Il y a 53 ans, les USA autorisaient le mariage entre blancs et noirs

C’est grâce à Mildred Delores Jeter Loving, une femme d’ascendance afro-américaine et amérindienne, et Richard Perry Loving, ouvrier du bâtiment d’ascendance européenne, que la Virginie et l’ensemble des états américains dépénalisent le mariage inter-racial le 12 juin 1967.

Mildred et Richard vivent à l’époque en Virginie et souhaitent se marier, or conformément aux Racial Integrity Act de 1924 et à la politique raciste qui vise à préserver la pureté racial et à éviter à tout prix la « dégénérescence » de la race, ils ne le peuvent pas. Ces lois vont même jusqu’à autoriser la stérilisation de « marginaux », notamment les handicapés mentaux.

Mildred et Richard décident donc de se marier à Washington mais dès leur retour en Virginie, ils sont arrêtés et condamnés à un an de prison. C’est en citant le biologiste et anthropologue Johann Friedrich Blumenbach que le juge Leon Bazile se justifie :

« Dieu Tout-Puissant a créé les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et il les a placées sur des continents séparés. Et sans l’ingérence dans son arrangement, il n’y aurait aucune raison pour que de tels mariages aient lieu. Le fait qu’il ait séparé les races montre qu’il n’avait pas l’intention que les races se mélangent »

Mildred Loving

Une lutte de longue haleine

C’est en s’appuyant sur le quatorzième amendement de la constitution des Etats-Unis adopté en 1868 et visant à protéger les droit des anciens esclaves afro-américains, que le couple entame une série de procès.

Le 1er juin 1967, la Cour suprême s’oppose aux lois raciales en vigueur en Virginie : « Le mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence. […]  Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État. »

Suite à cela, les Etats-Unis connaissent un boom des mariages mixtes. Entre 1970 et 2005 le nombre mariages mixtes entre Afro-Américains et Blancs d’ascendance européenne a été multiplié par 6 en passant de 65.000 à 422.000 !

Un combat qui porte ses fruits

Grace à leur pugnacité, le couple a fait avancer le pays vers l’égalité raciale. Malgré cela, certains états conservent des textes prohibant les mariages mixtes, bien qu’ils ne soient pas appliqués. Il faut attendre l’an 2000 pour que le dernier état aux textes discriminatoires, l’Alabama, abroge enfin ces lois. C’est officiellement la fin des Jim Crow laws, les lois sur la ségrégation raciale aux Etats-Unis, promulguées entre 1876 et 1965.

Mildred et Richard retournent vivre en Virginie et ont trois enfants. Mildred déclare, il y a 13 ans, suite aux décès de son mari : « Entourée comme je le suis par de merveilleux enfants et petits-enfants, pas un jour ne passe sans que je pense à Richard et à notre amour, notre droit de nous marier, et combien cela signifiait pour moi d’avoir la liberté d’épouser la personne précieuse pour moi, même si d’autres pensaient qu’il était le « mauvais genre de personne » pour m’épouser. Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. »

Grace à eux, les Etats-Unis ont fait un pas de plus vers l’égalité, la loi du 12 juin 1967 porte donc leur nom, en hommage à leur combat pour l’égalité et l’amour sans distinctions raciales.  « Je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Un film a été réalisé par Jeff Nichols en s’inspirant de cette histoire :

Un épisode marquant qui n’est pas sans rappeler les événements actuels. Le drame du décès de Georges Floyd, pourrait être, désastreusement, l’occasion de faire un pas de plus vers l’égalité aux Etats-Unis. A croire que l’égalité s’acquiert dans la souffrance…

Le meurtre de George Floyd et les manifestations de Minneapolis : visualisez la chronologie des faits

L’officier Derek Chauvin a tué George Floyd lundi 25 mai à Minneapolis, aux États-Unis. Le pays tout entier n’arrivait plus à respirer suite à ce tragique évènement. Désormais, la population crie en signe de protestation.

Lundi, un homme noir non armé a été tué à Minneapolis lorsqu’un officier qui l’avait arrêté s’est agenouillé sur son cou pendant plus de huit minutes après avoir été appelé au sujet d’une contrefaçon présumée. Vendredi, la ville était en flammes et le président Donald Trump a pris pour cible à la fois les manifestants et Twitter – dénonçant les premiers comme des « voyous » et les seconds comme étant des propagandistes.

