Édito de 20h : Poutine président jusqu’en 2036, la provocation russe

Grâce à la large victoire du « oui » au dernier référendum, Vladimir Poutine a la possibilité de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Ce référendum apparaît comme le moyen de consolider le pouvoir après une crise sanitaire déstabilisatrice et constitue un affront indirect aux démocraties occidentales.

Prévu initialement en avril, le référendum souhaité par Vladimir Poutine s’est tenu du 25 juin au 1er juillet. Un référendum qui a un double objectif : consolider le pouvoir et redorer son image post covid 19.

Un pouvoir fort : oui !

C’est donc comme nous pouvions nous y attendre, le « oui » qui l’emporte largement (72,92%). Le président russe pourra ainsi rester au pouvoir jusqu’en 2036 s’il le souhaite. Il peut désormais effectuer deux mandats supplémentaires après la fin de celui-ci, prévue pour 2024.

32 ans de règne et peut être plus !

Président pour la première fois en 2000, il s’éclipse entre 2008 et 2012 pour céder le « trône » à Dmitri Medvedev et mieux revenir en 2012. Le compte est bon, s’il reste au pouvoir jusqu’en 2036, Vladimir Poutine aura présidé le plus grand territoire du monde pendant 32 ans !

La succession de nouveaux amendements et les victoires éclatantes lors d’élections ou de référendum semblent cacher des pratiques assez peu démocratiques et même dictaroriales. L’apparente démocratie n’est qu’un outil à des coups d’états légaux.

Comment faire passer un référendum ? Retrouvez ici les astuces du Kremlin !

Pour les participants au vote, une loterie était organisée ! Les russes pouvaient y gagner des lots ou des bons d’achats ! Les bureaux de vote étaient même parfois installés en pleine rue, avec une surveillance des urnes, assez anecdotique semble t’il. De quoi inspirer nos démocraties occidentales qui luttent tant bien que mal contre l’abstention. Et pourquoi pas faire marcher l’électeur à la carotte ? Plus efficace encore, contraindre des personnes à aller voter et menacer les opposants. Une méthode qui a fait ses preuves.

Une atteinte à la souveraineté du peuple russe

Alexeï Navalny, opposant au Kremlin, dénonce un « énorme mensonge » tandis que l’ONG Golos y voit une grave atteinte à la souveraineté du peuple russe. Elle a notamment reçu plus de 2000 signalements de fonctionnaires contraints de se rendre aux urnes.

Il n’y que les Nenets qui se sont opposés au référendum. Il fallait bien qu’il y ait un peu de « non » quelque part pour conserver le voile démocratique. Quant à l’avis des Nenets, on peut dire qu’il compte pour du beurre. Après tout, ce ne sont pas des semi-nomades éleveurs de Rennes qui vont avoir leur mot à dire sur l’avenir du pays.

Une provocation russe encore et toujours

Juste à l’est, à la périphérie de l’UE, c’est un immense territoire qui affiche, avec bien peu de pudeur son caractère non démocratique. Que pouvons nous faire ? Devons nous vraiment faire quelque chose ? Après tout, ce pays n’a pas choisi de vivre selon nos valeurs démocratiques occidentales et c’est son choix. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser la démocratie comme indispensable, et c’est tout à notre honneur. Mais c’est également ainsi que la Russie tout comme la Chine se rient de nos valeurs et de nos principes en nous provoquant lors d’élections ou de référendums. La Russie semble néanmoins encore un peu timide à afficher clairement son caractère autoritaire, à la différence de la Chine.

Rappelons que cette provocation ne touche pas seulement au domaine de la démocratie mais bien également aux droits des populations. Par exemple, avec ce référendum, Vladimir Poutine rappelle que seuls les couples hétérosexuels peuvent se marier. Il semble difficile pour nous de vouloir étendre notre mode de vie à notre voisin russe. D’ailleurs, même lorsque nous intervenons, le Kremlin ne tremble pas. Vladimir Poutine rappelle qu’il ne rendra ni la Crimée, ni les îles Kouriles.

