Vague verte, Macron devient surfeur

Au lendemain du second tour des municipales, Emmanuel Macron annonce 146 propositions écologiques.

C’est sur une pelouse bien verte que le Président de la République a accueilli les membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique. Se doutait-il quelques semaines plus tôt, en choisissant cette date, qu’il succéderait sur les bandeaux des chaines d’info, à la vague verte des municipales ? Sûrement. Mais ce calcul politique et symbolique permettra-il au président de convaincre les électeurs écologiste d’hier de lui accorder leur confiance demain ? Tandis que les commentateurs politique attendent une réponse autant que le prochain remaniement, le Président a mis les petits plats dans les grands pour dévoiler l’avenir de son mandat et le grand plan écologique qui devrait voir le jour.

146 sur 149

Les membres tirés au sort de la Convention climat sont arrivés avec 149 propositions réparties au sein de 5 thématiques (consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir). Mais aussi un programme de financement et de modification de la constitution.

On pouvait attendre du Président une découpe de ce rapport, qu’il pioche dedans les propositions en accord avec ses valeurs et ses intérêts. Mais le chef d’Etat a été clair, dès le début du discours « je veux que toutes les propositions soient mises en œuvre au plus vite ». Puis, modérant son propos, il a évoqué les points sensibles du rapport notamment la difficile relation écologie-économie. Après avoir félicité les rapporteurs d’avoir « placé l’écologie au sein du système économique » et précisé qu’il partageait cette idée, le président a balayé l’idée d’une taxe de 4% sur les dividendes justifiant que « nous sommes déjà un pays très fiscalisé, je pense qu’accroître la fiscalité n’est pas une bonne idée (…) nous avons besoins d’attirer des capitaux français et étrangers ». Il a aussi évoqué dans son discours l’idée d’une écologie non punitive, arguant que la taxe carbone « était une des raisons, ce n’était pas la seule » qui a mené au mouvement des gilets jaunes l’an dernier. S’il s’agît ici d’un réel rejet de l’idée, le second véto posé par Emmanuel Macron est en réalité un report. Le président ne souhaite pas, pour le moment, entendre parler de l’abaissement de la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h.

Verdir la constitution par un référendum

Enfin, sur l’aspect constitutionnel du rapport un dernier véto a été posé. La modification du préambule de la constitution ne verra pas le jour mais celle de l’article premier aura sûrement lieu lors d’un futur référendum. À ce sujet, le président s’est exprimé ouvrant la voie au plébiscite tout en s’engageant à « proposer un texte au parlement en vue d’un référendum en 2021 ». Au-delà d’une simple modification de l’article premier, ce référendum pourrait aussi simplifier la mise en place d’une des 146 mesures phares : la reconnaissance de l’écocide. Un terme, dont le président s’est targué d’être le premier chef d’état à l’employer, et qui désigne la destruction d’un écosystème. Actuellement, ce terme n’est pas reconnu par l’institution judiciaire ce que souhaite Emmanuel Macron. Celui-ci annonce aussi porter ce projet de reconnaissance de l’écocide auprès des acteurs du droit internationale pour juger les coupables devant la Cour pénale internationale. L’intégration de l’écocide dans le futur référendum simplifierait sa complexe reconnaissance juridique.

L’application des propositions

Le président a commencé par expliquer en détail quelle serait la méthode de mise en œuvre de ces propositions. Une manière de faire gage de bonne volonté d’entrée de jeu face aux attentifs rapporteurs. Le possible référendum ne concernant pas la totalité des 146 propositions, le chef d’État a décidé de diversifier la méthode. Une partie sera arrêtée « dès juillet » par le gouvernement, une seconde sera intégrée au plan de relance économique et enfin la dernière vague de proposition à être légiféré, le sera au sein d’un projet de loi spécifique. Mais selon ce rythme, beaucoup de propositions devraient rester sur le carreau faute de ne pas appartenir au champ d’action de l’Etat. Pour pallier ce problème, le président souhaite réunir les collectivités territoriales et les élus afin de discuter de ces propositions.

Les membres de la convention climat vont donc encore devoir se battre auprès de nombreuses institutions pour voir un jour leurs propositions au Journal Officiel, le chemin reste long.

France – Turquie : du rififi en Libye

Un accrochage entre des navires turcs et français en Méditerranée fait surgir les tensions issues du conflit libyen.