Comment les États-Unis en sont arrivés là ? Non seulement ils sont en pleine pandémie internationale comme ils sont en année électorale. Même lors du confinement, le meurtre de citoyens noirs non armés persiste. 

En février, Ahmaud Arbery, 25 ans, a été tué par deux hommes blancs alors qu’il faisait son jogging en Géorgie. Une vidéo de sa mort a fait surface en mai pour que les hommes soient arrêtés. En mars, l’ambulancière Breonna Taylor a reçu au moins huit balles lorsque la police a pénétré de force dans son appartement pour un mandat d’arrêt dans le cadre d’une enquête sur les stupéfiants. Depuis, la famille de Taylor a intenté une action en justice contre les officiers de police en question pour mort par négligence, force excessive et négligence grave. Il n’y avait pas de drogue dans l’appartement.

George Floyd, 46 ans, est le dernier afro-américain à avoir été tué par la police – une mort qui a déclenché un véritable incendie à Minneapolis, où il est mort. Nous avons compilé ci-dessous une chronologie de ce que l’on sait de sa mort, ainsi que des manifestations qui ont eu lieu depuis.

Lundi 25 mai 2020

Un utilisateur de Facebook publie une vidéo dans laquelle George Floyd, 46 ans, est assassiné par la police devant le magasin de proximité de Cup Foods à Minneapolis : « Ils l’ont tué juste en face de Cup Foods, au sud de la 38e et de Chicago ! Aucun type de sympathie. »

La vidéo montre un agent de police blanc agenouillé sur le cou d’un homme noir au milieu de l’arrestation. L’homme, M. Floyd, dit à plusieurs reprises au policier qu’il ne peut pas respirer. Au bout de quelques minutes, l’homme cesse de bouger, mais le policier continue de s’appuyer longuement sur son cou. Des spectateurs demandent à l’officier de le relâcher. « Il ne résiste même pas à l’arrestation, mon frère », dit l’un d’entre eux, tandis qu’un autre informe l’officier que Floyd saigne du nez et qu’il semble s’évanouir.

Selon une déclaration du département de police de Minneapolis, des agents ont été appelés à Cup Foods pour enquêter sur une possible contrefaçon. Floyd — qui était soupçonné d’avoir donner un faux billet de 20 dollars — était dans sa voiture lorsque la police est arrivée et lui a ordonné de sortir du véhicule. Selon le porte-parole de la police, John Elder, Floyd a « résisté physiquement aux agents ». Les policiers ont réussi à mettre les menottes au suspect. Floyd a par la suite été emmené à l’hôpital et a fini par mourir.´

Mardi 26 mai 2020

Le FBI et le Minnesota Bureau of Criminal Apprehension commencent à enquêter sur l’incident, et les quatre officiers impliqués ont été licenciés. « C’est la bonne décision », a déclaré le maire de Minneapolis, Jacob Frey, sur Twitter. « Être noir en Amérique ne devrait pas être une condamnation à mort », a-t-il écrit sur Facebook. « Pendant cinq minutes, nous avons regardé un officier blanc enfoncer son genou dans le cou d’un homme noir. Cinq minutes. Quand vous entendez quelqu’un appeler à l’aide, vous êtes censé l’aider. Cet officier a échoué dans le sens le plus élémentaire et le plus humain du terme. Ce qui s’est passé à Chicago et sur la 38e hier soir est horrible. C’était traumatisant. Cela nous rappelle jusqu’où nous devons aller. »

La cousine de Floyd, Tera Brown, a demandé que les quatre policiers licenciés impliqués dans l’affaire soient inculpés de meurtre.

