(Podcast) : L’Union européenne face au coronavirus

Depuis le début du mois de mars, qu’est-ce qu’a fait l’Union européenne pour soutenir les pays membres ? Retour sur les dates phares de cette crise.

 

Le 10 mars 2020 : réunion du conseil européen à l’initiative d’Emmanuel Macron. À l’issue de cette réunion, la Commission et le Conseil européen annoncent débloquer 25 milliards d’euros pour l’économie et les différents systèmes de santé des pays membres, ainsi que la proposition d’assouplir les contraintes budgétaires imposées par le pacte de stabilité et de croissance pour que tous les états puissent financer des mesures exceptionnelles pour leur propre économie. 

La Banque centrale européenne prend les mesures les 12 et 19 mars. Pour les entreprises, elle prévoit le rallongement de programmes massifs de rachat de titres de dettes pour soulager la trésorerie des petites entreprises et ainsi l’allègement de la règle qui oblige les banques à conserver un montant minimum de liquidités dans leurs trésoreries. Toutes ces mesures représentent l’injection de 1050 milliards € pour soutenir les États membres.

Le 17 mars, l’Union européenne ferme ses frontières extérieures pour 30 jours reconductibles et décide de limiter les exportations du matériel médical hors de ses frontières pour le partager entre les pays membres. 10 jours après avoir annoncé l’assouplissement des règles budgétaires, la Commission européenne décide d’appliquer cette nouvelle mesure. 

Ainsi les pays peuvent débloquer de l’argent sans être contraint de respecter les limites imposées : 3% du PIB pour le déficit public et 60% du PIB pour la dette. Cette décision est validée par les ministres des finances des pays le 23 mars. Une première dans l’histoire de l’Union européenne. 

Le 26 mars, les eurodéputés se sont réunis pour la première fois en visioconférence avec un système de vote numérique. Ils ont voté pour 3 nouvelles mesures :

  • 37 milliards d’euros pour soutenir l’économie des pays touchés.
  • L’extension du fonds de solidarités de l’Union européenne qui consiste à débloquer 800 millions d’euros pour les urgences de santé publique
  • La suspension du règlement européen qui concerne les créneaux horaires dans les aéroports pour mettre fin aux vols « fantômes » pendant cette période. 

Il existe un différent entre les pays du Nord comme l’Allemagne, les Pays-bas, qui ont pour la plupart des finances publiques saines et les pays du Sud comme l’Italie, l’Espagne et la France qui sont accusés de laxisme budgétaire. C’est pour cette raison que malgré toutes les mesures prises, on peut constater que l’Union européenne a surement réagi tard face à la pandémie.

85 % des Italiens veulent-ils quitter l’Union européenne ?

Sur le groupe Facebook « UPR diffusion », un internaute a publié l’image ci-dessus. Il est mentionné « 85 % des Italiens veulent quitter l’Europe. ». Cette affirmation est-elle vrai ?

L’Europe ou l’UE ? Soyons clair. L’UPR, l’Union Populaire Républicaine, a 3 principaux axes pour la France : la sortie de l’euro, la sortie de l’Union européenne et la sortie de l’OTAN. On considère donc que l’internaute a probablement confondu l’Europe et l’Union européenne. L’affirmation corrigée serait donc : « 85 % des Italiens veulent quitter l’Union européenne ».

En Italie, la situation se dégrade depuis février. Dès le 10 mars, l’Italie a confiné l’ensemble de ses habitants sous l’ordre du président du Conseil, Giuseppe Conte. C’est le premier pays européen à avoir instauré des mesures strictes. C’est aussi l’État européen ayant le plus de cas de Coronavirus, au moment de la rédaction de cet article, avec plus de 110 000 cas détectés.

Union européenne ?

Les Italiens se sentent délaissés par l’Union européenne, « si nous sommes une Union, il est temps maintenant de le prouver », alerte Giuseppe Conte, jeudi, dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit. La Chine a envoyé neuf experts chinois, qui sont arrivés le 13 mars à Rome, dans un avion rempli de tonnes de ventilateurs, de matériel respiratoire, d’électrocardiographes, de masques… La Russie a, elle aussi, aidé l’Italie. 15 avions militaires russes, avec, à bord, des virologues et de l’équipement, ont été envoyés entre les 22 et 25 mars en Italie pour contrer l’épidémie. Un 16ème avion a atterri à Vérone, transportant 30 respirateurs artificiels et des fournitures médicales.

Pourtant, l’Union européenne a aussi envoyé des dons. Emmanuel Macron a dénoncé la surmédiatisation de l’aide russe et chinoise à l’Italie « On parle beaucoup de l’aide chinoise ou russe, mais pourquoi ne parle-t-on pas que la France et l’Allemagne ont envoyé deux millions de masques et des dizaines de milliers de combinaisons médicales en Italie ? ». Une Europe qui assiste mais qui n’est plus prise au sérieux ?

Italexit

Afin d’aider à comprendre et à évaluer l’engagement de nombreux italiens dans la volonté de sortir de l’UE, il faut plonger dans les résultats de la dernière élection européenne. Le 26 mai 2019, plus de 50 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour remplir les 79 sièges italiens. À l’annonce des résultats, le constat est simple. Les partis eurosceptiques ont récolté plus de 40 % des voix (34,26 % pour la Ligue de Matteo Salvini et 6,45 % pour Frères d’Italie de Giorgia Meloni). Si on inclut le Mouvement 5 étoiles, qui a une ligne mitigée concernant l’Union européenne, le score exprimant un rejet de la communauté atteindrait plus de 57 % des suffrages. Les partis pro-européens, eux, récoltent plus de 31 % des voix (22,74 % pour le Parti démocrate de Nicola Zingaretti et 8,78 % pour Forza Italia de Silvio Berlusconi).

