Donald Trump veut relancer l’économie, simple stratégie ou réel optimisme ?

Les États-Unis viennent de franchir le cap des 70 000 décès liés au coronavirus et pourraient atteindre celui des 100 000 avant le début du mois de juin. Le taux de chômage est à un niveau historique, il a atteint 14,7%, soit le taux le plus élevé depuis juin 1940. 20,5 millions d’emplois ont été perdus au mois d’avril, une baisse record en si peu de temps. Pourtant, la communication de Donald Trump laisse croire que la situation est parfaitement gérée. A-t-on à faire à une stratégie de campagne ou à une réelle maitrise des évènements de la part du président américain ?

Une « pause » du plan d’aide

Adoptant un ton résolument optimiste, il a annoncé une année 2021 « incroyable » sur le plan économique, en promettant que les emplois perdus reviendront. Il a également déclaré vendredi qu’il n’était « pas pressé » de trouver un accord avec les démocrates concernant un nouveau plan d’aide aux Américains touchés par la crise du coronavirus. « Nous avons eu ce dont nous avions besoin » dans les précédents accords, a-t-il estimé. En mars, le Congrès avait approuvé un plan de relance historique de 2.200 milliards de dollars, promulgué par Donald Trump. Il comprenait notamment la distribution de chèques aux Américains, et 349 milliards pour un fonds dédié aux petites et moyennes entreprises. Un deuxième plan d’aide de près de 500 milliards de dollars avait suivi fin avril.

Mais ces aides n’ont pas eu l’effet escompté puisque le taux de chômage a atteint 14,7%, soit le taux le plus élevé depuis juin 1940, et 20,5 millions d’emplois ont été perdus au mois d’avril. Malgré ces nouvelles alarmantes, les responsables républicains et la Maison-Blanche ont plaidé pour une « pause » avant de reprendre de nouvelles mesures. Donald Trump a ainsi annulé les aides financières, estimant que celles-ci n’étaient pas la clé de la solution. On pourrait aussi se demander si le magnat de l’immobilier a-t-il pris les mesures nécessaires pour endiguer la propagation du virus et permettre un retour à la normale. Pour le démocrate Joe Biden, la réponse ne fait aucun doute.

« Un désastre économique »

« C’est un désastre économique pire que tous ceux que nous avons connus depuis des décennies et c’est d’autant plus grave qu’il ne devait pas en être ainsi. Donald Trump n’a absolument pas su se préparer à cette pandémie et a tardé à prendre les mesures nécessaires pour protéger notre pays contre le scénario économique proche du pire que nous vivons actuellement. Le Covid-19 a provoqué un défi économique de taille. Mais cette crise nous a frappé plus durement, et durera plus longtemps, car Donald Trump a passé les trois dernières années à saper les piliers fondamentaux de notre force économique » a-t-il déclaré.

Au lieu de proposer un chèque de 2.000 dollars chaque mois à une majorité d’Américains pour toute la durée de la crise comme le suggère les sénateurs américains, Donald Trump maintient sa politique de préparer l’après-confinement. L’urgence ne serait-elle pas de gérer le cas présent ? Assis à côté de l’imposante statue d’Abraham Lincoln dimanche dernier lors d’une interview, il a défendu avec force tous ses choix, refusant toute autocritique sur ses atermoiements initiaux. « Je pense que nous avons sauvé des millions de vies », a lancé l’hôte de la Maison-Blanche lors cet échange retransmis en direct sur Fox News. Était-il convaincu par ce qu’il disait ou était-ce sa façon de dire « je ne peux pas faire plus » ? Le chef d’État a continué à se montrer confiant en affirmant cette fois-ci qu’un vaccin contre le coronavirus sera trouvé d’ici la fin d’année.

En campagne pour sa réélection, comme depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump n’a cessé de louer ses qualités. En affirmant que l’économie va se relancer et qu’un vaccin sera bien trouvé, le président américain ne soigne-t-il pas avant tout son image au lieu de mettre tous les moyens en œuvre pour venir en aide à son pays ?

