« Le Code » : la nouvelle émission rap de Mehdi Maizi

Vendredi 12 juin, la plateforme de streaming Apple Music a lancé sa première émission en français « Le Code Radio », animée par l’expert du rap : Mehdi Maizi. Ancien de La Sauce sur OKLM, l’animateur de Rap Jeu sur la chaîne YouTube Red Binks nous embarque encore une fois dans l’univers du rap francophone, d’une façon dont lui seul a le secret.

« Je suis très heureux de commencer une toute nouvelle aventure sur Apple Music » annonce Mehdi Maizi dès le début du premier épisode de l’émission. Le journaliste est devenu une véritable référence pour les fans du genre. Il présentera un nouvel épisode chaque vendredi.

Un projet en trois parties 

Le projet Le Code est constitué chaque semaine d’une playlist 100% rap francophone, d’une émission radio «Le Code Radio» et d’une interview vidéo disponible gratuitement, exclusivement réservée aux abonnés Apple Music.  

La playlist sera l’occasion pour les fans de rap d’écouter les hits du moment tout en découvrant de nouveaux artistes, moins connus du grand public. La playlist de cette semaine propose les tendances du rap francophone : Djomb de Bosh, 6.3 de Naps et Ninho, ou encore le tube sentimental Angela de Hatik. 

Mehdi Maizi : à la tête du Hip-Hop 

Le journaliste a débuté sur l’Abcdr du son, et est également célèbre en tant qu’animateur de Rap Jeu. Une émission de divertissement dans laquelle des célébrités s’affrontent dans des jeux créés autour du rap, qui atteint le million de vues à chaque épisode quasiment.

Aujourd’hui, Mehdi Maizi apporte ses talents à la plateforme Apple Music et devient l’animateur de la toute première émission en français de la plateforme. Elle l’appelle ainsi le « Head of Hip-Hop ».

Le premier invité de l’émission «Le Code» est connu et reconnu de tous dans le milieu du rap : Ninho. Un lancement prometteur.

Ninho inaugure Le Code 

C’est le jeune rappeur originaire du 91, Ninho, qui a été reçu pour la première fois devant les caméras de cette nouvelle émission. Le phénomène du rap français qui a sorti sa mixtape M.I.L.S 3 en début mars 2020 a répondu aux questions de Mehdi Maizi. Entre classiques, victoires de la musique et confinement, le journaliste référence et le prodige du rap français ont abordé tous les sujets face à la caméra. 

Avec un début prometteur et un invité à couper le souffle, Le Code est déjà l’émission de rap à suivre.  

Crédit photo à la une : © Maie Rouge

Gangs et rappeurs, associations de malfaiteurs

Depuis les années 90, les rappeurs américains sont de plus en plus affiliés à des associations criminelles. Deux d’entre elles, les Crips et les Bloods étaient, et sont encore, celles qui sont les plus représentées dans la sphère hip-hop et rap. De Snoop Dog à 6ix9ine, leur présence traverse les époques et les styles développant ainsi leurs notoriétés.

Originaires de Los Angeles, les deux gangs les plus célèbres du monde se livrent une guerre sans merci, causant des milliers de morts chaque année pour le contrôle des territoires qui génèrent des sommes astronomiques. Présents aux 4 coins du territoire américain, ils arborent fièrement les couleurs rouges et bleues qui sont les emblèmes de leurs gangs imposants leurs membres dans la culture rap.

Leur apparition remonte aux années 20 au sein de la communauté afro-américaine, des groupes se formèrent dans un objectif d’entraide, mais aussi pour un moyen de défense contre les bandes adverses et pouvoir développer une image de « rebelle » face aux populations. 

Dans les années 60, Los Angeles est l’une des villes les plus inégalitaires où la ségrégation raciale et la répression policière font rage. Pour contrer cette démarche, le gang des « Crips » est créé avec comme signification : « Community Resources for Independent People », en lien avec les valeurs sociales du groupe. 

