Le séparatisme, le nouveau sujet qui divise les français

« On veut s’attaquer aux zones grises de la loi. » La Ministre Marlène Schiappa a détaillé les mesures du projet de loi sur le séparatisme ce samedi 10 octobre. Dans sa déclaration elle fait un lien entre séparatisme et islam radical. Pour elle, les procédés seraient « parfois similaires », notamment « en matière d’emprise morale » et « de pression psychologique ».

Emmanuel Macron s’attaque au « séparatisme islamiste », ce collectif, fort d’une cinquantaine de mosquées ou associations de l’Est parisien ou franciliennes, ainsi que la plateforme Les Musulmans (proche du Collectif contre l’islamophobie en France) réclament « un dialogue constructif ». Pour rappel, le président avait annoncé lors d’une discours une analyse du problème du séparatisme islamiste dans notre pays, et qui propose un certain nombre de solutions pour contrer les menaces que celui-ci fait peser sur notre société. Il nomme le phénomène “séparatisme islamiste” qu’il définit comme un mal social. Le projet de loi n’a pas encore vu le jour que les Français se déchirent déjà. Alors que le président a annoncé plusieurs mesures à venir afin de lutter contre ce qu’il a nommé le « séparatisme islamiste », une majorité de sondés, 69%, se disent opposés à l’enseignement de l’arabe à l’école. Seuls 31% y sont favorables, selon un sondage de l’Ifop publié ce jeudi 8 octobre.

Du coté des associations :

Nous nous sommes donc pencher sur l’opinion des associations concernant cette loi qui fait bien parler d’elle, les avis divergent : 

« Nous nous insurgeons contre linsoutenable que constituent la stigmatisation et le harcèlement que subissent les femmes musulmanes ayant décidées de porter un voile pour vivre leur foi librement.  C’est une pression qui nest plus acceptable et doit cesser immédiatement.  Les musulmans, dans leur écrasante majorité, vivent en paix et en harmonie dans la société française et respectent le cadre laïc et les lois de la République ». Déclare Adbel Said membre d’une association parisienne qui lutte pour les droits des musulmans de France. 

« Cest effectivement un séparatisme, un refus des lois de la république pour y substituer un soi-disant droit religieux. Ce séparatisme résulte dune ghettoïsation dabord urbanistique, puis sociologique, enfin économique, avant de devenir idéologique et identitaire. Les subventions municipales généreuses et non contrôlées à des associations qui livrent une partie de notre jeunesse aux recruteurs islamistes, au monde de la délinquance, voire aux deux »Accuse Jean président d’une association Catholique. 

L’opinion des étudiants :

Un avis souvent oublié ou mis-à-part, les étudiants, nous sommes allés récolter le point de vue de ces derniers : 

« Cette loi n’est pas nécessaire vu le contexte actuel mais oui, elle est utile. Il y a des dérives dans les « territoires oubliés de la République » qui créent un fort sentiment communautaire au sein de ces quartiers je n’irai pas jusqu’à parler de séparatisme mais il y a tout de même du travail conséquent à réaliser pour ramener les valeurs républicaines et une certaine qualité et quantité  de services de l’État. J’ai vu de mes propres yeux ces manquements dans certaines zones lorsque je vivais à Marseille mais je pense qu’appeler cela du séparatisme est trop extrême. » Keenan Mered président de l’association étudiante IDS ( Ileri Debating Society ) 

« La dissolution des associations pour moi cest un peu limite car la population doit avoir cette liberté mais si cela reste juste à dissoudre une association qui ne respecte pas les droits de lHomme cest normal mais je pense que quand il y a un débordement prouvé cest déjà le cas. Et charte de laïcité quand les associations ont des subventions dun côté cest bien car en général cest plutôt des associations catholiques qui y ont accès et donc pas un accès égalitaire mais cela va poser problème au début pour ladaptation de certaines associations exemple le secours catholique. Le président a dit quil prévoyait de mettre en place de nouvelles choses pour lapprentissage des langues dorigine par les enfants de parents émigrés. Je trouve cela dommage de le supprimer même si cest dans lattente dun nouveau système car ça me parait important que les enfants gardent un lien avec leur culture dorigine, cest même une grande richesse. La neutralité des salariés des entreprises délégataires dun service public ça semble normal que dans une telle entreprise il ne doit pas y avoir de prosélytisme mais jai peur que ça dérive vite vers un extrême inverse et il ne faudrait pas que cela déclenche une inégalité de ce côté là. On entend très rarement parler de personne « trop catholiques » qui seraient mauvais pour lentreprise.