Présidentielle américaine : Trump, Biden et Sanders continuent leur campagne

Il est très difficile pour les trois candidats favoris, Donald Trump, Joe Biden et Bernie Sanders, de mener leur campagne pour la présidentielle de 2020. Les démocrates, Sanders et Biden, ont annulé leurs grands meetings suite aux conseils des autorités locales. Donald Trump a dû annuler toutes ses réunions publiques auxquelles il devait se joindre.

Les deux candidats démocrates veulent absolument battre Donald Trump. Tous les deux confinés dans leur état respectif, ils rencontrent des difficultés de communication.

Joe Biden, candidat à la présidentielle démocrate américaine

Joe Biden a créé un studio dans son sous-sol afin de continuer de parler aux Américains. Cela lui permettrait d’être « vu par 20 ou 30 millions de personnes », selon son équipe. Il prend essentiellement la parole sur l’épidémie. Confiné dans l’État de New-York, la plus touchée par le Covid-19, il rencontre de nombreuses difficultés à se faire entendre sur les ondes, elles sont saturées. Publiant un spot publicitaire, Joe Biden montre le président des États-Unis qui houspille et très irrité. Il se présente, lors d’une interview où il répond, calmement aux questions posées sur l’épidémie. Le favori de la présidentielle démocrate reste soucieux, puisque les primaires ont été reportées à cause de la crise humanitaire.

Bernie Sanders, actuellement derrière Joe Biden dans la course à l’investiture démocrate, a décidé de se concentrer sur l’épidémie : « il se concentre sur la réponse à apporter de la part des autorités à l’épidémie de coronavirus et à s’assurer que nous prenions soin des travailleurs et des plus vulnérables » a annoncé son chef de campagne Faiz Shakir. Son équipe aurait arrêté tous les spots de campagne sur Facebook et à la télévision, d’après la société spécialisée, Advertising Analytics. Le sénateur du Vermont se met en avant en ventant son expérience dans la gestion de crise. Il insiste, les électeurs « veulent des résultats ». Il vente son programme, d’assurance maladie pour tous, durant la crise du coronavirus. Concrètement, il s’agirait d’ouvrir le régime public à tous les Américains à 55 ans pour la première année, pour arriver à les couvrir dès la naissance. Pour financer ce projet, il propose la mise en place de cotisations patronales, d’instaurer un impôt sur la fortune et sur les multinationales, réduction des dépenses militaires. Une proposition qui tombe à un moment propice pour le système de santé américain. Il reste, avant tout, concentré sur la crise sanitaire que connait les États-Unis.

Bernie Sanders, candidat à la présidentielle démocrate américaine

Donald Trump gère directement la crise avec son gouvernement. Il a été obligé de plonger l’économie de son pays à l’arrêt. Il priorise avant tout l’économie, il a déclaré tardivement les mesures difficiles et impopulaires. L’opposition n’hésite pas à sortir la carte de son « incompétence à agir en temps réel ». Il s’oppose à un confinement de longue durée. Il a pris conscience du danger du virus aussi, tardivement, c’est le pays le plus touché par l’épidémie, plus de 200 000 cas. Donald Trump, accaparé par la crise, n’a pas le temps de se projeter dans sept mois. Cette crise peut être la clé de sa réélection, comme celle de sa défaite à la présidentielle. Il compte sur la bonne santé de l’économie du pays pour être réélu.

Donald Trump, lors d’un meeting

Donald Trump serait devancé par Joe Biden dans un récent sondage Ipsos/Reuters, sur 1100 Américains. 46% des personnes interrogées choisiraient Biden, 40% voteraient pour le président actuel. Le calendrier des primaires n’est pas encore fixé. Il est encore trop tôt pour connaitre le véritable impact de la crise sanitaire sur la vie politique.