Les Européens ont-ils vraiment voulu l’Union européenne ?

Aujourd’hui, l’Union européenne est dans la tourmente. Construite dans un contexte de traumatisme post-Seconde Guerre mondiale et d’opposition face à l’avancée soviétique en Europe de l’Est, ces deux éléments nous permettent de questionner la véritable volonté de vivre sur le long terme, ensemble. Retour sur une création dans l’urgence.

« Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi impossible entre Paris et Londres qu’elle le serait aujourd’hui entre Rouen et Amiens. Un jour viendra où vous la France, vous Italie, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, vous vous fondrez dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne comme la Normandie et la Bretagne se sont fondues dans la France. Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis d’Europe se tendant la main par-dessus les mers. »

Ainsi s’exprimait Victor Hugo en 1849. Il envisageait alors des « États-Unis d’Europe ». Il n’est pas le seul à avoir eu ce souhait, Churchill a également exprimé cette même envie, à l’époque où l’Angleterre était fédéraliste.

Churchill et les Etats-Unis d’Europe

La construction européenne s’est faite pour plusieurs raisons. La paix était évidemment l’objectif majeur de l’entente. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est dévastée, avec 35 millions de morts, elle est la région la plus touchée du monde. Le projet des États-Unis d’Europe pouvait commencer.

Seconde Guerre mondiale et Guerre froide : les véritables moteurs de la construction européenne

La Seconde Guerre mondiale est l’événement déclencheur de l’union des pays européens. Il aura fallu 35 millions de morts, l’horreur des camps de concentration et des bombardements pour que nos pays européens décident de s’unir. Le début de l’Union européenne, est donc une réaction à une catastrophe. L’Europe traumatisée ne demande qu’une chose en 1945 : « plus jamais la guerre ». Nous pourrions donc questionner la réelle envie d’être ensemble, de partager notre territoire, nos lois, nos peuples.

La construction européenne c’est aussi la formation d’un troisième bloc au sein d’un monde divisé alors en deux. Une autre motivation du projet d’Union européenne réside dans la peur d’un envahissement soviétique. L’Europe de l’Est tombe peu à peu aux mains de L’URSS. Le coup de Prague en 1948 (la Tchécoslovaquie passe sous contrôle soviétique) est notamment un des facteurs à la création de l’UE. Il faut s’allier face à l’URSS. La construction se fait donc par opposition. Est-ce là le vrai désir d’être ensemble qui motive les Européens à s’unir ? Non, c’est la crainte qui les rassemble.

L’Europe aux coude à coude avec le bloc de l’Est

L’UE s’est construite « en réaction à »

Loin de nier la volonté de coopérer et de préserver la paix, il semble qu’il faille insister sur le véritable désir de partager un territoire, des mesures politiques, économiques et sociales. L’UE s’est bâtie dans un double contexte de coopération et d’opposition. On pourrait même dire que l’Europe a été poussée à s’unir. C’est donc à la fois de son plein gré qu’elle s’unit et en même temps « à cause de ».

Comment alors envisager une telle alliance sur le long terme ? L’UE peut-elle subsister sans ennemis, en temps de paix ? Y a-t-il une vraie envie de vivre ensemble ?

L’annonce des résultats du référendum sur le Brexit et la démission de David Cameron

Les divergences au sein de l’UE prouvent la difficulté à vivre ensemble. Bien souvent, ce sont les états qui agissent seuls, l’UE n’arrivant pas à être un état supranational. C’est la preuve que l’UE est loin des États-Unis d’Europe. Il est possible que si cette construction ne s’était pas faite en réaction à la Seconde Guerre mondiale et à la Guerre froide, elle eût été plus proche des États-Unis d’Europe. Mais nous pouvons aussi penser qu’elle n’aurait pas existé.

L’UE demeure dans un entre-deux, entre supranationalisme et souverainisme. Les États avant ou l’Europe avant ? Dans les faits se sont plutôt les États en tête mais la question n’est pas encore tranchée. Les courants nationalistes qui prennent de l’ampleur en Europe montrent bien ce « ras-le-bol » d’une UE mal définie, mal comprise et que l’on rejette. La question est aujourd’hui de savoir si nous voulons ou non vivre ensemble et donc étendre la construction européenne. Par exemple, construire une Europe sociale. La crise sanitaire que nous traversons est l’occasion de redéfinir nos attentes quant à cette union.

Comment est né le mouvement « Mai 68 » ?

Le soulèvement de mai 1968 se produit pendant les trente Glorieuses ! La période de prospérité par excellence qu’à connue la France après la Seconde Guerre mondiale. Comment un tel mouvement a t-il pu naître dans une France dont la croissance économique est de 5% ?

Le général De Gaulle commence à lasser les jeunes qui le jugent trop conservateur. Les jeunes baby-boomers aspirent à plus de liberté. La majorité est encore à 21 ans et L’ ORTF (l’office de radio-télévision française) contrôle l’information, notamment le journal de 20h, ce qui donnera lieu au slogan : « la police vous parle tous les soirs à 20h ». Cette jeunesse se sent étouffée par des codes sociaux dépassés et développe sa propre culture (mode yéyé ou rock’n roll), aspirant à une libération des mœurs. Certes la pilule contraceptive est autorisée en 1967, mais son usage est encore très peu répandu. À cela s’ajoute le problème de la massification scolaire. Les infrastructures peinent à accueillir des élèves de plus en plus nombreux et les conditions d’enseignement se dégradent considérablement.

Le gaullisme est rejeté par une partie croissante de la population et les jeunes s’entichent de figures révolutionnaires telles que Mao, Fidel Castro, Ernesto Guevara ou encore Ho Chi Min, acquis aux idées anticapitalistes. Ces revendications se traduisent par quelques slogans notables : « Jouissez sans entraves », « Il est interdit d’interdire », « Vous finirez tous par crever du confort » ou encore « L’imagination prend le pouvoir ».

Au centre, le bras levé, Daniel Cohn-Bendit, un des leader du mouvement étudiant

Une France pas si prospère…

Dans un contexte économique certes très favorable, la France connaît depuis un an, un ralentissement de sa croissance. Cela se traduit par une augmentation du chômage qui touche principalement les jeunes ainsi que les mineurs et ouvriers des industries de textile du nord de la France, qui sont au début de leur effondrement. Les mineurs avaient d’ailleurs fait une grande grève en 1963. Au début de l’année 1968 on compte 500 000 chômeurs.

Autre facteur qui montre que la France des trente Glorieuses n’est pas une France si prospère que cela : la pauvreté. Des dizaines de bidonvilles existent toujours en région parisienne, dont le plus important est celui de Nanterre, juste sous les yeux des étudiants.

Le bidonville de Nanterre

Quelles conséquences ?

La crise débute dans le milieu étudiant puis les ouvriers rejoignent le mouvement et enfin, les politiques s’en mêlent. De Gaulle dissout l’assemblée nationale. Suite aux élections législatives, le parti gaulliste, l’UDR, obtient la majorité.

Discours du 30 mai 1968 où De Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale

L’opinion lassée par la crise s’est retourné en faveur du général. Néanmoins, la population a voté plus pour en finir avec la crise de mai 68 que pour un maintien du président. De Gaulle sentant cette lassitude décide de joindre au référendum de 1969 sur la réforme du Sénat et la régionalisation, l’enjeu de sa démission en cas de victoire du « non ». Le 27 avril 1969, le « non » l’emporte à 52%. De Gaulle se retire pour de bon de la scène politique. Son successeur, Georges Pompidou, ex-Premier ministre, est reconnu comme celui qui a véritablement dénoué la crise de mai 68.

La démission du général De Gaulle