Ce soir-là, les manifestants se sont rassemblés dans les rues de Minneapolis en scandant « Je ne peux pas respirer. »

Mercredi 27 mai 2020

Le département de police de Minneapolis a révélé les noms des agents licenciés après l’incident : Derek Chauvin, Thomas Lane, Tou Thao, et J. Alexander Kueng (par l’intermédiaire du New York Times). Lors d’une conférence de presse, le maire Frey a demandé aux procureurs de porter des accusations fédérales contre ces hommes. « Je veux qu’une accusation soit portée », a-t-il déclaré. « Je veux que justice soit faite pour George Floyd. »

Jeudi 28 mai 2020

Les procureurs ont continué à enquêter pour savoir s’il fallait ou non inculper Derek Chauvin, l’officier qui a tué Floyd. L’absence d’action des autorités a cependant accéléré les protestations près du troisième commissariat de police de Minneapolis. Les participants ont finalement mis le feu au poste de police, selon le New York Times. Des protestations ont également éclaté à New York, Denver, Phoenix Columbus et Ohio. Des manifestants se sont également réunis à Louisville, dans le Kentucky, pour protester contre la mort de Breonna Taylor, une femme noire qui a été abattue par la police alors qu’elle se trouvait dans sa propre maison en mars.

Vendredi 29 mai 2020

Le président Donald Trump dénonce les manifestants, en tweetant : « Ces MALFRATS déshonorent la mémoire de George Floyd, et je ne laisserai pas cela se produire. Il vient de parler au gouverneur Tim Walz et lui a dit que les militaires sont avec lui jusqu’au bout. Face à toute difficulté et nous reprenons contrôle mais, quand les pillages commencent, les tirs commencent ». Twitter signale le tweet avec la lecture d’un message : « Ce tweet a violé les règles de Twitter concernant la glorification de la violence. Cependant, Twitter a déterminé qu’il pourrait être dans l’intérêt du public que le Tweet reste accessible ». 

C’est la première fois que Twitter signale un des tweets du président comme étant contestable. Cette décision intervient quelques jours après que la plateforme ait ajouté une option de vérification des faits à certains des tweets de M. Trump qui diffusent de fausses informations concernant le vote par correspondance, l’incitant à menacer de fermer Twitter. Par répercussion, M. Trump signe un décret visant à renforcer la capacité du gouvernement à réguler les sites de médias sociaux.

Sans se décourager, le président a passé la matinée à tourner en dérision Twitter et toute cette situation. Il tweete : « La Garde nationale est arrivée sur les lieux. Ils sont à Minneapolis et tout à fait prêts. George Floyd ne sera pas mort en vain. Respectez sa mémoire !!! »

Pendant ce temps, une équipe de reporters de CNN a été arrêtée alors qu’elle couvrait les manifestations de Minneapolis. Le correspondant Omar Jimenez, le producteur Bill Kirkos et le cameraman Leonel Mendez ont été arrêtés par la police d’État du Minnesota alors qu’ils couvraient les fermetures de rues. Les journalistes ont été libérés vendredi matin, peu après leur arrestation. Le gouverneur du Minnesota, M. Walz, aurait présenté ses excuses au président de CNN, Jeff Zucker. Jimenez a repris l’antenne peu après sa libération, notant que les forces de l’ordre n’ont « pas été violentes » avec lui, et que l’un des officiers lui a dit qu’ils « suivaient simplement les ordres ».

Dans l’après-midi, Chauvin a été mis en détention par les autorités. Le policier a été accusé de meurtre au troisième degré et d’homicide involontaire. M. Frey, le maire, a mis en place un couvre-feu le vendredi à partir de 20 heures, heure locale, qui s’est étendu sur tout le week-end. L’avocat de la famille de George Floyd, Benjamin Crump, a déclaré à CNN qu’ils attendent les résultats définitifs de l’autopsie du bureau du médecin légiste mais qu’ils « lui donneront des funérailles correctes et aussi une autopsie indépendante car ils ne font pas confiance… à la ville de Minneapolis ».

Samedi 30 mai 2020

Les principaux comptes Twitter des hackers Anonymous ont promis de divulguer les « nombreux crimes » des policiers de Minneapolis. Le site web du commissariat a aussi été piraté : Anonymous est là aussi suspecté. À New York, deux voitures de police ont avancé dans une foule de manifestants qui protestait contre les violences policières. Des manifestants ont été projetés au sol mais il n’y a pas eu de blessés, selon les médias américains.

Dimanche 31 mai 2020

Les manifestations suite à la mort de George Floyd se poursuivent dans l’ensemble du territoire américain et l’armée a été déployée dans plusieurs villes. Des affrontements ont eu lieu près de la Maison-Blanche à Washington DC, et Donald Trump a dû se réfugier dans un bunker souterrain. Une page Facebook se revendiquant du collectif de hackers « Anonymous » a posté une vidéo menaçant la police de Minneapolis. Certains internautes leur ont attribué l’attaque des sites internet de la ville et de la police, qui étaient inaccessibles samedi.

