Brexit : vers un no deal ? 

Suite au sommet de jeudi dernier, quelques dossiers restent encore non réglés : parmi eux, la pêche. Tandis que Boris Johnson fait planer la menace d’un «no deal», la France tente tant bien que mal de protéger ses pêcheurs. La tension monte entre Bruxelles et Londres, se dirige-t-on vers un «no deal» ? 

Les pêcheurs «ne sauraient être les sacrifiés du Brexit» annonçait Emmanuel Macron jeudi dernier. Il faut en effet comprendre que la plupart des pêcheurs français pratiquent leur activité dans les zones maritimes britanniques. On considère qu’environ 30% de la pêche française provient des eaux anglaises. Ce serait donc, en pleine crise sanitaire, un coup dur pour le secteur français, d’autant plus que d’autres bateaux de pêche européens, néerlandais ou belges, se rabatteraient sur les eaux françaises. 

La france est la principale concernée par le secteur de la pêche, mais les autres membres de l’UE semblent néanmoins faire bloc derrière Paris. Nous pouvons donc au moins nous réjouir d’un semblant d’unité chez les européens dans le «dossier Brexit»

Le Royaume-Uni veut sa souveraineté ! 

Et c’est bien ce qui effraye les européens ! Les règles de concurrence, comme le règlement des différends, restent encore flous. Bruxelles craint que le Royaume Uni n’en fasse qu’à sa tête, quitte à mettre en péril les entreprises européennes avec une concurrence déloyale, en soutenant massivement ses entreprises.  L’UE tente également de tout faire pour éviter un dumping social, fiscal ou environnemental. Les négociations sont rudes et Boris Johnson estime pour le moment que les propositions européennes sont «inacceptables» et menace l’Union avec un scénario «à l’Australienne», c’est à dire à un «no deal»

Ce sont également les droits de douanes qui sont discutés, car en cas de «no deal», ce seront les règles de l’OMC qui seront appliquées. C’est à dire des droits de douanes très importants. Le commerce avec le Royaume Uni sera donc plus coûteux, les importations seront plus chères, le consommateur en paiera donc les conséquences. Quant aux exportations, elles seront bien moins compétitives…  

Des négociations intensifiées face à une date butoire qui se rapproche … 

Le prochain rendez-vous semble se dessiner au alentours du 15 novembre. 

Cependant dès lundi les deux négociateurs, Michel Barnier et David Frost discuterons du format des négociations à venir. 

L’Union européenne comme le Royaume Uni ne semblent rien vouloir lâcher, les négociations s’annoncent encore plus tendues, la tension monte de plus en plus car le 31 décembre approche à grand pas. Un «no deal» aurait des conséquences économiques dramatiques, en pleine crise sanitaire et économique ce n’est absolument pas souhaitable. 

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon déplore ainsi que chaque heure consacrée au Brexit est une heure perdue dans la lutte contre le Covid 19. 

Édito de 20h : Poutine président jusqu’en 2036, la provocation russe

Grâce à la large victoire du « oui » au dernier référendum, Vladimir Poutine a la possibilité de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Ce référendum apparaît comme le moyen de consolider le pouvoir après une crise sanitaire déstabilisatrice et constitue un affront indirect aux démocraties occidentales.

Prévu initialement en avril, le référendum souhaité par Vladimir Poutine s’est tenu du 25 juin au 1er juillet. Un référendum qui a un double objectif : consolider le pouvoir et redorer son image post covid 19.

Un pouvoir fort : oui !

C’est donc comme nous pouvions nous y attendre, le « oui » qui l’emporte largement (72,92%). Le président russe pourra ainsi rester au pouvoir jusqu’en 2036 s’il le souhaite. Il peut désormais effectuer deux mandats supplémentaires après la fin de celui-ci, prévue pour 2024.

32 ans de règne et peut être plus !

Président pour la première fois en 2000, il s’éclipse entre 2008 et 2012 pour céder le « trône » à Dmitri Medvedev et mieux revenir en 2012. Le compte est bon, s’il reste au pouvoir jusqu’en 2036, Vladimir Poutine aura présidé le plus grand territoire du monde pendant 32 ans !

La succession de nouveaux amendements et les victoires éclatantes lors d’élections ou de référendum semblent cacher des pratiques assez peu démocratiques et même dictaroriales. L’apparente démocratie n’est qu’un outil à des coups d’états légaux.

Comment faire passer un référendum ? Retrouvez ici les astuces du Kremlin !

Pour les participants au vote, une loterie était organisée ! Les russes pouvaient y gagner des lots ou des bons d’achats ! Les bureaux de vote étaient même parfois installés en pleine rue, avec une surveillance des urnes, assez anecdotique semble t’il. De quoi inspirer nos démocraties occidentales qui luttent tant bien que mal contre l’abstention. Et pourquoi pas faire marcher l’électeur à la carotte ? Plus efficace encore, contraindre des personnes à aller voter et menacer les opposants. Une méthode qui a fait ses preuves.

Une atteinte à la souveraineté du peuple russe

Alexeï Navalny, opposant au Kremlin, dénonce un « énorme mensonge » tandis que l’ONG Golos y voit une grave atteinte à la souveraineté du peuple russe. Elle a notamment reçu plus de 2000 signalements de fonctionnaires contraints de se rendre aux urnes.

