L’Accord de Cotonou fête ses 20 ans

Il s’agissait du plus grand accord de coopération Nord-Sud. L’Accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 fête ses 20 ans et prendra fin en décembre prochain avant qu’un nouvel accord ne soit signé.

Il était un symbole d’unilatéralisme conclu entre l’Union Européenne et les pays de l’ACP, l’Afrique Caraïbe Pacifique, pour poursuivre la Convention de Lomé signée en 1975. Construit autour de 3 grands axes communs aux 79 pays signataires, le développement, le commerce et la politique, il devait tirer sa révérence hier mais les négociations autour de l’accord qui lui succèdera ont tardé suite à la crise du coronavirus. Par conséquent, l’accord de Cotonou a été prorogé jusqu’en décembre prochain. Le temps aussi de tirer un bilan de cet accord à posteriori de la première vague de COVID-19 en Europe.

Un bilan très mitigé 

Ce bilan est avant tout marqué par un regard critique sur les 20 années de relations Europe-ACP qui viennent de s’écouler. Et à mesure que ce regard se pose sur des périodes, des zones et des relations précises, nous mesurons l’obsolescence d’un accord aussi global avec des pays aussi hétéroclites. L’ACP, au cœur de cet accord est à son origine un regroupement d’anciennes colonies britanniques, françaises et belges, mais qui, au-delà de leur histoire, et parfois de leur langue, n’ont pas toujours de points communs. Le regard porté sur ces pays en développement doit aujourd’hui être plus localisé. Les pays africains qui composent plus de 60% des membres de l’ACP offrent un nouveau regard sur une Afrique jeune et dynamique à l’inverse d’une Union européenne vieillissante en proie avec ses démons. Cette Europe stationnaire a aussi permis à de nombreux pays signataires de l’accord de Cotonou de diversifier leurs partenariats et notamment avec la Chine qui se fait de plus en plus présente dans les pays ACP.

L’axe développement de l’accord n’a pas toujours tenu ses promesses, bien que l’Afrique ait vu son espérance de vie progresser en moyenne d’une décennie depuis 2000. Le commerce quant à lui affiche un bilan encore plus médiocre puisque les importations européennes en Afrique ont chuté de 11% durant la dernière décennie. Les exportations ont diminué de 1%. La faute à la diversification des partenariats des pays africains avec d’autres continents que l’Europe. Enfin, d’un point de vue politique, la condition d’accès aux aides de l’U.E était de respecter les droits de l’homme, la démocratie et les principes de l’état ainsi que de montrer patte blanche en matière de corruption. De nombreux pays ont été sanctionnés pour manquement aux droits de l’Homme. Mais malgré des preuves accablantes et un article 97 formel, les gouvernements corrompus continuent de bénéficier des aides sans avoir été sanctionné. La décennie 2010 a aussi été marquée par les crises migratoires où l’absence de pays du Maghreb au sein de l’ACP ont compliqué les discussions. Mais aussi par l’arrivée toujours plus importante d’accords parallèles à celui de Cotonou comme les accords de libre-échange APE qui rendent parfois caduque le vicennal accord.

Des freins aux négociations

Il était donc grand temps de remplacer l’accord par un neuf, plus réaliste face aux enjeux économiques et politiques actuels. Mais de nombreuses difficultés ont compliqué les négociations débutées en septembre 2018 lors de la 73e Assemblée Générale de l’ONU. Les premières sont d’ordre financière et viennent de l’Union européenne. Depuis 2000, 13 pays ont rejoint l’U.E et 1 l’a quitté. Ces 13 pays, tout comme les 14 autres, contribuent à leur hauteur au financement de l’accord via la FED le Fond Européen d’Investissement. Un fond qui est en dehors du budget de l’U.E, où chacun peut donner ce qu’il souhaite, créant une dangereuse flexibilité du budget. Des pays comme l’Allemagne et d’autres pays nordiques ont d’ores et déjà fait vœux de prolonger l’Accord de Cotonou mais en dehors de l’ACP, trop hétérogène et onéreuse pour eux.