Lundi 01 juin 2020

Les tweets de M. Trump concernant les « Antifa » répandent encore plus le chaos. En réponse aux nombreuses protestations, le président Trump a tweeté que les États-Unis désigneront les Antifa comme une organisation terroriste. L’Antifa, qui signifie antifasciste, est un groupe large et décentralisé de personnes ayant des convictions libérales qui ne sont pas conformes à la plate-forme traditionnelle du Parti démocrate. 

Cette décision par l’administration Trump pose plusieurs problèmes. Certains responsables gouvernementaux anciens et actuels ont déclaré qu’il serait inconstitutionnel de qualifier de terrorisme une activité protégée par le premier amendement aux États-Unis. De nombreux experts considèrent que la revendication du président est davantage une prise de position qu’une mesure politique. Des policiers se sont agenouillés en signe de solidarité avec les manifestants dans plusieurs villes américaines.

Mardi 02 juin 2020

Les protestations se poursuivent le septième jour consécutif, à travers les Etats-Unis. Les manifestants affirment que l’accusation de meurtre au troisième degré et d’homicide involontaire concernant M. Chauvin ne va pas assez loin, et demandent que les autres officiers impliqués soient également inculpés. Un certain nombre de labels discographiques et de personnalités de l’industrie de la musique se sont organisés pour un black-out aujourd’hui.

Au moins 40 villes ont imposé des couvre-feux et des membres de la Garde nationale ont été activés dans au moins 23 États et à Washington DC. Dans la capitale, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants pacifiques près de la Maison Blanche, peu avant que le président Trump ne se rende dans une église voisine et ne prenne une photo.

Une autopsie indépendante a révélé que Floyd était mort d’ « asphyxie due à une pression soutenue », tandis que le médecin légiste du comté de Hennepin n’a trouvé « aucune constatation physique » permettant de « confirmer un diagnostic d’asphyxie traumatique ou de strangulation ».

Suivi continu.

George Floyd : le passé douloureux du pays resurgit dans l’Amérique de Trump

George Floyd est mort la semaine dernière à cause de violences policières. Ce destin tragique, c’est l’illustration d’un pays vivant avec les fantômes de son passé. 

George Floyd : mort pour un faux billet 

« I can’t breathe ». C’est avec ces quelques mots sortis sur son dernier souffle que George Floyd a tenté de manifester sa détresse au policier qui faisait pression sur lui. Pourtant au sol et ne montrant aucun signe de protestation, la charge du policier n’a pas cessé.

Interpellé par un policier à cause d’une simple suspicion de payer avec un faux billet de 20 dollars dans une épicerie, le policier s’est permis de le plaquer au sol, de le mettre sur le ventre et d’appuyer son genou sur son cou jusqu’à ce qu’il perde connaissance. 

Cet événement a réveillé le démon américain. Dans le Minnesota, la colère d’un peuple gronde. La communauté afro-américaine montre sa solidarité depuis plusieurs jours dans les rues à George Floyd. Cet événement tragique, c’est aussi celui qui fait ressurgir le passé douloureux des États-Unis. 

Les discriminations d’aujourd’hui, conséquences de l’esclavage d’hier

Au XVIIème siècle, pour cultiver les terres et notamment le tabac, les anglais font venir dans leurs colonies américaines des africains. C’est le début du commerce dit « triangulaire ». Les européens font venir en Amérique des africains pour les faire travailler. Ce commerce s’intensifie pour atteindre 300.000 arrivées d’esclaves à la fin du XVIIIème siècle.

Les afro-américains montrent leur importance dans les pays colonisés dès la guerre d’indépendance des États-Unis entre 1775 et 1783. Des soldats noirs se battent pour l’indépendance du pays. Ces engagements libèreront certains d’entre eux de leur maître. 5.000 esclaves seront affranchis après la guerre. 