Divisés en 3 pour mieux s’étendre (200 membres environ), ils déclenchent des vagues de violences inouïes contre d’autres bandes de L.A afin de prendre des territoires et de s’étendre. Ils s’en prennent aussi à des membres de leur propre communauté qui contestent leur domination. C’est ainsi qu’une riposte va naître sous le nom des Bloodsréunissant des bandes autonomes. 

Étant moins nombreux, ils compensèrent leur nombre par une violence jamais vue faisant couler beaucoup de sang.

Alors que le trafic de drogue est devenu leur principale rémunération, les Crips et les Bloods n’ont pas de chef suprême. Plusieurs filiales existent, nommées « sets », il y en aurait plus de 250 à Los Angeles et partout aux quatre coins du pays permettant ainsi un développement rapide.

Le Gangsta rap entre en jeu

Leur implication dans le rap débute dans les années 90. Si leurs noms sont aussi populaires dans le milieu des gangs, c’est surtout grâce aux rappeurs faisant partie de leurs rangs. Portant fièrement les couleurs de leurs gangs et mettant en avant ce qui caractérise leurs groupes (signe de main, rituels…) dans leurs clips et même sur scène, on peut retenir : Snoop Dogg, Nate Dogg, Eazy-E Young Jeezy, Schoolboy Q, Warren G,  Nipsey Hussle… côté Crips.

On peut y voir la présence importante de la couleur bleue des Crips

Côté Bloods, on peut trouver : The Game, Gucci Mane, YG, Birdman, 6ix9ine

Ici la couleur des Bloods

Leurs implications dans le rap ne sont pas à exclure. Grâce à leurs artistes, ils font partie du gangsta rap. Le « C Walk », par exemple, est un élément qui a intégré plusieurs fois le rap et repris de nombreuses fois par des artistes comme Snoop Dog. Ce sont de petits pas en V, accompagnés de rebonds, que les Crips réalisaient à chaque fait d’armes réussis.

La musique pour rassembler

Leurs rivalités s’estompent petit à petit grâce au pouvoir de la musique avec des hommages autour de rappeurs assassinés par la guerre des gangs, comme celui de Nippsey Hussle, mort le 31 mars 2019. Des membres de gangs ennemis de la Cité des Anges se sont réunis en son hommage, pour une « marche de l’unité ». C’est un symbole fort, Nipsey appartenait au groupe des « Crips ». Ce rassemblement a vu défiler de nombreux membres de tous les gangs de la ville, d’Inglewood à Compton, qu’ils soient Crips ou Bloods.

Dans les moments de commémorations, dans certains cas, on peut y voir parfois des collaborations entre membres de gangs rivaux.

Comme ici avec Blueface (membre des Crips) et YG ( membre des Bloods)

Et aujourd’hui ?

Certes, beaucoup de ces artistes sont loin de leur passé de membres de gangs, de nouvelles têtes sont présentes dans le rap comme Blueface ou 6ix9ine. Ce dernier faisait partie des Nine Trey Bloods, une des nombreuses filiales des Bloods, un gang ultra-violent de New-York. Il y serait rentré en 2017 lorsqu’il travaillait sur sa musique « Gummo ». Il prit ses distances avec le groupe en 2018. Quant à Blueface, il s’affilia avec les Crips dans son adolescence.

Popularisés dans les années 90 par des piliers du rap, les gangs sont toujours présents sur le continent nord américain grâce à la jeune génération. Ils continuent à afficher fièrement leurs couleurs, les rappeurs n’hésitent pas à en montrer leur appartenance, quitte à en recevoir les conséquences.

Tyler, The Creator : Un anniversaire au sommet

Sortie le 17 mai 2019, l’album IGOR de l’artiste américain avait fait un grand boum dans le monde de la musique. Mélangeant plusieurs styles de rythmique, Tyler, The Creator a été récompensé d’un Grammy Awards du meilleur album rap de l’année 2019.  Pour fêter les 1 an de l’album, retour sur le projet le plus abouti de sa carrière.