Globalement je pense que la loi serait plutôt utile mais pas sur tous ses points, Il faudrait que ce soit bien cadrée pour pas quil y ait de débordement. Je trouve de plus que se consacrer seulement sur lIslam cest un peu réducteur et ça met en avant une « lutte contre lislam » voir un amalgame entre islam et islam extrémiste.» Joséphine Tuloup , Vice-présidente de l’association étudiante Huma ( Association d’aide humanitaire ) 

« Pour moi cette loi, elle a surtout pour but de rassurer une population qui est en perte de repère. Avec le Covid-19 que l’on ne peut pas contrôler, le gouvernement doit quand même montrer à sa population qu’il est toujours là, et qu’il est prêt à mettre en place des lois qui rassurent une grande partie de la population. Je pense que ces lois sont voulues par une grande partie de la population, mais je suis pas sûr qu’il y ait l’impact voulu. » Léo Tessier étudiant en école de relations internationales à Paris

Sécurité sociale : un budget en hausse, le handicap prioritaire ?

Alors que la trésorerie de la Sécurité Sociale fait face à de fortes tensions liées à la pandémie du coronavirus, le ministre de la Santé a affirmé que la sécurité sociale serait dotée d’un milliard d’euros supplémentaire pour soutenir la création d’une cinquième branche dès cet automne.

Lors de son allocution durant l’examen d’un projet de loi d’alourdissement du déficit de la sécurité sociale et de la création d’une cinquième branche, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé hier soir devant l’Assemblée nationale vouloir débloquer « au moins un milliard », d’euros supplémentaire pour financer la perte d’autonomie des personnes âgées et des handicapés.

« Dans le cadre du prochain budget de la Sécurité sociale, présenté à l’automne pour l’année 2021, il y aura au moins un milliard d’euros de financement qui sera identifié pour aller abonder la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et donc payer des dépenses dans le champ de la perte d’autonomie », a précisé le ministre. 

Pour les associations venant en aide aux personnes en situation de handicap, cette annonce est une bonne nouvelle. Mais certaines interrogations persistent. « Dès 2003, nous demandions cette prise en charge. Mais à quelle hauteur ? À quelles conditions ? Y aura t-il des barrières d’âge ou pas ? (…) Ce sont des questions qui doivent être posées, tranchées et débattues en concertation avec les acteurs du secteur », ajoute le Collectif Handicaps. Pour les associations, prendre en charge la perte d’autonomie et de mobilité est essentielle. La France compte aujourd’hui 2,5 millions de personnes âgées en perte d’autonomie, et elles seraient le double en 2050. L’enjeu est également financier. « Cette somme parait insuffisante au regard du rapport Libault, qui prévoit un besoin de financement public en 2024 à hauteur de 6 milliards d’euros et de 9 milliards d’euros pour 2030 », ajoute le Collectif Handicaps. 

Avec la crise du Covid-19, le déficit de la sécurité sociale a atteint 52 milliards d’euros. Les députés ont également approuvé lundi soir l’ajout de 136 milliards d’euros de dettes au « trou de la Sécu », que les Français rembourseront jusqu’en 2033, soit neuf années de plus que prévu. Le retour à l’équilibre prévu l’année dernière pour 2020, n’est donc pas pour tout de suite.

Une nouvelle branche « autonomie » pour la sécurité sociale

Cette annonce s’inscrit dans le principe de la création d’une cinquième branche votée dans la nuit de lundi à mardi par l’Assemblée nationale. Si celle-ci est instaurée, cette nouvelle branche couvrira les risques de la vie liés à la perte de l’autonomie et au handicap. Elle viendra en complément aux quatre existantes : maladie, vieillesse, famille, accidents du travail. Petit couac dénoncé par l’opposition, les 2,3 milliards d’euros de CSG depuis la Caisse d’amortissement de la dette sociale (cades) ne devrait pas être transférée vers la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) qui gère les fonds dédiés à la dépendance et au handicap avant 2024. En réponse à ses critiques, Olivier Véran a répondu que « Personne n’a jamais dit » que les 2,3 milliards prévus à partir de 2024 «étaient pour solde de tout compte ». Le projet de loi doit maintenant être examiné par le Sénat. 