Parrallèlement, des états comme le Vermont et la Virginie vont abolir l’esclavage (1777-1778). Le président américain de l’époque Thomas Jefferson ignore la question de la traite de l’esclavage dans son traité de la Déclaration d’Indépendance Américaine. En 1787, dans la constitution américaine, le président ne prend pas position. Chaque état sera libre de décider ou non de continuer l’esclavage. Seule certitude, les noirs (et les amérindiens) n’auront pas le droit de vote. 

XIXème siècle : Abraham Lincoln, guerre de sécession et Ku Klux Klan

 

L’esclavage est officiellement abolie en 1808. Mais le pays se divise. Des courants abolitionnistes se développent, les églises se divisent. Abraham Lincoln promet l’abolition réelle de l’esclavage s’il est élu. Dès son arrivée à la Maison Blanche en 1861, les états du sud, partisans de l’esclavage, demande sécession. Le refus de Washington entraîna la guerre de sécession (1861-1865).

À la fin de la guerre, l’esclavage est aboli. Des milliers de noirs se retrouvent sans travail et des planteurs font faillite. Rejetés par les blancs, les noirs se regroupent dans des quartiers : Harlem à New York, Roxbury à Boston. Face à cette défaite, le Ku Klux Klan apparaît dans le sud du pays.

En 1883, le congrès donne le droit de vote aux noirs, une citoyenneté créant une égalité civique dans le pays à travers le Civil Rights Act. Mais la cour suprême fait reculer le combat de l’égalité. 2 ans plus tard, le Civil Rights Act est jugé inconstitutionnel. Les institutions ne peuvent interdire la pratique de la ségrégation par les états d’Amérique. Ils peuvent donc interdire l’accès de certains lieux aux noirs comme les transports en commun, les restaurants ou les théâtres. 

XXème siècle :  le nouvelle Amérique révoltée pour l’égalité 

Au début du XXème siècle, les tensions entre les populations se font sentir. En 1910, Booker T. Washington, Marcus Garvey et William Edward Burghardt Du Bois créent la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Le but majeur de cette association est de défendre les droits civiques. 

Après la première guerre mondiale a lieu le massacre de Tulsa, en 1921. 300 personnes parmi la population noire de la ville sont tuées au cours de 2 jours d’attaques et de mises à mort expéditives. Les émeutes font en outre 8.000 sans-abris en raison des incendies. Aucun des responsables de l’attaque n’est poursuivi. Mais plusieurs noirs accusés d’avoir provoqué les violences sont condamnés. La plupart des survivants doivent déménager.

Fin du XXème siècle : une lente amélioration de la traite des noirs américains 

Les guerres soudent les nations. 700.000 soldats noirs composent l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, des événements et des faits divers se succèdent. Rosa Parks refusant de céder sa place dans un bus pour un blanc en 1955. L’intervention de la police dans une école de l’Arkansas parce qu’on lance des tomates sur des jeunes noirs voulant entrer dans une école pour blancs en 1957. Le démantèlement du Ku Klux Klan en 1960.

Des visages incarnent désormais la lutte pour l’égalité. Martin Luther King, organisant la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté en 1963. Malcolm X, luttant pour un État noir indépendant. 

En 1965, le président Jonhson et le congrès américain mettent en place la discrimination positive dans les universités. Un nouveau Civil Rights Act sera (enfin) voté et cette fois, accepté par la cour suprême. Cet acte, contenant notamment l’accès au droit de vote pour les noirs, met définitivement fin à la ségrégation. 

Pourtant, depuis 50 ans, les inégalités n’ont pourtant pas disparu aux États-Unis. Des minorités comme les afro américains ou les hispaniques sont plus vulnérables lors de crises économiques ou d’épidémies. Certains groupes de population se montrent toujours aussi hostiles envers les noirs. Les violences policières à leur encontre ont eu lieu des dizaines de fois depuis le Civil Rights Act. Il faudra attendre 2008 pour qu’un noir devienne président (Barack Obama). Mais depuis 2016, le président Trump ne cache pas son hostilité envers les afro-américains. Élu par un socle d’électeurs en parti d’extrême droite, le président américain n’a pas tenté empêché les tensions entre certains blancs et la communauté afro-américaine qui restent aujourd’hui très vives.

George Floyd : le combat continue

Un Afro-américain de 46 ans est mort lundi 25 mai à Minneapolis étouffé par un policier. L’indignation se propage, et des manifestations éclate dans les rues américaines. Pour les sportifs, c’est la mort de trop, les langues se délient, les dénonciations s’enchaînent.