L’événement peut paraître anecdotique mais reflète à lui seul le conflictuel casse-tête géopolitique que pose la Turquie. Ce mercredi 17 juin, la ministre des Armées Florence Parly a dénoncé le « comportement extrêmement agressif » d’un navire turc sur une frégate française en Méditerranée. Cette frégate, qui participait à une mission de l’OTAN, cherchait à identifier de potentiels cargos suspectés de transporter des armes vers la Libye. Elle a été illuminée à 3 reprises par le radar de conduite de tir d’une frégate de l’armée turque. Une intimidation proche de l’escarmouche qui fait suite aux propos tenus par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, samedi 13 et dimanche 14 juin au sujet de l’investissement turc dans le conflit libyen. 

Soutiens et ingérances

Le ministre avait dénoncé « l’interventionnisme inacceptable » d’Ankara en Libye et condamné le soutien militaire croissant d’Erdogan aux troupes de Fayez El-Saraaj, président du Gouvernement d’union nationale, en dépit de l’embargo mené par l’ONU sur la vente d’armes en Libye. En effet la Libye est toujours coupée en deux entre l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et le Gouvernement d’union nationale de El-Saraaj. Mais de nombreux pays étrangers ont pris position dans cette guerre civile. La Russie, les États-Unis, l’Égypte, le Tchad, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis soutiennent officiellement Haftar. El Saraaj est lui soutenu par le Qatar et la Turquie. Mais la France, qui se dit médiatrice du conflit, joue en réalité une position bâtarde dans ce jeu d’alliance. Le pays des lumières soutient officieusement le maréchal Haftar et a même été accusé par le New York Times de vendre des armes aux troupes du maréchal. Un conflit d’intérêts sournois noue donc la France à la Turquie qui ne soutient pas le même camp et n’use pas des mêmes méthodes. Car si la France est accusée d’un soutien à Haftar plus fort qu’elle ne l’affiche, la Turquie ne se cache plus de vendre des armes à El-Saraaj, d’envoyer des soldats sur le terrain et de positionner 7 navires au large des côtes libyennes. Par ailleurs ce soutien turc n’est pas sans résultat puisque le maréchal enchaine les défaites, perdant du territoire depuis sa tentative de capture de Tripoli. 

L’OTAN toujours muette

Le poulain français est donc menacé tandis que la Turquie semble avoir misé sur le bon cheval. Mais la prise de position divergente ne doit pas pour autant être source de conflit entre les deux pays membres de l’OTAN. « On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela » a signalé le Quai d’Orsay avant d’ajouter que la ministre des armées s’était entretenue avec son homologue turc. C’est une nouvelle fois la position turque qui paralyse l’OTAN. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce à faire respecter l’embargo voté à l’ONU tandis qu’un de ses membre le contourne. Mais la France, accusée de fournir des armes à un maréchal Haftar en perdition, contestée par la population au sein du pays, n’est pas dans une position idéale de moralisateur. Au contraire cette perte d’influence en Libye a été profitable aux russes et aux turcs, renforçant encore plus le conflit diplomatique franco-turque et « l’état de mort cérébrale » de l’OTAN. 

Perte d’influence

En effet, la France, après avoir déstabilisé la zone en 2011 pour permettre la chute de Khadafi, a toujours soutenu le processus de paix en se posant comme médiateur. Elle semble aujourd’hui avoir perdu presque toute son influence. A l’instar du conflit syrien, Vladimir Poutine sort gagnant de cette mise à l’écart de la France, se positionnant alors comme le partenaire des 2 camps. Les réunions diplomatiques sont régulières à Moscou où le chef d’Etat reçoit les soutiens d’Haftar, comme le président égyptien Al-Sissi, autant que les soutiens d’El-Saraaj comme Erdogan. Si un accord de paix doit être trouvé, il semble que cela ne puisse aujourd’hui se faire sans Poutine.

Emmanuel Macron qui avait pourtant réussi en 2017 à réunir Haftar et El Saraaj sur une même photo, va devoir tourner une page importante de la France au Maghreb, au profit des intérêts turcs et russes dans la région.

Crédit photo: photo officielle du Kremlin

Tout savoir sur les masques « grand public »

Il est l’un des accessoires clés du déconfinement. Le 11 mai prochain, le masque accompagnera le quotidien des Français. Mais à partir du 4 mai, tous pourront se procurer des masques, le plus souvent lavables et réutilisables, afin de continuer à freiner la propagation de l’épidémie. Mais où s’en procurer ? Seront-ils obligatoires ? Nous revenons sur ces questions existentielles. 