Il n’y que les Nenets qui se sont opposés au référendum. Il fallait bien qu’il y ait un peu de « non » quelque part pour conserver le voile démocratique. Quant à l’avis des Nenets, on peut dire qu’il compte pour du beurre. Après tout, ce ne sont pas des semi-nomades éleveurs de Rennes qui vont avoir leur mot à dire sur l’avenir du pays.

Une provocation russe encore et toujours

Juste à l’est, à la périphérie de l’UE, c’est un immense territoire qui affiche, avec bien peu de pudeur son caractère non démocratique. Que pouvons nous faire ? Devons nous vraiment faire quelque chose ? Après tout, ce pays n’a pas choisi de vivre selon nos valeurs démocratiques occidentales et c’est son choix. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser la démocratie comme indispensable, et c’est tout à notre honneur. Mais c’est également ainsi que la Russie tout comme la Chine se rient de nos valeurs et de nos principes en nous provoquant lors d’élections ou de référendums. La Russie semble néanmoins encore un peu timide à afficher clairement son caractère autoritaire, à la différence de la Chine.

Rappelons que cette provocation ne touche pas seulement au domaine de la démocratie mais bien également aux droits des populations. Par exemple, avec ce référendum, Vladimir Poutine rappelle que seuls les couples hétérosexuels peuvent se marier. Il semble difficile pour nous de vouloir étendre notre mode de vie à notre voisin russe. D’ailleurs, même lorsque nous intervenons, le Kremlin ne tremble pas. Vladimir Poutine rappelle qu’il ne rendra ni la Crimée, ni les îles Kouriles.

Nous européens, risquons d’être outrés par l’attitude russe pour encore un moment..

Crédit photo : wikimedia commons

L’Accord de Cotonou fête ses 20 ans

Il s’agissait du plus grand accord de coopération Nord-Sud. L’Accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 fête ses 20 ans et prendra fin en décembre prochain avant qu’un nouvel accord ne soit signé.

Il était un symbole d’unilatéralisme conclu entre l’Union Européenne et les pays de l’ACP, l’Afrique Caraïbe Pacifique, pour poursuivre la Convention de Lomé signée en 1975. Construit autour de 3 grands axes communs aux 79 pays signataires, le développement, le commerce et la politique, il devait tirer sa révérence hier mais les négociations autour de l’accord qui lui succèdera ont tardé suite à la crise du coronavirus. Par conséquent, l’accord de Cotonou a été prorogé jusqu’en décembre prochain. Le temps aussi de tirer un bilan de cet accord à posteriori de la première vague de COVID-19 en Europe.

Un bilan très mitigé 

Ce bilan est avant tout marqué par un regard critique sur les 20 années de relations Europe-ACP qui viennent de s’écouler. Et à mesure que ce regard se pose sur des périodes, des zones et des relations précises, nous mesurons l’obsolescence d’un accord aussi global avec des pays aussi hétéroclites. L’ACP, au cœur de cet accord est à son origine un regroupement d’anciennes colonies britanniques, françaises et belges, mais qui, au-delà de leur histoire, et parfois de leur langue, n’ont pas toujours de points communs. Le regard porté sur ces pays en développement doit aujourd’hui être plus localisé. Les pays africains qui composent plus de 60% des membres de l’ACP offrent un nouveau regard sur une Afrique jeune et dynamique à l’inverse d’une Union européenne vieillissante en proie avec ses démons. Cette Europe stationnaire a aussi permis à de nombreux pays signataires de l’accord de Cotonou de diversifier leurs partenariats et notamment avec la Chine qui se fait de plus en plus présente dans les pays ACP.

L’axe développement de l’accord n’a pas toujours tenu ses promesses, bien que l’Afrique ait vu son espérance de vie progresser en moyenne d’une décennie depuis 2000. Le commerce quant à lui affiche un bilan encore plus médiocre puisque les importations européennes en Afrique ont chuté de 11% durant la dernière décennie. Les exportations ont diminué de 1%. La faute à la diversification des partenariats des pays africains avec d’autres continents que l’Europe. Enfin, d’un point de vue politique, la condition d’accès aux aides de l’U.E était de respecter les droits de l’homme, la démocratie et les principes de l’état ainsi que de montrer patte blanche en matière de corruption. De nombreux pays ont été sanctionnés pour manquement aux droits de l’Homme. Mais malgré des preuves accablantes et un article 97 formel, les gouvernements corrompus continuent de bénéficier des aides sans avoir été sanctionné. La décennie 2010 a aussi été marquée par les crises migratoires où l’absence de pays du Maghreb au sein de l’ACP ont compliqué les discussions. Mais aussi par l’arrivée toujours plus importante d’accords parallèles à celui de Cotonou comme les accords de libre-échange APE qui rendent parfois caduque le vicennal accord.

Des freins aux négociations

Il était donc grand temps de remplacer l’accord par un neuf, plus réaliste face aux enjeux économiques et politiques actuels. Mais de nombreuses difficultés ont compliqué les négociations débutées en septembre 2018 lors de la 73e Assemblée Générale de l’ONU. Les premières sont d’ordre financière et viennent de l’Union européenne. Depuis 2000, 13 pays ont rejoint l’U.E et 1 l’a quitté. Ces 13 pays, tout comme les 14 autres, contribuent à leur hauteur au financement de l’accord via la FED le Fond Européen d’Investissement. Un fond qui est en dehors du budget de l’U.E, où chacun peut donner ce qu’il souhaite, créant une dangereuse flexibilité du budget. Des pays comme l’Allemagne et d’autres pays nordiques ont d’ores et déjà fait vœux de prolonger l’Accord de Cotonou mais en dehors de l’ACP, trop hétérogène et onéreuse pour eux.

