(Municicaqs #13) – Toulouse, match serré dans la capitale du rugby

À Toulouse, la course à l’écharpe tricolore annonce un face à face serré. À droite, le maire sortant Jean-Luc Moudenc investi par LREM et LR refusant de céder les clés du Capitole. À gauche, talonnant le bourgmestre, l’écologiste Antoine Maurice peut créer la surprise.

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne, Rennes, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Perpignan et Villeurbanne, CAQS pose ses valises dans la ville rose. À Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (investi LR/LREM) se place en tête du premier tour avec la liste « Aimer Toulouse » avec 36,18% des suffrages exprimées. « Archipel Citoyen » arrive en seconde position avec 27,57%, sa tête de liste Antoine Maurice est d’ailleurs donnée gagnante par un récent sondage (BVA pour La Tribune et Europe 1). La candidate Nadia Pellefigue (PS, PRG, PCF) qui avait réalisé un score de 18,53 % au premier tour, s’est retirée de la course évoquant l’absence de « convergences suffisantes pour réaliser le rassemblement. ». Fermant la marche du premier tour, l’ancien maire et tête de liste de « Pour la Cohésion » Pierre Cohen (DVG) a été crédité à 5,66% des voix, seuil de voix nécessaire pour une alliance avec une autre liste pour le deuxième tour, chose faite avec la liste de l’écologiste Antoine Maurice.

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« Archipel Citoyen » en passe de créer la rupture ?

Les incertitudes planent tandis que l’écart se resserre pour les deux candidats. 51% des intentions de vote contre 49% donnent Antoine Maurice gagnant pour ce second tour dans un sondage BVA. Commandé par Archipel à l’IFOP, un précédent sondage annonçait déjà 52% des intentions de vote contre 48% appliqués à Jean-Luc Moudenc. L’optimisme qui se présente alors s’ajoute à la volonté de rompre avec la continuité défendue par Jean-Luc Moudenc.

La concrétisation « d’une alternative sociale, et démocratique » s’est poursuivie pendant la campagne et au-delà de la crise sanitaire. L’ancien élu municipale se démarque de ses adversaires dès le dépôt des listes en proposant un projet « politico-démocratique ». Citoyens et citoyennes de Toulouse venus de tout parti confondu (EELV, France Insoumise, Place Publique, Parti Occitan, Parti Pirate, Toulouse Idées neuves, Nouvelle Donne, Ensemble) s’accordent selon le principe d’une démocratie participative sous la dénomination « Archipel Citoyen ». Le premier tour a eu raison des différents détracteurs de l’écologiste ne voyant à ce projet qu’un échec cuisant. « L’imbattable » Jean-Luc Moudenc se place à seulement 7609 voix de son adversaire. C’est sans compter sur les 63,34 % des administrés qui ne se sont pas exprimés lors du premier tour. « Archipel Citoyen » compte désormais sur le « réservoir de voix écologistes » absent au premier tour ainsi que sur les différents partisans du rassemblement de la gauche unissant Pierre Cohen et Antoine Maurice.

Des « politiques à la hauteur de la transition écologique et social »

La campagne se retrouve dans le rassemblement des idées qui touchent l’écologie et le social. Face à la crise écologique et au risque climatique, le sondage BVA indique Antoine Maurice comme étant le plus à même de pouvoir y faire face (40% contre 34% pour Jean-Luc Moudenc). Face à la crise économique, le challenge pour le candidat de l’union de la gauche est d’appliquer la révision de l’équilibre budgétaire tout en conciliant les enjeux économiques que la crise sanitaire a fait naitre. Dans le reste du programme l’encadrement des loyers, la mise en place d’une « caution solidaire universelle », l’accroissement des places d’accueil pour les personnes âgées dépendantes, la suppression du controversé « arrêté anti-bivouac » mis en place par Jean-Luc Moudenc etc… Les aides sociales comme point d’attache de cette campagne sont présentées comme réponse à « l’urgence » et aux inégalités déjà très présentes et accentuées par la crise de la Covid-19.


Éviter le scénario catastrophe pour « Aimer Toulouse »

« Voici le Capitole, j’y arrête mes pas », Jean-Luc Moudenc compte bien suivre les paroles du célèbre chanteur toulousain Claude Nougaro à la lettre, et y rester six ans de plus. Hors de question de « perdre les bases du succès toulousain » pour l’ancien député. Les ambitions de l’actuel maire se résume dans un rassemblement citoyen contre « la monté des populistes » ainsi que dans la redynamisation d’une ville « qui bouge ». La ligne directrice de son projet pour ce scrutin s’inscrit dans la continuité́ du précédent. Investi au début de la campagne par La République en marche et son parti Les Républicains, le maire de Toulouse entendait élargir son électorat potentiel. L’idée étant de se préserver d’un clivage gauche-droite.