Nous européens, risquons d’être outrés par l’attitude russe pour encore un moment..

Crédit photo : wikimedia commons

France – Turquie : du rififi en Libye

Un accrochage entre des navires turcs et français en Méditerranée fait surgir les tensions issues du conflit libyen.

L’événement peut paraître anecdotique mais reflète à lui seul le conflictuel casse-tête géopolitique que pose la Turquie. Ce mercredi 17 juin, la ministre des Armées Florence Parly a dénoncé le « comportement extrêmement agressif » d’un navire turc sur une frégate française en Méditerranée. Cette frégate, qui participait à une mission de l’OTAN, cherchait à identifier de potentiels cargos suspectés de transporter des armes vers la Libye. Elle a été illuminée à 3 reprises par le radar de conduite de tir d’une frégate de l’armée turque. Une intimidation proche de l’escarmouche qui fait suite aux propos tenus par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, samedi 13 et dimanche 14 juin au sujet de l’investissement turc dans le conflit libyen. 

Soutiens et ingérances

Le ministre avait dénoncé « l’interventionnisme inacceptable » d’Ankara en Libye et condamné le soutien militaire croissant d’Erdogan aux troupes de Fayez El-Saraaj, président du Gouvernement d’union nationale, en dépit de l’embargo mené par l’ONU sur la vente d’armes en Libye. En effet la Libye est toujours coupée en deux entre l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et le Gouvernement d’union nationale de El-Saraaj. Mais de nombreux pays étrangers ont pris position dans cette guerre civile. La Russie, les États-Unis, l’Égypte, le Tchad, l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis soutiennent officiellement Haftar. El Saraaj est lui soutenu par le Qatar et la Turquie. Mais la France, qui se dit médiatrice du conflit, joue en réalité une position bâtarde dans ce jeu d’alliance. Le pays des lumières soutient officieusement le maréchal Haftar et a même été accusé par le New York Times de vendre des armes aux troupes du maréchal. Un conflit d’intérêts sournois noue donc la France à la Turquie qui ne soutient pas le même camp et n’use pas des mêmes méthodes. Car si la France est accusée d’un soutien à Haftar plus fort qu’elle ne l’affiche, la Turquie ne se cache plus de vendre des armes à El-Saraaj, d’envoyer des soldats sur le terrain et de positionner 7 navires au large des côtes libyennes. Par ailleurs ce soutien turc n’est pas sans résultat puisque le maréchal enchaine les défaites, perdant du territoire depuis sa tentative de capture de Tripoli. 

L’OTAN toujours muette

Le poulain français est donc menacé tandis que la Turquie semble avoir misé sur le bon cheval. Mais la prise de position divergente ne doit pas pour autant être source de conflit entre les deux pays membres de l’OTAN. « On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela » a signalé le Quai d’Orsay avant d’ajouter que la ministre des armées s’était entretenue avec son homologue turc. C’est une nouvelle fois la position turque qui paralyse l’OTAN. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord s’efforce à faire respecter l’embargo voté à l’ONU tandis qu’un de ses membre le contourne. Mais la France, accusée de fournir des armes à un maréchal Haftar en perdition, contestée par la population au sein du pays, n’est pas dans une position idéale de moralisateur. Au contraire cette perte d’influence en Libye a été profitable aux russes et aux turcs, renforçant encore plus le conflit diplomatique franco-turque et « l’état de mort cérébrale » de l’OTAN. 

Perte d’influence

En effet, la France, après avoir déstabilisé la zone en 2011 pour permettre la chute de Khadafi, a toujours soutenu le processus de paix en se posant comme médiateur. Elle semble aujourd’hui avoir perdu presque toute son influence. A l’instar du conflit syrien, Vladimir Poutine sort gagnant de cette mise à l’écart de la France, se positionnant alors comme le partenaire des 2 camps. Les réunions diplomatiques sont régulières à Moscou où le chef d’Etat reçoit les soutiens d’Haftar, comme le président égyptien Al-Sissi, autant que les soutiens d’El-Saraaj comme Erdogan. Si un accord de paix doit être trouvé, il semble que cela ne puisse aujourd’hui se faire sans Poutine.