Du coté africain, c’est la question des droits de l’homme qui coince. L’arrivée de la Chine, bien moins soucieuse de ce sujet, a changé la donne. Certains chefs d’États disent pouvoir désormais se passer de l’Europe bien que cela implique une dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Nombreux sont ceux qui accusent l’Europe de paternalisme moralisateur en refusant de donner des aides aux pays ne respectant pas les Droits de l’Homme. Mais à l’inverse l’U.E semble insouciante de la concurrence chinoise et des critiques de ses homologues puisqu’elle souhaite renforcer ses conditions d’investissement. Notamment en obligeant à la reconnaissance des droits des homosexuels, à la reconnaissance de l’identité de genre, à l’abolition de la peine de mort et à une collaboration accrue avec la Cours pénale internationale. Mais le plus gros frein aux négociations est le sujet épineux des financements aux sociétés civiles. En effet, l’Union Européenne finance de nombreuses ONG en Afrique et les actions de celles-ci sont parfois en opposition avec celles des gouvernements africains, voire anti-gouvernementales. Les représentants de nombreux pays se sont plaints de ce double jeu de l’U.E et souhaitent voir le financement de ces ONG supprimé. Ces multiples tensions dans le volet politique ont donc été abordées en dernières et sont toujours en cours de négociation.

Des certitudes et des absents pour l’avenir

Les volets « commercial » et « développement » ayant déjà été négociés, il y a de nombreuses certitudes sur l’avenir. La première, et pas des moindres, est la distinction régionale qui sera opérée. Un volet commun aux 79 existera bel et bien mais la suite de l’accord se fera continent par continent. L’homologue ACP sera donc remplacé à moyen terme. Judicieusement, le prochain homologue africain de l’accord sera l’Union africaine. Et sur le volet commercial la ZLEC, la Zone de Libre échange continentale africaine. Un projet qui a commencé en 2012 et a vu timidement le jour l’an dernier, qui permet de supprimer ou d’abaisser drastiquement les droits de douane entre 52 pays africains. Si l’objectif à long terme est de créer un modèle similaire à celui de l’Union européenne en se dotant d’un marché commun, un second objectif, cette fois ci inscrit dans le futur accord, est de fusionner la zone de libre échange africaine avec celle de l’U.E.

Les investissements se feront essentiellement dans le secteur primaire et les matières premières, ce qui n’est pas sans déplaire à nombre d’économistes qui déplorent l’absence de valeur ajouté dans ce secteur, donc de création de richesses. Mais dans un second temps, beaucoup d’investissements pourraient être réalisés pour renforcer les énergies renouvelables. Pour le moment, malgré la crise sanitaire actuelle, la santé reste un volet absent des débats au grand dam du négociateur en chef de l’APC. Le ministre togolais Robert Dussey qui appelle de ses vœux à ce que les pourparlers « intègrent des clauses relatives aux pandémies et à leurs conséquences socio-économiques ».

Source de l’image : Kopano Tlape ( GCIS )

Quel avenir politique pour la Pologne ?

Le 28 juin prochain se tiennent des élections présidentielles cruciales pour l’avenir de la Pologne. L’actuel président ultraconservateur Duda n’est pas certain d’être réélu. 

Le 6 août 2015, Andrzej Duda devenait président de la Pologne après l’élection la plus serrée de l’Histoire du pays. Personne n’imaginait quelques mois plus tôt ce jeune homme inexpérimenté être le candidat du parti Droit et Justice. Ce fidèle des frères Kaczynski venait d’être élu député européen quand il abandonna son poste pour se projeter dans une dynamique campagne au parfum d’entre-deux-guerres. Duda voulait rétablir la place de la Pologne en Europe en s’appuyant sur les aspirations sociales du pays. Pour cela, aidé de son mentor Kaczynski, il a tenté d’effacer l’héritage communiste de la Pologne au profit d’un retour à la dictature de Jozef Pilsudski. Cette vision d’une Pologne catholique, conservatrice est majoritairement partagée par la population. Mais depuis les manifestations qui ont secoué le pays lors du début de mandat, une vision plus libérale commence à se faire entendre, soutenue par le parti de droite « Plateforme Civique ». Un parti certes libéral, mais qui adopte des positions similaires à celles de Duda sur l’avortement ou les droits des homosexuels. 

Une Pologne polarisée

Les élections européennes ont permis une première confrontation entre ces deux visions nationales. Cristallisant le débat autour du rôle de l’Union européenne et du souverainisme, cette élection a en réalité, donné lieu à un véritable échauffement pour les législatives d’octobre dernier. Mais l’échauffement et le match donnent un résultat identique, le Pis, Droit et Justice, de Duda et Kaczynski arrive en tête face aux libéraux du Po de Plateforme Civique. Seules les villes et métropoles ont voté majoritairement pour la coalition européenne. Un triste constat pour Donald Tusk, europhile et ancien président du Conseil Européen et de Plateforme Civique. Les observateurs ont longtemps cru qu’il relancerait sa carrière politique avec la campagne présidentielle. Mais les réformes austères qu’il a appliqué de 2007 à 2014 lorsqu’il était Premier ministre le rendent très impopulaire auprès des Polonais. Il a alors fallu trouver une candidate à la hauteur, capable de battre Andrzej Duda et de conquérir les campagnes polonaises. 