Les modalités et le financement de cette réforme seront remis au Premier ministre à la mi-septembre.

Crédit photo à la une : ©stevepb

La parité : Strasbourg montre l’exemple

En France, moins de 5 % des rues (2% selon #Noustoutes) portent des noms de personnalités féminines. Si vous rencontrez une école Simone Veil, une impasse Louise Michel ou une allée Maria Callas, estimez-vous heureux/se, car la plupart d’entre elles resteront discrètes, tandis que l’on arpentera les boulevards Gambetta ou les avenues Georges Pompidou.

Strasbourg ne déroge pas à la règle. Malgré la symbolique de son statut de capitale européenne, et les valeurs qu’elle implique, on retrouve sept fois plus de noms masculins que féminins dans les espaces publics. Est-il inutile de rappeler les valeurs communes aux États membres de l’Union européenne qui sont, selon l’article I-2 du traité constitutionnel : dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit et respect des droits de l’homme ?

Face à ces inégalités, Strasbourg se mobilise

À l’origine de ces choix : les Commissions de dénomination du nom des rues, composées d’élus, d’historiens et des services de la Ville opèrent plus facilement pour des personnalités masculines. À Strasbourg, en 2011, la Mission droits des femmes et égalité de genre a pris part à cette commission, après avoir signé le 10 janvier 2010 la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale promue par l’AFCCRE (Association Française du Conseil des Communes et des Régions d’Europe).

Comment cela se passe concrètement ?

La ville et l’eurométropole de Strasbourg ont confié à la SPL Deux-Rives (société publique et locale des Deux-Rives), la mission de développer un projet urbain de grande ampleur, avec la création de 4 500 logements, d’activités économiques, d’équipements publics de proximité, d’équipements culturels. Urbaniser une ancienne friche industrielle, c’est créer un bon nombre de nouveaux espaces : l’occasion de s’engager pour la parité dans la dénomination de ces derniers.

Dès lors, quatre quartiers en projet arboreront les noms de personnalités féminines : c’est le projet « place aux femmes » de la SPL Deux-Rives. Les premiers espaces, au sein des quartiers Citadelle, Starlette et Coop, ont récemment été nommés par la Commission.

Alice Frémeaux, Responsable du développement de la SPL Deux-Rives répond à CAQS quant à l’objectif de ce projet, de féminiser les lieux publics de la métropole Strasbourgeoise.

Pourquoi cette dénomination des rues, qui peut paraître futile au premier abord, est-elle essentielle dans la lutte pour l’égalité hommes-femmes ?  

« Améliorer la place des femmes dans la ville et l’espace public, cela passe par beaucoup d’actions. Certes, on peut se dire que féminiser les noms des rues est superficiel. Pourtant, même si cela relève de l’ordre du symbolique, c’est une action de rattrapage nécessaire. Cela participe notamment à l’approche que l’on a des femmes qui ont marqué l’histoire, que ce soit locale, nationale ou internationale. Cela contribue aussi à rendre plus visibles les femmes dans l’Histoire de France et du monde. Notre passé c’est quelque chose qui reste assez subjectif et nul n’ignore qu’elle retient beaucoup plus le rôle des hommes que le rôle qu’ont pu avoir les femmes. 

La ville de Strasbourg s’engage également dans d’autres projets d’aménagements urbains en faveur de la parité homme/femme, pouvez-vous nous en dire plus ?

La question de la place de la femme dans l’espace public, c’est une question qui devient de plus en plus importante chez les urbanistes et les aménageur/ses. Prenons la question de la sécurité par exemple : on parle beaucoup du harcèlement de rue, de l’insécurité de certaines femmes dans les lieux publics. Rendre une rue plus lumineuse la nuit, ne pas créer d’espace potentiellement dangereux, ce sont des données essentielles à prendre en compte pour un ou une urbaniste.

Nous voulons également organiser les espaces. Nous savons qu’encore aujourd’hui, les tâches ménagères, s’occuper des enfants, les soins de la maison incombent très majoritairement aux femmes. Nous établissons alors une organisation urbaine qui faciliterait la vie des femmes, en prenant en compte que le fait qu’elles n’ont pas pour seul trajet : domicile – travail, mais bien d’autres préoccupations qui ne doivent pas les faire courir dans tous les sens. C’est pour cela que nous réfléchissons également à l’emplacement des crèches, des services, des écoles, etc.