Tel Spider-Man, les Français devront-ils sortir avec un masque à compter du 11 mai prochain ? Dimanche 19 avril, Édouard Philippe a annoncé que le port du masque « grand public » serait vraisemblablement « obligatoire » dans certains lieux à partir du 11 mai prochain.

« La production a atteint plus de 10 millions de masques [grand public] la semaine dernière et l’approvisionnement, par la production française et les importations, va s’accroître rapidement, pour dépasser 25 millions de masques lavables par semaine, fin avril », assure la secrétaire d’État, Agnès Pannier-Runacher.

Où trouver ces masques ?

« Il y en aura pour tout le monde ». Limitant les projections de gouttelettes dans lesquelles se trouvent le coronavirus, ces masques seront vendus ou non dans plusieurs structures. Il sera désormais possible de s’en procurer en pharmacie, en grande distribution, dans les mairies et chez des buralistes comme l’a expliqué aux Échos, Agnès Pannier-Runacher. À Paris, deux millions de masques seront très prochainement distribués aux Parisiens, a annoncé le 7 avril, Anne Hidalgo, maire de Paris. La présidente d’Île-de-France, Valérie Pécresse, a pour sa part promis, sur BFMTV, de distribuer gratuitement des masques aux voyageurs dans les transports en commun « pendant les premières semaines du déconfinement ». 

« Quand on sera déconfiné, le virus circulera encore et il faudra absolument se protéger pour ne pas risquer de le transmettre à des personnes qui n’ont pas été malades », assure François Bricaire, infectiologue et membre de l’Académie de médecine, interrogé par France Info. 

Seront-ils obligatoires ? 

« Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourrait devenir systématique », a souligné le Président lors de sa dernière allocution télévisée. Dans la Capitale, les deux millions de masques promis par la mairie ne seront pas distribués en même temps. Une première vague de 500 000 unités arrivera fin avril pour les « plus fragiles : les plus de 70 ans, mais aussi les personnes atteintes de maladie chronique et les femmes enceintes », selon la maire, Anne Hidalgo. Pour le reste il faudra attendre « mi-mai ».

Les masques « grand public » seront-ils gratuits ou payants ?

Agnès Pannier-Runacher n’aborde pas la question du prix. Le plan de déconfinement, actuellement en préparation, tranchera ces questions. Le Parisien, qui avait relayé précédemment l’information, a évoqué un prix à l’unité autour de cinq euros. Les collectivités qui ont annoncé avoir commandé des masques pour leurs administrés devraient distribuer au moins un exemplaire chacun gratuitement. Pour les masques commandés par l’État, la question ne semble pas être totalement tranchée. Il n’y a pas de réponses claires pour l’instant. Cependant, le port des gants pourrait aussi devenir obligatoire pour garantir une meilleure protection. 

Gilets jaunes : Acte 53, un anniversaire mouvementé

Ce dimanche sera sous le signe du 1er anniversaire du mouvement des Gilets jaunes. Cela fera un an que ce soulèvement populaire aura commencé. Et en cette occasion, les Gilets jaunes ont annoncé une intensification de leurs actions ce week-end. 

C’est très tôt ce matin qu’ont commencé les premières actions des Gilets dans plusieurs villes de la France. « Plusieurs milliers » étaient attendus sur la capitale. Manifestations, blocages des périphériques… Ces différentes opérations ont pour un but principal. Redonner un second souffle au mouvement, qui a perdu de son intensité ces derniers mois. L’enjeu était aussi de « remobiliser les manifestants », qui, aux plus grands regrets des activistes, n’étaient plus que quelques milliers. Néanmoins, aujourd’hui, plus de 28 000 personnes ont manifesté en France, dont 4700 à Paris, d’après le ministère de l’intérieur.

Des débordements ayant mené à une centaine d’interpellations 

147 interpellations ont été faites à 20h par la préfecture de police de Paris. La police a fait usage de la force dans la matinée lorsque les premiers barrages de manifestants se sont formés en plein milieu du périphérique. La situation est ensuite devenue tendue. Dans les grands pôles de rassemblement comme Place d’Italie ou encore Place de la Bastille, les marches, autorisées au départ, ont dû être arrêtées par les forces de l’ordre. Ces derniers ont fait usage de gaz lacrymogènes aux alentours du Forum des Halles, à Châtelet, au centre de Paris, afin de disperser la foule.

Cet anniversaire a été très agité, et les « festivités » de cet « acte 53 » devraient se poursuivre demain, où le mouvement fêtera sa première année, jour pour jour.