Force de passion pour la politique, Jean-Luc Moudenc confie vouloir se mettre au service des toulousains une fois de plus, se positionnant en « candidat de l’expérience », il ambitionne à nouveau de remporter ce mandat municipal. Cependant, le maire de la quatrième ville de France ne tarit pas de ses adversaires et ce, depuis le premier tour, jugeant des programmes « vide de sens ».

« Je vois fleurir des propositions dont le niveau m’afflige. Elles font preuve d’un grand amateurisme »

Jean-Luc Moudenc

Cette méfiance envers « l’extrême gauche en force » grandit dans les rangs du camp Moudenc. La croissance des inquiétudes « appelle à la mobilisation », un enjeu décisif pour l’emporter de justesse. Face à la crainte d’un relatif échec et d’un abstentionnisme aussi élevé qu’au premier tour (63,34%, NDRL) « tous les soutiens sont les bienvenues ».

« Ma conviction, c’est que nous sommes une majorité de Toulousains à refuser de donner les clés du Capitole à un assemblage anarchique incluant des professionnels du désordre et de la désobéissance aux lois de la République. » – Jean-Luc Moudenc

156 personnalités de la ville rose ont récemment répondu à cet appel. « L’appel des 150 », un document paru vendredi 19 juin et signé par des commerçants, des sportifs, des restaurateurs… Les monuments du rugby français : Guy Novès, Vincent Clerc, Maxime Médard ; l’ancien boxeur Sofiane Oumiha, le footballeur Alain Giresse… ont répondu présent aux côtés de Jean-Luc Moudenc décrit comme « le candidat le plus en mesure de protéger la ville face à la crise économique et au chômage ». Le sondage BVA indique Jean-Luc Moudenc comme étant le plus à même de faire face aux défis de la crise économique (45% contre 28%) pour Antoine Maurice et de protéger la ville face à la crise sanitaire (44% contre 27%).

Auprès des citoyens de la ville rose, il apporte ses réponses à la précarité, aux questions environnementales et sans oublier la jeunesse toulousaine en s’investissant sur de nouveaux projets et en voulant terminer ceux déjà entamés. Parmi elles, retrouvons la politique sur la sécurité déjà amorcée, le projet pharaonique de la troisième ligne de métro, la défense des commerçants indépendants et des artisans qui passe par l’interdiction des manifestations du samedi. Des points phares de cette campagne pour la liste « Aimer Toulouse » qui s’inscrivent dans les priorités envers les toulousains, soit « protéger leurs emplois, protéger l’ordre public, protéger leur santé »

À côté de propositions « extrêmement différentes » que combat le bourgmestre, des convergences existent, à l’image des problématiques environnementales discutées par des politiques bien différentes entre candidats. À seulement quelques jours du second tour, la campagne se durcit pour le maire sans étiquette, investi par la république en marche qui se retrouve en seconde position dans les sondages.

Image mise en avant : Aeimen Benallouche, le Capitole, Toulouse, Novembre 2019

(Municicaqs #8) – Bordeaux, pas de quadrangulaire au second tour

À la veille du second tour des municipales, les incertitudes planent toujours pour Bordeaux. Alors qu’aucune majorité ne se dessine, l’espoir s’invite aux côtés de Pierre Hurmic. Le candidat des Verts et de la gauche s’est placé à seulement 96 voix du maire sortant Nicolas Florian. Après 75 ans au pouvoir, la donne va-t-elle changer pour la droite bordelaise ? 

Après Saint-Denis, Dijon, Nîmes, Le Havre, Saint-Étienne et Lille, tour d’horizon à Bordeaux pour la dernière ligne droite des municipales. Un écart de 96 voix séparait, le 15 mars au soir, le bourgmestre actuel et la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND). Nicolas Florian, tête de liste de « l’Union pour Bordeaux » (LR, Modem, UDI, Agir et LREM) qui succède Alain Juppé, démissionnaire en 2019, ramène la course aux municipales à trois candidats après une alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait tout de même été qualifié au second tour avec 12,69 % des voix. Pour résumer les résultats de ce premier tour, Nicolas Florian, en tête avec 35,56 %, est suivi du candidat écologiste et socialiste qui cumule 34,38 % des voix. S’y ajoute Thomas Cazenave (12,69 %, 6.976 voix). Philippe Poutou de la liste « Bordeaux en Luttes » (NPA et FI) rallie 6.470 sympathisants soit 11,77 % des votants.

Un taux d’abstention fortement élevé en raison du Covid-19 : 63 % des électeurs n’ont pas voté. C’est 56.000 votants sur 151.000 électeurs inscrits. La tranche d’âge 18-34 ans, plébiscitée notamment par la liste « Bordeaux Respire » de Pierre Hurmic (EELV, PS, PC, PRG, PP et ND) n’était pas au rendez-vous. Un choix de la part des votants qui ne confortent pas les logiques des alliances et du contexte actuel.

