile. Il s’est réjoui, sur Twitter, de la décision des sénateurs.