(Municicaqs #15) – Nantes, à bâbord toute !

Après Lille, Dijon, Toulouse ou encore Montpellier, CAQS maintient le cap vers l’Ouest pour ce tour de France des municipales. À Nantes, Johanna Rolland brigue un second mandat, dimanche 28 juin, après être arrivée largement en tête au premier tour (31,36 %). Pour ces élections municipales, la jeune maire socialiste a misé sa stratégie sur une alliance avec les Verts, comme en 2014. Si certains désaccords persistent entre les deux partis, la gauche fait plus que jamais barrage face à la menace républicaine.

La maire sortante Johanna Rolland (PS) est arrivée largement en tête au soir du 1er tour avec 31,36% des voix à Nantes. La socialiste affrontera dimanche prochain sa rivale de droite Laurence Garnier (19,93%) et la marcheuse Valérie Oppelt (13%), qui n’ont pas réussi à s’entendre durant l’entre-deux tours. Car oui, une alliance a été proposée par la républicaine avec la candidate LREM pour faire front face au bastion de la gauche. Mais les deux candidates ne sont pas parvenues à trouver un terrain d’entente, laissant à la gauche une autoroute devant elle pour aborder le second tour de ces municipales le plus sereinement possible. Une avance qui s’est notamment creusée grâce à la mise en place d’une alliance entre le Parti Socialiste et Europe Écologie Les Verts le 15 mars dernier. Le parti écologique qui avait notamment recueilli 19,58% des voix.

Une alliance naturelle…

Des insoumis aux écologistes en passant par les socialistes aux listes alternatives, la gauche se présente dans diverses configurations pour ces élections municipales. À Nantes, elle est plus unie que jamais. Comme il y a six ans, le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts porteront une liste commune pour le second tour des élections municipales dans la cité des Ducs. À 77%, les militants se sont exprimés pour cet accord. Johanna Rolland et Julie Laernoes ne nient en aucun cas les divergences entre leurs programmes respectifs, mais cette alliance s’inscrit dans une volonté de se concentrer sur leurs valeurs partagées. Les deux candidates comptent bel-et-bien faire front face à Laurence Garnier (LR) et son programme libéral en rassemblant leurs votes et leurs convictions dans un projet commun. La candidate écologiste Julie Laernoes avait rebondi en juin dernier sur la précédente alliance entre le PS et Les Verts en garantissant que celle-ci serait inédite. « Au vu de nos échanges de ces derniers jours, j’ai la conviction que la majorité de demain ne sera pas celle d’hier. C’est une nouvelle génération de l’union écologistes-socialistes : plus équilibrée entre nous et plus volontariste dans l’action contre le changement climatique », avait t-elle réagi dans un communiqué.

… Mais mouvementée

Ça, c’est ce qui est vendu sur le papier. Mais la réalité est bien plus contrastée. Pendant la campagne, Julie Laernoes avait vivement critiqué certains choix de la majorité municipale dont elle faisait pourtant partie. La candidate est en désaccord avec la socialiste sur cinq points (L’arbre aux Hérons, la vidéo-protection, l’hypothèse d’un nouveau franchissement de la Loire, la création de places de stationnement pour la gare et le nouveau CHU). Concernant ce dernier, l’objectif est de fonder un nouvel hôpital sur l’île de Nantes qui prévoit le regroupement de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Nord-Laënnec. Mais ce projet fait débat. Julie Laernoes (EELV) n’a pas manqué de critiquer et de souligner les trop faibles capacités du futur CHU avec ses 350 lits en moins : « Nous ne pouvons l’accepter » a-t-elle déclaré. La candidate LR Laurence Garnier arrivée seconde au premier tour partage également cet avis.

Johanna Rolland est quant à elle moins radicale sur la question et privilégie un dialogue avec le personnel de santé avant de prendre une décision. « Sur la question du manque de lits, la première chose à faire serait d’échanger sur ce point avec les médecins, les infirmiers, etc ». Sur tous ces dossiers, les colistiers de Julie Laernoes pourront voter à l’encontre des choix de la majorité, mais se sont engagés à voter le budget général de la ville. C’était le deal pour que cette alliance puisse voir le jour. Julie Laernoes se serait sinon retrouvée à choisir entre maintenir une liste autonome ou fusionner avec Margot Medkour, la tête de liste de Nantes en commun qui ne s’est finalement pas qualifiée pour le second tour. Une alliance donc fragile, mais qui survit grâce à des intérêts communs.