La question, c’est aussi : comment réfléchit-on aux aménagements publics dans une approche moins genrée ? Comment peut-on penser un espace sportif qui ne bénéficie pas aux garçons seulement ? Aujourd’hui, 75 % des budgets publics français qui sont dédiés aux loisirs et aux sports des jeunes, ne bénéficient qu’aux garçons. En effet, on prévoit beaucoup de choses autour du foot. Le fait est que même si on encourage les femmes et les jeunes filles à faire du foot, cela reste quand même une pratique encore très masculine. Il faut alors proposer autre chose pour les jeunes filles.

Construire des nouveaux quartiers nous permet également de réfléchir sur la parité dans les écoles. Des sociologues ont observé qu’aujourd’hui, la cour de récréation est organisée autour du terrain de foot.

La liste complète des engagements de la ville de Strasbourg en faveur de la parité : https://www.strasbourg.eu/engagement-politique-fort-pour-egalite  

Vous avez, dans un but éducatif, accompagné chaque dénomination féminine de rue d’une vidéo qui retrace en quelques minutes la vie de cette personnalité. Espérez-vous parvenir à changer certaines mentalités en montrant que les femmes ont, elles aussi, marqué l’histoire ?

Nous restons modestes dans notre démarche, mais oui, nous espérons apporter notre pierre à l’édifice. On parle souvent d’invisibilisation des femmes dans l’Histoire. Or les rues, ce sont des noms que l’on pratique au quotidien : « Je te retrouve là, j’habite ici, je déménage dans cette rue ». Avoir plus de noms de femmes qui ornent les rues, c’est utiliser plus de noms de femmes au quotidien, et si on est un peu curieux, c’est également se renseigner sur ces femmes. C’est là qu’interviennent nos vidéos.

Le projet « Place aux femmes » est accompagné de plusieurs vidéos retraçant la vie de ces grandes figures de l’histoire

Vous êtes l’une des premières villes à mettre en place ce genre de projet, espérez-vous montrer l’exemple ?

Bien sûr ! En tous les cas, nous espérons participer à ce changement des mentalités. Nous savons aussi que la ville de Rennes travaille sur la parité dans les écoles. Ils peuvent donc nous inspirer et nous échangeons d’ailleurs là-dessus. La ville de Paris avait également agi au moment de la création de son tramway. Elle avait laissé place à des noms de personnalités de la communauté LGBTQI+. C’est un travail de coopération en vue de la progression, où l’on s’inspire les uns des autres.»

À Strasbourg, il y a une quinzaine d’années, le pourcentage de rues qui portaient le nom de personnalités féminines était de 5 %. Aujourd’hui, sans compter la promulgation du projet Deux-Rives, ce chiffre se porte à 23 %. L’évolution est positive, mais rien n’est acquis. Espérons que ce travail de « rattrapage » de la féminisation de la ville continuera sur cette lancée et qu’un jour, la femme se sente aussi à l’aise que l’homme dans les lieux publics.

Déconfinement : possible départ en vacances ?

La deuxième phase de déconfinement commence mardi 2 juin avec de nouvelles restrictions. Les Français pourront partir en vacances au mois de juillet et août dans les Pyrénées ou la Bretagne. Reste à savoir si tous sont désireux de partir ou encore s’ils ont les moyens.

Les attestations ne sont plus nécessaires, les Français peuvent désormais se déplacer en toute liberté, même si les gestes barrières doivent continuer à être respectés. Édouard Philippe avait annoncé la réouverture des bars, des restaurants, des campings et des plages le 2 juin en zone verte, et le 22 juin en zone orange. Pour ceux habitant en Outre-mer, il faudra patienter un peu plus, sachant qu’ils ont la plage à deux pâtés de maisons.

« Le moment semble opportun » pour la baignade

Même s’il y a feu vert pour les déplacements, certains sont encore dans l’attente de savoir s’ils pourront aller bronzer sous un soleil de mille feux. Grégoire, étudiant en master à Grenoble pense que « le moment semble opportun pour profiter des temps de repos pour faire des activités ». Avec ses amis et sa famille, il compte partir dans le sud, afin d’oublier le « train-train du quotidien ». Il faudra en revanche « être bien attentif aux différents discours qui vont être publiés dans les chaînes d’infos pour bien choisir son lieu de vacances ».