Connu pour être le leader du collectif alternatif hip-hop Odd Future, Tyler, The Creator est, depuis la sortie de sa première mixtape en 2009 nommé Bastard, un des artistes les plus atypiques dans le monde du rap. Il n’a fait qu’enrichir son patrimoine musical tous les deux ans avec des albums variés. Sony annonce alors l’arrivée d’un prochain album pour le mois de juillet. Alors que nous sommes au début mai, il prend tout le monde de court et annonce l’arrivée de Igor.

Ce dernier a fait beaucoup parler de lui avant sa sortie avec des clips vidéo très énigmatiques où l’artiste est vêtu d’une perruque blonde et d’un costume au style rétro, mais encore des tweets aussi intrigants que le reste.

Cet album n’est pas du rap et il le précise : « c’est IGOR. Ne vous jetez pas dedans avec l’espoir d’écouter un album de rap. Ne vous jetez pas dedans avec l’espoir d’écouter n’importe quel album. Juste allez-y, jetez-vous dedans. »

Flower Boy change de monde

L’artiste semble être au sommet de son potentiel artistique, alors que son précédent album Flower Boy lui a permis de se trouver une démarche artistique appropriée, Igor est tout simplement le dénouement de nombreuses remises en question et de longues journées de travail. Cet album, c’est 40 minutes de sonorités aussi folles les unes que les autres, funk, soul, RnB, pop, tout y est.

Rien ne lui a échappé dans ce nouvel opus musical, de l’écriture à sa production en passant par sa réalisation, Tyler a tout fait et laisse sa touche personnelle aux quatre coins de l’album. On y retrouve une richesse impressionnante accompagnée d’invités prestigieux comme Pharrell Williams, Playboy Carti ou encore Solange et Santigold, entre autres.

Loin du rap d’aujourd’hui, on retrouve un titre fort Earfquake, mélangeant humour et folie, ou encore A Boy is a Gun mélangeant des vibes d’un autre temps. Il y a aussi des oeuvres déstructurées, comme il le fait si bien, autour de thèmes très variés comme I Think, ou Puppet. On se demande à chaque fois : où va t-il nous emmener ? Sa coupe au bol blonde et son costume créent un personnage unique et représentatif de l’album.

Une réussite totale

Une semaine après sa sortie, l’album s’écoule déjà à 165 000 exemplaires et détrône DJ Khaled, qui cumulait 136 000 albums vendus avec Father of Asahd. Une première pour Tyler Okonma, il n’a pas hésité à tweeter « IGOR, NUMBER UNO, STANK YOU ». À titre de comparaison, son album précédant Flower boy sortie en 2017 s’était classé 2ème du billboard sur la même période avec 106 000 albums vendus.

À bientôt 30 ans, l’artiste a su démontrer au monde entier sa constance et ses étonnantes prouesses sur des rythmes issus d’époques différentes, tous réunis sur un album de 12 titres, qui nous pousse à observer au-delà du rap et conclure sur des émotions uniques que seule sa musique peut nous apporter.

D’où vient la Drill Music, le genre hip-hop popularisé par Pop Smoke et d’autres ?

Popularisée aux yeux du grand public par des artistes comme Bobby Shmurda, 6ix9ine ou encore Pop smoke, la drill est l’un des styles musicaux le plus choquant, le plus violent, ou encore le plus provoquant qu’il existe. Outre la scène anglaise où la drill s’est très vite popularisée, une nouvelle génération de rappeurs a permis à ce style très sombre d’exploser et de se renouveler sous une autre forme. Une génération qui vient tout de droit de New York.

Tout d’abord, d’où vient la drill ? Il faut remonter dans les années 2000, dans la 3ème plus grande ville des États-Unis, Chicago, pour le comprendre. Cette ville est connue pour sa jeunesse, plongée dans la violence et dans les guerres de gangs. Les nombreux assassinats perpétués ont donné comme surnom à la ville, CHIRAK. C’est tout simplement la contraction de Chicago et d’Irak, car il y a eu presque autant d’assassinats à Chicago qu’en Irak pendant la guerre contre les États-Unis dans les années 2000.