Enfin, en 2016, 28 % des Italiens estimaient utile d’instaurer un référendum sur un Italexit. Début 2019, ils étaient désormais 49,5 %, selon un sondage réalisé par Community Group Study Center pour le quotidien italien, La Stampa. Un Italien sur deux souhaiterait donc une consultation sur l’avenir du pays dans la communauté européenne. Un tiers de ces électeurs voteraient « oui » sans hésiter.

Résumons la situation politique actuelle :

  • Entre 4 et 6 électeurs exprimés sur 10, ont choisi d’accorder leur bulletin à un parti eurosceptique lors de la dernière élection européenne.
  • L’année dernière, près de la moitié des Italiens interrogés souhaitaient un référendum remettant en cause, plus de 60 ans d’engagement dans la communauté européenne.
  • Une aide européenne devancée par la coopération asiatique (Chine, Russie…). Le soutien des pays membres a été tardif, si lent, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est excusée dans une tribune jeudi 2 avril : « Aujourd’hui, l’Europe se mobilise aux côtés de l’Italie. Mais cela n’a pas toujours été le cas », reconnaît la responsable dans le quotidien La Repubblica.

En se basant sur le sondage du quotidien italien, des résultats du dernier scrutin européen et de la situation actuelle lié au coronavirus, près d’un italien sur deux, voire trois, pourrait avoir la volonté de quitter l’Union européenne. Le chiffre de 85 %, avancé sur le groupe Facebook est donc, aujourd’hui, loin des chiffres réels, aucune source, ni preuve à l’appui.

Un « pacte vert » en demi-teinte pour Ursula von der Leyen

La présidente de la Commission européenne a dévoilé hier les propositions de son « green deal », qui doit mettre la transition écologique au cœur des politiques européennes. Mais celui-ci suscite déjà des critiques, de la part des conservateurs comme des écologistes.

La présidente de la Commission européenne voit la vie en vert. Alors qu’elle s’était donné un objectif de 100 jours après le début de son mandat seulement dix jours après sa prise de fonction, Ursula von der Leyen a présenté hier devant le Parlement européen , son très attendu « Green Deal », pacte Vert : une feuille de route vers la neutralité climatique destinée à devenir la « nouvelle stratégie de croissance » de l’Union Européenne (UE). La nouvelle cheffe de la Commission européenne, souhaite envoyer un message fort sur les volontés écologiques UE en pleine COP 25, à Madrid.

Deux objectifs clairs

Ce projet ambitieux a deux objectifs principaux : atteindre la neutralité carbone en 2050 soit d’être à un point d’équilibre entre la quantité d’émissions de gaz à effet de serre émise par l’UE et la capacité qu’elle a d’en retirer via les puits de carbones (forêts, prairies, océans…). Et deuxièmement, réduire des émissions carbones de 50 voire 55% d’ici 2030 actuellement à 40%. Ursula Van der Leyen a également dévoilé “50 actions pour 2050” :  une liste de propositions législatives, plans d’actions et stratégies, couvrant une grande diversité de secteurs : les transports, l’industrie, le commerce, le tourisme… afin d’atteindre ses deux buts. 

L’UE ne représente que 9 % des émissions carbones sur la planète et pourtant Ursula von der Leyen veut en faire le premier continent à se fixer officiellement cet objectif de neutralité carbone. 

Un pacte qui ne fait pas l’unanimité

Alors qu’Ursula proposera en mars prochain une « loi climatique” pour inscrire la date de 2050 pour la neutralité carbone, le pacte fait déjà face à de vives critiques. Il lui est reproché par les conservateurs de créer des divergences entre la partie occidentale, plus verte du continent et l’est. Trois pays, encore très dépendants des énergies fossiles et en particulier du charbon, n’ont pas accepté cet accord : la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque. Afin d’entamer leur transition écologique, ces derniers demandent une compensation financière. Une enveloppe de 100 milliards d’euros d’investissements est prévue pour venir en aide aux régions et les secteurs « les plus vulnérables ». 

Pour les écologistes et les ONG telle que la Fondation Nicolas Hulot, les sommes annoncées « ne couvriraient qu’un tiers des besoins » et déplore « l’absence d’une feuille de route pour mobiliser les investissements nationaux » explique Kévin Puisieux, responsable économie et finance à la Fondation Nicolas Hulot (FNH) au journal 20 minutes. Même constat pour Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie Les Verts (EELV) et présidente de la commission des Transports et du Tourisme, qui désire des mesures plus fortes.  » La question des investissements, nécessaires à accompagner la transition écologique, n’est pas assez abordée. Sortir de la règle des 3% des investissements verts est une nécessité pour que les Etats Membres fassent leur part ». Elle se réjouit de » l’intégration du principe d’une plus forte taxation du secteur aérien, ainsi que du principe du pollueur-payeur dans le secteur maritime, et routier, » mais regrette « qu’une taxe kérosène, si nécessaire, ne soit pas clairement posée comme principe ».

La députée européenne souhaiterait également la mise en place d’une assemblée citoyenne pour s’assurer que le « Green Deal  » atteint ses objectifs.

Ursula von der Leyen présentera à nouveau son pacte vert en début d’après-midi devant le Conseil européen, le premier de cette nouvelle commission. L’occasion d’obtenir l’ adhésion des trois derniers pays récalcitrants à l’objectif de neutralité carbone en 2050.