Le retour du PO

Malgorzata Kidawa Blonska n’était pas à la hauteur. Désignée candidate du Po, sa popularité n’a fait que chuter à mesure que le 10 mai, date initiale du premier tour, arrivait, arrivant même sous la barre des 10% d’intentions de vote. Le gouvernement de Duda voyant une opportunité de gagner haut la main a beaucoup hésité à reculer ce premier tour malgré l’épidémie de coronavirus. Le 15 mai dernier, Blonska se retire au profit du maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski qui la remplace dans l’unique but de sauver les meubles. On aurait alors pu croire que tout était joué d’avance, Duda allait être réélu, le bras de fer avec l’UE allait continuer, la Pologne allait encore plus se polariser. Mais c’est mal connaitre Trzaskowski. À peine désigné candidat, il parcourt le pays, masque sur le visage tentant de gagner des voix dans les campagnes où Duda enregistre ses meilleurs scores. Il avoisine aujourd’hui les 20%. Un score certes loin des 43% dont est crédité Duda dans les sondages. Mais le maire de Varsovie bénéficierait au second tour d’un report de voix massif des autres candidats, ce que le président ne peut espérer.

Holownia

Bien que beaucoup annoncent de leur vœux ce duel au second tour, un trublion pourrait venir gâcher la fête. Szymon Franciszek Holownia, journaliste et animateur radio, annonce sa candidature en décembre 2019. Loin de vouloir jouer les Jean-Marie Bigard polonais, Holownia se fait remarquer par sa ligne écologique-catholique. Longtemps à la peine dans les sondages, il talonne aujourd’hui le candidat du PO. Mais contrairement à celui-ci rien n’assure Holownia d’un report de voix vers lui en cas de qualification au second tour. Sa posture se démarque du paysage politique polonais, mais il reste très éloigné du conservatisme actuellement tendance en Pologne où la gauche n’a plus connu de score important depuis 15 ans. 

Crédit photo : Homme devant le palais présidentiel à Varsovie, via Pixabay

L’initiative franco-allemande pour redresser l’Europe

Face à la crise causée par le covid-19, la France et l’Allemagne ont dévoilé ce lundi après-midi leur initiative pour redresser l’Europe. Leurs propositions reposent sur quatre piliers : la santé, la relance économique, la transition écologique et la souveraineté industrielle.

Le couple franco-allemand donne l’impulsion à l’Union européenne pour dépasser la crise du covid-19. Après avoir effectué un travail commun, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont proposé une initiative aux 25 autres pays membres. Une réponse à court terme pour assurer l’avenir et la viabilité de l’UE.

Mais « la crise la plus importante de l’histoire de l’Union européenne » n’a fait que renforcer les divisions. L’Europe a été capable du meilleur comme du pire. Certains pays n’ont pas hésité à faire acte d’une grande solidarité en faisant don de matériel médical ou encore en accueillant des malades de pays en difficulté face au covid-19. D’autres ont cependant fait le choix de céder au nationalisme, en fermant drastiquement leurs frontières, malgré les accords de Schengen.

« Une Europe de la santé »

« Face à la pandémie, l’Europe a sans doute été mise en défaut au début de cette crise. D’abord parce que la compétence sanitaire n’est pas une compétence communautaire », a déclaré Emmanuel Macron au cours de la conférence de presse. Une incapacité qui a conduit le président de la République française et la chancelière allemande à proposer la création d’une « Europe de la santé ». Les deux pays plaident en faveur d’un stock commun de produits pharmaceutiques et médicaux tels que des masques et des tests. Un travail main dans la main est également envisagé avec des plans de prévention partagés des épidémies ainsi que des méthodes communes pour recenser les cas.

Un plan de relance de 500 milliards d’euros

Les deux pays proposent la création d’un fonds de relance, financé par la Commission européenne grâce à des emprunts sur les marchés. 500 milliards d’euros sont prévus et seraient distribués aux secteurs et aux régions les plus impactés par la crise sanitaire et économique. « Ce sont les pays qui ont le plus souffert qui vont profiter au maximum de cette aide », a appuyé Angela Merkel. Cet argent devra progressivement être remboursé à long terme, sur plusieurs années. « Ce sera aux États membres de rembourser et non aux bénéficiaires », a précisé le président de la République.

« Le Green Deal ne doit pas être remis en cause mais accéléré »

Lors de la conférence de presse, Emmanuel Macron a rappelé l’importance du Green Deal, qui prévoit la neutralité carbone d’ici 2050. Cet accord « ne doit pas être remis en cause mais accéléré », a-t-il déclaré. La politique écologique ne sera pas mise de côté malgré l’importante crise générée par le virus du covid-19. « La relance de l’Union devra être accompagnée d’engagements en matière de climat, d’environnement, de biodiversité », a ajouté le président de la République.

Une Europe souveraine

Le quatrième pilier évoqué est celui d’une Europe souveraine. L’objectif est ici de créer une « Europe des champions » pour « relocaliser les investissements clés » sur le continent. Afin de ne plus dépendre de pays hors de l’Union européenne, la production de médicaments ou encore de batteries pourrait reprendre.

La conférence complète est à retrouver sur le compte Twitter de l’Élysée.

Les Européens ont-ils vraiment voulu l’Union européenne ?