Des compromis pour mieux s’entendre

Pour régler les points de divergence, une liberté de vote a été donnée à EELV, qui disposera de 10 postes d’adjoints sur 26 en cas de victoire. En cas de victoire de la liste, Julie Laernoes se verrait confier la vice-présidence à l’énergie, au climat, et à la transition alimentaire. Johanna Rolland a accepté d’intégrer à la liste plusieurs propsitions des Verts comme la création d’une coopérative alimentaire, un moratoire sur la 5G en attendant un débat, l’organisation d’un dimanche sans voiture par mois, ou la création de centres pluridisciplinaires de santé dans les quartiers visant à désengorger les urgences. Des victoires pour Julie Laernoes mais qui devra aussi composer avec le recrutement de 70 policiers municipaux ou encore avec la gratuité des transports le week-end, des propositions fortes de Johanna Rolland qui ne satisfont pas forcément l’écologiste.

Mais c’est bel et bien la maire socialiste Johanna Rolland qui a dû mettre de l’eau dans son vin pour permettre à cette alliance de voir le jour et éviter que Les Verts se tournent vers la liste « Nantes en commun » de Margot Medkour. La membre du PS a dû renoncer à certains de ses projets. Par exemple, elle compte mettre en suspens le projet d’extension de la Cité des congrès ou encore la réalisation des parkings souterrains à la Petite-Hollande, cette place autrefois colonisée par les voitures et qui accueillera en cas de victoire de grandes pelouses et des gradins donnant sur la Loire. L’agrandissement de la Cathédrale est également compromis.

« Je respecte la démocratie, c’est un choix assumé »

Johanna Rolland est également parvenue à collaborer avec ses détracteurs comme les colistiers Christophe Jouin et Florian Le Teuff, parfois très virulents envers la socialiste. Ils figurent bel et bien sur la liste d’union, et il est même promis au deuxième une place d’adjoint, parmi les dix postes sur 26 qui reviendront aux « écolos », en cas de victoire. « La liste a été constituée en fonction du vote des Nantais et du résultat du premier tour, indique Johanna Rolland. Je respecte la démocratie. C’est un choix assumé. » Elle confie également à Julie Laernoes la responsabilité de veiller sur l’évolution de certains projets de la ville comme la création de Yellopark, le nouveau stade de la ville qui délogerait le Football Club de Nantes de son mythique stade de la Beaujoire.  « La crise sociale et écologique ne peut pas attendre. Être ici est un moyen de les concrétiser, et même avec des désaccords. Les défis sont énormes. Il faut s’engager collectivement pour faire bouger les choses. » a déclaré la jeune écologiste.

Malgré certaines frictions entre les deux parties, sur différents points, la gauche est favorite pour ce second tour à Nantes et cette alliance pourrait s’avérer comme un pari gagnant de la part de Johanna Rolland pour contrer la républicaine Laurence Garnier. Réponse dimanche prochain en Loire-Atlantique.

Crédit photo : Wikimedia Commons

(Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

À la veille du second tour des municipales, les incertitudes planent toujours pour Bordeaux. Alors qu’aucune majorité ne se dessine, l’espoir s’invite aux côtés de Pierre Hurmic. Le candidat des Verts et de la gauche s’est placé à seulement 96 voix du maire sortant Nicolas Florian. Après 75 ans au pouvoir, la donne va-t-elle changer pour la droite bordelaise ? 

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne et Lille, tour d’horizon à Bordeaux pour la dernière ligne droite des municipales. Un écart de 96 voix séparait, le 15 mars au soir, le bourgmestre actuel et la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND). Nicolas Florian, tête de liste de « l’Union pour Bordeaux » (LR, Modem, UDI, Agir et LREM) qui succède Alain Juppé, démissionnaire en 2019, ramène la course aux municipales à trois candidats après une alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait tout de même été qualifié au second tour avec 12,69 % des voix. Pour résumer les résultats de ce premier tour, Nicolas Florian, en tête avec 35,56 %, est suivi du candidat écologiste et socialiste qui cumule 34,38 % des voix. S’y ajoute Thomas Cazenave (12,69 %, 6.976 voix). Philippe Poutou de la liste « Bordeaux en Luttes » (NPA et FI) rallie 6.470 sympathisants soit 11,77 % des votants.

Un taux d’abstention fortement élevé en raison du Covid-19 : 63 % des électeurs n’ont pas voté. C’est 56.000 votants sur 151.000 électeurs inscrits. La tranche d’âge 18-34 ans, plébiscitée notamment par la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND) n’était pas au rendez-vous. Un choix de la part des votants qui ne confortent pas les logiques des alliances et du contexte actuel.