Emmanuel Macron qui avait pourtant réussi en 2017 à réunir Haftar et El Saraaj sur une même photo, va devoir tourner une page importante de la France au Maghreb, au profit des intérêts turcs et russes dans la région.

Crédit photo: photo officielle du Kremlin

Trump menace la paix mondiale en se retirant d’un nouvel accord

Donald Trump a annoncé jeudi dernier le retrait des États-Unis du traité « Ciel ouvert ». Le président américain autorise les pays membres à survoler les territoires étrangers pour vérifier qu’une nation ne s’arme pas en cachette. Donald Trump accuse la Russie de ne pas respecter les règles de l’accord et préfère quitter l’entente tant que les Russes n’en respecteront pas les principes.

Le traité a pour but de favoriser la paix et la confiance entre les pays membres. Grâce à lui, les agissements militaires sont sous contrôle. Un pays membre de l’accord ne peut pas s’armer en cachette, à moins qu’il ne joue pas le jeu…

Le traité établit un quota de survols. Il faut qu’il y ait un équilibre entre le nombre de survols qu’un pays mène et le nombre de survols acceptés au-dessus de son territoire. Or, la Russie ne respecte pas ces quotas depuis des années. Elle refuse, par exemple, la surveillance de l’Ossétie du sud ou de l’Oblast de Kaliningrad. Il semble que la Russie y déploie des armements stratégiques. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo accuse donc la Russie d’être « libre d’annuler ses obligations selon son désir, en refusant ou restreignant illégalement les vols d’observation d’Open Skies quand elle le souhaite« .

Faut-il pour autant se retirer du traité ?

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, bien que reconnaissant « les difficultés d’application du traité du coté de la Russie ces dernières années« , invite les États-Unis à « reconsidérer » leur décision. Pour lui, les violations russes ne justifient pas un retrait de la part des Américains. Les membres européens ont de la même façon reconnu les fâcheuses entorses russes mais sont attristés du départ des Américains : « Nous regrettons l’annonce du gouvernement des États-Unis de son intention de se retirer du traité « Ciel ouvert », bien que nous partagions ses préoccupations relatives à la mise en oeuvre des dispositions du traité par la Fédération de Russie » est écrit dans le communiqué du 22 mai 2020. Les États-Unis précisent que si la Russie se comporte désormais selon les règles du traité, ils feraient machine arrière.

Pays membres de l’Open Skies treaty

Quelle réponse de la Russie ?

Moscou prétend qu’il ne s’agit que de « questions techniques« . La meilleure défense étant l’attaque, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko accuse les États-Unis de menacer la paix et la sécurité en Europe. Il s’agit du troisième traité que les États-Unis quittent depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. En 2018, c’était l’accord sur le nucléaire iranien, puis, en 2019, c’était celui sur les armes nucléaires de portée intermédiaire.

Faut-il craindre une escalade des retraits sur les traités de désarmement ?

Eric Biagala, journaliste pour France info, parle d’un désengagement « beaucoup plus lourd de conséquences« . Le traité New Start, signé en 2010 entre la Russie et les États-Unis serait selon lui, menacé. Ce traité limite la capacité nucléaire de ces deux pays à 1550 ogives nucléaires. Le traité doit être renouvelé à son échéance, c’est-à-dire en février 2021, mais Trump semble peu enclin à le prolonger… Seule l’entrée de la Chine dans ce traité permettrait aux États-Unis de trouver un intérêt à y rester. Or, la Chine est pour le moment bien loin d’envisager une telle alliance militaire.

L’heure n’est donc plus à la confiance entre Américains et Russes. De désengagements en désengagements, les États-Unis prennent de la distance par rapport au monde. Les Américains ne font plus confiance à leurs alliés qui, admettons-le, ne sont pas tout blancs non plus. En protégeant la sacro-sainte Amérique, Trump met en péril la coopération et la confiance tissée entre les grands de ce monde. America First, ça c’est sûr…