Du coté africain, c’est la question des droits de l’homme qui coince. L’arrivée de la Chine, bien moins soucieuse de ce sujet, a changé la donne. Certains chefs d’États disent pouvoir désormais se passer de l’Europe bien que cela implique une dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Nombreux sont ceux qui accusent l’Europe de paternalisme moralisateur en refusant de donner des aides aux pays ne respectant pas les Droits de l’Homme. Mais à l’inverse l’U.E semble insouciante de la concurrence chinoise et des critiques de ses homologues puisqu’elle souhaite renforcer ses conditions d’investissement. Notamment en obligeant à la reconnaissance des droits des homosexuels, à la reconnaissance de l’identité de genre, à l’abolition de la peine de mort et à une collaboration accrue avec la Cours pénale internationale. Mais le plus gros frein aux négociations est le sujet épineux des financements aux sociétés civiles. En effet, l’Union Européenne finance de nombreuses ONG en Afrique et les actions de celles-ci sont parfois en opposition avec celles des gouvernements africains, voire anti-gouvernementales. Les représentants de nombreux pays se sont plaints de ce double jeu de l’U.E et souhaitent voir le financement de ces ONG supprimé. Ces multiples tensions dans le volet politique ont donc été abordées en dernières et sont toujours en cours de négociation.

Des certitudes et des absents pour l’avenir

Les volets « commercial » et « développement » ayant déjà été négociés, il y a de nombreuses certitudes sur l’avenir. La première, et pas des moindres, est la distinction régionale qui sera opérée. Un volet commun aux 79 existera bel et bien mais la suite de l’accord se fera continent par continent. L’homologue ACP sera donc remplacé à moyen terme. Judicieusement, le prochain homologue africain de l’accord sera l’Union africaine. Et sur le volet commercial la ZLEC, la Zone de Libre échange continentale africaine. Un projet qui a commencé en 2012 et a vu timidement le jour l’an dernier, qui permet de supprimer ou d’abaisser drastiquement les droits de douane entre 52 pays africains. Si l’objectif à long terme est de créer un modèle similaire à celui de l’Union européenne en se dotant d’un marché commun, un second objectif, cette fois ci inscrit dans le futur accord, est de fusionner la zone de libre échange africaine avec celle de l’U.E.

Les investissements se feront essentiellement dans le secteur primaire et les matières premières, ce qui n’est pas sans déplaire à nombre d’économistes qui déplorent l’absence de valeur ajouté dans ce secteur, donc de création de richesses. Mais dans un second temps, beaucoup d’investissements pourraient être réalisés pour renforcer les énergies renouvelables. Pour le moment, malgré la crise sanitaire actuelle, la santé reste un volet absent des débats au grand dam du négociateur en chef de l’APC. Le ministre togolais Robert Dussey qui appelle de ses vœux à ce que les pourparlers « intègrent des clauses relatives aux pandémies et à leurs conséquences socio-économiques ».

Source de l’image : Kopano Tlape ( GCIS )

France – Turquie : du rififi en Libye

Un accrochage entre des navires turcs et français en Méditerranée fait surgir les tensions issues du conflit libyen.

L’événement peut paraître anecdotique mais reflète à lui seul le conflictuel casse-tête géopolitique que pose la Turquie. Ce mercredi 17 juin, la ministre des Armées Florence Parly a dénoncé le « comportement extrêmement agressif » d’un navire turc sur une frégate française en Méditerranée. Cette frégate, qui participait à une mission de l’OTAN, cherchait à identifier de potentiels cargos suspectés de transporter des armes vers la Libye. Elle a été illuminée à 3 reprises par le radar de conduite de tir d’une frégate de l’armée turque. Une intimidation proche de l’escarmouche qui fait suite aux propos tenus par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, samedi 13 et dimanche 14 juin au sujet de l’investissement turc dans le conflit libyen. 