À droite, « éclaircir le paysage politique »

Le 1er juin marque la signature d’un accord de liste commune entre le maire sortant Nicolas Florian et le candidat LREM Thomas Cazenave. Un rapprochement qui n’a rien de surprenant selon Philippe Poutou qui parle d’un « non-évenement ». Les discussions ont déjà été entamées depuis un moment. L’alliance qui naît de la difficulté du premier tour de se retrouver face au candidat socialiste et écologiste marque également une alliance des projets. Cette dernière d’autant plus nécessaire pour le candidat LREM qui indique que « la crise que nous traversons appelle à unir les compétences. », s’agissant ainsi de « dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation ». Une alliance surprenante qui dépasse l’incompatibilité politique initiale avec le maire sortant : « je veux atteindre le niveau le plus élevé » avait-il annoncé après le premier tour.  La fusion défendue par Cazenave laisse place à un nouvel accord électoral mal vu par certains électeurs mais également par l’opposition accusant « des moeurs politiques d’une autre époque ». Dans son communiqué, le candidat LREM défend la fusion des deux listes en indiquant « qu’aborder le second tour de l’élection municipale sans rien changer est aujourd’hui inconcevable ».

Cette liste du rassemblement menée par Nicolas Florian doit intégrer 17 colistiers de Thomas Cazenave issu de la liste « Renouveau Bordeaux » dont 13 membres en position éligible. Créant la surprise en début d’année, Benoit Simian, député LREM du Médoc et colistier de Nicolas Florian cède sa place. Cazenave devrait occuper le poste d’adjoint au maire ainsi que la vice-présidence à Bordeaux Métropole.

Les priorités évoluent mais le fond reste le même

Depuis juin, la campagne bat à nouveau son plein. La crise sanitaire fait évoluer les programmes, les candidats se sont adaptés proposant de nouvelles priorités sociales et économiques.

L’union à gauche (EELV, PS, PC, Générations, Nouvelle Donne etc,…) menée par l’écologiste Pierre Hurmic maintient sa volonté de rupture tout en reconnaissant à Alain Juppé un bilan positif en 24 ans. Avec l’objectif d’un « modèle écologique, solidaire et résilient » s’ajoutent les enjeux économiques et sociaux désormais prioritaires dans un programme qui s’adapte au contexte. Augmenter la part des emplois non délocalisables, concevoir une ville autour des services publics, soutenir les associations… Autant de propositions qui tendent vers un modèle « vertueux » afin de « réinventer Bordeaux ». Au projet s’ajoute la lutte contre l’abstentionnisme, clé de ce second tour. La mobilisation n’était pas au rendez-vous. Pour ce second tour, l’argument du vote utile s’invite dans les débats. La liste « Bordeaux respire » compte sur les électeurs de la liste de Thomas Cazenave « Renouveau Bordeaux » et le scepticisme laissé par la fusion avec Nicolas Florian.

Le candidat n’est pas en reste et le fossé reste tout de même étroit. 96 votes seulement derrière le maire sortant et un optimisme à toute épreuve qui donne de l’espoir à l’écologiste.

« Ça ne fait qu’accroître ma détermination, ma combativité, pour remplacer ce pouvoir conservateur qui est prêt à tout pour conserver précisément le pouvoir à Bordeaux. » – Pierre Hurmic

Aux côtés des présidents socialistes de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze apportent un soutien de taille. Hurmic se dit vouloir donner l’image « d’un maire écologiste, apaisant, sobre et de proximité. ».

Outsider du premier tour, Philippe Poutou ferme la marche avec 11,77 % des suffrages exprimés. Le chef de file de la liste « Bordeaux en luttes » maintient ses positions en étant catégoriquement opposé à une alliance avec Pierre Hurmic. Face à « une droite libérale » d’un côté et « une gauche libérale EELV/PS » jugée « inapte » sur le terrain national, Philippe Poutou, fidèle à ses convictions se présente comment seul véritable candidat de l’opposition. Pointant du doigt la fusion LR-LREM, il indique que « « Bordeaux en luttes » sera là pour faire entendre la colère sociale… » dans un tweet, peu après l’annonce de la coalition. Mécontentement qui s’exprime également au lendemain du déconfinement en rappelant que la contestation sociale ne s’est pas éteinte à laquelle s’ajoute l’embrasement lié aux violences policières.

Le programme intègre une démocratie dite « participative », entendant la parole des Gilets jaunes. Il propose la mise en place d’un référendum d’initiative communale ou encore un encadrement des loyers… des propositions tirées de « l’exigence d’un autre monde ». La crise sanitaire forge la détermination du candidat de la gauche qui pointe du doigt la mauvaise gestion de la crise et les inégalités qui en découlent. Dans la dernière ligne droite les objectifs s’affichent clairement : dépasser les chiffres du premier tour et entrer au conseil municipal. « L’heure est à la mobilisation » pour l’anticapitaliste qui espère continuer sur sa lancée après le 28 juin.

Image mise en avant : Livio Ferrero – Hotel de ville, Bordeaux, 2020