Selon une étude, aux États-Unis 1 homme noir sur 1000 est mort tué par la police, soit 2,5 fois plus de risques qu’un homme blanc. Cette bavure policière ne fait que confirmer les chiffres. Tout est parti d’une vidéo diffusée aux USA montrant un policier écraser avec son genou le cou de George Floyd, incapable de bouger, l’Afro-américain a perdu connaissance avant de mourir quelque temps après. La méthode d’immobilisation utilisé par le policier, Derek Chauvin, est normalement interdite à New York ou encore à Los Angeles.

« S’il vous plaît, je n’arrive à respirer, mon estomac me fait mal, mon cou me fait mal, tout me fait mal ils vont me tuer ».

Poussant son dernier souffle, elles ont été ses dernières paroles, il sera emmené peu après à l’hôpital, trop tard. Cette vidéo a provoqué le licenciement immédiat des policiers impliqués dans cette interpellation, une enquête a été ouverte mais aucune poursuite n’a pour l’instant été prononcée. Un porte-parole affirmait lundi dans la soirée que George Floyd était sous l’influence de l’alcool ou de la drogue, résistant ainsi à l’interpellation qu’il a subie pour un délit mineur, c’est ce qu’expliquent les agents de police. Elle est cependant complètement remise en cause après la diffusion de la vidéo de la caméra de surveillance d’un restaurant juste à côté de la scène.

Ce drame est loin d’être le seul, d’autres individus noirs sont morts aux mains de la police, on peut noter Eric Garner en 2014, asphyxié à New York, Philando Castile en 2016, tué dans le Minnesota lors d’un banal contrôle de police ou encore Breonna Taylor en 2020, une ambulancière abattue dans son appartement après un faux avis de recherche. 

Des réactions en chaîne

Lebron James, Steve Kerr, Kyle Kuzma, Stephen Jackson, la planète NBA n’a pas hésité à réagir après ce terrible drame.

« Ce virus est parmi nous depuis plus de 400 ans. Et il n’y a toujours pas de vaccin » écrit l’actuel joueur des Los Angeles Lakers, Kyle Kuzma.

 

« C’est un meurtre. C’est révoltant. Sérieusement, qu’est-ce qui ne va pas chez nous ??? » tweet l’entraîneur des Golden States Warriors, Steve Kerr .

Quant à Stephen Jackson, George Floyd et lui était très proche, mais ce n’est pas qu’une simple relation amicale, les deux hommes se ressemblaient beaucoup. L’ancien joueur des Spurs et des Warriors n’hésitait pas à l’appelé « mon jumeau ». 

« Mon jumeau s’est empressé de me prévenir qu’il avait déménagé dans le Minnesota pour conduire des camions. Il savait qu’il avait besoin de déménager pour être la meilleure personne possible. Repose en paix mon frère. On va faire porter ta voix ».

D’ailleurs, l’équipier de Kyle Kuzma, Lebron James, a un rôle très important dans ces sujets. Très impliqué quand il s’agit de la communauté noire aux États-Unis, il n’hésite pas à le montrer encore en faisant le parallèle avec l’ancien joueur de football américain, Colin Kaepernick.

Un geste devenu symbolique

Aux États-Unis, des sportifs n’hésitent pas à dénoncer ces violences jugées inacceptables, et même sur le terrain, c’est possible, peut-être vous souvenez-vous de Colin Kaepernick, quarterback en NFL. En 2016, alors que l’hymne national retentit, l’Américain s’incline, il est le premier sportif à poser un genou à terre lors d’un moment si symbolique. La tradition voulant que les joueurs se lèvent et regardent vers le drapeau américain pendant le chant patriotique. Il réalise ce geste pour protester contre les bavures policières provoquant des morts chez les Afro-américains. 

« Je ne peux pas être fier devant le drapeau d’un pays qui opprime les noirs et les gens de couleur. Ce problème dépasse le football américain, il serait égoïste de ma part de détourner les yeux, il y a des gens qui meurent dans les rues et d’autres qui tuent et qui échappent à ses punitions » expliquait-il.