Quant à Margaret, étudiante à Lille, partir en vacances sera plus compliqué : « On comptait partir entre amis oui. Je travaillais dans un cinéma en CDD mais avec ce qu’il sait passée je ne suis pas assurée de récupérer ma place. Donc on a oublié ce projet. »

Les hôtels dans l’attente

La fréquentation des plages semble pour le moment faire espérer les campings et les hôtels, qui se préparent déjà à l’arrivée des touristes. Dans le Morbihan, l’hôtel « Le Bretagne » a résisté au confinement. Il est resté ouvert depuis le mois de mai et se prépare désormais aux nouvelles normes prévues par l’État. Dominique Lecomte, gérant de l’hôtel raconte : « Les gens devront avoir des masques. Ça va être assez compliqué encore. Pour les touristes, cela va dépendre de la promiscuité dans les lieux publics. Les 100 km qui ont été annulés vont nous amener bien plus de gens. Mais pour l’instant c’est encore tôt, on a très peu de demandes encore. ».

Du coté de l’Hérault, la situation reste quelque peu semblable. Chloé Delorme, responsable de l’hôtel « Rosalie », pense que «la situation va revenir à la normale ». « On compte sur notre clientèle pour nous aider à respecter les règles. On va réduire la capacité avec des tables de 4 au lieu de 8, des chambres individuelles, et un groupe de 4 pour la piscine. Je pense que ça devrait bien se passer ».

Des mesures prises au sérieux pour gérer au mieux l’été dans de bonnes conditions, le secteur du tourisme sera un peu plus soulagé d’apprendre que les Français souhaitent tout de même profiter du beau temps, malgré la virulence du virus, toujours présent.

30 mai 1431/1943 : de Jeanne d’Arc au Chant des partisans

Un 30 mai, Jeanne d’Arc brulait vive en 1431 pendant que le chant des partisans résonnait sur les ondes de la BBC, 512 ans plus tard. Symboles politiques de la lutte contre l’ennemi et pour la liberté, leur intemporalité sert, aujourd’hui, encore la lutte contre l’oppression.

Après un procès inique, Jeanne d’Arc est brûlée vive, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen le 30 mai 1431. Un an et sept jours plus tôt, elle est capturée par les Bourguignons au siège de Compiègne et livrée aux Anglais. Décrédibiliser le roi Charles VII, pour lequel elle servait avec diligence, animait la hâte des Anglais souhaitant faire condamner celle que l’on surnomme la pucelle d’Orléans. Enfermée initialement à Crotoy, c’est peu de temps avant Noël qu’elle est emprisonnée au château du Bouvreuil à Rouen. Ce n’est que le 9 février 1431 que le procès s’ouvre. Le tribunal d’Église est présidé par Pierre Cauchon, théologien et évêque de Beauvais, qui pour bien se faire voir par les Anglais arrange un procès en hérésie sur concours du vicaire de l’inquisiteur en France.

Le doute pèse sur les ecclésiastiques quant à l’adresse de Dieu à une fille du peuple. Seuls les habitants témoignent favorablement sur l’enquête qui est menée à Domrémy embarrassant l’église qui s’empresse de détruire les rapports. Face à la difficulté de faire céder l’accusée la procédure est accélérée et les accusations se succèdent, lui reprochant ses fausses visions ou d’avoir revêtu des habits d’hommes. Force de caractère, la jeune fille est menacée, conduite au cimetière de l’abbatiale de Saint-Ouen où a été préparé un bûcher. Tout est prêt pour une condamnation à mort. Seuls, sa rétractation et son renoncement à ses habits masculins lui feront échapper à la mort.

Face à l’épuisement, elle cède, se soumettant à l’église et aux habits de femme. La sentence à mort fait place à un an d’emprisonnement. Mais, de retour dans sa cellule, au grand mécontentement des Anglais, ses vêtements sont subtilisés. Surprise dans des vêtements d’homme, elle est condamnée au bûcher, accusée d’être retombée dans l’hérésie.

Récupération politique et symbole national

Figure du patriotisme elle fut celle qui libéra la France de l’envahisseur Anglais et aida Charles VII à accéder au trône. Sa popularité gagne en même temps que la montée du patriotisme. Déclaré nul en 1456 par l’église, son procès et sa condamnation laissent place à la réhabilitation. Symbole du revanchisme français, l’héroïne est béatifiée en 1909 avant d’être canonisée en 1920 par le pape Benoît XV.