Aujourd’hui, l’Union européenne est dans la tourmente. Construite dans un contexte de traumatisme post-Seconde Guerre mondiale et d’opposition face à l’avancée soviétique en Europe de l’Est, ces deux éléments nous permettent de questionner la véritable volonté de vivre sur le long terme, ensemble. Retour sur une création dans l’urgence.

« Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi impossible entre Paris et Londres qu’elle le serait aujourd’hui entre Rouen et Amiens. Un jour viendra où vous la France, vous Italie, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, vous vous fondrez dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne comme la Normandie et la Bretagne se sont fondues dans la France. Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis d’Europe se tendant la main par-dessus les mers. »

Ainsi s’exprimait Victor Hugo en 1849. Il envisageait alors des « États-Unis d’Europe ». Il n’est pas le seul à avoir eu ce souhait, Churchill a également exprimé cette même envie, à l’époque où l’Angleterre était fédéraliste.

Churchill et les Etats-Unis d’Europe

La construction européenne s’est faite pour plusieurs raisons. La paix était évidemment l’objectif majeur de l’entente. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est dévastée, avec 35 millions de morts, elle est la région la plus touchée du monde. Le projet des États-Unis d’Europe pouvait commencer.

Seconde Guerre mondiale et Guerre froide : les véritables moteurs de la construction européenne

La Seconde Guerre mondiale est l’événement déclencheur de l’union des pays européens. Il aura fallu 35 millions de morts, l’horreur des camps de concentration et des bombardements pour que nos pays européens décident de s’unir. Le début de l’Union européenne, est donc une réaction à une catastrophe. L’Europe traumatisée ne demande qu’une chose en 1945 : « plus jamais la guerre ». Nous pourrions donc questionner la réelle envie d’être ensemble, de partager notre territoire, nos lois, nos peuples.

La construction européenne c’est aussi la formation d’un troisième bloc au sein d’un monde divisé alors en deux. Une autre motivation du projet d’Union européenne réside dans la peur d’un envahissement soviétique. L’Europe de l’Est tombe peu à peu aux mains de L’URSS. Le coup de Prague en 1948 (la Tchécoslovaquie passe sous contrôle soviétique) est notamment un des facteurs à la création de l’UE. Il faut s’allier face à l’URSS. La construction se fait donc par opposition. Est-ce là le vrai désir d’être ensemble qui motive les Européens à s’unir ? Non, c’est la crainte qui les rassemble.

L’Europe aux coude à coude avec le bloc de l’Est

L’UE s’est construite « en réaction à »

Loin de nier la volonté de coopérer et de préserver la paix, il semble qu’il faille insister sur le véritable désir de partager un territoire, des mesures politiques, économiques et sociales. L’UE s’est bâtie dans un double contexte de coopération et d’opposition. On pourrait même dire que l’Europe a été poussée à s’unir. C’est donc à la fois de son plein gré qu’elle s’unit et en même temps « à cause de ».

Comment alors envisager une telle alliance sur le long terme ? L’UE peut-elle subsister sans ennemis, en temps de paix ? Y a-t-il une vraie envie de vivre ensemble ?

L’annonce des résultats du référendum sur le Brexit et la démission de David Cameron

Les divergences au sein de l’UE prouvent la difficulté à vivre ensemble. Bien souvent, ce sont les états qui agissent seuls, l’UE n’arrivant pas à être un état supranational. C’est la preuve que l’UE est loin des États-Unis d’Europe. Il est possible que si cette construction ne s’était pas faite en réaction à la Seconde Guerre mondiale et à la Guerre froide, elle eût été plus proche des États-Unis d’Europe. Mais nous pouvons aussi penser qu’elle n’aurait pas existé.

L’UE demeure dans un entre-deux, entre supranationalisme et souverainisme. Les États avant ou l’Europe avant ? Dans les faits se sont plutôt les États en tête mais la question n’est pas encore tranchée. Les courants nationalistes qui prennent de l’ampleur en Europe montrent bien ce « ras-le-bol » d’une UE mal définie, mal comprise et que l’on rejette. La question est aujourd’hui de savoir si nous voulons ou non vivre ensemble et donc étendre la construction européenne. Par exemple, construire une Europe sociale. La crise sanitaire que nous traversons est l’occasion de redéfinir nos attentes quant à cette union.

(PODCAST VIDÉO) : comment se déroule le déconfinement dans les pays européens ?

Depuis lundi 13 avril, les Français le savent, le 11 mai prochain, le déconfinement progressif aura lieu. La réouverture des crèches, des écoles et des lycées est envisagée si les règles de confinement imposées le 16 mars continuent d’être respectées. Cette hypothèse du retour à l’école pour un grand nombre d’élèves fait débat. Mais comment se déroule cette étape de déconfinement en Europe ?

→ En Italie, pays d’Europe le plus touché par le covid-19 avec plus de 21 000 décès enregistrés. Le confinement est prolongé jusqu’au 3 mai. Giuseppe Conte, Premier ministre italien accompagné d’un comité scientifique a décidé d’assouplir le confinement. Depuis le 14 avril, les librairies, les laveries, les papeteries, les commerces pour les nouveau-nés et l’exploitation forestière ont repris leurs activités. Cependant ces mesures ne sont pas pris en compte, dans les régions du nord du pays, soit les plus touchés : la Lombardie, le Piémont, le Trentin-Haut-Adige et Campanie où les commerces restent fermés. Le sujet de l’éducation est toujours mis à l’écart en Italie, aucune décision n’a été évoquée pour l’instant.