À droite, « éclaircir le paysage politique »

Le 1er juin marque la signature d’un accord de liste commune entre le maire sortant Nicolas Florian et le candidat LREM Thomas Cazenave. Un rapprochement qui n’a rien de surprenant selon Philippe Poutou qui parle d’un « non-évenement ». Les discussions ont déjà été entamées depuis un moment. L’alliance qui naît de la difficulté du premier tour de se retrouver face au candidat socialiste et écologiste marque également une alliance des projets. Cette dernière d’autant plus nécessaire pour le candidat LREM qui indique que « la crise que nous traversons appelle à unir les compétences. », s’agissant ainsi de « dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation ». Une alliance surprenante qui dépasse l’incompatibilité politique initiale avec le maire sortant : « je veux atteindre le niveau le plus élevé » avait-il annoncé après le premier tour.  La fusion défendue par Cazenave laisse place à un nouvel accord électoral mal vu par certains électeurs mais également par l’opposition accusant « des moeurs politiques d’une autre époque ». Dans son communiqué, le candidat LREM défend la fusion des deux listes en indiquant « qu’aborder le second tour de l’élection municipale sans rien changer est aujourd’hui inconcevable ».

Cette liste du rassemblement menée par Nicolas Florian doit intégrer 17 colistiers de Thomas Cazenave issu de la liste « Renouveau Bordeaux » dont 13 membres en position éligible. Créant la surprise en début d’année, Benoit Simian, député LREM du Médoc et colistier de Nicolas Florian cède sa place. Cazenave devrait occuper le poste d’adjoint au maire ainsi que la vice-présidence à Bordeaux Métropole.

Les priorités évoluent mais le fond reste le même

Depuis juin, la campagne bat à nouveau son plein. La crise sanitaire fait évoluer les programmes, les candidats se sont adaptés proposant de nouvelles priorités sociales et économiques.

L’union à gauche (EELV, PS, PC, Générations, Nouvelle Donne etc,…) menée par l’écologiste Pierre Hurmic maintient sa volonté de rupture tout en reconnaissant à Alain Juppé un bilan positif en 24 ans. Avec l’objectif d’un « modèle écologique, solidaire et résilient » s’ajoutent les enjeux économiques et sociaux désormais prioritaires dans un programme qui s’adapte au contexte. Augmenter la part des emplois non délocalisables, concevoir une ville autour des services publics, soutenir les associations… Autant de propositions qui tendent vers un modèle « vertueux » afin de « réinventer Bordeaux ». Au projet s’ajoute la lutte contre l’abstentionnisme, clé de ce second tour. La mobilisation n’était pas au rendez-vous. Pour ce second tour, l’argument du vote utile s’invite dans les débats. La liste « Bordeaux respire » compte sur les électeurs de la liste de Thomas Cazenave « Renouveau Bordeaux » et le scepticisme laissé par la fusion avec Nicolas Florian.

Le candidat n’est pas en reste et le fossé reste tout de même étroit. 96 votes seulement derrière le maire sortant et un optimisme à toute épreuve qui donne de l’espoir à l’écologiste.

« Ça ne fait qu’accroître ma détermination, ma combativité, pour remplacer ce pouvoir conservateur qui est prêt à tout pour conserver précisément le pouvoir à Bordeaux. » – Pierre Hurmic

Aux côtés des présidents socialistes de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Alain Rousset et Jean-Luc Gleyze apportent un soutien de taille. Hurmic se dit vouloir donner l’image « d’un maire écologiste, apaisant, sobre et de proximité. ».

Outsider du premier tour, Philippe Poutou ferme la marche avec 11,77 % des suffrages exprimés. Le chef de file de la liste « Bordeaux en luttes » maintient ses positions en étant catégoriquement opposé à une alliance avec Pierre Hurmic. Face à « une droite libérale » d’un côté et « une gauche libérale EELV/PS » jugée « inapte » sur le terrain national, Philippe Poutou, fidèle à ses convictions se présente comment seul véritable candidat de l’opposition. Pointant du doigt la fusion LR-LREM, il indique que « « Bordeaux en luttes » sera là pour faire entendre la colère sociale… » dans un tweet, peu après l’annonce de la coalition. Mécontentement qui s’exprime également au lendemain du déconfinement en rappelant que la contestation sociale ne s’est pas éteinte à laquelle s’ajoute l’embrasement lié aux violences policières.

Le programme intègre une démocratie dite « participative », entendant la parole des Gilets jaunes. Il propose la mise en place d’un référendum d’initiative communale ou encore un encadrement des loyers… des propositions tirées de « l’exigence d’un autre monde ». La crise sanitaire forge la détermination du candidat de la gauche qui pointe du doigt la mauvaise gestion de la crise et les inégalités qui en découlent. Dans la dernière ligne droite les objectifs s’affichent clairement : dépasser les chiffres du premier tour et entrer au conseil municipal. « L’heure est à la mobilisation » pour l’anticapitaliste qui espère continuer sur sa lancée après le 28 juin.

Image mise en avant : Livio Ferrero – Hotel de ville, Bordeaux, 2020