Incarnation de la résistance du peuple de France contre l’oppresseur, Jeanne d’Arc est utilisée et reprise par les républicains à l’instar de Jules Michelet jusqu’à Emmanuel Macron déclarant vouloir “rattacher Jeanne d’Arc, sainte catholique, souvent courtisée par l’extrême droite, à l’idéal républicain”.

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Emmanuel Frémiet, Statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides, Paris, 1874

La « paysanne de France abandonnée par son roi et brûlée par l’Église » prend place dans les discours du Parti communiste de Maurice Thorez. Une réinterprétation historique de la légende de Jeanne d’Arc a été nécessaire pour intégrer la pucelle dans le patrimoine communiste. Passant évidemment par une mise à l’écart de la « dimension religieuse ». Pour la gauche, Jeanne d’Arc représente la fille du peuple et l’oppression induite par les nobles et l’Église.

Pour la droite, l’incarnation du nationalisme et de l’identitaire établissent les caractéristiques de celle-ci sont célébrées chaque année depuis 1988. Le combat contre l’oppresseur régit les discours, tandis que Jeanne d’Arc repousse l’envahisseur anglais, les contemporains doivent faire face aux oppresseurs étrangers. Le rendez-vous est donné chaque deuxième dimanche du mois de mai pour les sympathisants royalistes et de l’extrême droite, un défilé est organisé en hommage à celle qui a libéré la ville d’Orléans.

 

La « Marseillaise de la Libération »

Hymne à la libération, en 2019 le « chant des partisans » fait l’objet d’une exposition temporaire au musée de l’Ordre de la Libération à Paris. Son histoire reste à ce jour encore méconnue tandis que les cérémonies officielles et les différentes reprises ont popularisé le chant des résistants qui a son tour devient un symbole politique et social.

L’histoire prend ses racines en 1941 avec la guitariste et chanteuse Anna Marly, une aristocrate née Anna Betoulinsky en 1917 en Russie dans la ville de Pétrograd en pleine révolution d’Octobre et exilée en France peu après. Contrainte à s’exiler à nouveau à cause de la guerre, en Angleterre cette fois, elle côtoie les Forces françaises libres et les cercles russophones résistants. La bataille de Smolensk et le rôle des Partisans soviétiques ouvre la porte à la composition de La Marche des partisans. Une prise de conscience patriotique pose les mots d’une chanson russe à succès.

Séduit par une mélodie facilement identifiable et des paroles fortes, le journaliste Emmanuel d’Astier de la Vigerie repère la compositrice et le potentiel de la chanson lors d’une soirée. Il en fait part en mai 1943 au résistant et animateur radio André Gillois qui cherche un indicatif pour son émission dont il est figure de proue Honneur et Patrie, diffusée par la BBC. Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon sont appelés à collaborer avec Anna Marly pour écrire une version française, La Marche des partisans devient le chant des partisans.

Voyage à travers le temps : des Russes blancs aux Gilets Jaunes

Puissance des mots, popularité et patriotisme ont rythmé le siècle. D’émission en émission la chanson est reprise par les plus grands : Les choeurs de l’Armée rouge, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Zebda, Noir Désir et bien d’autres. À l’instar du symbole intemporel de Jeanne d’Arc, le chant des partisans inspire les classes politiques à résister contre l’oppression. Le groupe Zebda a remis au goût du jour la chanson populaire sur fond de lutte sociale et fraternel appelant à combattre les discriminations, un « hymne contre l’oppression du peuple par un autre » qui prend le titre de « Motivé – Le Chant des partisans » en 1997.


Plus récemment les paroles ont pris un sens politico-social contestataire vis-à-vis d’une politique « violente, injuste et insupportable ». Le mouvement des gilets jaunes qui a, au fil des 16 derniers mois a cristallisé le mécontentent social s’est également re approprié les paroles de l’œuvre lors des manifestations sur l’ensemble du territoire français.

« Ami, entends-tu le vol noir de la finance sur nos payes » ; « Macron, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

Aujourd’hui classé « Monument historique » depuis 2006, le manuscrit original de l’œuvre devenu propriété de l’État est conservé à Paris musée de la Légion d’honneur.