D’autres joueurs de la ligue n’ont pas tardé à suivre le mouvement, posant ainsi un genou au sol à chaque début de match. Malgré le soutien de son entraineur et de ses coéquipiers, il quitte l’équipe des San Francisco 49 ers, cela fait 4 ans maintenant qu’il n’a pas rejoué dans la ligue américaine de football. Cela démontre bien que le sport a un incroyable pouvoir, qu’il soit pour dénoncer ou pour mettre en avant des sujets controversés, entre autres. Leurs influences permettent de faire émerger certaines consciences, pour espérer peut-être, changer les choses, et rendre le monde plus juste.

Éric Zemmour risque un an de prison et 45 000 euros d’amende pour « propos racistes »

Le polémiste Éric Zemmour doit être jugé le 22 janvier 2020 en raison de ses propos contre l’immigration et l’islam tenus lors de la « Convention de la droite » et diffusés sur LCI. Explications juridiques avec Maître Alexandre Blondieau, avocat en droit de la presse.

Après avoir tenu des propos jugés haineux envers l’islam et l’immigration le 28 septembre 2019 lors de la « Convention de la droite » organisée à Paris par l’ancienne députée d’extrême droite Marion Maréchal et ses proches, le polémiste Éric Zemmour est convoqué à la barre du tribunal correctionnel de Paris le 22 janvier 2020. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont  « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale » sur « une personne ou un groupe de personnes, à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Ce serait ce passage qui aurait causé sa convocation au tribunal : « en France, comme dans toute l’Europe, tous nos problèmes sont aggravés -je ne dis pas créés- par l’immigration : école, logement, chômage, déficits sociaux, dette publique, ordre public, prisons, qualifications professionnelles, urgences aux hôpitaux, drogue… Et tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam. C’est la double peine ».

Une condamnation peu risquée

Pour Maître Blondieau Alexandre, avocat en droit de la presse à Paris « Selon l’article 33 de la loi du 29 juillet 1881 pour injure publique à caractère raciste et provocation publique à la haine raciale, Mr Zemmour encourt un an de prison et 45 000 euros d’amende. Mais les peines de prison sont extrêmement rares lors d’affaire d’injures, je pense qu’il risque plutôt une amende et/ou de la prison avec sursis, cela dépend s’il a déjà été condamné sur les mêmes fondements ».

Pour sa défense, Eric Zemmour pourrait plaider la liberté d’expression. « Il a deux moyens de défense, soit il démontre que c’est son opinion et qu’il a le droit de l’exprimer soit que c’est n’est pas une injure mais une diffamation car cela se rapporte à des faits précis et à ce moment-là, les poursuites tombent. Peu importe la gravité des propos, s’ils sont mal qualifiés, il peut être relaxé » analyse Maître Blondieau Alexandre. 

Son avocat, Me Olivier Prado a déclaré à l’AFP « lorsque nous avons été entendus (par les enquêteurs, ndlr), nous n’avons jamais pu déterminer quels sont les passages des discours qui lui étaient reprochés ». « Dans les 10 affaires concernant Monsieur Zemmour » pour des propos contestés, « nous avons obtenu huit relaxes », a assuré l’avocat. « Il ne faudrait donc pas que le parquet confonde précipitation et respect de la procédure ».

Le mea-culpa de LCI

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), saisi par des téléspectateurs, avait adressé une mise en garde au groupe TF1, qui détient la chaîne LCI. Celle-ci avait reconnu de son côté une « erreur d’appréciation ». Dans un communiqué, la chaîne du groupe avait indiqué que « la diffusion du discours dans l’état n’était pas le format approprié pour notre chaîne (…) Il y a bien eu contradiction et déconstruction des propos d’Éric Zemmour, mais c’était après-coup ». Maitre Blondieau ajoute, « En revanche, la chaine d’information, ne risque rien puisque les propos ont été tenus en direct, elle n’est donc pas responsable ».

Ce n’est pas la première fois qu’Éric Zemmour est devant la justice pour des propos jugés haineux. En septembre, la Cour de cassation avait rejeté le recours d’Éric Zemmour contre un arrêt de la cour d’appel de Paris de mai 2018 qui le condamnait à une amende de 3 000 euros pour des propos anti-musulmans tenus en 2016 dans l’émission de France 5 C à vous.