Et c’est dans les quartiers de South Side qu’est née la drill. Cette trempe musicale était un moyen d’expression pour les gangs et les jeunes de quartier. À cette époque, l’un d’entre eux, nommé Chief Keef, retourne le rap en apportant un nouveau style. Malgré son côté rap-trap plus très original aujourd’hui, celui qu’on surnomme « Sosa » raconte la vie de gang de façon authentique, sans artifices, ce qui a fait beaucoup de bruit. On pense sans hésiter à son titre « I don’t Like » en 2012.

Suite à ça, beaucoup de jeunes vivant dans les quartiers de Brinxton à Londres, se sont identifiés au « street code » de Chicago, une ville qui vit la même situation. De nombreux gangs reprennent alors ces airs de drill et développent des flows nouveaux. Après la scène londonienne, passons à celle qui a permis très récemment à la drill de s’exporter sur différentes scènes internationales mais surtout anglophones.

B comme Brooklyn

2 rappeurs considérés comme les piliers du mouvement ont déjà fait connaitre ce style musical avant même qu’il connaisse une réelle explosion quelques années plus tard. On pense notamment à Bobby Shmurda, avec sa célèbre Shmoney Dance née de son titre Hot nigga paru en 2014. Un son qui a fait 641 millions de vues à ce jour.

Impossible de ne pas citer le rappeur d’origine mexicaine 6ix9ine avec des titres comme Billy ou Gummo. Mais une nouvelle scène est apparue depuis quelque temps pour représenter la drill. Immersion dans le sud de New-York, à Brooklyn. Un quartier qui a vu se propager le mouvement parmi la population afro caribéenne.

Parmi eux, certains se sentent inspirés par la drill UK et décident de s’y mettre. On peut noter des artistes comme Fivio Foreign22GZ ou encore Sheff G. Ils reprennent alors les types Beats de certains beatmakeurs anglais comme 808 Melo ou Axl Beats. Mais laissons de côté le style sombre et cruel de la drill anglaise, car les nouveaux « drilleurs » ont remplacé ces codes par de nouveaux plus festifs, composés d’éléments plus traditionnels comme les voitures de sport, les armes ou encore les chaines en or. Ils reprennent les danses avec un côté plus joyeux et festif.

La rencontre du « Woo »

Pop Smoke, Bashar Barakah Jackson de son vrai nom, n’a commencé la musique que tardivement. Ses premiers sons ne datent que de 2018. Il se lance alors tout seul dans le rap en cherchant sur Youtube des beats lui correspondant. Il tombe alors sur les instrus de 808 Melo et va finalement travailler avec lui. Comment la rencontre s’est-elle passée ? Le producteur londonien a demandé au rappeur de passer à la caisse, car poser sur des beats n’était pas gratuit et ne l’est toujours pas. Il lui a alors demandé de venir aux USA pour qu’ils bossent ensemble. Une affaire en or.

Au-delà de ça, c’est avec son style de rap bien à lui que Pop Smoke se fait remarquer. Sa voix grave et ses lyrics sont à glacer le sang, donnant une ambiance sombre et menaçante à sa musique. Celle-ci étant souvent composée d’instrus plus ténébreuses les unes que les autres. Il le démontre avec ses deux titres EP Meet the Woo 1 et 2, et plus précisément avec des sons comme Welcome to the Party et Dior, qui lui ont forgé une notoriété presque devenue un symbole à New-York.

Le nom Woo, terme provenant de son quartier, pourrait se traduire par « j’ai réussi ». Pour Pop Smoke, cette expression le caractérise parfaitement : « Woo ça veut dire gagner, je ne peux pas mieux l’expliquer ». Malgré le fait qu’il y ait plein de rappeurs de talent au sein de La grosse pomme, Pop Smoke était vu comme celui qui allait apporter du renouveau à ce style et emmener la scène new-yorkaise au sommet. 

Et malgré son assassinat le 19 février dernier, il a permis à la drill d’exploser partout dans le monde. Son succès est précédé de celui d’autres artistes qui ont redonné un élan au rap moderne comme Drake ou encore Travis Scott. Mais la fête ne fait que commencer pour cet univers qui n’a pas fini de marquer sa génération.