Soutiens et ingérances

Le ministre avait dénoncé « l’interventionnisme inacceptable » d’Ankara en Libye et condamné le soutien militaire croissant d’Erdogan aux troupes de Fayez El-Saraaj, président du Gouvernement d’union nationale, en dépit de l’embargo mené par l’ONU sur la vente d’armes en Libye. En effet la Libye est toujours coupée en deux entre l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et le Gouvernement d’union nationale de El-Saraaj. Mais de nombreux pays étrangers ont pris position dans cette guerre civile. La Russie, les États-Unis, l’Égypte, le Tchad, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis soutiennent officiellement Haftar. El Saraaj est lui soutenu par le Qatar et la Turquie. Mais la France, qui se dit médiatrice du conflit, joue en réalité une position bâtarde dans ce jeu d’alliance. Le pays des lumières soutient officieusement le maréchal Haftar et a même été accusé par le New York Times de vendre des armes aux troupes du maréchal. Un conflit d’intérêts sournois noue donc la France à la Turquie qui ne soutient pas le même camp et n’use pas des mêmes méthodes. Car si la France est accusée d’un soutien à Haftar plus fort qu’elle ne l’affiche, la Turquie ne se cache plus de vendre des armes à El-Saraaj, d’envoyer des soldats sur le terrain et de positionner 7 navires au large des côtes libyennes. Par ailleurs ce soutien turc n’est pas sans résultat puisque le maréchal enchaine les défaites, perdant du territoire depuis sa tentative de capture de Tripoli. 

L’OTAN toujours muette

Le poulain français est donc menacé tandis que la Turquie semble avoir misé sur le bon cheval. Mais la prise de position divergente ne doit pas pour autant être source de conflit entre les deux pays membres de l’OTAN. « On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela » a signalé le Quai d’Orsay avant d’ajouter que la ministre des armées s’était entretenue avec son homologue turc. C’est une nouvelle fois la position turque qui paralyse l’OTAN. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce à faire respecter l’embargo voté à l’ONU tandis qu’un de ses membre le contourne. Mais la France, accusée de fournir des armes à un maréchal Haftar en perdition, contestée par la population au sein du pays, n’est pas dans une position idéale de moralisateur. Au contraire cette perte d’influence en Libye a été profitable aux russes et aux turcs, renforçant encore plus le conflit diplomatique franco-turque et « l’état de mort cérébrale » de l’OTAN. 

Perte d’influence

En effet, la France, après avoir déstabilisé la zone en 2011 pour permettre la chute de Khadafi, a toujours soutenu le processus de paix en se posant comme médiateur. Elle semble aujourd’hui avoir perdu presque toute son influence. A l’instar du conflit syrien, Vladimir Poutine sort gagnant de cette mise à l’écart de la France, se positionnant alors comme le partenaire des 2 camps. Les réunions diplomatiques sont régulières à Moscou où le chef d’Etat reçoit les soutiens d’Haftar, comme le président égyptien Al-Sissi, autant que les soutiens d’El-Saraaj comme Erdogan. Si un accord de paix doit être trouvé, il semble que cela ne puisse aujourd’hui se faire sans Poutine.

Emmanuel Macron qui avait pourtant réussi en 2017 à réunir Haftar et El Saraaj sur une même photo, va devoir tourner une page importante de la France au Maghreb, au profit des intérêts turcs et russes dans la région.

Crédit photo: photo officielle du Kremlin

Le 1er mai 2003, les USA célébraient maladroitement « la fin des combats majeurs » en Irak

Le 1er mai 2003, le porte avion USS Abraham Lincoln arbore la banderole « Mission accomplished ». Le président Georges W. Bush prononce un discours célébrant la fin de la majeure partie des hostilités en Irak. Cette célébration suscite la controverse car la guerre en Irak est loin d’être terminée.

Le 1er mai 2003, les États-Unis annoncent la fin des « combats majeurs » en Irak, en affirmant pour autant que la guerre « n’est pas terminée ». Il s’agissait en fait d’annoncer la fin de l’« Opération Liberté irakienne » qui avait pour but d’évincer Saddam Hussein du pouvoir ainsi que le parti Baas (le parti socialiste de la résurrection arabe) et d’instaurer la démocratie. Cependant, le faste de la célébration suscite la controverse. Le président en tenue de pilote, la banderole « Mission accomplie » ressemblent trop à une autocélébration de la puissance américaine aux dépens d’une situation encore dramatique en Irak et d’une guerre désapprouvée par nombre de puissances mondiales. Les États-Unis affichent maladroitement leur supériorité, effective depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La puissance passe outre sa propre organisation, l’ONU, créée en 1945, preuve d’un changement de politique extérieure et d’un certain mépris des lois.