L’Espagne, après 2 semaines d’hibernation économique, soit l’arrêt de tous les secteurs non essentiels a repris le 13 avril. Ces secteurs concernent : l’industrie et la construction, domaines où le télétravail est impossible. Dans le 3e pays le plus touché du monde par le covid-19, le gouvernement relance ses activités tout en essayant de préserver ses citoyens. 10 millions de masques sont donnés par la police et des volontaires à la sortie des métros et des gares depuis la reprise du travail. Même si certains secteurs ont recommencé à travailler, Pedro Sanchez, président espagnol, a annoncé que le confinement durera jusqu’au 9 mai.

→ En Autriche, le chancelier Sebastien Kurz a annoncé le déconfinement progressif.  Depuis le 15 avril, les enseignes de bricolage, de matériaux de construction et les jardineries sont autorisés à ouvrir leurs portes. Cette mesure concerne uniquement les 14 000 commerces qui ne dépassent pas les 400m2 de superficie. Le gouvernement autrichien définit cette étape comme la « première pour un retour à la vie normale ». Port du masque obligatoire et limitation des clients dans les magasins, le gouvernement autrichien surveille l’évolution de l’épidémie et prévoit un retour à l’école en mai.

Avec un total de 309 décès et 6 700 personnes contaminées, le Danemark, réouvre les crèches et les écoles le 15 avril. La Première ministre Mette Frederiksen avait pris la décision, le 6 avril dernier. Seulement 35% des établissements de Copenhague sont autorisés à accueillir les élèves. Mais ce retour en classe oblige le respect des gestes barrières. Dans chaque classe, la distance des bureaux est de 2 mètres et le gel hydroalcoolique est obligatoire. Concernant les lycéens, c’est seulement le 10 mai qu’ils retourneront dans leur établissement.

Le déconfinement débute de différentes façons dans les pays européens. Toutes ces décisions politiques, interpellent l’Organisation Mondiale de la Santé qui rappelle que l’Europe reste « dans l’oeil de cyclone » et qu’il ne faut pas « baisser la garde ».

(Podcast) : L’Union européenne face au coronavirus

Depuis le début du mois de mars, qu’est-ce qu’a fait l’Union européenne pour soutenir les pays membres ? Retour sur les dates phares de cette crise.

 

Le 10 mars 2020 : réunion du conseil européen à l’initiative d’Emmanuel Macron. À l’issue de cette réunion, la Commission et le Conseil européen annoncent débloquer 25 milliards d’euros pour l’économie et les différents systèmes de santé des pays membres, ainsi que la proposition d’assouplir les contraintes budgétaires imposées par le pacte de stabilité et de croissance pour que tous les états puissent financer des mesures exceptionnelles pour leur propre économie. 

La Banque centrale européenne prend les mesures les 12 et 19 mars. Pour les entreprises, elle prévoit le rallongement de programmes massifs de rachat de titres de dettes pour soulager la trésorerie des petites entreprises et ainsi l’allègement de la règle qui oblige les banques à conserver un montant minimum de liquidités dans leurs trésoreries. Toutes ces mesures représentent l’injection de 1050 milliards € pour soutenir les États membres.

Le 17 mars, l’Union européenne ferme ses frontières extérieures pour 30 jours reconductibles et décide de limiter les exportations du matériel médical hors de ses frontières pour le partager entre les pays membres. 10 jours après avoir annoncé l’assouplissement des règles budgétaires, la Commission européenne décide d’appliquer cette nouvelle mesure. 

Ainsi les pays peuvent débloquer de l’argent sans être contraint de respecter les limites imposées : 3% du PIB pour le déficit public et 60% du PIB pour la dette. Cette décision est validée par les ministres des finances des pays le 23 mars. Une première dans l’histoire de l’Union européenne. 

Le 26 mars, les eurodéputés se sont réunis pour la première fois en visioconférence avec un système de vote numérique. Ils ont voté pour 3 nouvelles mesures :

  • 37 milliards d’euros pour soutenir l’économie des pays touchés.
  • L’extension du fonds de solidarités de l’Union européenne qui consiste à débloquer 800 millions d’euros pour les urgences de santé publique
  • La suspension du règlement européen qui concerne les créneaux horaires dans les aéroports pour mettre fin aux vols « fantômes » pendant cette période. 

Il existe un différent entre les pays du Nord comme l’Allemagne, les Pays-bas, qui ont pour la plupart des finances publiques saines et les pays du Sud comme l’Italie, l’Espagne et la France qui sont accusés de laxisme budgétaire. C’est pour cette raison que malgré toutes les mesures prises, on peut constater que l’Union européenne a surement réagi tard face à la pandémie.

85 % des Italiens veulent-ils quitter l’Union européenne ?

Sur le groupe Facebook « UPR diffusion », un internaute a publié l’image ci-dessus. Il est mentionné « 85 % des Italiens veulent quitter l’Europe. ». Cette affirmation est-elle vrai ?

L’Europe ou l’UE ? Soyons clair. L’UPR, l’Union Populaire Républicaine, a 3 principaux axes pour la France : la sortie de l’euro, la sortie de l’Union européenne et la sortie de l’OTAN. On considère donc que l’internaute a probablement confondu l’Europe et l’Union européenne. L’affirmation corrigée serait donc : « 85 % des Italiens veulent quitter l’Union européenne ».