Crédit photo : Image à la Une : @leo.jeje Jeanne d’Arc présentée à la Vierge et l’enfant Jésus (détail), Sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Barbe, Domrémy-La-Pucelle

LGBT+ : un pas vers l’égalité

Le Costa Rica est devenu le premier pays d’Amérique Centrale à légaliser le mariage homosexuel hier. Parallèlement, la France connaît sa première maire transgenre élue samedi dernier.

C’est une libération pour Alexandra Quiros et Dunia Araya. Elles ont enfin pu se passer la bague au doigt, le jour même, où leur pays légalisait leur mariage ce 26 mai 2020. Si la cérémonie et la décision de la Cour Suprême n’ont pas pu faire l’objet de rassemblements à cause de la crise de COVID-19, la télévision et les réseaux sociaux ont diffusé un programme rappelant les luttes contre les discriminations. Un message accompagné de la parole de célébrités au niveau mondial, dans le cadre de la campagne « Si Acepto Costa Rica ».

Mariées à minuit

Cette décision était attendue depuis que la Cour Suprême avait désigné comme « inconstitutionnelle » l’interdiction du mariage de personnes de même sexe en août 2018. Elle-même avait été poussée à la faire par la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui avait demandé à tous les pays membres de l’Organisation des États Américains (OEA) de légaliser ces mariages. Le Parlement costaricain avait 18 mois pour modifier la loi du Code de la Famille qui condamnait cette union. Une fois le temps imparti écoulé, l’interdiction était effective et les mariages homosexuels pouvaient être officiés. Ce qui a été le cas mardi 26 mai à minuit, au bonheur de plusieurs couples qui se sont pressés pour se marier malgré le manque de convives. Le premier mariage, officié quelques minutes après minuit, a néanmoins été suivi en ligne, diffusé sur la chaîne YouTube de Si Acepto.

Le Costa Rica devient ainsi le huitième pays américain à légaliser ce mariage. Il rejoint 28 autres pays du monde mais reste un pionnier pour l’Amérique Centrale. Son président, Carlos Alvarado, s’est réjoui de cette décision sur les réseaux sociaux.

Traduit par Ornella Gache : « À partir de maintenant, le Costa Rica reconnaîtra le mariage égalitaire. Dans une heure, les couples de même sexe, et leur famille, auront les mêmes droits que tout autre couple ou famille de ce pays. Ensemble, sous un même drapeau, construisons une meilleure nation. »

Malgré tout, cette décision ne plaît pas à tout le monde, et notamment aux 14 parlementaires évangéliques. Ils étaient trop minoritaires à l’assemblée pour faire changer la situation. Depuis 2006, six projets de loi pour autoriser le mariage pour tous avaient été défaits par ces parlementaires. Une de ses élus s’est donc indignée sur Twitter.

Traduction de Ornella Gache : « AUJOURD’HUI EST UN TRISTE JOUR POUR LA FAMILLE TRADITIONNELLE DU COSTA RICA
L’entrée en vigueur du mariage égalitaire frappe l’âme de générations de Costaricains qui ont construit les bases d’un grand pays attaché à la famille et à la vie. »

Une maire « élue pour un programme »

Un autre pas en avant pour la communauté LGBT+ a été réalisé en France. Samedi dernier, la première maire transgenre a été élue dans la commune de Tilloy-les-Marchiennes. Marie Cau, pour elle, est « complètement femme depuis environ cinq ans » après une transition progressive. Elle n’a pas encore changé d’état civil et utilise couramment son troisième prénom depuis 2 ans. Marie habite dans cette petite commune du Nord depuis 20 ans et elle est mère de 3 enfants. Sa liste apolitique baptisée « Décider ensemble » a récolté entre 63,5 et 73,1% des suffrages selon les candidats.

Dans son village, elle déclare n’avoir subi aucune brimade, simplement quelques maladresses. Les habitants respectent l’utilisation de son troisième prénom. Elle n’est pas militante et reste donc assez discrète : « Les gens ne m’ont pas élue parce que j’étais transgenre ou contre, ils ont élu un programme ». Un programme basé sur le développement durable, qui favorisera les circuits courts et le social. Pour elle, c’est cela qui est important, que le fait d’être transgenre soit considéré comme normal et que les gens n’y fassent même plus attention. Reste à espérer que, dans les années ou décennies à venir, des maires LGBT+ ne feront plus l’objet d’article, car devenu courant.