Le président Georges W. Bush en tenue de pilote

En Irak depuis le 20 mars 2003, Les États-Unis tentent de fait tomber le dictateur irakien Saddam Hussein. 2001 marque pour les USA, un tournant dans leur rapport à l’extérieur. Plus interventionnistes que jamais, ils débarquent, avec l’accord de l’ONU, en 2001 en Afghanistan. Si la première guerre du Golfe semble relativement légitime, la seconde suscite bien plus de controverses. Pour intervenir en Irak, les États-Unis ont accusé le pays de détenir des « armes de destruction massive » et d’avoir un lien avec Oussama Ben Laden, dirigeant du groupe Al-Qaida, et responsable des attentats du 11 septembre 2001. Or, ces accusations s’avèrent être fausses. De fausses preuves ont donc été présentées à l’ONU. L’organisation des Nations unies refuse alors que l’intervention soit menée. La France pose son veto. La première puissance mondiale passe néanmoins outre ces interdictions. L’unilatéralisme dont font preuve les Américains marque un tournant dans leur politique extérieure. George W. Bush, entouré de néoconservateurs, les « faucons », compte bien assumer et afficher la puissance américaine. En somme, les gendarmes du monde commencent à se la raconter sérieusement. Ce qui ne fera qu’enflammer les tensions avec les pays du Proche et du Moyen Orient.

Le discours célèbre de Dominique de Villepin à l’ONU contre l’intervention américaine en Irak

Le message est clair, quand la puissance américaine est attaquée, elle réplique, peu importe l’avis de la communauté internationale. Dans le cas de l’Irak, on parle de guerre préventive. C’est-à-dire une guerre faite en prévention d’un conflit, car un affrontement futur semble inévitable. C’est surprendre l’adversaire avant qu’il ne nous attaque, si tant est qu’il veuille nous attaquer… Les États-Unis donnent un grand coup de poing sur la table des puissances mondiales. Finis les pourparlers diplomatiques, place désormais à la diplomatie du char d’assaut. Quand on l’attaque, l’empire américain contre-attaque.

Georges Bush annonce l’intervention en Irak

Ce déchaînement de violences, dû aux attentats de 2001, entraîne le président Bush à commettre bien des erreurs diplomatiques, dont celle du 1er mai 2003. Dès 2001 néanmoins, le président Bush définissait un « axe du Mal » composé de l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord qui s’armeraient pour « menacer la paix mondiale ». Or l’Iran et l’Irak se détestent et n’ont aucun lien avec Ben Laden, et encore moins la Corée du Nord. L’Oncle Ben s’affiche en tant qu’unique défenseur de la paix mondiale (rappelons le combat pour cette place entre l’URSS et les États-Unis durant la guerre froide). Un défenseur de la paix mondiale qui passe outre l’ONU… Être pour la paix quand tout va bien c’est facile, mais lorsque l’on nous attaque, cela s’avère plus compliqué.

Le discours du 1er mai 2003 est le symbole d’une puissance américaine qui cherche à réaffirmer sa grandeur sur la scène mondiale. Si cette démonstration est mal perçue c’est parce qu’elle est prématurée. Les Américains ont voulu rétablir la situation au plus vite et affirmer qu’ils étaient toujours les leaders du monde. Trois mois après le début des opérations en Irak, ils veulent déjà afficher une victoire, cette « guerre éclaire » doit être le signe d’une puissance retrouvée, et même jamais perdue.

Le discours du premier mai 2003, une victoire trop précoce ?

Barack Obama, exprime des regrets quant à cette célébration du 1er mai maladroite, affirmant qu’il ne s’agissait en aucun cas d’annoncer la fin de la guerre mais seulement de « l’Opération Libertés irakiennes ». B. Obama mène le pays de telle sorte à ce qu’il conserve sa place de première puissance mais d’une manière bien moins visible, pour éviter les représailles. Il retire les troupes américaines d’Irak en 2011.

Barack Obama annonce le retrait des troupes américaines d’Irak

La guerre civile en Irak

La deuxième guerre du Golfe conduit à une déstabilisation de l’Irak qui sombre dans la guerre civile à partir de 2006. Avec ces deux interventions, les États-Unis ont fait se développer au Proche et au Moyen-Orient, un puissant sentiment d’anti-américanisme.