En Italie, la situation se dégrade depuis février. Dès le 10 mars, l’Italie a confiné l’ensemble de ses habitants sous l’ordre du président du Conseil, Giuseppe Conte. C’est le premier pays européen à avoir instauré des mesures strictes. C’est aussi l’État européen ayant le plus de cas de Coronavirus, au moment de la rédaction de cet article, avec plus de 110 000 cas détectés.

Union européenne ?

Les Italiens se sentent délaissés par l’Union européenne, « si nous sommes une Union, il est temps maintenant de le prouver », alerte Giuseppe Conte, jeudi, dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit. La Chine a envoyé neuf experts chinois, qui sont arrivés le 13 mars à Rome, dans un avion rempli de tonnes de ventilateurs, de matériel respiratoire, d’électrocardiographes, de masques… La Russie a, elle aussi, aidé l’Italie. 15 avions militaires russes, avec, à bord, des virologues et de l’équipement, ont été envoyés entre les 22 et 25 mars en Italie pour contrer l’épidémie. Un 16ème avion a atterri à Vérone, transportant 30 respirateurs artificiels et des fournitures médicales.

Pourtant, l’Union européenne a aussi envoyé des dons. Emmanuel Macron a dénoncé la surmédiatisation de l’aide russe et chinoise à l’Italie « On parle beaucoup de l’aide chinoise ou russe, mais pourquoi ne parle-t-on pas que la France et l’Allemagne ont envoyé deux millions de masques et des dizaines de milliers de combinaisons médicales en Italie ? ». Une Europe qui assiste mais qui n’est plus prise au sérieux ?

Italexit

Afin d’aider à comprendre et à évaluer l’engagement de nombreux italiens dans la volonté de sortir de l’UE, il faut plonger dans les résultats de la dernière élection européenne. Le 26 mai 2019, plus de 50 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour remplir les 79 sièges italiens. À l’annonce des résultats, le constat est simple. Les partis eurosceptiques ont récolté plus de 40 % des voix (34,26 % pour la Ligue de Matteo Salvini et 6,45 % pour Frères d’Italie de Giorgia Meloni). Si on inclut le Mouvement 5 étoiles, qui a une ligne mitigée concernant l’Union européenne, le score exprimant un rejet de la communauté atteindrait plus de 57 % des suffrages. Les partis pro-européens, eux, récoltent plus de 31 % des voix (22,74 % pour le Parti démocrate de Nicola Zingaretti et 8,78 % pour Forza Italia de Silvio Berlusconi).

Enfin, en 2016, 28 % des Italiens estimaient utile d’instaurer un référendum sur un Italexit. Début 2019, ils étaient désormais 49,5 %, selon un sondage réalisé par Community Group Study Center pour le quotidien italien, La Stampa. Un Italien sur deux souhaiterait donc une consultation sur l’avenir du pays dans la communauté européenne. Un tiers de ces électeurs voteraient « oui » sans hésiter.

Résumons la situation politique actuelle :

  • Entre 4 et 6 électeurs exprimés sur 10, ont choisi d’accorder leur bulletin à un parti eurosceptique lors de la dernière élection européenne.
  • L’année dernière, près de la moitié des Italiens interrogés souhaitaient un référendum remettant en cause, plus de 60 ans d’engagement dans la communauté européenne.
  • Une aide européenne devancée par la coopération asiatique (Chine, Russie…). Le soutien des pays membres a été tardif, si lent, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est excusée dans une tribune jeudi 2 avril : « Aujourd’hui, l’Europe se mobilise aux côtés de l’Italie. Mais cela n’a pas toujours été le cas », reconnaît la responsable dans le quotidien La Repubblica.

En se basant sur le sondage du quotidien italien, des résultats du dernier scrutin européen et de la situation actuelle lié au coronavirus, près d’un italien sur deux, voire trois, pourrait avoir la volonté de quitter l’Union européenne. Le chiffre de 85 %, avancé sur le groupe Facebook est donc, aujourd’hui, loin des chiffres réels, aucune source, ni preuve à l’appui.

En abandonnant l’Italie, l’UE joue une nouvelle fois avec le feu

Depuis 2 semaines, la Chine, Cuba et la Russie envoient des renforts pour soulager les Italiens dans la lutte contre le Covid 19. Face à ces aides inattendues, l’Europe peine à soutenir son pays le plus touché par le virus.

Ce week-end, l’Allemagne puis la Suisse ont annoncé voler au secours de la France et de la 2ème région la plus touchée du pays : le Grand Est. « La solidarité exceptionnelle montrée par nos voisins, témoigne de la qualité des relations qui se sont nouées dans l’espace du Rhin Supérieur », indiquent la préfecture du Grand Est et l’ARS Grand Est. Si la France est l’heureuse élue de l’aide européenne, l’Italie, elle, semble oubliée.

De l’autre côté des Alpes, la situation se dégrade depuis fin février. Dans le nord du pays, des premiers foyers de l’épidémie sont détectés. Depuis le 10 mars, l’Italie a confiné tout le pays. C’est le premier pays européen à avoir instauré une mesure si drastique. Cela suffit pour comprendre que l’Italie rentre dans une phase de crise sanitaire sans précédent depuis des décennies. Ce mardi 24 mars encore, l’Italie reste le pays le plus touché par le Covid 19 avec près de 64.000 personnes détectées positives et plus de 6.000 morts. Ces chiffres dramatiques n’ont pas suffi pour que l’Union européenne prenne en considération la pandémie en Italie.


Ce n’est que le 13 mars, plus de 2 semaines après le début de la pandémie, que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen réagit : « Nous sommes absolument prêts à aider l’Italie pour tout ce dont elle aura besoin. C’est de la plus haute importance. Ce pays est gravement touché par le coronavirus. Par conséquent […] nous répondrons à tous leurs besoins ».
Les paroles ne se concrétisent pas par les actes. Bruxelles a seulement annoncé par la suite suspendre temporairement le respect de certaines règles budgétaires à commencer par celle du déficit public inférieur à 3% du PIB.

Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères

L’UE joue encore le jeu de l’extrême droite italienne

Selon Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) : « À la demande des États, la santé publique est un domaine qui relève de leur compétence et non de l’Union européenne ». Mais pour Rome, l’assouplissement des règles budgétaires n’est pas suffisant pour éviter les décès par centaines dans ses hôpitaux. Face à cette absence de solidarité européenne, une phrase suffit à elle-même pour illustrer les rapports plus que jamais tendus entre Rome et Bruxelles : « Nous saurons nous souvenir des pays qui nous ont été proches.».
Cette phrase, signée Luigi Di Maio, ministre des affaires étrangères, n’est pas anodine. Issu du Mouvement 5 étoiles, autrefois partisan de la sortie de l’Italie de l’Union européenne, le ministre italien n’a jamais vraiment apprécié la gouvernance de l’UE. Son parti est arrivé au pouvoir en 2018 dans un contexte post-crise migratoire. Pendant plusieurs années, l’Italie voyait débarquer des bateaux de fortune venant de l’autre côté de la Méditerranée. Le pays demandait l’aide de l’Union. Mais le continent n’a pas trouvé des solutions à la hauteur de leur importance. Rome a dû gérer quasiment seule, avec l’aide de quelques associations, de la crise migratoire qui concernait toute l’Europe.


Le scénario se reproduit aujourd’hui, et des voix s’élèvent en France contre cet abandon. « On attendait des institutions européennes qu’elles mettent en commun l’ensemble des matériels et des dispositifs médicaux qui auraient dû permettre d’intervenir là où les crises étaient les plus aigües » admet Yannick Jadot, député européen EELV. Dans un ton plus solennel, Bruno le Maire, ministre de l’Économie, prévient : si l’UE laissait tomber l’Italie, « elle ne s’en relèvera pas ». Il appelle les États membres à « se rassembler » pour faire face à la crise du coronavirus. « Si c’est le chacun pour soi, si on laisse tomber certains États, si on dit à l’Italie, par exemple, « débrouillez-vous tout seuls« , l’Europe ne s’en relèvera pas ».

5 Mars 2020, Milan, ville fantôme

Quelles solutions pour l’Italie ?

Les Italiens considèrent « que les européens ne sont bons qu’à faire des discours. Ils observent que ce sont les Chinois, les Cubains et les Russes qui ont fourni des renforts », nous raconte Alban Mikoczy, journaliste pour France Télévisions à Rome.
En effet, ce sont des pays bien plus éloignés qui répondent à l’appel des italiens. Le 12 mars, la Chine, berceau de l’épidémie, envoie 9 experts médicaux du pays et des milliers de masques de protection. Pékin a également annoncé livrer plusieurs tonnes de matériel médical. Selon Francesco Rocca, président de la Croix-Rouge italienne, l’avion contient « des ventilateurs, du matériel respiratoire, des électrocardiographes, des dizaines de milliers de masques et d’autres matériels de santé ».


En plus de l’aide chinoise, les renforts du monde entier ont continué à affluer ce week-end. Samedi 21 mars, 52 médecins et infirmiers quittent Cuba pour rejoindre la Lombardie, où le personnel médical de la région ne suffit plus face au nombre de malades. Dimanche 22 mars, c’est au tour de la Russie d’envoyer des centaines de virologues expérimentés de l’armée russe mais aussi 9 avions et 100 militaires sur le sol italien au sud de Rome. Une aide qui reste à relativiser : selon la protection civile italienne « Les Russes ont envoyé des respirateurs à 80% inutilisables. Le coup de communication est déjà réussi », nous explique Alban Mikoczy.

Giuseppe Conte, 1er ministre italien devant le Parlement européen

L’Italie tente de mobiliser l’UE

Malgré l’abandon européen, Rome continue d’émettre des idées. L’Italie propose à ses partenaires européens la création de « corona bonds » pour obliger à mutualiser les dettes des pays de la zone euro. Mais ce système ne va peut-être pas convaincre tous les pays de l’UE. Il a été envisagé auparavant, mais le nord de l’Europe, dont l’Allemagne, était contre ce projet.


L’Italie propose également un recours au MES (Mécanisme Européen de Stabilité). Selon le site « Toute l’Europe« , cela permet d’accorder des prêts à un État en difficulté à des taux d’intérêts bas. Le MES peut également en cas de risque d’endettement trop important, octroyer une assistance financière par précaution.


Selon la présidente de la Commission européenne : « La pandémie du coronavirus est un test pour nous tous, c’est un défi sans précédent pour nos systèmes de santé et un choc pour nos économies ». Pour rester unie, l’Union européenne devra développer autre chose qu’un marché commun : la solidarité des peuples.